L'Illustration, No. 1590, 16 Août 1873

Part 5

Chapter 5728 wordsPublic domain

Une fontaine uniformément agrémentée, qu'il porte sur son dos à l'aide de bretelles. Deux robinets y sont adaptés à l'arrière, et, passant le long des flancs du marchand, viennent à portée de sa main courber docilement leurs cous de cygne. Sous la fontaine est placé un bâton destiné à en supporter le poids lorsque le marchand s'arrête. Puis ce sont quatre timbales en métal blanc accrochées sur sa poitrine. Ajoutons une petite sonnette qu'il fait tinter du doigt, tout en allant, pour appeler la pratique, et c'est tout. Car pour la marchandise, est-ce la peine d'en parler?

On sait ce qu'est cette boisson plus ou moins rafraîchissante, d'un usage vulgaire dans toutes les grandes villes et qu'on nomme coco. Elle n'a rien de commun, bien entendu, avec l'eau claire, odorante et fort agréable au goût que renferme avant sa maturité le fruit du cocotier. Non, c'est purement et simplement une infusion froide de racine de réglisse, qui n'a pas toujours été récoltée dans la Catalogne. Pour quelques sous on peut, comme on voit, en fabriquer des tonneaux.

Ainsi outillé, le marchand de coco entre en campagne.

Il est de toutes les fêtes de la rue, et partout où il y a foule, il y va. Y a-t-il course ou revue à Longchamps? vous êtes sûr de l'y rencontrer. Vous le trouvez aux abords de toutes les promenades, aux portes de tous les théâtres.

Écoutez... Din! din! din! C'est bien lui, et le voilà. «A la fraîche! qui veut boire? A la fraîche!» Ainsi crie-t-il en se promenant. Accourez donc, vous dont la soif est grande et la bourse petite. Le marchand est avenant et le verre profond, et vous en serez quitte pour la simple bagatelle d'un sou. Même il fut un temps où pour cette somme vous auriez pu récidiver. Aujourd'hui les temps sont durs.

Le marchand de coco n'a aucune prétention à l'élégance, et il a généralement passé l'âge des amours.

Je ne prétends pas pour cela qu'il n'aime plus rien. Le plus souvent son nez protesterait. EN effet, il a volontiers à la bouche le proverbe: «A petit manger bien boire;» mais pas de l'eau. Qu'il y ait dans cette eau de la racine de réglisse ou du citron, il n'importe. C'est dire qu'il ne tourne que rarement à son intention le robinet de sa fontaine. Aussi, lorsqu'ils se rencontrent, comme autrefois les augures, deux marchands de coco ne peuvent-ils se regarder sans rire.

C. P.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Les _Nouveaux enchantements_, de Mme P. de Saman (1 vol. in-18, chez Michel Lévy).--Il y a quelques mois, Mme de Saman publiait un volume qui fit du bruit, beaucoup de bruit, trop de bruit au gré de quelques-uns. Cela s'appelait les _Enchantements de Prudence_ et l'on y apprenait une foule de particularités curieuses sur certains hommes, illustres ou non, de la Restauration et de la monarchie de Juillet. L'auteur, qui était une femme, racontait sans sourciller ses aventures avec M. Libri et avec sir Édouard Bulwer-Lysson, et elle nous mettait au courant des petits repas folâtres qu'elle faisait, dans un cabaret des environs du Jardin des Plantes, avec Chateaubriand, qu'on nous montrait chantant du Béranger au dessert. Ce livre étrange était du moins piquant. Il souleva de vives polémiques. Le fils de l'auteur, M. Marcus Allart, s'en mêla, et les _Enchantements de Prudence_ obtinrent, en somme, un vrai succès de scandale.

Mme de Saman en profite aujourd'hui pour lancer un second volume, les _Nouveaux enchantements_. Mais ceux qui y chercheront des révélations et des souvenirs sur les contemporains seront parfaitement déçus. Ce livre ne ressemble malheureusement pas au premier; il n'est même qu'une spéculation de l'auteur qui a pris texte du bruit fait autour des premiers _Enchantements_ pour livrer au public de vieux articles sur Pitt, Burke, Diogène, la Chine, l'Inde, etc., et même des pensées détachées et des _Nouvelles_ comme l'_Indienne_ et _Jérôme ou le jeune prélat_. Il y a des qualités de style, une science étonnante chez une femme, des pages agréables dans ce livre, mais l'ensemble est confus et d'une lecture fatigante.

Ces _Nouveaux enchantements_ n'enchanteront que peu de gens et en désenchanteront un assez grand nombre. Le premier livre était léger, débraillé, bizarre, soit, mais il était curieux; celui-ci est ennuyeux. C'est le défaut le plus grave qu'on puisse reprocher à un ouvrage qui porte ce titre: _Enchantements._

RÉBUS

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:

Ignorance et routine, voilà nos ennemis les plus à redouter.

End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1590, 16 Août 1873, by Various