L'Illustration, No. 1594, 13 Septembre 1873
Part 4
A mesure qu'on descend l'échelle sociale la plaie nationale devient plus apparente. Nous sortions de la villa quand un ouvrier est venu nous présenter un petit enfant, le fils du maître, qu'il tenait dans les bras. Nous avons admiré l'enfant. L'ouvrier nous a immédiatement demandé «un petit six-pence» (douze sous) pour régaler le bambin. Ce sont partout les mêmes supplications: «Un penny s'il vous plaît», «donnez-moi quelque chose, mon joli gentilhomme», «votre honneur ne me refusera pas un morceau de pain», etc. Les véritables Irlandais sont fiers comme des Hidalgos. Ils n'ôtent le chapeau que devant le curé et le squire. Mais mendier ne leur semble pas déshonorant. Ils le font naturellement, simplement, avec des gestes d'une dignité admirable Et ils ont une excuse permanente, la misère, une misère réelle, sordide, affreuse. Nous avons réussi à faire causer un petit garçon de neuf ans qui revenait de l'école. Ce n'était pas l'école communale (on a peur de la propagande protestante qui se fait dans la plupart de ces établissements), mais une institution privée, où l'on payait. «Combien?» avons-nous demandé. Était-ce un penny par semaine? Non. «Quelque chose au bout de l'armée.»--«Un sac de farine, des pommes de terre?» Le petit n'en savait rien, mais ce «quelque chose» qu'on donnait devait être bien maigre, car c'était le quatrième fils d'une veuve, une pauvre femme qui gagnait deux ou trois _pence_ par jour en filant le lin. L'enfant n'avait pas d'ouvrage, disait-il, personne n'avait de l'ouvrage. Sa mère avait une cabane, pas de terre, pas le plus petit champ de pommes de terre, rien que la cabane. Comment vivaient-ils? Sa mère filait, tricotait des bas. «Elle n'en porte pas elle-même», ajoutait-il en riant. Et lui vivait en mendiant. Son frère, c'était le capitaliste de la famille, un capitaliste de quatorze ans, gagnait sept shillings par semaine en conduisant les _jaunting-cars_ (sorte de _dog-cart_ ayant des sièges devant et derrière), pour les touristes. Et les cinq s'habillaient, se nourrissaient, payaient le loyer et l'école avec douze shillings par semaine! N'est-ce pas navrant? N'est-ce pas que cela explique bien des erreurs, bien des défaillances, bien des crimes? J'aurais voulu mettre quelques honorables membres de la Chambre du commerce en face de cette misère. J'aurais voulu leur montrer cette cabane ouverte à tous les vents, dont le chaume avait gardé toutes les pluies, comme une vieille éponge. Les maigres cochons, dont la litière encombrait et empestait l'unique chambre, eussent paru comme autant de preuves de «l'incurie irlandaise» aux habitués des clubs du Pall-Mall; la franche nudité des marmots eut choqué la pudeur puritaine des prédicateurs de Exeter-Hall. Mais l'expérience n'eut pas été sans résultat. Nous eussions eu moins d'optimistes pour déclarer que la «réconciliation de l'Irlande» est un fait accompli, et pour soutenir que la domination anglaise dans l'île soeur--à la mode de Caïn--est synonyme de progrès moral et matériel.
E. J.
Les petits métiers en Chine
Autrefois la Chine, comme le Japon, était fermée aux étrangers. De là sur beaucoup de points l'infériorité de ce pays et les moeurs si tranchées de ses habitants. Mais aujourd'hui que l'extrême Orient ouvre toutes grandes ses portes au commerce, à la science, à la civilisation de l'Occident, et montre qu'il est résolu à en faire son profit, cette dissemblance ira chaque jour s'affaiblissant, et dans un avenir plus ou moins rapproché cessera d'être sensible. Avant que ce moment soit venu, il ne sera donc pas sans intérêt, croyons-nous, de photographier et de consigner dans ce recueil quelques-uns de leurs types, ceux entre autres qui nous semblent appelés à disparaître des premiers, et qui appartiennent à cette classe des gagne-petit, classe en Chine si vive, si laborieuse, si intelligente. Le Chinois, en effet, pratique également bien tous les métiers, et, quelque durs qu'ils puissent être, il le fait avec autant de prestesse que d'assiduité. Son tempérament d'ailleurs se prête merveilleusement au travail, à la sobriété, à l'économie. Malheureusement il est un peu voleur. On ne saurait être parfait.
Le premier type que nous offrons au lecteur est populaire à Pékin. C'est le marchand de jouets d'enfants. D'un pied léger, on le voit, dès le matin, avec le panier qui renferme sa fortune et sur lequel il saura avec art disposer sa marchandise, gagner la rue où il stationnera, attendant les clients. Car il n'est pas riche et ne peut se payer le luxe d'une de ces boutiques à fond bleu et vert parsemé d'or qui font un si bel effet dans les grandes rues de Pékin, tirées au cordeau et sans cesse remplies d'une foule immense. Mais il ne compte pas non plus dans sa clientèle beaucoup de mandarins. C'est aux petites gens qu'il s'adresse, et c'est aux beaux yeux de leur modeste cassette qu'il fait les doux yeux. Il vit tout de même et le plus souvent fait très-bien ses affaires.
Notre second type, le cordonnier ambulant, est un nomade. Il ne plante pas sa tente dans un lieu fixe. Il rayonne, et va de ville en village indifféremment. Il porte son outillage tantôt sur l'épaule, aux deux bouts d'un bâton, comme nos porteurs d'eau portent leurs seaux, tantôt sur une brouette surmontée d'une voile pour s'aider du vent. Arrivé à destination, il s'établit dans le premier coin venu et se met à l'ouvrage. Il travaille pour homme et pour femme, fait le neuf, mais ne dédaigne pas le vieux... surtout pour lui: Je ne sais si notre proverbe: «Les cordonniers sont les plus mal chaussés,» a cours en Chine, mais à le voir on le croirait.
L. C.
Une visite au petit-fils de Louis XVI
La Haye, 3 septembre 1873
AU DIRECTEUR.
Suivant votre désir, je me suis rendu auprès de M. Adelberth de Bourbon; et j'ai d'autant plus de plaisir à raconter à vos lecteurs la courte visite que j'ai faite au petit-fils de Louis XVI, que l'accueil que j'en ai reçu a été des plus gracieux et des plus sympathiques.
Après m'être procuré une lettre d'introduction, car je ne voulais point me présenter comme un intrus, je me suis rendu Anna Paulouwna straat. C'est dans une maison de belle apparence, mais où rien n'est sacrifié au luxe extérieur, que demeure le jeune lieutenant des grenadiers et chasseurs de S. M. le roi de Hollande.
Je sonnai, je remis ma lettre à une domestique et je fus introduit dans une petite pièce du rez-de-chaussée, espèce de cabinet de travail sévèrement, simplement, je dirai presque sobrement meublé.
Un grand bureau, deux tables chargées de livres, quelques portraits suspendus au mur, des armes, un sabre d'officier, le fusil Beaumont (le modèle adopté pour l'armée, néerlandaise), tel était l'ameublement de ce cabinet.
Quelques instants après M. de Bourbon entra.
--Pardon, me dit-il, de vous avoir fait attendre. J'étais avec mes enfants. Les chers amours n'entendent rien à la politesse; ils m'ont retenu. Vous m'êtes adressé par un de mes bons amis, homme de science et d'étude; que puis-je faire pour vous être agréable?
Et en disant cela, M. de Bourbon me tendait la main de la façon la plus cordiale qu'on put souhaiter.
C'eût été manquer à toutes les convenances que de ne pas répondre loyalement et franchement à tant de loyale franchise. Je dis donc hautement le but de ma visite, la mission dont j'étais chargé et que j'avais à remplir. J'expliquais que le bruit qui se fait en France autour de la revendication du fils de Louis XVII excitait au plus haut point la curiosité publique, que votre devoir était de la satisfaire, et que je venais en votre nom réclamer de son obligeance quelques instants d'entretien.
--N'ayant aucune ambition politique, me répondit M. de Bourbon, ne revendiquant qu'une fortune civile, que mon cousin M. de Chambord détient indûment, je pourrais me refuser à ce que vous me demandez.
J'ai toujours désiré l'obscurité, et maintenant je la souhaite plus que jamais. Mais ma vie est pure et chacun peut la fouiller, sans crainte d'y trouver une mauvaise action ou un mauvais désir. C'est pourquoi je veux vous initier à ce qu'elle l'enferme de souffrances et de chagrins.--Le jeune lieutenant m'ayant fait monter dans un salon où nous risquions moins d'être dérangé, reprit en ces termes:
--On vous aura dit sans doute que j'étais un ambitieux, et peut-être un imposteur.
Je fis un mouvement.
--Ne vous en défendez pas, reprit-il avec un triste sourire; ma présence ici-bas gêne trop de monde pour que ceux qui ont essayé d'assassiner mon père ne tâchent pas de déshonorer ses enfants. La vérité est que je ne suis pas un ambitieux; quant à être un imposteur, vous allez en juger vous-même.
En 1845, mon père, méconnu, harcelé, poursuivi par des haines sans nom, expira à Delft, en Hollande, et la conviction de tous ceux qui assistèrent à ses derniers moments est qu'il mourut empoisonné. Lorsqu'il fallut enregistrer son décès sur les livres de l'état-civil, une difficulté se présenta. Les amis de mon père déclarèrent que celui qui venait de mourir se nommait Charles-Louis de Bourbon, fils légitime de Louis XVI, roi de France et de Navarre, et de S. A. I. et R. Marie-Antoinette d'Autriche, morts tous deux à Paris. Ledit Charles-Louis était né au château de Versailles, le 27 mars 1785.
Le secrétaire de la régence refusa d'inscrire une semblable mention. On dût en référer au bourgmestre; mais celui-ci n'osant prendre sur lui de décider un point aussi important, adressa notre requête au ministre de l'intérieur, en le priant de vouloir bien trancher la difficulté..
S. E. le ministre prit connaissance des pièces qui étaient entre les mains de nos amis, et après y avoir été autorisé par S. M. Guillaume II, ordonna que l'inscription fut faite telle que nous en avions témoigné le désir.
--Et cette inscription existe? demandai-je.
--Deux fois à Delft, monsieur. D'abord sur les registres de l'état civil, et ensuite sur la tombe de mon père. Mais prêtez toute votre attention à ce qui va suivre.
Plus tard, lorsque je résolus de me faire une carrière dans les armes, il fallut me faire naturaliser. Vous savez combien les lettres de grande naturalisation sont difficiles à obtenir en Hollande! Hé bien, ces lettres, pour les avoir, il m'a suffi de les demander.
L'EXPÉDITION DE KHIVA.
Les pièces que j'ai produites à ce moment furent examinées par le ministre de l'intérieur, épluchées par les Chambres, et, sans opposition, sans objections sérieuses, je fus fait citoyen néerlandais sous mon nom de Bourbon, que le gouvernement considère comme mon indiscutable propriété.
Mieux que cela encore, monsieur; lorsque j'épousai la petite-fille de votre grand amiral Duquesne, l'excellent comte de la Barre, qui a été mon conseil en tout ceci, et que nous appelons tous ici _vice-père_, car c'est lui qui m'a élevé, M. de la Barre a tenu à ce que, contre toutes régies, le nom de mes glorieux ancêtres figurât sur la mention de l'état civil.
Pendant un mois l'affaire demeura en suspens. Impatienté par ces retards, j'allais céder, quand enfin ordre arriva de La Haye de se conformer à notre désir.
Or, notez que ce n'est point un seul et même ministre de l'intérieur qui a pris cette triple décision. Ce sont trois ministres différents qui, après avoir eu connaissance de mes titres, ont déclaré que j'avais droit de me dire petit-fils de Louis XVI. Puis-je être suspecté de crédulité banale (je ne dis pas de fraude, car la personne qui vous adresse à moi vous a dit qui j'étais), en acceptant pour vrai ce que trois ministres néerlandais ont affirmé? Et j'ai une raison de plus qu'eux pour croire à la justice de ma cause, c'est la vénération que je ressens pour mon père et le respect sans bornes que m'inspire sa mémoire.
Toute sa vie, monsieur, il a lutté pour cette revendication. Il a refusé toute transaction. Dieu seul connaît les sommes qui lui furent offertes et la misère que ma famille a endurée. Il s'est cependant montré inflexible, et je croirais déserter la sainte cause qu'il a défendue jusqu'à sa mort en ne la défendant pas à mon tour.
--Mais, ne pus-je m'empêcher de dire, c'est une grosse partie que vous jouez là, et ne craignez-vous pas de la perdre?
--Pourquoi désespérer de la justice des hommes, quand on a le bon droit de son côté?
--C'est vrai. Mais les hommes se trompent; et quelquefois de hautes influences, des considérations d'un ordre spécial, que sais-je, troublent leur entendement. La Justice, vous le savez, est aveugle...
--Vous avez raison, me répondit M. de Bourbon, j'ai pensé à tout cela. J'ai tout prévu. Toutefois je n'ai pas hésité. Car si la piété filiale me force à réclamer un nom qui m'est dû, il est encore une autre raison, tout aussi élevée, qui m'oblige à épuiser tous les moyens qui sont en mon pouvoir pour rentrer dans mes droits.
Cette autre raison, ce sont mes enfants. Certes, j'aime plus que vous ne sauriez le croire le repos et la tranquillité. L'obscurité me plaît et je n'ambitionne rien de plus que ce que je possède. Une femme que j'adore, des enfants que je chéris, des amis que j'estime, une fortune modeste, mais suffisante, un grade honorable dans le plus beau régiment de l'armée néerlandaise! Il faudrait que je fusse bien exigeant pour n'être point satisfait!
Mais, si par amour du repos, je renonçais à faire valoir mes droits, que pourrais-je répondre à mes fils, le jour où devenus des hommes, ils me diraient: «Vous pouviez faire constater la légitimité de notre nom, vous ne l'avez pas voulu. Vous pouviez prouver à la France et à l'Europe que ce nom que nous portons avec orgueil est notre bien indiscutable, et vous ne l'avez pas fait. Et aujourd'hui il se peut qu'un homme dise encore, en nous voyant passer; ceux-ci sont les petits-fils d'un imposteur.»
Que leur répondrais-je s'ils m'adressaient cette question? Je vous le demande, monsieur, que pourrais-je leur répondre?
À toutes ces raisons il s'en ajoute une autre qui, bien que moins pressante, a cependant lourdement pesé sur mes décisions. C'est une question de nationalité. Je suis Français de coeur plus que vous ne sauriez croire, et pendant ces désastres de 1870 et 1871, nul ne saura toutes les larmes que j'ai versées en suivant sur la carte de mon pays bien-aimé la marche des envahisseurs.
Or admettre que je suis, comme le prétendent mes ennemis, le fils d'un horloger berlinois du nom de Naundorff, c'est me chasser des rangs français pour me placer dans ceux de leurs oppresseurs. A cette seule pensée, monsieur, mon sang se met à bouillir. Je vois trouble, je ne me connais plus. Et pourtant j'ai été élevé à Dresde. C'est là que j'ai fait mes études. Ah! c'est pour moi une preuve bien certaine que je suis Français, que cette indignation qui me saisit chaque fois que le nom de vos vainqueurs est prononcé devant moi.
En disant ces dernières paroles, le jeune lieutenant s'était levé; sa voix vibrante avait quelque chose d'ému et de passionné qui me faisait tressaillir malgré moi. Je me levai à mon tour.
--Oui, monsieur, oui, vous êtes bien Français, lui dis-je, car il n'y a que dans une âme française que de pareils sentiments peuvent se faire jour avec tant de force.
Notre entretien était terminé; il ne me restait plus qu'à prendre congé. Le petit-fils de Louis XVI m'accompagna jusqu'à la porte d'entrée.
Au moment de nous quitter il me tendit la main.
--Puisqu'il y a en France, me dit-il, des honnêtes gens qui se préoccupent de moi et qui vous envoient pour me connaître, dites-leur bien que le Bourbon que vous avez vu ici est avant tout un honnête homme, qui croit, en revendiquant son nom, accomplir un devoir sacré. Dites-leur bien que ce n'est point un ambitieux sans coeur ou un intrigant déclassé qui voudrait, en spéculant sur la crédulité publique, aggraver encore les malheurs de sa patrie.
C'est sur cette parole que je quittai M. de Bourbon, lui promettant de vous rapporter fidèlement l'entretien que vous venez de lire. De son procès, je n'ai point à vous en parler; dans quelques jours les tribunaux en seront saisis. Et la justice française décidera ce qu'il y a de fondé dans ses prétentions. De sa personne je ne puis rien vous dire qui vaille le portrait que je vous envoie et qui est très-ressemblant. Son esprit, vous le connaissez aussi bien que moi par la conversation que je viens de vous répéter. Il ne me reste donc qu'à clore cette lettre en vous disant qu'une chose en tout cela m'a surtout frappé, c'est la profonde conviction que j'ai rencontrée ici chez tous ceux à qui j'ai parlé de M. Adelberth de Bourbon. Tous l'estiment, beaucoup l'aiment et personne n'oserait affirmer qu'il n'est pas le petit-fils de Louis XVI.
Agréez, etc.
George Français.
Les pasteurs de Beni-Hassan
Beni-Hassan est un village de la Haute-Égypte, situé sur la rive droite du Nil et au sud du Caire, dont il est distant d'environ deux degrés. Village assez pauvre, peuplé de pauvres gens, dont les maisons, pour la plupart faites en terre cuite au soleil, n'ont rien de confortable. Cette population est en majeure partie composée d'Arabes paysans, mêlés à un petit nombre de Coptes, confondus les uns et les autres sous la même appellation de Fellahs. Cultivateurs et pasteurs, ils vivent des produits de la terre et de leurs troupeaux que, dans la saison favorable, ils vont faire paître au loin, près de quelque marabout vénéré au dôme blanc, qu'ombragent les dattiers. Cet arbre est encore une de leurs ressources. Ils mangent son fruit mélangé avec une bouillie faite de farine et de graisse de mouton. Les pasteurs de Beni-Hassan ne portent pas de burnous, mais une sorte de courte tunique que recouvre mal un haïk attaché à la tête avec une pièce d'étoffe roulée en turban.
Dans le voisinage de Beni-Hassan se trouvent quelques hypogées qui sont, comme le mot l'indique, des _souterrains_ creusés dans le flanc des montagnes et servant de lieu de sépulture. «En général, dit M. René Ménard, les hypogées s'annoncent par une façade taillée verticalement dans le rocher et par une porte ouvrant sur un couloir qui s'enfonce dans la montagne. Ces couloirs sont entrecoupés par des pièces carrées ou rectangulaires dans lesquelles se trouvent les sarcophages.» A Beni-Hassan ces pièces sont pleines d'anciennes peintures égyptiennes.
L. C.
L'expédition de Khiva
L'attention du public vient d'être appelée de nouveau sur l'expédition entreprise par les Russes dans l'Asie centrale.
Un télégramme publié par le _Daily Telegraph_ de Londres annonçait il y a quelques jours que les Khiviens s'étant révoltés contre les conquérants, ceux-ci avaient dû sévir avec la dernière rigueur et que la capitale du khanat avait été complètement détruite; cette nouvelle était, heureusement, fort exagérée; mais des troubles avaient éclaté, et il paraît certain que la Russie aura quelque peine à établir définitivement son autorité au milieu de ces peuplades insoumises. On sait que l'autorité militaire russe n'a voulu admettre dans l'état-major du général Kaufmann aucune personne n'appartenant pas à l'armée, et qu'il a été à peu près impossible d'obtenir d'autres renseignements sur l'expédition que ceux que l'état-major lui-même a bien voulu livrer à la publicité. C'est donc pour nous une véritable bonne fortune que de pouvoir publier, d'après un journal illustré anglais, deux croquis dont l'authenticité ne laisse rien à désirer et qui donneront à nos lecteurs une idée du caractère sauvage du pays que la colonne expéditionnaire a eu à traverser. L'un de ces croquis représente le lac Koundi, situé à vingt milles de Kinderli, en pleine steppe, et dont l'eau a été une précieuse ressource pour les troupes; l'autre dessin a pour sujet un cimetière khirgise, sur la route d'Orenbourg.
Cendrillon, tableau de M. James Bertrand.
On se rappelle les succès obtenus, pendant ces dernières années, par la _Virginie_ et l'_Ophélie_ du même auteur. M. James Bertrand se plaît, à retracer les images de ces héroïnes de la poésie ou du conte, et son gracieux talent se plie merveilleusement à la représentation des types consacrés de la légende poétique ou enfantine. Voyez cette pauvre _Cendrillon_, tristement assise auprès de l'âtre ou pétille le feu de la cuisine; elle a interrompu sa besogne, ses mains sont retombées sur l'assiette qu'elles tenaient, et son oeil mélancolique erre vaguement dans les espaces mondains à peine entrevus, où ses orgueilleuses soeurs étalent les charmes de leur insolente beauté; tous les détails sont justes et appropriés au sujet, jusqu'à cette pantoufle tombée à terre qui laisse voir à nu le petit pied que Perrault a rendu immortel. Il semble que la fée bienfaisante va paraître et compléter l'illusion.
Château-Landon
Cette petite ville, bâtie sur une colline et sur la rive gauche du Fusain, ruisseau qui se jette dans le Loing, offre un site aussi pittoresque que varié. Ville aujourd'hui bien déchue, tombée depuis longtemps du rang de capitale à celui de chef-lieu de canton! Pour retrouver le temps de sa splendeur la plus certaine, sinon la plus brillante, il faut en effet remonter au moyen âge et à l'époque mérovingienne. Alors résidence royale et capitale du Gâtinais, elle renfermait une nombreuse population dans de fortes murailles qui lui permirent de soutenir avec succès plusieurs sièges. C'est dans les guerres religieuses qu'elle devait trouver la fin de sa gloire. Prise et reprise par les protestants, elle fut par eux presque entièrement détruite en 1507, et jamais ne put se relever de ce coup.
On remarque à Château-Landon l'église Notre-Dame, avec ses trois portails romans, un à chaque extrémité de la croix, son choeur roman et son beau clocher du XIIIe siècle; puis la tour de l'ancienne église de Sainte-Ugalde, dont les deux derniers étages sont percés de fenêtres géminées; enfin une maison appelée la Monnaie, eu partie du XIIIe siècle. Cette maison se trouve dans l'emplacement de l'ancien quartier des Juifs, car, comme toutes les villes au moyen âge, Château-Landon avait sa _Juiverie._ Les Juifs n'étaient pas aimés, on le sait, bien loin de là, et leurs richesses excitaient de furieuses convoitises. On les rançonnait sans merci, et volontiers on les chassait après les avoir dépouillés. C'est ainsi que vers la fin du XIIe siècle, ils furent chassés de Château-Landon et leurs maisons dévastées. Celle dite la Monnaie, donnant sur la place au Change, est la seule qui reste, pour témoigner de cette violence.
On remarque encore à Château-Landon de nombreuses ruines, qui font la joie des archéologues: ruines d'un ancien château gothique, dont les restes servent de mairie et de prison; ruines de l'église Saint-André, du XIIe siècle; ruines d'un ancien hôpital, du XIIIe. Ce sont enfin les ruines de la maison abbatiale de Saint-Séverin.
Cette abbaye avait été bâtie sur le tombeau de ce saint, mort à Château-Landon, à son retour de Paris, où il avait été appelé par Clovis. En temps de guerre, elle servait de citadelle. Ses ruines sont très-imposantes et très-curieuses. Une portion toutefois en a été conservée et même est habitée: la façade méridionale. On y voit de vastes souterrains superposés comme les étages d'une maison, des oubliettes, un puits de sauvetage, d'immenses salles éclairées du côté de la vallée, et, surmontant le tout, une tourelle très-élevée, appelée la _tour du guet._
L. C.
LES MYSTÈRES DE LA BOURSE
LE JEU DE LA BOURSE