L'Illustration, No. 1588, 2 Août 1873

Part 4

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La vie n'est point interrompue par ces froids terribles qui mènent le mercure rendu déjà pâteux jusqu'au seuil de sa congélation. Non-seulement les profondeurs de l'Océan sont habitées par des êtres qui ne peuvent pas même s'apercevoir que la surface de leur empire est gelée, mais la neige imprégnée d'eau de mer est la patrie d'élection de myriades d'animalcules qui grouillent dans une sorte de saumure naturelle. Ces infiniment petits se portent à merveille avec un froid qui suffit pour rendre le fer brûlant. Ils sécrètent parfois une vive lumière, qui égaye la grande nuit polaire, comme s'ils voulaient reprocher au soleil d'abandonner si longtemps à elles-mêmes ces régions déshéritées.

Enfin, la lueur boréale a été analysée à l'aide du spectroscope, qui a permis aisément à MM. Vijkander et Parent d'y reconnaître la présence des raies caractéristiques du fer, du soufre et du charbon. Cette analyse semble indiquer que des poussières météoriques tonifient sans cesse de la haute atmosphère. Elles se brûlent en entrant dans notre monde, et notre terre, grossissant sans relâche, s'enrichit depuis des milliers de siècles des cendres de combustions sans cesse renouvelées. Puisse-t-il nous arriver des profondeurs infinies du firmament une substance nouvelle qui, mélangée à notre chair et à notre substance cérébrale, nous donne un peu plus de sagesse et beaucoup plus de raison!

W. de Fonvielle.

L'EMPRUNT ÉGYPTIEN

Au point de vue du crédit, les gouvernements, comme les individus, se divisent en deux grandes classes: les gouvernements qui payent et ceux qui ne payent pas. Et le crédit, bien entendu, abandonne les derniers pour se tourner du côté des gouvernements bons payeurs, qui lui présentent sécurité et profit.

L'Égypte, il faut le reconnaître hautement, a toujours été mise au rang des États qui ont sur les marchés européens un crédit de premier ordre. Voyez les cours de ses emprunts; celui de 1802, émis à 84 francs, est aujourd'hui à 93 et demi; celui de 1804 est monté de 87 à 97; celui de 1808, émis à 75, se cote à 87 et demi.

Tous les emprunts égyptiens font prime, tant est grande et légitime la confiance qu'ils inspirent. L'emprunt de 1873, qui offre aux capitaux, en calculant toutes les bonifications qui s'y rattachent, un revenu total de 9 pour 100 environ, est appelé à bénéficier des mêmes dispositions et à profiter des mêmes avantages.

Pourquoi? C'est que, loin d'avoir abusé du crédit, l'Égypte jusqu'à présent n'a eu recours aux emprunts que pour développer les admirables ressources de cette terre féconde dont les anciens avaient fait le grenier de tous les peuples. À ce point de vue, on peut dire que le gouvernement actuel de l'Égypte a largement fait entrer dans l'Orient les conquêtes industrielles de notre civilisation occidentale.

Tout marche de front sous la main du khédive: les écoles et les travaux publics, le commerce et l'industrie, l'agriculture et les chemins de fer. Les écoles, qui ne comptaient que 3000 élèves sous Méhémet-Ali, en comptent 90 000 sous Ismaïl-Pacha; et les exportations par le port d'Alexandrie, qui ne montaient en 1800 qu'à 268 millions de piastres, donnent en 1872 le chiffre de 1,334,323,900 piastres! Ces deux chiffres montrent les progrès réalisés en deux lustres!

L'emprunt de 1873 va permettre à l'Égypte de réaliser de nouvelles améliorations et d'accroître encore ses revenus. Ces ressources seront consacrées à convertir la dette flottante de l'État en dette consolidée, à donner une impulsion plus rapide à toutes les entreprises de travaux publics, et à établir entre l'Égypte et le Soudan un chemin de fer de 900 kilomètres qui apportera à l'Égypte, et par elle à l'Europe, l'ivoire, l'or, le sucre, le coton et les autres produits de ces vastes régions ainsi reliées au mouvement du commerce européen.

Les millions de cet emprunt produiront donc deux résultats. Ils consolideront le crédit de l'Égypte en ouvrant dans de merveilleux pays de nouvelles sources d'opérations commerciales et de revenus importants pour l'État, et ils contribueront ainsi à resserrer les liens qui nous unissent si étroitement à l'Égypte. Par les industries qu'elle emprunte à l'Occident et par son canal de Suez, l'Égypte n'est-elle pas aujourd'hui le trait d'union qui relie l'Europe à l'extrême Orient?

Léon Creil.

LES TREMBLEMENTS DE TERRE DANS LE MIDI DE LA FRANCE.

LE PEINTRE AB OVO

COMMENT SE RECRUTENT LES PEINTRES?

(Fin)

C'est un beau jour pour l'élève que celui où le maître lui a permis de prendre rang parmi les peintres.--Depuis longtemps déjà il s'est familiarisé avec la palette, et c'est dans les galeries du Louvre ou du Luxembourg que commence généralement l'initiation. Il serait curieux de savoir l'effet que pourrait produire sur les grands maîtres la vue de ce que, sous prétexte d'études, on se permet de faire de leurs chefs-d'oeuvre; probablement le même que celui que devait causer à Rossini d'entendre exécuter l'air--_Di tanti palpiti_--sur l'orgue de Barbarie. Quelle que soit pourtant l'insuffisance de ces premiers essais, ils permettent à l'élève de se présenter devant le modèle avec un commencement d'expérience; la première difficulté est vaincue, celle de s'être rendu maître des moyens d'exécution; le reste viendra plus tard, à l'aide des bons conseils du maître, à la vue de la nature et beaucoup aussi par la comparaison que l'on fait de sa manière de la voir, de la reproduire, avec celle des camarades plus avancés; ce sera une étude involontaire, dont on n'a pas conscience, et qui cependant aura une influence quelquefois décisive sur le talent futur du jeune commençant.

Comme dans presque toutes les réunions de jeunes gens, à l'atelier règne l'égalité la plus absolue. Ce n'est qu'à l'heure du déjeuner que se révèle l'aristocratie de la fortune. Des bottes de radis, des cervelas, de minces triangles de fromage de Brie, un gros morceau de pain issu de la maison paternelle, voilà le déjeuner des prolétaires; il est arrosé avec l'eau claire de la fontaine; dans la saison des fruits, groseilles, cerises, dans la feuille de chou traditionnelle, viennent varier le menu. Aux opulents, les oeufs sur le plat, la saucisse crépitante dans la poêle, le beef-steak réfractaire, le carafon de vin dans quelque crémerie du voisinage.--Il est une chose égale pour tous,--l'appétit.

Si quelquefois l'amateur est un fléau dans l'atelier d'un peintre, il n'en est pas de même dans celui des élèves. D'ailleurs, il ne vient pas pour passer le temps, pour tuer des heures d'ennui; c'est en qualité d'étudiant que la porte lui en est ouverte. Dès le premier jour il a pris l'esprit de corps,--d'atelier,--voulions-nous dire; il comprend que sa position sociale ne lui donne aucun privilège; aussi n'essaye-t-il jamais de la faire sentir,--et peut-être l'amitié d'atelier est-elle plus persévérante que celle du collège, quel que soit le point où l'art soit parvenu par la suite.

L'académie du soir, à l'École des beaux-arts, est un complément nécessaire de l'éducation du jeune peintre. La salle d'étude se compose d'un vaste hémicycle disposé en gradins; au centre, la table du modèle. Un système ingénieux d'éclairage répand une lumière égale sur tous les élèves, tandis qu'un foyer lumineux se projeté sur le modèle. Le banc supérieur est adossé à une sorte de chevalet courant où les élèves sculpteurs posent leur--fond,--sur lequel ils copieront le modèle en bas-relief; ici, où ne fait que dessiner ou modeler, et la séance est de deux heures. C'est le professeur de semaine qui donne la pose le premier jour, et les élèves ne sont admis à entrer que quand elle est déterminée; mais il n'en est pas de même ici qu'à l'atelier, c'est le mérite qui donne le droit de choisir la place que l'on occupera pendant toute la semaine. A cet effet, deux fois par an a lieu ce que l'on nomme le concours des places. Trois semaines de suite le modèle garde la même pose; pendant chacune d'elles, une fraction des concurrents dessine ou modèle la figure du mieux qu'il peut, et à la fin du concours les oeuvres sont jugées par les professeurs réunis, qui les classent par rang de mérite. On voit qu'il n'y a guère que le tiers des prétendants appelés à profiter de cet enseignement. Une salle semblable est destinée à l'étude des modèles de l'antiquité d'après les plâtres moulés sur les chefs-d'oeuvre de nos musées; pour y être admis on passe par le même concours. C'est avec un grand battement de coeur que l'on va le lendemain du jugement visiter les listes affichées: heureux celui dont le nom figure sur les deux, il est assuré de six mois de fructueuses études!

Le professeur vient chaque jour, et pendant le temps qu'il reste chacun a le droit de lui porter son travail pour recevoir ses conseils.

Chaque semestre est coupé par un autre concours, celui des médailles. Celui qui a obtenu cette distinction est dès lors affranchi de concourir aux places; tout le temps que l'on passe à l'école on entre de droit à l'étude du modèle vivant et de la bosse, et, privilège précieux, l'appel commence par les médaillistes. Tant pis pour les derniers--appelés,--souvent ils ne trouvent pas à se placer. Il y a trois classes de médailles qui s'obtiennent successivement.

D'autres concours existent à l'École des beaux-arts: la tête d'expression, le torse, l'esquisse, ou première composition d'un tableau, la perspective. Les deux premiers sont récompensés par une somme d'argent, les autres par des médailles, mais qui ne donnent pas droit à l'étude du modèle vivant et de la bosse.

Vient enfin le grand jour, celui du concours qui doit conduire à Rome le favorisé du talent. Tout élève inscrit à l'École peut se présenter à la première épreuve. Un sujet est donné par le professeur de semaine, qui le lit le matin aux élèves assemblés, et avant la fin de la journée chacun doit avoir exécuté sur une toile de mesure pareille une esquisse d'après le programme donné. Si le silence est strictement observé pendant l'étude du soir, pendant les derniers concours il n'en est pas de même: aussi quel vacarme! et c'est pourtant au milieu de ce bruit qu'il faut chercher une idée! C'est dans une vaste salle que les élèves sont réunis; là se trouvent les représentants de tous les ateliers. Chacun cherche à s'isoler pour qu'un camarade ne vienne pas voler--son idée,--car la question d'exécution ne tient pas beaucoup de place dans ce concours; que de rideaux ingénieux, que de petites tentes inviolables!... Nous avons vu cette salle représenter assez bien un camp de bohémiens; beaucoup cependant ne prennent pas tant de précautions, ils se fient à la loyauté de leurs voisins.

Parmi tous ces prétendants, vingt concurrents sont choisis pour exécuter une figure peinte d'après nature un peu plus grande que celles que l'on fait à l'atelier. C'est parmi ces vingt que les professeurs réunis désigneront ceux qui--monteront en loge,--dernière étape du chemin qui doit conduire l'un d'eux à la Ville éternelle.

Les loges sont établies dans un bâtiment qui se trouve sur la gauche du palais des beaux-arts, lorsqu'on arrive par la rue Bonaparte, C'est une série de petits ateliers assez commodes, parfaitement éclairés, tous pareils, et donnant dans un long corridor. Les cellules d'un couvent en donneraient une idée assez exacte. Chaque concurrent doit s'isoler dans son atelier et n'en permettre l'entrée à aucun de ses compagnons. Un gardien vigilant surveille l'exécution de cette consigne; les modèles seuls ont le droit de pénétrer dans tous, mais tout étranger en est sévèrement exclus, et ne pourrait d'ailleurs franchir la première porte. Jadis on fouillait les concurrents venant du dehors, de crainte qu'ils n'apportassent quelque document, quelque étude du maître pouvant faciliter leur oeuvre. Cette coutume blessante est abandonnée aujourd'hui.

Le sujet du tableau est donné par le professeur de semaine le premier jour de l'entrée en loges. Pour que les élèves sachent bien qu'aucun d'eux n'est favorisé aux dépens de ses camarades, plusieurs programmes sont mis dans une urne, et on tire au sort celui qui doit être le sujet du concours. Le professeur lit d'abord ce programme, chacun en prend copie, se retire dans sa loge, et ne peut franchir la porte extérieure avant d'avoir laissé un calque de son esquisse, qui sera déposé au secrétariat jusqu'au jour qui décidera de son sort. Il ne doit rien changer à l'ordonnance de son tableau, ce serait un cas à être mis hors de concours; mais généralement cette esquisse est faite de manière à laisser beaucoup de marge à l'interprétation.

Ici, nous abandonnons le jeune artiste à ses destinées futures, aux joies du triomphe de l'élu. Depuis le commencement du siècle soixante-douze lauréats auraient pu nous initier à la vie que l'on mène à la _villa Médici;_ combien arriveront à la célébrité? C'est le secret des dieux, mais il est une remarque assez singulière, c'est que le dernier grand prix de Rome accordé à la fin du siècle dernier l'a été à Ingres, dont l'influence dans les arts devait être si grande dans le siècle suivant.

P. Blanchard.

P. S.--Depuis quelques années des changements importants ont été faits dans les études à l'académie; nous n'avons pas à les juger, et nous ne pouvons que désirer qu'ils nous donnent des artistes d'un talent plus complet que celui des Paul Delaroche, Eugène Delacroix et de quelques autres maîtres qui, depuis le commencement du siècle, ont élevé l'art de la peinture à un degré supérieur à celui des autres nations.

LES THÉÂTRES

Théâtre-Français.--_Chez l'avocat_, comédie en un acte, par M. Paul Ferrier.

Ceux qui professent encore le culte de l'alexandrin carré ont manifesté quelque étonnement de voir une pièce si court-vêtue faire son entrée dans la maison des Muses sévères. Jugez donc! Un gommeux ou peu s'en faut qui est allé au Tréport pour y passer une saison de vingt jours, pour y prendre le frais sur le sable de la mer, pour s'y rajeunir, et qui s'en revient à Paris avec un ange qu'il a récemment épousé! L'ange est un diable, cela va sans dire. Mieux eût valu, dit-il, rester «à souper avec les cocottes». C'est bien ainsi qu'il parle. Bref, le mariage, à peine fait, est à défaire. On se rend chez l'avocat en vogue afin de le mettre en pièces.

Par le fait d'un hasard qui s'est renouvelé souvent, le mari rencontre madame chez l'avocat. Il venait chercher un maître homme en état de le débarrasser de sa femme; il s'y trouve face à face avec l'ange lui-même, qui vient demander à l'homme éloquent de la débarrasser de son mari. Vous voyez d'ici la situation. Le comique y abonde. Posture amusante de l'avocat qui devient juge, prêtant tour à tour l'oreille aux plaintes des deux parties. Un avocat qui écoute au lieu de parler! voilà un prodige! Le dénoûment, on l'a déjà prévu sans doute. Ils s'étaient séparés pour un rien; c'est pour un rien aussi qu'ils se raccommodent.

Chez l'avocat est une véritable comédie d'été, très-alerte, piquante, vraie, à cent lieues des pleurnicheries qu'on voudrait mettre à la mode chez nous. Ajoutons qu'elle est écrite en vers libres, c'est-à-dire d'un grand sans-gêne pour le fond et d'inégale grandeur pour la forme.--Tout ce charmant babillage, peut-être trop boulevardier, est, du reste, merveilleusement débité tant par Coquelin que par Mlle Sarah Bernhardt.--Le succès n'a pas été douteux un seul instant.

Savez-vous de quoi il faut féliciter le Théâtre-Français à propos de _Chez l'avocat?_ C'est de remettre en honneur la pièce en un acte, qu'on avait trop laissée, tomber en désuétude, Dieu sait pour quelles grosses machines, si bien bourrées de prétentions et d'ennui. L'art dramatique est fortement malade; tout engage à le traiter en convalescent. Puisque les scènes de genre, mentant à leur tradition, s'obstinent dans le grand drame larmoyant et sombre sous prétexte de comédie sociale, il est pour le mieux que le premier théâtre du monde les ramène par l'exemple à ce qu'ils devraient faire. La pièce, en un acte, vous allez le voir, refleurira aux applaudissements des bons esprits; c'est absolument comme la nouvelle, qu'on se remet à préférer au gros roman vide et indigeste.

Théâtre du Vaudeville.--_Ange Bosani_, pièce en trois actes, par MM. Émile Bergerat et Armand Silvestre.

Voilà justement un des derniers produits du genre dont je vous parlais tout à l'heure. Comment se fait-il que deux écrivains de talent aient pu s'occuper d'un tel thème? Cet Ange Bosani, qu'ils mettent en scène, est le pire des drôles. Il paraît n'avoir pas d'autre profession que celle de vendre sa femme, la belle Mme Bosani, qui est la pire des drôlesses. Il y a aussi une manière de peintre dont la toquade est de se jeter du haut d'une fenêtre sur les rochers de Monaco. En réalité, les divers personnages dont ce drame est émaillé ne sont que d'abominables coquins, plus un franc imbécile. Le public cherche en vain une seule tête qui puisse exciter son intérêt.

_Ange Bosani_ n'a pas réussi, on peut le dire, et c'est tant mieux. Il y a lieu d'espérer enfin qu'on va délaisser pour toujours cette poétique de croque-morts qui, depuis tantôt un quart de siècle, était devenue notre passe-temps de prédilection. C'est justement sur ces planches du Vaudeville qu'a été jouée pour la première fois la _Dame aux camélias_, oeuvre remarquable sans contredit, mais qui favorisait aussi par trop l'art de pleurer en public. Vingt-cinq ans de comédies lugubres, c'est bien assez. Si votre conscience est agitée par le génie du mélodrame, il existe des scènes spéciales: l'Ambigu, la Porte-Saint-Martin, la Gaîté et quelques autres. Occupez-les et laissez le Vaudeville à son origine.

Il en est sans doute qui hausseront les épaules. «--Est-ce qu'on va se remettre à chanter le couplets de facture?»--Eh bien, pourquoi pas? Dans le temps où l'on chantait sur les théâtres de genre, Paris n'était pas plus bête que de nos jours, croyez-le bien. Au fait, c'est depuis qu'on a abandonné la clef du Caveau qu'il s'est jeté à corps perdu dans l'opérette. Vous savez où cela nous a menés, vous savez à quel point du niveau intellectuel nous sommes pour le quart d'heure.

Philibert Audebrand.

COUDER

Le doyen des peintres d'histoire, Couder, est mort le 24 juillet dernier, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.

Né à Paris en 1787, il avait fait ses premières études à Marseille, pays natal de sa mère, et était venu les achever à Paris. Il n'était pas encore fixé sur la carrière qu'il voulait suivre, et avant de tenter celle des arts, dans laquelle il devait se faire une place honorable, il avait un instant frappé à la porte de la science. Mais ce n'avait été qu'un caprice de jeunesse, presque aussitôt abandonné.

Il entra d'abord dans l'atelier de Regnault, d'où il passa dans celui de David, alors à l'apogée de sa gloire et de sa fortune.

Mais les heures de l'adversité approchaient pour lui avec la fin de l'empire, dont il était l'un des favoris.

On sait qu'à la suite de la seconde restauration il fut contraint de s'exiler. C'est pendant cet exil qui ne devait même pas finir avec sa vie, car le gouvernement ne voulut pas laisser ramener en France sa dépouille mortelle, c'est pendant cet exil que ses anciens élèves, dont était Couder, lui donnèrent la preuve à la fois la plus éclatante et a plus courageuse de reconnaissance.

Après diverses tentatives infructueuses faites auprès du ministère pour mettre un terme à l'exil de ce grand maître, ils firent frapper en son honneur une médaille qui, gravée par Galle, lui fut portée à Bruxelles par Gros.

Couder a toujours gardé un vif souvenir de David, qui lui avait montré la route du beau et enseigné le secret de ne s'y point égarer.

À l'exposition de 1817, son _Lévite d'Ephraïm_ partagea le grand prix avec le _Saint Etienne_ d'Abel de Pujol. À la suite de ce succès, Couder fut appelé à exécuter les peintures de la galerie d'Apollon au Louvre.

Une question d'amour-propre devait momentanément l'éloigner de la France. Quelques-uns des tableaux qu'il exposa de 1820 à 1827 n'eurent pas auprès du public le succès qu'il espérait, et il se montra très-sensible à cette froideur, qu'il jugeait imméritée.

C'est alors qu'il passa en Allemagne.

Il se retira en Bavière et s'établit à Munich, ou il séjourna longtemps et peignit des fresques.

Après les journées de juillet et la chute de Charles X, il revint en France, où cette fois le succès l'attendait. Plusieurs de ses ouvrages eurent même de la popularité, entre autres, l'_Adoration des Mages_ (1831), les portraits du général Rampon et du maréchal de Saxe, et surtout la _Bataille de Laufeld_, qui date de 1836.

De 1838 à 1844, il donna la _Prise de York-Town_, la _Prise de Lérida en 1807_, la _Fédération_, l'_Assemblée des États-Généraux_. Au Salon de 1848, il exposa le _Serment du Jeu de paume_.

Couder était membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1839, et officier de la Légion d'honneur.

L. C.

RÉBUS

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:

Les troubles d'Espagne devraient nous porter profit, et la France est assez malade.