L'Illustration, No. 1596, 27 Septembre 1873
Part 3
Dès le dimanche matin les chevaux, comme s'ils avaient le pressentiment de la corvée qui les attendait, se montraient plus nerveux qu'à l'ordinaire. C'est alors qu'arrivaient leurs persécuteurs impitoyables: les cavaliers du dimanche.
Le cavalier du dimanche est facile à reconnaître à sa tenue. Il a généralement un chapeau trop étroit destiné à l'occuper toute la journée et que, malgré toutes ses précautions, il perdra certainement plus d'une fois en chemin. Une jaquette trop longue et dont les pans retombent de chaque côté de la selle. Pas de sous-pieds; le pantalon remonte au-dessus du genou. Des éperons, par exemple, et une forte cravache. Quelquefois des bottes à l'écuyère et une culotte blanche qui le font ressembler à un écuyer du cirque. Invariablement, une fleur à la boutonnière et un cigare à la bouche!
--Môssieu est cavallié, sans doute? demandait le loueur.
L'autre avait l'air légèrement formalisé de cette question et se frappait le mollet du bout de sa cravache en faisant sonner ses éperons sans daigner répondre.
--Alors, continuait le loueur, on va vous donner Palmyre.
En entendant prononcer son nom, Palmyre secouait brusquement le cou et semblait dire: «Mon vieux, je ferai tous mes efforts pour me débarrasser de toi!»
--Est-ce qu'elle n'est pas un peu vicieuse? demandait alors le cavalier légèrement impressionné par l'attitude hostile de la bête.
--Oh! répliquait l'homme, elle a du sang... voilà tout. C'est une ancienne bête qui a gagné des prix à la course.
Le cavalier commençait alors à être inquiet. Mais son amour-propre était en jeu; il n'y avait plus à reculer.
On donnait un coup de brosse à Palmyre, on lui passait un peu d'eau sur la crinière, on lui ajustait sur la tête une vieille bride racornie, on lui mettait sur le dos une serviette pliée en quatre, puis une selle rembourrée avec des noyaux de pèche, et l'on marquait l'heure du départ. Ici le cavalier, un peu pâle, s'approchait de Palmyre, qui couchait les oreilles à la vue de la cravache.
--Môssieu va ajuster ses étrivières? demandait le gamin.
--Je les mettrai à mon point quand je serai à cheval.
Et il le montait si peu légèrement que les trois quarts du temps il faisait tourner la selle et qu'on était obligé de resangler. Il passait un quart d'heure à ajuster ses étrivières qu'il laissait trop longues d'un point; chaussait complètement les étriers en baissant la pointe du pied et en la tournant en dehors, et, réalisant ainsi la paire de pincettes légendaire, enchevêtrant au hasard la bride avec le filet, il s'en allait avec Palmyre, qui poussait deux ou trois petites ruades en quittant l'écurie.
Pour les amazones, la cérémonie durait bien un quart d'heure de plus.
--Jamais je ne monterai là-dessus! s'écriait la demoiselle au moment où on lui présentait son cheval.
Il fallait apporter une chaise, imposer à l'animal une immobilité absolue, hisser la promeneuse sur la selle et la mettre d'aplomb en ramenant le plus possible sa jupe trop courte sur ses pieds trop longs.
Les ânes étaient réservés aux enfants et partaient accompagnés de petits gamins armés de fouets qui les dirigeaient.
Depuis longtemps déjà la porte Maillot a vécu, et on n'en retrouve guère les usages qu'à Montmorency ou à Sceaux. Les cavaliers du dimanche vont maintenant louer dans les manèges. C'est un peu plus cher, mais les chevaux ne sont pas meilleurs. On les rencontre souvent deux à deux, mais il est à remarquer que dans une promenade il ne leur arrive jamais de se trouver côte à côte. Il y en a toujours un qui va plus vite que l'autre, un qui trotte pendant que l'autre galope; quand le premier se met au pas, le second n'arrive à ce résultat que cinquante mètres plus loin. Contrairement aux autres cavaliers, qui considèrent que la promenade à cheval est surtout agréable aux allures douces: au pas, au petit trot, au petit galop, le cavalier du dimanche trouve que le plaisir pour lui n'est qu'en raison de la vitesse, et ne tarde pas à mettre son cheval en écume, tandis qu'il sue lui-même à grosses gouttes. A la suite de sa partie de plaisir, il descend de cheval courbaturé, moulu, brisé et dans une situation qui rappelle l'enseigne du boeuf à la mode. Cela n'empêche qu'on ne peut parler devant lui du système Baucher sans qu'il se mêle à la conversation et sans qu'il dise:
--Moi, je ne suis pas du tout partisan de cette méthode-là!
Correspondance d'Espagne
Saint-Sébastien, 21 septembre 1873.
Je vous envoie une brassée de croquis relatifs aux faits et gestes des carlistes par ici, et notamment à l'affaire de Tolosa, dont on a tant parlé. Le général Santa-Pau et la colonne de Loma, opérant de concert, ont bien véritablement battu Lizarraga dans cette région du Guipuzcoa.
Voici comment les choses se sont passées.
Les carlistes menaçaient Tolosa. Alors le général Santa-Pau, qui était à Alsasua, se dirigea sur cette ville par une marche rapide. A son approche, les carlistes, qui comptaient une douzaine de mille hommes et avaient du canon, se concentrèrent et prirent position vers Asteasu et Aspeitia. Le général Santa-Pau dressa son plan en conséquence. Il envoya l'ordre à Loma, dont la colonne occupait Villabona, de marcher directement sur Asteasu et de refouler les carlistes sur la côte, tandis qu'avec le gros de l'armée, il sortirait lui-même de Tolosa par la route qui mène à Aspeitia.
Le 12, au point du jour, Loma se mit en marche et atteignit bientôt Asteasu, où un violent combat ne tarda pas à s'engager. Il était alors neuf heures du matin au plus. Les carlistes se défendirent très-énergiquement, et à plusieurs reprises firent tête aux colonnes assaillantes. Enfin, abordés à la baïonnette par les miquelets, ils furent obligés de céder, et perdirent Asteasu. Suivant leur habitude, ils se dispersèrent en groupes de tous côtés, sans doute pour aller se reformer plus loin, sur un point convenu d'avance en cas d'échec. Malheureusement pour eux, un certain nombre de ces groupes allèrent donner contre les colonnes de Santa-Pau, qui leur firent essuyer de nouveau des pertes importantes.
Telle a été cette affaire de Tolosa, sur laquelle il a couru tant de versions, mais qui s'est passée comme je viens de vous le dire.
Au moment où je vous écris, Loma est à Tolosa, qui a été bien fortifiée, et est à l'abri d'un coup de main. C'est une jolie petite ville de 7,000 à 8,000 habitants, parfaitement située, au confluent de deux rivières, dans une vallée formée par les monts d'Izazcun et de Montescue. Quant à Santa-Pau, il est parti, se dirigeant, croit-on, sur Vitoria, en Alava, ce qui est assez vraisemblable, car les carlistes semblent vouloir maintenant passer en Biscaye et prendre Bilbao pour objectif. Mais la présence de Santa-Pau à Vitoria rendrait d'avance presque impossible un blocus un peu sérieux de la place. Néanmoins, comme Bilbao peut d'un jour à l'autre devenir le théâtre d'événements intéressants, je vous en envoie une vue très-exacte.
C'est une ville d'un bel aspect, avec ses toits avancés, formant auvent. Elle est située sur la rive droite du Nervion et comme enchâssée dans un pli de cette rivière. Trois anciens forts, à peu près remis en état et placés sur des élévations, la protègent suffisamment du côté opposé au Nervion. Ce sont les forts de Solocoecho, del Circo et de Mallona. On ne trouve à Bilbao aucun édifice qui mérite d'être signalé, sauf peut-être la basilique de Santiago, très-ancienne église gothique. En revanche, les deux promenades del Arenal et du Campo-Volantin, placées l'une à côté de l'autre, sur les bords de la rivière, à l'entrée nord de la ville, sont parfaitement belles.
Le vieux Bilbao, le couvent de la Merced, la gare du chemin de fer et le faubourg de Ripa occupent la rive gauche du Nervion.
Rappelons pour mémoire que le port de Bilbao, situé à 8 kilomètres de la capitale de la province, forme une petite ville à part, la ville de Portugalete, et est un des plus importants du nord de l'Espagne.
C'est donc du côté de Bilbao que les carlistes vont diriger leurs efforts; mais croyez ce que je vous dis, et c'est ici l'opinion de tous les gens qui voient clair, il n'y a au bout de tout cela rien de bien redoutable. Les carlistes n'ont été jusqu'ici forts que de la faiblesse du gouvernement et de l'indiscipline de ses troupes, et il y a cent pour cent à rabattre des triomphes que leurs journaux leur attribuent dans un but facile à comprendre. En réalité ils en sont toujours, au même point et n'ont pu s'emparer d'aucune ville importante. Leur contingent s'est accru, c'est vrai, mais par les réquisitions et la violence, et quand M. Castelar a parlé à la tribune de leur organisation et de leur armement redoutable, il avait sans doute des raisons que je ne puis connaître pour faire un puissant navire d'un simple bâton flottant sur l'onde.
En Catalogne, les milices ont éprouvé, près de Reuss, un échec assez sensible. Cercos et le curé de Flix, que les lauriers de l'ex-cabecilla, curé Santa-Cruz empêchent sans doute de dormir, leur avaient tendu une embuscade, dans laquelle elles sont tombées.
Tristany se tient avec deux mille hommes entre Belsarens et Berga, et Saballs est avec des forces à peu près pareilles à Sampedor. La province de Valence a été aussi envahie par quelques bandes, dont quelques-unes se sont même avancées jusqu'à quatre kilomètres de la capitale. Valence se prépare à les recevoir vigoureusement. Je vous ai déjà envoyé quelques croquis de cette ville, lors de l'insurrection cantoniste. Je vous adresse aujourd'hui la vue d'un de ses coins les plus curieux: la place du marché. C'est un long espace irrégulier, situé à peu près au centre de la ville. La quantité d'objets divers qui se vend là, sans compter les comestibles, est vraiment incroyable. Aussi vous vous doutez de l'animation qui y règne! La célèbre Casa longa et l'Église des Santos-Juanes donnent sur cette place qui, vous le savez, rappelle la plupart des vieux souvenirs de Valence. C'est là qu'autrefois les chevaliers rompaient des lances et que le bourreau coupait des têtes. Là avaient lieu également les courses de taureaux. Inutile d'ajouter que les derniers événements ont enlevé à la place du marché quelque peu de son animation habituelle. Mais, ce n'est qu'un temps d'arrêt. Un rayon de soleil à l'horizon politique, et vous verrez!
X.
LES 18 RÉGIONS MILITAIRES
Conformément à la loi sur l'organisation de l'armée, le territoire de la France doit être divisé en dix-huit régions militaires, dont chacune est occupée par un corps d'armée qui y tient garnison. L'Algérie forme une dix-neuvième région à laquelle est affecté un corps d'armée spécial.
Chacun des corps d'armée des dix-huit régions comprend deux divisions d'infanterie, une brigade de cavalerie, une brigade d'artillerie, un bataillon du génie, un escadron du train des équipages, ainsi que les états-majors et les divers services nécessaires (Art. 6 de la loi). La composition détaillée de ces corps d'armée sera réglée ultérieurement par une loi spéciale. En attendant, l'Assemblée nationale a invité le pouvoir exécutif à préparer le règlement d'administration publique portant délimitation des régions.
En exécution des ordres de l'Assemblée, M. le maréchal de Mac-Mahon a chargé le conseil supérieur de la guerre, devenu aujourd'hui Conseil de défense, de préparer un projet de division du territoire, projet soumis en ce moment à la sanction du conseil d'État. Après une discussion approfondie qui fait honneur au conseil de défense et à laquelle ont surtout pris part les généraux Douay, Ducrot, d'Aumale, A. de Rivières, on a délégué à une sous-commission le soin d'arrêter les bases d'un travail définitif. C'est ce travail que nous faisons connaître aujourd'hui, en faisant observer qu'il est encore susceptible d'être amendé par le conseil d'État, et que les résidences désignées pour les commandants de corps sont provisoires et pourraient bien être changées en partie. Ainsi, pour le troisième et le quatrième corps, les membres du conseil, tous appelés à commander en chef, ont demandé comme quartiers généraux les charmantes résidences de Compiègne et de Fontainebleau, quand la seule inspection de la carte indique qu'ils seraient mieux placés, au point de vue du service, à Amiens et à Orléans, vers chacun desquels convergent cinq lignes de chemin de fer. Ce qui prouve qu'il est difficile, même aux hommes animés des meilleures intentions, de se dégager entièrement de toute préoccupation d'intérêt personnel.
La sous-commission chargée de diviser le territoire en dix-huit parts, aussi égales que possible, a dû nécessairement tenir compte des considérations suivantes:
1º Répartir les contingents de la Seine, de Seine-et-Oise et du Rhône entre plusieurs corps d'armée. Cette nécessité n'a pas, pensons-nous, besoin d'être démontrée; les populations de ces départements émettant en toute occasion des votes qui donnent une idée précise des sentiments qui animent la majorité de la population.
2° Veiller à ce que chaque région pût fournir le même nombre de jeunes gens; ce n'est qu'avec le temps que l'on pourra régler exactement la répartition des recrues et des réservistes, dont les premières sont fournies par toute la France et les seconds par la région seulement.
3º S'assurer que toutes les régions, sans exception, auraient à leur disposition une ou plusieurs lignes de chemin de fer pour opérer leurs concentrations et se procurer facilement les approvisionnements nécessaires.
La sous-commission nous paraît avoir fort bien compris la tâche qui lui incombait et les personnes qui, sur des informations vagues, affirmaient qu'elle avait adopté le système longitudinal, c'est-à-dire en long sur une ligne de chemin de fer, calomniaient involontairement les auteurs du projet. L'examen de la carte indique que la plupart des régions affectent une forme ramassée; elles ne se développent en longueur que sur les côtes où il était du reste utile de ne pas multiplier les commandements en cas de guerre.
La zone parisienne comprend quatre corps d'armée ayant leurs quartiers généraux à Rouen, Compiègne, Fontainebleau et le Mans; chacun d'eux fournira une division d'infanterie à Paris. Ces quatre divisions réunies à la garde municipale, à la gendarmerie, à plusieurs brigades de cavalerie, aux brigades d'artillerie de Vincennes et de Versailles, seront sous les ordres d'un gouverneur de Paris, en ce qui concerne la sûreté de la capitale, la police du département de la Seine. Pour l'instruction et l'administration, ces troupes resteront soumises à l'action de leurs chefs directs.
Lyon aura également un gouverneur et cinq corps d'armée pouvant au besoin y détacher des troupes: ceux de Bourges, de Besançon, de Clermont, de Grenoble et de Marseille. Mais on a pensé avec raison que les 7e et 8e corps auraient besoin de tout leur monde; il y avait du reste intérêt à pousser les troupes de Besançon et de Bourges vers le nord, à proximité des Vosges, de la Moselle, du plateau de Langres et de Belfort. C'est sous cette impression que le comité de défense, après quelques tâtonnements, a décidé que le corps de Marseille, le 15e, serait poussé en pointe sur Lyon par l'Ardèche.
Une disposition particulièrement heureuse est celle qui groupe six corps d'armée sur la frontière du nord-est. Le 6e corps occupe seul cette frontière, mais il a pour voisins les 1er, 3e, 4e, 8e, et 9e corps, dont les troupes peuvent déboucher dans le 6e par des voies ferrées de premier ordre et de nombreuses routes. Le département de la Haute-Marne avait été compris d'abord dans le 6e corps, mais le général de Rivières ayant fait observer que la défense du plateau de Langres était liée à celle de la zone traversée par le chemin de fer de Paris à Mulhouse par Belfort, la Haute-Marne a été rattachée à Besançon et remplacée dans le 6e corps par l'Aube.
Dans l'un des projets soumis à la sous-commission, la frontière des Pyrénées formait un seul commandement. On a fait observer avec justesse que les parties orientale et occidentale de cette frontière n'avaient aucune solidarité, que de plus il était impossible de jamais établir une ligne de fer allant de Perpignan à Bayonne, tandis que du sud au nord il existe plusieurs débouchés partant de Saint-Jean-de-Luz, d'Argelès, de Lourdes, de Saint-Girons, de Foix, de Prades et d'Argelès (des Pyrénées-Orientales). On a donc divisé la zone frontière en trois parties: celle de l'ouest se rattachant à la grande ligne de Bordeaux, avec embranchement à Morceux; du centre qui se relie à la France par Toulouse et les lignes partant de l'ancienne capitale du Languedoc; celle de l'est qui débouche par le chemin de Perpignan à Cette, Montpellier, Nîmes.
Les principes une fois posés, et en tenant compte des considérations qui précèdent, le groupement des départements de chaque région devenait une chose si simple qu'en donnant le même travail à vingt personnes différentes au courant de la géographie de la France et du tracé des grandes lignes ferrées, les résultats eussent été pareils à trois ou quatre départements près.
Les renseignements accessoires que nous donnons ci-après sont tirés de l'excellente brochure sur l'organisation militaire de la France, du commandant Corbin, ancien aide de camp du maréchal Niel, actuellement secrétaire de la commission parlementaire de l'armée, par suite en situation de se procurer des documents exacts.
Le 1er corps aura son quartier général à Lille et se compose des départements du Nord et du Pas-de-Calais; son contingent annuel est de 9,651 hommes; il a des ressources de casernement pour 39,522 hommes et 5,392 chevaux.
2e corps.--Rouen.--Seine-Inférieure, Calvados, Eure: contingent 4,916, casernement 9,411 hommes et 2,100 chevaux; plus environ un tiers de Paris et de Seine-et-Oise.
3e corps.--Compiègne ou Amiens.--Somme, Oise, Aisne: contingent 7,503, plus un cinquième de Paris; casernement 11,226 hommes, 3,292 chevaux.
4e corps.--Fontainebleau.--Seine-et-Marne, Loiret, Loir-et-Cher, Yonne: contingent 7,014, plus environ un quart de Paris; casernement 11,983 hommes, 4,279 chevaux.
5e corps--Le Mans.--Sarthe, Mayenne, Orne, Eure-et-Loir: contingent 7,203, plus environ un cinquième de Paris; casernement 4,659 hommes, 1,378 chevaux.
6e corps.--Châlons-sur-Marne.--Aube, Marne, Ardennes, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges: contingent 8,431; casernement 34,177 hommes, 8,998 chevaux.
7e corps.--Besançon.--Haute-Marne, Haute-Saône, Doubs et Belfort, Jura, Ain: contingent 8,744; casernement 22,797 hommes et 2,865 chevaux.
8e corps.--Bourges.--Côte-d'Or, Saône-et Loire, Nièvre, Cher: contingent 7,292, plus une fraction du Rhône; casernement 8,045 hommes et 1,772 chevaux.
9e corps.--Tours.--Indre-et-Loire, Indre, Vienne, Deux-Sèvres, Maine-et-Loire; contingent 8,756; casernement 11,239 hommes et 4,493 chevaux.
10e corps.--Rennes.--Manche, Ille-et-Vilaine, Côtes-du-Nord: contingent 8,910; casernement 10,633 hommes et 2,318 chevaux.
11e corps.--Nantes--Vendée, Loire-Inférieure, Morbihan, Finistère: contingent 10,510; casernement 10,954 hommes et 1,498 chevaux.
12e corps.--Limoges.--Creuse, Corrèze, Dordogne, Charente, Haute-Vienne: contingent 7,992; casernement 6,627 hommes et 975 chevaux.
13e corps.--Clermont.--Allier, Loire, Haute-Loire, Cantal: contingent 7,583, plus une fraction du Rhône; casernement 6,808 hommes et 972 chevaux.
14e corps.--Grenoble.--Haute-Savoie, Savoie, Hautes-Alpes, Drôme, Isère: contingent 7,805, plus une fraction du Rhône; casernement 20,273 hommes et 2,707 chevaux.
15e corps.--Marseille.--Basses-Alpes, Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Gard, Ardèche, Vaucluse, Corse: contingent 10,995; casernement 35,309 hommes et 2,911 chevaux.
16e corps.--Montpellier.--Lozère, Aveyron, Tarn, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales: contingent 8,216; casernement 19,878 hommes et 997 chevaux.
17e corps.--Toulouse.--Lot, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Gers, Haute-Garonne, Ariége: contingent 7,487; casernement 13,755 hommes et 3,096 chevaux.
18e corps.--Bordeaux.--Charente-Inférieure, Gironde, Landes, Hautes-Pyrénées, Basses-Pyrénées: continrent 8,415; casernement 14,779 hommes et 2,162 cnevaux.
Avec les renseignements qui précèdent chacun peut se faire une idée des dépenses à faire dans chaque région pour le logement des hommes et des chevaux, en observant qu'avec l'Alsace et la Lorraine nous avons perdu un casernement énorme et que nous avons la prétention d'entretenir sous les drapeaux 50 mille hommes de plus qu'en 1870. Algérie déduite, nous ne pensons pas que nous puissions entretenir en hiver plus de 250 mille hommes et 80 mille chevaux. Or, les casernements de Paris et de Lyon donnent pour la première de ces villes 48 mille hommes et 6,178 chevaux; pour la seconde 29,190 hommes et 3,033 chevaux. Il restera donc à loger un peu plus de 170 mille hommes et 70 mille chevaux. La question est tellement complexe qu'elle ne saurait être résolue avant de longues années, car les locaux actuellement disponibles sont d'une insuffisance notoire, puisqu'il faut pour chaque corps qui ne détache aucune troupe à Paris, Lyon ou Alger, du casernement pour 15 mille hommes et 4 mille chevaux. Nous renvoyons ceux qui trouveront ces chiffres un peu faibles à l'examen du prochain budget; en l'examinant de près, ils verront que nos effectifs s'élèvent au chiffre de plus de 400 mille hommes en été seulement.
La 19e région formée par l'Algérie se composera de trois divisions: Alger, Oran et Constantine. La garnison permanente de la colonie comprendra trois régiments de zouaves, trois de tirailleurs algériens, un régiment étranger, trois de spahis, trois de chasseurs d'Afrique; le surplus sera fourni par les troupes de l'intérieur.
Le chiffre du contingent annuel afférent à chaque région devrait être exactement de 100 mille, contingent total, divisé par 18 ou de 8,888 hommes; mais outre que cette exactitude était impossible à obtenir dans la répartition par départements, il fallait tenir compte des corps spéciaux et des réserves de cavalerie qui ne pourront rappeler leurs réserves régionalement. La loi autorise du reste à verser les réservistes en excédant dans les régions voisines de celle qui présente un trop-plein; en outre, les contingents de Paris et de Lyon permettent d'équilibrer les huit corps d'armée qui confinent à ces grandes villes.
Nous espérons avoir donné des notions suffisantes pour apprécier la division territoriale proposée par le conseil de défense. Il nous eût été difficile de nous étendre davantage sur ce sujet, du moment où la loi réglant la composition du corps d'armée n'est pas encore votée.
A. Wachter.
CARTE DE LA NOUVELLE DIVISION DE LA FRANCE EN DIX-HUIT RÉGIONS MILITAIRES
COMMANDANTS DES RÉGIONS MILITAIRES
Nº de Quartier Généraux Brigades Région généraux. d'artillerie.