L'Illustration, No. 1585, 13 Juin 1891
Part 4
_Arrière-saison_, par Paul Gué. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Firmin-Didot).--Ce petit livre appartient à la Bibliothèque des mères de famille, c'est assez pour le recommander. Deux mots pourtant de sa philosophie, qui n'est pas sans portée, à savoir que l'homme le mieux doué de la terre, ayant du coeur et de l'intelligence, une conscience délicate, mais rêvant l'idéal et nourri de chimères et d'illusions, par cela seul qu'il manque d'une qualité bien humble, bien modeste, sans aucun éclat, le sens pratique, ne recueillera dans la vie aucune espèce de bonheur. Conclusion: prendre la vie telle qu'elle est, et savoir l'aimer comme elle est, sous peine d'avoir à se contenter, la vieillesse venue, des fleurs de la sagesse, fleurs d'_arrière-saison_. Bienheureux encore si cette consolation vous est réservée!
_Au Plat d'Étain_, par François Deschamps. 3 fr. 50 (Paul Ollendorff).--Une évocation du vieux Paris, aux entours de la rue Saint-Denis et de la grande Truanderie, où brillent aux yeux des passants les enseignes rivales du _Coq d'or_, du _Plat de cuivre_ et du _Plat d'Étain_. Si le cadre nous reporte aux temps anciens, le tableau n'en a que plus de fraîcheur, et la printanière idylle entre Flore et son fiancé, la reconnaissance dramatique entre la mère et la fille, nous font passer par des émotions douces dont le charme contraste avec la familiarité des scènes bourgeoises qui se déroulent avec esprit sous la plume de l'auteur.
_Remarié_, par Jacques de Garches. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Dentu, éditeur.) Ah! qu'on ne nous parle pas des seconds mariages!
L'amour qui les fait faire se couvre les yeux d'un triple bandeau et le mort ou la morte, du fond de son tombeau, appelle sur eux toutes les vengeances de son amour oublié. C'est ce qui arrive à ce malheureux Pierre Dorny qui, veuf, avec une jeune fille de dix-huit ans, s'éprend d'une jeune femme--un ange, bien entendu,--et l'épouse. L'ange était une aventurière qu'il surprend un jour avec son complice et chasse de sa maison. Cela pourrait être tout, mais ne voilà-t-il pas que, sur son chemin, l'horrible créature rencontre et subjugue à son tour, sans être connue de lui, le propre neveu de Pierre, qui oublie dans ses bras son adorable cousine à laquelle il était fiancé. Heureusement, Pierre veille, et justice sera faite, et les deux jeunes gens, débarrassés de ce démon de l'enfer, pourront s'épouser. On lira cette charmante nouvelle, une oeuvre de début, croyons-nous, mais pleine de promesses.
_Oeuvres choisies du chevalier de Bonnard_, publiées avec une introduction, par Alexandre Piedagnel. 3 fr. 50 (librairie des Bibliophiles).--Appartient à la collection des _Petits chefs-d'oeuvre_. Petits, en effet, mais chefs-d'oeuvre tout de même: témoin cette première épître au chevalier de Boufflers que tout le monde connaît, qui fit sa réputation et qui la conserve encore. Heureux temps ou cinquante petits vers suffisaient à faire la réputation d'un poète! Il en faut davantage aujourd'hui. Dirons-nous qu'il en faut de meilleurs? Ou n'est-ce pas plutôt que l'on y cherche des qualités de pureté, de délicatesse, de grâce, d'élégance, dans lesquelles notre race aime à se reconnaître et qu'elle ne s'y retrouve pas?
_Question d'hygiène sociale_, par le docteur Jules Rochard, membre de l'Académie de médecine. 1 vol. In-16. 3 fr. 50 (Machette).--Recueil des articles parus depuis quatre ans dans la _Revue des Deux-Mondes_: six en tout: 1° l'Alcool, son rôle dans les sociétés modernes; 2° l'Acclimatement dans les colonies françaises; 3° l'Hygiène des villes et les budgets municipaux; la Maison de l'ouvrier; la Douleur; la Crémation. Envisagés au point de vue de l'hygiène et de l'économie sociale, ces articles n'ont rien perdu de leur actualité et retrouveront dans ce volume le succès qu'ils ont obtenu dans la Revue.
Les _Morts pour la patrie_, tombes militaires et monuments élevés à la mémoire des soldats tués pendant la guerre, chronologie historique des événements de 1870-1871 (l vol. chez l'auteur, 139, faubourg Saint-Honoré). Sous ce titre, M. de Lacroix, chef de bureau au ministère de l'Intérieur, Administrateur de la Société du Souvenir Français, vient de publier une brochure qui rappelle tout ce que le Gouvernement de la République, les départements et les communes ont entrepris pour honorer la mémoire des victimes de la guerre.
Ce patriotique travail constitue un résumé complet des événements militaires et politiques de 1870; on y trouve l'historique des tombes en France et en Allemagne, la description des monuments importants élevés dans les villes et sur les principaux champs de bataille, avec 16 photogravures qui en donnent l'exacte reproduction.
Cette publication, qui a été recommandée aux Préfets et aux Maires par circulaire ministérielle, a sa place marquée dans les bibliothèques municipales et scolaires; elle forme un recueil illustré qui peut être distribué comme prix aux élèves des écoles. Elle intéresse tous les Français et particulièrement ceux qui ont participé à la défense du pays.
_Pauvre adorée_, par Félicien Max (Alphonse Lemerre, éditeur, 23, 31, passage Choiseul).
Deux caractères de jeune fille absolument différents l'un de l'autre sont la trame sur laquelle est brodée: _Pauvre adorée._
L'une d'elles, chaste, honnête, aimante, devient la victime de l'autre dont tous les mauvais instincts latents se dévoilent tout à coup. Le roman nous montre la chute de cette dernière.
La librairie Firmin-Didot vient d'inaugurer pour les _Enfants_, une heureuse innovation sous la forme d'un charmant recueil illustré paraissant toutes les semaines. Toutes les familles, en demandant un spécimen, tiendront à juger par elles-mêmes de cette nouveauté et à l'offrir à leurs enfants. Cette publication, à la fois volume et revue en miniature, se nomme la _Bibliothèque de ma fille et de mon petit garçon._
_Une élève de seize ans_, par Ernest Legouvé, de l'Académie française. 1 vol. in-18, 3 fr. (J. Hetzel et Cie, éditeur).--L'instruction n'est pas l'éducation. Les lycées de jeunes filles, comme toutes les institutions qui s'adressent au grand nombre, à des tempéraments de tendances et de niveaux divers, ne peuvent donner que l'instruction. L'on y apprend beaucoup, trop peut-être; mais, comme le dit excellemment M. Legouvé, «on ne s'instruit pas avec ce que l'on apprend, mais avec ce qu'on s'assimile, et on ne s'assimile que ce qui est en rapport avec notre nature». Aujourd'hui, que le monde est si vieux, il est des choses qu'il faut savoir, pour la seule raison qu'on ne peut décemment les ignorer; quand il vous les a apprises, l'enseignement a accompli son office; l'_instruction_ est faite, l'_éducation_ reste à faire. Il ne s'agit pas, en effet, de savoir pour savoir, car un fait par lui seul, quoi qu'il soit, est d'un intérêt nul; il faut apprendre à penser, à sentir, à juger. L'émotion elle-même s'enseigne. Voilà ce qu'a compris M. Legouvé, voilà la lacune qu'il a voulu combler. Un livre de 100 pages ne peut certes tout dire, mais il peut indiquer un chemin, fixer une méthode; quelques exemples suffisent pour cela; M. Legouvé les a, dans ces avenantes causeries écrites dont il a le don et le secret, demandés à l'histoire, à la littérature, à la géographie; ce ne sont là que des indications de la voie à suivre; mais (pour parler la langue du jour) combien suggestives! quelles ingénieuses excitations il sait donner à la pensée par le développement de ce que renferme un mot, une phrase, une idée! Avec un tel maître on resterait élève à tout âge, toute la vie on apprendrait.
Dans notre dernier numéro, notre _Histoire de la semaine_ a attribué par erreur à M. Pierre Laffitte la paternité d'un article sur Léon XIII et la question sociale, dont l'auteur est M. Paul Laffitte.
LA DÉCORATION DU PANTHÉON
La tâche la plus considérable et la plus difficile que l'administration des Beaux-Arts ait assumée depuis cinquante ans est la décoration picturale et sculpturale du Panthéon. La première, entreprise sous la direction de M. de Chennevières, touche à sa fin; la seconde entreprise par la direction actuelle commence à peine.
L'ensemble des groupes qui décoreront le célèbre monument a été arrêté par une commission spécialement nommée par le ministre. Il comprendra un groupe colossal occupant le fond de la nef et représentant la _Révolution_, et quatre groupes pyramidaux, adossés aux quatre pieds droits qui soutiennent la coupole et qui personnifieront le Moyen-Age par la _Foi_, la Renaissance par les _Arts_, le dix-septième siècle par la _Littérature_, et le dix-huitième par la _Philosophie_. Dans le transept de droite s'élèvera le monument de _Mirabeau_, précédant celui des généraux de la Révolution; dans le transept de gauche, le monument de _Victor Hugo_, et derrière, celui des grands orateurs politiques de notre siècle.
Jusqu'à présent cinq de ces monuments ont été commandés: le _Mirabeau_, à M. Injalbert; le _Victor Hugo_ à M. Rodin; le monument des généraux à M. A. Mercié, celui des grands orateurs à M. Chapu, enfin l'_Autel de la Révolution_ à M. Falguière. C'est relativement à celui-ci que la commission des travaux d'art avait à se prononcer mardi dernier. Après l'avoir accepté en principe, sur le vu de la maquette, la commission avait demandé qu'il fut exécuté en trompe-l'oeil à sa taille projetée et mis en place afin qu'on put se rendre un compte à peu près exact de son effet définitif. Notre gravure, représentant cette curieuse exhibition d'un jour, permettra à nos lecteurs de connaître par anticipation la grande allure de ce beau groupe et le souffle puissant qui l'anime.
Nous croyons savoir, toutefois, que la commission n'a accepté cette belle oeuvre qu'avec des corrections. Jugeant l'échelle des personnages trop considérable, elle a demandé à l'éminent artiste d'en réduire la taille, sans toutefois que le monument perdit de son ampleur. Elle a, en outre, indiqué à M. Falguière quelques remaniements dans les lignes architecturales. Celui-ci a reconnu la justesse de ces observations et promis d'en tenir compte. Il va donc pouvoir se mettre à l'oeuvre et Paris comptera, avant peu, un magnifique monument de plus.
C. N.
VOYAGE DE LA REINE DE HOLLANDE
La petite reine des Pays-Bas, héritière de feu Guillaume III, accompagnée de sa mère, la reine-régente Emma, a visité, le mois dernier, la ville de Rotterdam. Nos gravures reproduisent le portrait des deux reines et les principales phases de ce voyage. La jeune reine Wilhelmine n'a que dix ans à peine. Cette promenade sur la rivière, au milieu des coups de canon et des acclamations de la foule, l'a infiniment amusée, et sa joie radieuse lui a gagné les coeurs de tous ses sujets.
Le bateau qui portait les deux illustres passagères était suivi d'une flottille d'environ soixante navires. L'effet produit par cette flottille, à respectueuse distance du navire royal, sur cette magnifique rivière de la Meuse dont les bords, éternellement verts, se mirent dans ses eaux, était à la fois gracieux et imposant. Sur le quai de Vlaardingen, notamment, se pressait, une foule énorme et enthousiaste. L'arrivée au débarcadère de Rotterdam a été saluée par de frénétiques hourrahs. Une calèche attelée à quatre était destinée aux reines. Dans les autres landaus avaient pris place les officiers et dignitaires. Le spectacle de la ville en fête était des plus curieux: tous les habitants dans la rue, ou suspendus, en grappes, aux balcons des maisons et sur les toits; peu ou point de troupes; une simple escorte de cavalerie qui galopait derrière et de chaque côté du cortège.
Une cérémonie touchante a marqué ce voyage à Rotterdam. La reine Wilhelmine a placé la première pierre d'un monument commémoratif élevé pour perpétuer le souvenir de cette visite.
LE GÉNÉRAL SUMPT
C'était une curieuse figure, et des plus connues de notre armée, que celle du général Sumpt, commandant de l'hôtel des Invalides où il est mort dimanche matin.
Il devait cette sorte de célébrité aux affreuses blessures qu'il avait reçues à Sedan. Un obus lui avait fracassé les deux poignets. Sa robuste constitution lui avait permis de résister à l'amputation des deux avant-bras, et, ne voulant pas prendre sa retraite, il s'était fait ajuster deux mains mécaniques dont il se servait avec une adresse merveilleuse, mettant même une sorte d'amour-propre à monter de préférence des chevaux un peu vifs, qu'il faisait caracoler d'une façon toute juvénile quand il défilait à la tête de sa brigade.
Louis-Joseph Sumpt était né à Nancy, le 13 novembre 1816, sur cette terre de Lorraine, de tout temps bonne nourricière de gens de guerre au service de la France.
Elève de Saint-Cyr, Louis Sumpt en était sorti, en 1839, dans le corps de l'état-major; il avait été nommé chef d'escadron en 1856, après la campagne de Crimée, ou il s'était brillamment conduit; lieutenant-colonel en 1864. En 1870, il avait été attaché, avec ce grade, à l'État major de la division Conseil-Dumesnil, qui combattit à Woerth avec le 1er corps d'armée sous les ordres du maréchal Mac-Mahon. Il avait été nommé colonel le 20 août 1870.
Après sa blessure, le colonel Sumpt, relevé sur le champ de bataille, avait été transporté à Bruxelles, ou il avait été soigné et opéré. A sa rentrée en France il fut nommé général de brigade. Une bien touchante consolation l'attendait sur le sol natal. Au moment de la déclaration de guerre, il allait se marier; son départ avait empêché le mariage, et, au retour, le pauvre blessé, rougissant de sa défaite et de son infirmité, avait voulu rendre sa parole à sa fiancée. Mais le coeur de celle-ci n'avait pas changé, la jeune fille voulut épouser le vaincu: elle seule pouvait payer au soldat mutilé la dette de la patrie!
Le corps du général a été déposé dans le caveau de l'hôtel des Invalides réservé aux anciens gouverneurs.
Louis d'Hurcourt.
LE COLONEL LEBEL
Le colonel Lebel est mort dimanche dernier à Vitré, à 53 ans. Sorti de Saint-Cyr en 1855, capitaine en 1869, lieutenant-colonel en 1883, il avait pris sa retraite en 1890, avant l'âge, sa santé étant entièrement détruite par une maladie de coeur. Bien que sa carrière n'ait été marquée par aucun fait d'armes éclatant, peu de militaires auront laissé un nom plus célèbre, attaché qu'il est, conjointement avec celui de Tramond, à l'adoption du nouveau fusil à répétition de l'armée française.
Les essais et les tâtonnements qui ont précédé la création de ce nouveau fusil sont intéressants à rappeler.
En 1883, le général Campenon, alors ministre de la guerre, demanda qu'il fût créé un fusil à répétition pour le Tonkin. On se mit au travail, et en 1881 commença la transformation dans ce sens de l'arme existante, qui devint alors le modèle 1885. En 1886, nouvelle modification due au colonel Bonnet. Le colonel Tramond était à ce moment président de la commission supérieure pour l'étude des armes à répétition, et le colonel Lebel président de l'école normale de tir établie au camp de Châlon.
Sans vouloir diminuer la part qui revient au colonel Lebel dans l'adoption de l'arme à laquelle il a attaché son nom, nous devons dire que, sur la réclamation d'un membre de la commission supérieure, cette dernière a décidé--et c'est la conclusion de son rapport--que ce fusil est une oeuvre absolument impersonnelle et le produit d'efforts communs qui ne permettent pas d'en attribuer la gloire à un seul. Les expériences, du reste, se faisaient en même temps à l'école normale de tir et à l'école de Versailles, et la commission supérieure ne tenait compte que des résultats constatés par les deux commissions.
LA MISSION COMMERCIALE DU CONGO FRANÇAIS
Il y a quelques mois, M. de Brazza, commissaire-général du Congo français, demandait à chacune de nos grandes chambres de commerce d'envoyer un délégué spécial dans cette colonie. Les délégués réunis devaient former une commission dont le but serait d'étudier, de concert avec l'administration locale, les moyens les plus propres à faciliter et à développer le commerce d'importation et d'exportation entre la métropole et l'une de nos plus importantes possessions africaines.
Les chambres de commerce ont répondu à l'appel qui leur a été fait. Celle de Paris a nommé M. Vaucamps; celle de Lyon, M. Georges Schrimft, M. Barthelnié représente Marseille; M. Blanquart de Bailleul, Rouen; enfin, M. Jules Auchier, Bordeaux. Ces messieurs se sont immédiatement mis en route: notre correspondant de Dakar au Sénégal nous signale leur passage dans cette ville, à la date du 19 mai dernier, à bord du paquebot-poste la _Ville de Macéio_ de la Compagnie des Chargeurs réunis, capitaine Tanquerez, et pendant l'escale de quelques heures il a pu photographier en groupe les cinq délégués.
Nous ne doutons pas que le succès ne couronne les efforts de la commission. Déjà les communications avec nos colonies de cette partie du globe sont assurées avec régularité. Indépendamment, en effet, de la _Ville de Macéio_, la Compagnie des Chargeurs réunis a désigné pour faire le service mensuel de cette ligne trois de ses beaux steamers: _Ville de Pernambuco. Ville de Ceara, Ville de Maranhao._
Une autre compagnie de navigation, la Compagnie Fraissinet de Marseille, dessert les mêmes parages, et y montre avec honneur le pavillon français.
Le Havre, Nantes, Bordeaux, Marseille, c'est-à-dire nos quatre grands ports maritimes, sont donc en communication directe avec le Congo français. C'est par nos bâtiments que le fret transitera maintenant, abandonnant les navires allemands, portugais et anglais, dont jusqu'ici il avait été tributaire.
L'ÉGLISE DU SACRÉ-COEUR
Les fêtes de la consécration de l'église du Sacré-Coeur ont commencé vendredi et n'ont pris fin que dimanche. Le cardinal-archevêque de Paris, Mgr Richard, les présidait, assisté du pro-nonce apostolique, Mgr Rotelli, du cardinal Foulon, archevêque de Lyon, d'une dizaine d'archevêques ou évêques, et d'une foule nombreuse de prêtres des diocèses parisiens.
La basilique, dont le gros oeuvre seul est à peu près terminé, n'était pas assez vaste pour contenir tous les fidèles et les curieux qui, pendant les trois jours, ont, pour assister aux fêtes religieuses, escaladé la butte.
Nos gravures représentent les deux cérémonies principales du vendredi. Dans celle que reproduit notre double page, le cardinal Richard, au milieu de l'enclos qui s'étend devant la façade principale, portant la chape d'or et la mitre, lit les paroles sacramentelles avant de bénir l'extérieur du monument; dans l'autre. Mgr Rotelli, debout sous le porche, présente, tête nue, selon le rituel romain qui interdit aux prélats de garder la mitre devant l'ostensoir, le Saint-Sacrement qu'il élève en face de lui, puis à droite et à gauche, au-dessus des têtes inclinées de la foule. De ces hauteurs la vue est admirable, et nul doute que dans cette position, unique au monde, le pèlerinage du Sacré-Coeur ne devienne bientôt le plus célèbre de l'univers. La procession pontificale a eu lieu après le discours du Père Monsabré, et a clos le programme de la première journée. Le lendemain, les pèlerinages des paroisses de la capitale ont commencé et se continueront pendant le mois de juin.
L'extérieur de la basilique était orné d'oriflammes aux couleurs françaises et papales, jaune et rouge. A l'intérieur, des plantes vertes et des fleurs, à profusion: la chaire, le banc d'oeuvre, les trônes des cardinaux, les sièges des dignitaires de l'Église, disposés autour du sanctuaire, étaient tendus de lourdes draperies rouges à crépines d'or.
LE GAGNANT DU GRAND-PRIX
Un temps maussade, des toilettes sombres, des parapluies, une foule énorme, une course intéressante, tel est le bilan du Grand-Prix de Paris de 1891. Peu à peu, cette épreuve a perdu le caractère international qui, à l'origine en avait assuré le succès; elle n'en attire pas moins chaque année une foule énorme à Longchamps.
Donc, cohue; sur l'hippodrome, toutefois, il se trouve, en cette journée bruyante, un coin solitaire: c'est le paddock ou les chevaux sont promenés en mains avant la course. A part quelques habitués, toujours curieux de s'assurer de l'état des chevaux, on n'y voit personne en dehors des propriétaires, entraîneurs ou jockeys. C'est peut-être la partie la plus intéressante de tout l'hippodrome, c'est celle qui attire le moins.
_Clamart_, qui en est à sa cinquième victoire, a gagné facilement, tout le monde le sait, battant son camarade d'écurie _Récirend, Clément_ et neuf autres, parmi lesquels _Gouverneur_ et _Ermak_, le vainqueur du dernier derby français. Il est né au haras de la Chapelle, près Sées, chez le vicomte Dauger, l'éleveur de _Plaisanterie_. Son père, _Saumur_ (par _Dollar_), a été élevé chez M. Lupin, et a été acheté par M. Edmond Blanc à la vente des chevaux du comte de l'Aigle. Sa mère, Princesse Catherine, une remarquable poulinière, est née en Angleterre et a été importée en 1881 par le vicomte Dauger. Elle a donné précédemment _Catharina_ et, _Clover_, gagnant du prix du Jockey-Club en 1889. Elle appartient aujourd'hui à son gendre, le comte de Chénelette.
M. Edmond Blanc, qui a fait des sacrifices considérables pour aménager le haras de la Celle-Saint-Cloud, où il a importé _Energy_, puis _Retreat_, avait déjà gagné le Grand-Prix de Paris de 1879 avec _Nubienne_. Tom Lane, qui montait _Clamart_, a remporté dimanche sa troisième victoire dans notre grande course internationale.
Epilogue: la recette a dépassé 350,000 fr. et il a été fait pour 2,300,000 francs de paris au totalisateur.
S.-F. T.
PROJET DE PONT RELIANT FOURVIÈRE A LA CROIX-ROUSSE
Lorsqu'on examine un plan de la ville de Lyon, on voit que deux des quartiers les plus populeux sont bâtis l'un sur la colline de Fourvière, l'autre sur celle de la Croix-Rousse, séparées par la vallée de la Saône. Les relations entre ces deux points sont assez pénibles. Du haut de la colline de Fourvière, on voudrait pouvoir prendre son vol pour aller se poser sur sa voisine, si proche à vol d'oiseau, si loin pour le piéton.
Bien des imaginations ont été mises en éveil, bien des projets hardis ont été faits pour relier ces deux points par un pont s'élançant au-dessus de la vallée de la Saône. Mais, jusqu'à présent, aucun n'avait abouti. Celui de M. Clavenad, ingénieur des Ponts-et-chaussées, directeur des travaux de la ville de Lyon, vient d'avoir plus de succès, et a été adopté par le conseil municipal et par le conseil général. Une fois les fonds votés, le travail pourra marcher rapidement, car, après les merveilles accomplies par la métallurgie moderne, rien ne s'oppose à l'exécution d'un semblable projet.
Le pont projeté entre les deux collines lyonnaises aura une longueur totale de 543 mètres, s'appuyant sur un arc de 214 mètres, à une hauteur de 80 mètres au-dessus du lit de la Saône. Le viaduc constitué par deux poutres droites de 5 mètres de hauteur supportera deux voies superposées, l'une supérieure pour voitures et piétons, l'autre, inférieure, pour l'établissement d'un chemin de fer.
Cet ouvrage n'est pas destiné uniquement à faciliter les relations entre les deux plateaux populeux de la cité lyonnaise, il doit opérer en même temps le raccordement de la ligne de Bourg avec Saint-Étienne et mettre directement en communication Lyon, l'Ain, le Jura et la Suisse avec les régions industrielles et agricoles de la Loire. Il présente, en outre, une grande importance militaire tant au point de vue de la mobilisation que pour la défense même de la place.
Le projet élaboré par M. Clavenad constitue une oeuvre des plus remarquables, la haute personnalité de l'auteur qui s'est fait une place de premier ordre dans le monde des ingénieurs est un sûr garant de la réussite de l'entreprise.
CHARGE D'ÂME
Roman nouveau, par Mme JEANNE MAIRET
Illustrations d'ADRIEN MOREAU
Trois femmes, debout sur le perron du château, échangeaient des adieux qui se prolongeaient, chacune ayant un dernier mot à dire.
--Puisque vous êtes venue à pied, chère madame, je vais