L'Illustration, No. 1584, 5 Juillet 1873

Part 4

Chapter 43,492 wordsPublic domain

D'autres rêves d'aujourd'hui deviendront la réalité de demain, à condition qu'on emploie pour amener le succès les procédés qui ont assuré à l'industrie moderne une si brillante victoire, si brillante en effet qu'elle ne surprend personne, excepté ceux qui sont capables d'apprécier les difficultés d'une entreprise demandant soixante millions de matériel.

La flottille qui a quitté Valentia presque incognito, représentait une valeur supérieure à celle de la plus riche flotte de galions que l'Amérique ait jamais envoyée à Cadix. Le shah de Perse, quand bien même il vendrait tous les diamants qui constellent ses écrins, ne pourrait recueillir assez de livres sterlings pour s'en rendre acquéreur. On n'échangerait pas le _Great-Eastern_, vainqueur des Océans, pour la mer de lumière.

W. de Fonvielle.

LA CAGE D'OR

NOUVELLE

(Suite)

Encore toute troublée, Sacha se dirigeait vers un fauteuil, lorsqu'elle aperçut sur une table un objet qui jetait des feux scintillants; elle y porta la main et reconnut dans cet objet la bague qu'elle avait remarquée au doigt du proscrit.

Elle la prit, la considéra curieusement, s'assit et demeura si longtemps absorbée dans sa rêverie que le jour commençait à poindre quand elle songea qu'il était temps de gagner son lit.

VII

Pendant que sa maison était le théâtre de cet étrange incident, Nicolas Makovlof dans son drowski suivait la route de Kalouga. Il arrivait trois jours après au domaine de son seigneur, laissait sa voiture dans le village, et sa valise sous le bras il courait au château, et glissait un papier de dix roubles dans la main du bailli, expédient, infaillible pour obtenir du maître qu'il voulut bien recevoir son ancien mougik.

En effet l'audience ne se fit pas attendre: vingt minutes ne s'étaient pas écoulées que le serf était introduit dans le petit salon, où il trouvait le vieux Laptioukine couché sur un divan, à moitié enseveli sous une montagne de coussins et enveloppé de schals de Perse qui le couvraient de la tête aux pieds.

Ce spectacle lui permettait d'apprécier à leur valeur les vanités des gloires d'ici-bas. Une tête chenue, une face parcheminée, tannée, couturée, ridée comme une pomme qui sort du four, voilà tout ce qui restait du brillant gentilhomme dont avaient rêvé les belles de vingt lieues aux alentours. L'oeil seul avait conservé quelque chose de sa vivacité et de son éclat juvéniles, il flamboyait sous ses sourcils buissonneux lorsque l'ancien bottier s'inclina profondément devant son seigneur.

--Eh! c'est Nicolas, s'écria le comte en donnant une expression joyeuse à sa voix chevrotante et cassée, c'est Nicolas, fils de Pierre, je remercie Michel Archange qui t'a conduit sur le domaine, Nicolas! Ta présence m'a tout ragaillardi, elle me ramène d'une vingtaine d'années en arrière, au beau temps où tu fabriquais pour moi de si adorables chaussures.

La direction que prenaient les souvenirs du comte ne plaisait guère à Nicolas; aussi se permit-il de l'interrompre avec le geste et l'accent de la modestie aux abois.

--Père, s'écria-t-il, il y a longtemps que je l'appelais de tous mes voeux, ce jour où il m'est enfin donné de poser mes lèvres sur la main du maître de ma race.

--Bon Nicolas! Ta reconnaissance me touche jusqu'aux larmes. Voyons, tu dois être fatigué de la route; as-tu été te rafraîchir à l'office? Mais j'y pense, l'hydromel n'est pas la boisson des riches marchands de la ville sainte; il se vide chez eux plus de vin de France que dans nos pauvres demeures. Je vais en faire monter une, pour fêter ta bienvenue, et je trinquerai avec toi. Hélas! du bout des lèvres, car la goutte, moins volage que tu ne l'as été, n'a point quitté mes pauvres jambes depuis que tu as abandonné à d'autres le soin de les chausser.

Le mari d'Alexandra flottait entre la crainte et l'espérance. Tracassé par les importunes réminiscences du vieillard, tranquillisé par la cordiale bonhomie avec laquelle il les traduisait, il accepta avec gratitude l'honneur insigne que daignait lui faire son seigneur, et vida coup sur coup plusieurs verres de champagne qui ne contribuèrent pas peu à lui rendre son aplomb.

--Sais-tu, reprit le comte, qu'il est beau à toi de ne pas m'avoir oublié dans ta prospérité et d'avoir entrepris ce long voyage pour visiter ton vieux maître dans sa retraite, car ce n'est que pour cela que tu es venu, n'est-ce pas?

--Oh! certainement, seigneur, balbutia Nicolas; pour vous revoir d'abord et ensuite...

--Ensuite pour autre chose, dit le comte, en achevant la phrase que le serf avait laissée en suspens. Eh bien! puisque nous avons bu à ton retour au domaine, passons maintenant aux articles secondaires.

--Comme le seigneur ne l'ignore pas, répondit Nicolas après avoir toussé pour éclaircir sa voix un peu rebelle, j'ai vaillamment travaillé et mon saint patron ayant béni mes efforts, je suis parvenu à réunir quelques roubles. Mais il n'a pas été donné à l'homme d'être satisfait ici-bas. Celui qui trouve un kopeck à ses pieds fait une verste pour ramasser un brin de paille. Ainsi de moi; je voudrais agrandir le cercle de mes affaires en trafiquant avec l'étranger; mais, pour y parvenir, il faudrait voyager et...

--Eh bien? s'écria le comte Laptioukine de l'air le plus naturel du inonde, ton idée est excellente; et pourquoi ne voyagerais-tu pas?

Un soupir d'allégement souleva la poitrine du marchand.

--C'est que... c'est que... murmura-t-il, le seigneur aura probablement oublié que je suis resté serf et que je lui paye l'obrosk en cette qualité.

--Pas du tout. Mais qui peut s'opposer à ce que de serf que tu es je fasse de toi un homme libre, lequel aurait le droit d'ouvrir son aile à tous les vents et de promener sa fantaisie aux quatre coins du monde?.

Nicolas poussa une exclamation de joie, se jeta aux pieds de son maître, lui prit la main et la baisa avec transport.

--Oh! disait le pauvre marchand, que Dieu vous récompense dans ce monde et dans l'autre, gracieux seigneur! Je vais lui demander tous les jours qu'il vous réserve la meilleure place de son paradis. Pardonnez-moi si je ne vous exprime pas mieux ce que je ressens, mais je succombe à mon émotion.

--Peste! s'écria le comte avec un accent légèrement railleur, il paraît que le goût des voyages vous tenait furieusement au coeur, maître Nicolas! Eh bien, voyons, que comptez-vous m'offrir en échange de votre liberté?

Lorsqu'il avait quitté Moskow, le serf était décidé à sacrifier s'il le fallait sa fortune pour donner satisfaction à sa bien-aimée Alexandra; mais il n'entendait pas moins disputer écu par écu le prix de son rachat, comme l'exigeaient ses antécédents de commerçant.

--Maître, dit-il, avant de quitter Moskow, j'ai mis vingt mille roubles dans ce sac; c'est peut-être la moitié de ce que je possède; mais je ne saurais regretter d'avoir partagé mon bien avec le généreux seigneur qui de son esclave aura fait un homme.

Le comte Laptioukine haussa les épaules et plissa les lèvres d'un aie dédaigneux.

--Mais, se hâta de reprendre Nicolas, si le seigneur pense qu'il est juste que la totalité lui appartienne, je lui abandonnerai les quarante mille roubles, en ne gardant pour moi que la protection du bienheureux saint Nicolas qui ne me délaissera pas dans mon indigence.

--Tu m'as bien mal compris, Nicolas, reprit le comte; si j'avais envie de roubles, je ne t'en aurais pas demandé vingt mille. Mais tu le vois, mon garçon, je suis arrivé à cette période de l'existence où le plus ou moins grand nombre de roubles que l'on possède commence à devenir furieusement indifférent. J'ai rêvé que tu ferais mieux pour moi, que je te devrais une dernière joie qui adoucirait quelque peu les regrets du passé, qui paraissent, si amers lorsqu'on touche à la fin.

Nicolas était pâle et haletant.

G. de Cherville.

(_La suite prochainement._)

CONQUÊTES DES RUSSES DANS L'ASIE CENTRALE

Nous voulons profiter de l'excellente carte du Turkestan publiée dans un précédent numéro (3) de l'Illustration, pour donner un historique succinct des conquêtes des Russes dans ces contrées encore peu connues.

(3) Voy. l'_Illustration_ du 21 mai.

Le Turkestan est le berceau de la race turque, qui se subdivise en un grand nombre de branches. Celle qui domine dans l'Asie centrale est la branche des Usbeks, à laquelle appartiennent tous 1er khans, les hauts fonctionnaires et les habitants riches des villes; les nomades se composent de bandes kirghiz et turcomanes; les esclaves sont en général d'origine perse. On divise encore les habitants de l'Asie centrale en deux grandes races, les Iraniens et les Touraniens. Les Persans, sédentaires et industrieux, sont Iraniens; les Turkestans, nomades et pillards, sont Touraniens. Il est facile de voir que ces groupements ne donnent pas une idée très-nette de la composition de ces peuples qui, en résumé, forment une mosaïque de races sous la domination des Usbeks.

La première expédition des Russes contre le Turkestan remonte au XVIe siècle, et fut dirigée, en 1585, par Netchaï, hetman des cosaques de l'Oural. Les Russes furent défaits par les Khiuriens et obligés de battre en retraite.

Le projet fut repris en 1715 par Pierre le Grand, qui lança contre Khiwa le prince Tchakesse Bekeurtch, qu'il avait converti au christianisme, fait élevé avec beaucoup de soin et nommé officier dans la garde impériale. La colonne partit du fort d'Alexandrowsk, situé près de la presqu'île de Margichlak, et fut entièrement détruite à une trentaine de lieues de Khiwa par les hordes turcomanes, kirghiz et usbeks.

Après ces insuccès, la Russie ajourna ses projets de conquête et se contenta d'occuper quelques points de la rive orientale de la Caspienne, et de soumettre à sa domination les tribus kirghiz établies entre le Wolga et l'Oural.

Dans les derniers mois de 1839, le général Perowski partit d'Orembourg avec 10,000 hommes pour conquérir Khiwa et les contrées comprises entre la Caspienne et l'Aral. La colonne russe ne put aller à plus de cinquante lieues au delà du fort d'Embinsk; assaillie par des tourmentes de neige, elle dut rebrousser chemin après avoir éprouvé des pertes énormes.

De même que les Français en Algérie, les Russes ne manquaient pas de prétextes pour reprendre les hostilités à la première occasion. Leurs caravanes de marchands étaient souvent pillées et les rives de l'Oural insultées par les hordes nomades aussi insoumises et indisciplinées que celles de nos frontières du Maroc. L'ordre d'avancer fut donné, en 1846, par l'empereur Nicolas, mais cette fois, au lieu de s'engager aveuglément dans les déserts situés à l'ouest de la mer d'Aral, les généraux russes d'Orenbourg se dirigèrent plus à l'Est de façon à gagner cette mer intérieure et le Syr-Daria. On procéda méthodiquement et des forts solides, protégèrent les lignes de communication; trois bâtiments à voiles, deux vapeurs en fer furent expédiés à grands frais dans la mer d'Aral. En 1853, les Russes, solidement établis sur le bas Syr-Daria, entre les forts d'Aralsk et le fort n° 2, résolurent de frapper un grand coup contre le khanat de Khokand. Une colonne commandée par le même général Perowski s'avança de cent lieues en remontant le Syr-Daria et se rendit maîtresse de la forteresse d'Ak-Mesdjed, à laquelle ils donnèrent le nom de leur général en chef, Perowski, en y laissant une garnison de 1000 hommes.

Au mois de décembre de la même année 1853, les Kokandiens, au nombre de 15000 hommes, avec 70 canons, essayèrent de reprendre la forteresse et furent repoussés avec des pertes sérieuses. Les soulèvements des Kirghiz, qui gênaient les communications entre l'Oural et le Syr-Daria, arrêtèrent pendant plusieurs années les progrès des Russes au Sud; cependant ceux-ci purent s'étendre à plusieurs centaines de lieues vers l'Est, sur les confins de la Tartarie chinoise. A la même époque, la guerre de Crimée obligea l'empereur Nicolas à suspendre les expéditions projetées dans l'Asie centrale.

L'émir de Bokhara, Mozaffar, personnage ambitieux et remuant, profita de l'affaiblissement de la Russie pour étendre sa domination sur le khanat de Khokand: sa position de chef de la religion dans le Turkestan lui permit d'atteindre son but.

Son triomphe, dont les journaux anglais et russes entretinrent longuement le public, fut de courte durée, car, en 1864, le général Tchernaïeff, successeur de Perowski, fut chargé de châtier les khans de Khokand et de Bokhara. A la tête d'une petite armée composée de six bataillons de ligne, quatorze régiments cosaques, trente canons et d'une batterie de fuséens, il s'empara successivement des importantes villes de Turkestan, de Tchemkent et, en mai 1855, il faisait son entrée dans Taschkent, grande et riche cité de 100,000 âmes. Un ukase de l'empereur Alexandre décréta territoires russes la province de Turkestan, qui devint désormais le gouvernement général du Turkestan en dépit des réclamations de l'Angleterre et contrairement à un manifeste du prince Gortschakoff. La nouvelle frontière moscovite allait jusqu'à Tachinas et suivait la ligne tracée sur la carte de l'_Illustration_, sauf le district de Kuldja et quelques autres districts à l'est de Samarkande, qui ne furent annexés qu'en 1870 et 1871.

L'émir Mozaffar, excité par le parti musulman, protesta contre l'ukase impérial et signifia aux Russes d'avoir à évacuer la riche province de Taschkent. Il eut même l'audace de faire emprisonner une mission de trois officiers dont le chef était le colonel Struwe. Pour toute réponse, le général Tchernaïeff sortit de Taschkent, le 30 janvier 1866, avec une colonne de 2,000 hommes, avec seize canons, et marcha droit sur Samarkande.

Ce mouvement mal préparé à travers une steppe dépourvue d'eau et de fourrages devait fatalement échouer. Arrivée à Djizak, la colonne russe se vit obligée de battre en retraite. Tchernaïeff disgracié dut remettre le commandement au général Romanowski dans des circonstances difficiles. Mozaffar, exalté par la retraite de l'ennemi, s'avançait sur Taschkent avec 5,000 soldats réguliers, 35,000 kirghiz et vingt-et-un canons.

Romanowski, qui n'avait que 2,800 hommes et vingt canons, marcha résolument à la rencontre des Bokares et leur livra bataille, le 20 mai 1866, dans la plaine d'Irdjar, à une dizaine de lieues au sud de Taschkent. Grâce à leur discipline, à leur artillerie rayée et à une bravoure remarquable, les Russes remportèrent une victoire complète. Mozaffar s'enfuit à tire d'aile jusqu'à Samarkande, tandis que son heureux adversaire, sans perdre un instant, s'emparait du fort de Naou et se présentait le 29 mai devant Khodjent, grande et belle ville de 60,000 âmes, située à l'intersection de cinq routes, le point le plus central des relations commerciales entre la Perse, l'Afghanistan, la Russie, l'Inde et la Chine. Le 5 juin, la ville était emportée d'assaut malgré la résistance désespérée des Khokandiens.

Le général Romanowski organisa avec un soin minutieux sa base d'opérations sur le Syr-Daria et marcha au sud aussitôt après les chaleurs. Le 5 octobre il assiégeait la forteresse d'Oratupa, qui succombait le 14. Déjà il avait atteint Djizak, à trois marches de Samarkande, lorsqu'il fut informé que l'émir s'était enfin décidé à remettre le colonel Struwe en liberté et implorait la paix aux conditions fixées par le vainqueur. Ce n'était qu'une feinte pour gagner du temps; Mozaffar avait bien relâché les prisonniers, tout en continuant ses préparatifs de guerre. Néanmoins, les Russes ne poussèrent pas plus loin, car, mis sur leurs gardes par l'échec du général Tchernaïeff, ils sentaient qu'il fallait ne s'engager qu'avec une extrême prudence dans un pays riche, peuplé et en proie au fanatisme musulman. Aussi, pendant toute l'année 1867, les hostilités se réduisirent-elles à quelques combats heureux aux environs de Yani-Kourgane, qui condamnèrent l'émir à s'enfermer dans Samarkande. Le gouvernement russe profita de l'abattement et de l'inaction de Mozaffar pour semer la discorde dans son camp et soulever contre lui ses principaux lieutenants, toujours enclins, comme tous les Asiatiques, à se rendre indépendants de leur suzerain.

Un ukase du 11 juillet 1867 décréta la division du Turkestan russe en deux gouvernements distincts placés sous la haute direction d'un gouverneur général. Ce poste important échut à l'aide-de-camp général Kaufmann, qui l'occupe encore aujourd'hui et dont la résidence est définitivement fixée à Taschkent, au milieu d'une contrée superbe, jouissant d'un climat tempéré et d'une extraordinaire fertilité.

Il nous reste à parler des événements accomplis de 1868 à 1873, et qui sont de beaucoup les plus intéressants.

A. Wachter.

BIGARRURES ANECDOTIQUES LITTERAIRES ET FANTAISISTES.

L'ESPRIT DE PARTI.

(Suite.)

LES CANCANS: 1831-1833.

** Le juste-milieu consent à tout, hormis à s'en aller.

** C'est une charge que leur ordre public.

** Nouvelle prière à l'usage des propriétaires: _Que Dieu soit loué ainsi que toutes nos boutiques...!_

** En 1793, on avait honte de passer pour orléaniste: aujourd'hui encore, on s'avoue franchement républicain ou légitimiste. Mais les gens du juste-milieu ne sont partisans que de la tranquillité publique; tous reculent devant l'épithète d'orléaniste. Preuve de moralité!

** Une requête a été présentée pour que les de Broglie (dont le nom, d'origine piémontaise, est Broglio) prissent désormais le nom d'Imbroglio.

** Il y a trop de perruques dans la Chambre haute, il nous faut maintenant des pairs verts.

** Le gouvernement aliène les forêts de l'État;--nous savons bien de quel bois il se chauffe.

** Les plus incrédules croient toujours à la faim du monde.

/* ** En démasquant partout C... le directeur, Tu crois donc, pauvre sot, lui faire ôter sa place? Au temps où nous vivons, c'est le mettre en faveur: Dis-en beaucoup de bien, si tu veux qu'on le chasse! */

** On désarme à force.--Qui donc? La garde nationale.

** Le juste-milieu a donné l'ordre de faire arrêter toute la France comme suspecte.

** Le baume que le juste-milieu promettait de verser sur la plaie des ouvriers lyonnais était du baume d'acier.

** M. Persil commence toutes ses lettres par ces mots: «Je _saisis_ avec empressement...»

** Les républicains n'en veulent plus, les bonapartistes en veulent un autre, les royalistes n'en voudraient jamais...

Resté seul contre trois, que voudriez-vous qu'il fit?--Qu'il mourut.

** La France a beau rouler dans l'abîme; il y a toujours quelqu'un qui dit: _fouette cocher._

** Pourquoi diable aussi n'avez-vous pas récusé les plus mauvais jurés?--Eh! mon ami, il aurait fallu les récuser tous.

** Le juste-milieu ayant résolu de faire quelque chose de nouveau, ne fit pas de bêtises.

** J'entends tous les jours dire; «la Francs fera ci, la France fera ça»; moi, je suis persuadé que la France ne peut rien faire de son chef.

** Je pose le trône; j'additionne la liste civile; je fais une soustraction de gloire, une multiplication de misère et une division nationale.

SALON DE 1873

Source de poésie

PAR M. GUILLAUME

Comme on l'écrivait ici la semaine dernière, M. Guillaume est un de ces artistes d'élite à qui la perfection de l'exécution ne ferait jamais oublier la nécessité de la pensée. Pour lui, nymphes et déesses doivent être plus que des créatures aux belles formes; la muse qu'il exposait au Salon sous le titre de _Source de poésie_ en est une preuve nouvelle.

Majestueusement assise, la tête couronnée du laurier sacré, l'oeil tourné vers les cimes célestes, elle s'appuie d'une main sur la lyre antique, primitivement faite d'une écaille de tortue, tandis que de l'autre elle tient l'urne sainte d'où découle l'eau castalide, boisson pure des poètes. Une foule de petits génies viennent s'y abreuver; leurs ailes font songer involontairement au mot de Platon: _Le poète est chose légère et ailée._

Jamais l'immortelle inspiration du grand et du beau n'a été mieux représentée que par cette muse au regard calme et profond, au visage noble et fier, à l'attitude pleine de dignité. Femme par un je ne sais quoi de doux et d'attachant, elle est déesse par la sérénité de son profil olympien; la passion, avec ses désordres et ses entraînements, n'a jamais pu l'atteindre; elle la domine de toute la hauteur de son rocher, inaccessible aux profanes; seuls, les initiés peuvent s'élever jusqu'à elle, et on sent qu'en s'abreuvant de son onde pure, ils perdront le goût et le souvenir des choses périssables pour ne plus songer qu'aux jouissances éternelles de l'art.

SALON DE 1873

_Le président Bonjean_

BUSTE EN PLATRE PAR M. SOLLIER

Le nom de M. le président Bonjean, connu et estimé de tous pendant sa vie, est devenu aujourd'hui celui d'un martyr. Personne n'a oublié sa courageuse attitude pendant le siège de Paris et tors des événements qui suivirent; averti du danger qu'il courait en restant dans la capitale abandonnée aux mains d'une révolution sans but, il refusa de fuir, ne pouvant croire que son honorabilité et sa qualité de magistrat étaient des titres suffisants pour le désigner à la vengeance des soldats de la Commune. Arrêté comme otage avec Monseigneur Darboy, enfermé à Mazas et lâchement assassiné au moment de l'entrée des troupes de Versailles dans Paris, il ne cessa d'étonner ses compagnons et ses gardiens eux-mêmes par sa fermeté et sa résignation.

Homme de bien, savant magistrat, citoyen dévoué, sa mort a excité dans la France entière un frémissement d'horreur, et sa mémoire a laissé d'universels regrets. En reproduisant ici son buste, qui figurait à l'Exposition, nous ne faisons que rendre un légitime hommage à ce martyr, victime innocente des brutales férocités de la guerre civile.

M. Sollier l'a représenté avec le manteau d'hermine; sans doute le buste y gagne du caractère, au point de vue officiel; mais il faut bien reconnaître que les épaules, ainsi couvertes, acquièrent une largeur quelque peu exagérée qui gâte les proportions de l'oeuvre et en compromet jusqu'à un certain point l'harmonie: la tête paraît trop petite. Nous ne doutons pas que l'artiste n'atténue ce léger défaut, lors de l'exécution en marbre.

RÉBUS

Explication du dernier rébus:

Si tu n'as pas d'esclave, tu n'es l'esclave de personne.