L'Illustration, No. 0075, 1 August 1844
Part 6
DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES.
Lundi 29, à une heure, ceux de MM. les exposants qui avaient été désignés par les différentes commissions du jury s'étaient réunis, au nombre de plus de huit cents, dans la salle des maréchaux. Les membres du jury, conduits par M. le baron Thénard, pair de France, leur président, les avaient précédés, et s'étaient placés à droite et à gauche de l'espace réservé pour le roi et sa famille.
Quelques instants après, Sa Majesté est arrivée. Elle portait l'uniforme de la garde nationale. La reine, madame Adélaïde, M. le duc de Nemours et M. le duc de Montpensier, accompagnaient Sa Majesté, qui était suivie de M le ministre du commerce et de l'agriculture, du préfet de la Seine et du commandant des gardes nationales du département.
Le roi, dont l'entrée avait été saluée par des acclamations, a pris place à quelques pas du grand balcon qui donne sur le jardin, ayant à sa droite M. le ministre du commerce.
M. le baron Thénard s'est alors avancé et a lu un discours dans lequel il a énuméré les résultats obtenus par l'industrie française depuis cinq ans, ainsi que les progrès signalés par l'exposition de 1844 dans les efforts et les produits du travail national. Le roi a répondu par quelques paroles qui ont été fort applaudies.
M. le ministre du commerce a ensuite fait l'appel de tous les exposants qui avaient été jugés dignes de récompenses. Le roi remettait lui-même les décorations ou les médailles en adressant à chaque lauréat des éloges et des encouragements. Cette distribution a duré quatre heures et demie.
On avait eu le bon esprit cette année de commencer par l'appel et la remise des récompenses les moins éclatantes et de terminer par les décorations. Aussi, tandis qu'aux distributions précédentes les rangs s'éclaircissaient, la salle devenait déserte et le roi demeurait presque seul, l'intérêt, cette fois, a été soutenu, a été croissant, et Leurs Majestés, en se retirant, se sont entendu saluer par des acclamations aussi nombreuses que celles qui les avaient accueillies à leur arrivée. Il est même résulté de cette persévérance de la foule un peu de confusion, une chaleur extrême et quelques évanouissements. Peut-être plusieurs de ces syncopes doivent-elles toutefois être portées au compte de l'émotion et de l'attendrissement; c'est ce qu'on pourrait établir en comparant la liste des évanouis et celle des récompensés; mais nous ne ferons aujourd'hui d'emprunts qu'à cette dernière.
_L'Illustration_ a eu, toute la première, le droit d'être émue. Son fondateur, M. Dubochet, ses imprimeurs, MM. Lacrampe et compagnie, ont obtenu le rappel de la médaille d'argent qu'ils avaient méritée en 1839; et ses graveurs, MM. Best, Leloir et compagnie, ont été jugés dignes de la médaille d'or. Nous nous bornerons à donner aujourd'hui la liste des exposants qui ont obtenu la décoration de la Légion d'honneur. Ce sont:
MM. Camu fils, filateur de laine, à Reims (Marne).
Bacot (Frédéric), fabricant de drap, à Sedan (Ardennes).
Chennevière (Théodore), fabricant de drap, à Elbeuf (Seine-Inférieure).
Grillet aîné, fabricant de châles, à Lyon (Rhône).
Bonner (Claude-Joseph), fabricant de soieries, à Lyon (Rhône).
Faure (Étienne) fabricant de rubans, à Saint-Étienne (Loire).
Debuchy (François), fabricant de tissus de lin, de laine et de coton, à Lille (Nord).
Gros (Jacques), fabricant de tissus de coton à Wesserling (Haut-Rhin).
Girard, imprimeur sur tissus, à Rouen (Seine-Inférieure).
Frèrejean, maître de forges, à Vienne (Isère).
Massenet, fabricant d'acier et de faux, à Saint-Étienne (Loire).
André, fondeur au Val-d'Oise (Haute-Marne).
Roswag (Augustin), fabricant de toiles métalliques, à Schelestadt (Bas-Rhin).
Charrière, fabricant d'instruments de chirurgie, à Paris.
Pecqueur, constructeur de machines, à Paris,
Bourdon, directeur des forges et fonderies du Creusot (Saône-et-Loire).
Rourkardt (J.-J.), constructeur de machines, à Guebwiller (Haut-Rhin).
Thénard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Cubzac (Gironde).
Buron, fabricant d'instruments d'optique, à Paris.
Roller, fabricant de pianos, à Paris.
Winnerl, fabricant d'horlogerie, à Paris.
Lemire, fabricant de produits chimiques à Choisy-le-Roi (Seine).
Lefebvre (Théodore), fabricant de céruse, aux Moulins-lès-Lille (Nord).
Schattenmann, directeur de la compagnie des mines de Bouwiller (Bas-Rhin).
Bontemps, fabricant de verrerie, à Choisy-le-Roi (Seine).
Godard fils, fabricant de cristallerie, à Baccarat (Meurthe).
Millier, fabricant de porcelaine, à Montereau (Seine-et-Marne).
Faucer aîné, fabricant de maroquins, à Choisy-le-Roi (Seine).
Ogerau, tanneur, à Paris.
Cail (J.-F.), constructeur de machines, à Paris.
Lacroix (Jean Justin), fabricant de papiers, à Angoulême (Charente).
A six heures, le roi et la famille royale se sont rendus dans la grande galerie du Musée, où avait été dressée une table de deux cents couverts. MM. les ministres du commerce, de l'inférieur et des finances, des généraux, de hauts fonctionnaires, des officiers de la maison du roi, les membres du jury et ceux des exposants qui avaient reçu la décoration de la Légion-d'Honneur ou la médaille d'or, avaient été invités à dîner avec Leurs Majestés.
Pendant le dîner, une musique militaire, placée au milieu de la galerie, a exécuté de brillantes symphonies.--Au dessert, le roi s'est levé, a pris son verre et a porté le toste suivant: _Honneur à l'exposition 1844! Prospérité à l'industrie française!_ Les exposants y ont répondu par des cris de _Vive le roi! vive la famille royale!_ Ensuite deux santés ont été portées au roi et à la reine par M. le ministre du commerce et par M. le ministre des finances.
A sept heures et demie la famille Royale, suivie de tous les conviés, a quitté la galerie du Louvre et est rentrée dans les appartements du château. Le roi a pris place au grand balcon de la salle des Maréchaux; les convives aux autres balcons de la même salle et sur la terrasse qui règne à gauche du pavillon de l'horloge. De là ils ont assisté au concert exécuté à grand orchestre sous ces fenêtres; puis, des balcons des étages supérieurs, ils ont pu contempler le feu d'artifice tiré sur le quai d'Orçay et les illuminations féeriques qui unissaient, par une suite d'arcades éclatantes et diaprées, l'obélisque à l'arc de l'Étoile.
Ainsi s'est terminée cette journée qui a imposé des obligations aux vainqueurs, qui a fait naître le besoin d'une revanche pour les vaincus. A l'exposition de 1849!!!
Bulletin bibliographique.
_L'Ultramontanisme ou l'Église romaine et la Société moderne_; par M. Edgar Quinet. 1 vol. in-8.--Paris, 1844. _Paulin_. 4 fr. 50 c.
Sous ce titre, M. Edgar Quinet vient de réunir et de publier en un volume les leçons qu'il a faites cette année à son cours du collège de France. Qui n'a entendu parler du succès obtenu par l'éloquent professeur? Rien n'y a manqué, ni la foule qui se pressait aux portes longtemps avant leur ouverture, ni les applaudissements des auditeurs, ni les visites à domicile, ni les souscriptions collectives pour une médaille d'honneur, rien, pas même l'opposition des jésuites. L'effet a été immense. Après avoir lu cet ouvrage-, nous qui n'avons pas eu le bonheur d'entendre M. Edgar Quinet, nous comprenons maintenant pourquoi ses leçons ont excité de tels transports de sympathie et de reconnaissance. L'influence sera grande aussi. Jamais, peut-être, un enseignement plus élevé et plus utile n'avait attiré et retenu au collège de France les esprits distingués qui, dans ce siècle d'égoïsme, se préoccupent encore sincèrement des développements futurs de la révolution française.
L'année dernière, M. Edgar Quinet s'était contenté de réfuter le passé; aujourd'hui il s'avance beaucoup plus loin. Dans son opinion, le jésuitisme a compromis le catholicisme; il craint que le catholicisme ainsi engagé ne compromette le christianisme. Tel a été son point de départ. Mais sans rester au point de vue critique, il a marqué des fondements réels. En face de chacune des idées de l'ultramontanisme, il a élevé une autre idée plus vraie, plus féconde, plus religieuse. Il n'a critique le passé qu'en montrant les indices de l'avenir.
L'Espagne considérée comme le royaume catholique par excellence, les résultats politiques du catholicisme en Espagne, l'Église romaine examinée et jugée aux points de vue de ses rapports avec l'État, la science, l'histoire, le droit, la philosophie, les peuples et l'Église universelle, forment les sujets des neuf leçons de M. Edgar Quinet. Malheureusement, la réserve imposée à l'_Illustration_, en sa qualité de journal universel, nous interdit toute analyse d'un livre qui sera évidemment mis à l'index par la cour de Rome. En joignant ici nos éloges aux applaudissements des auditeurs de M. Edgar Quinet, en nous associant complètement et sans restriction, pour notre part, à ses protestations contre le passé, à sa critique du présent, à ses aspirations vers un avenir meilleur, nous devons nous borner à citer un court passage de l'Ultramontanisme, qui suffira pour faire comprendre la tendance et l'intérêt de ce remarquable ouvrage.
«Quand la question est ainsi posée par la nature des choses, et que l'on veut y échapper, on prononce un mot, un mot formidable qui a la magie de paralyser les coeurs: l'État moderne est athée; la loi est athée; la France, en tant que France, est athée! A ces mots, les fronts les plus fiers se courbent; beaucoup acceptent en silence cette condamnation, et les adversaires s'imaginent avoir flétri pour toujours l'esprit des révolutions et des institutions modernes. C'est ici, en effet, qu'est toute la question.
«Ah! quand je ne connais dans le monde d'institutions athées que celles des bohémiens errants, sans foyers, sans patrie sous le ciel est-il bien vrai que ce soit là tout l'esprit des nôtres? Ce serait là, en vérité, une politique sans espoir, un droit sans nuit, un jour sans lendemain. Ils croient frapper ainsi l'avenir de mort civile. Mais quoi! parlons tranquillement!
«Quand, dans la vieille France, la violence était dans les moeurs et dans la loi; quand les privilèges, les inégalités sociales, les servitudes de la terre et des hommes; abrégeons, quand tout ce que le Christ réprouve faisait le fond même de la vie civile, vous appeliez cela un royaume chrétien! Quand la force régnait à la place de l'âme; quand l'épée décidait de tout; quand l'inquisition, la Saint-Barthélémi, la torture empruntée du droit païen, les caprices d'un seul homme, c'est-à-dire quand la société païenne durait, dominait encore, vous appeliez cela un royaume très-chrétien; et depuis, au contraire, que la fraternité, l'égalité, inscrites dans la loi, tendent de plus en plus à descendre dans les faits; depuis que l'esprit est reconnu plus fort que l'épée et le bourreau, depuis que l'esclavage, le servage, ont cessé ou que l'on travaille à en abolir les restes; depuis que la liberté individuelle consacrée devient le droit de toute âme immortelle, depuis que ceux dont les pères se sont massacrés se tendent désormais la main, c'est-à-dire depuis que la pensée chrétienne, sans doute trop faiblement encore, pénètre peu à peu les institutions et devient comme la substance et l'aliment du droit moderne, vous appelez cela un royaume athée!
«Qu'entendez-vous donc à la fin par religion, et quel est donc votre Christ? Est-ce un mot ou une réalité vivante? Si c'est un mot, vous pouvez, en effet, à votre gré, le clouer à une époque déterminée du passé, comme le nom du roi des Juifs au haut de la croix. Si c'est seulement dans ce qui n'est plus.--Vous cherchez le Christ dans le sépulcre du passé; mais le Christ a quitté son sépulcre, il a marché; il a changé de place; il vit, il s'incarne, il descend dans le monde moderne...»
_Buffon, Histoire de ses Idées et de ses Travaux_; par M. Flourens, de l'Institut, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, membre de l'Académie française, etc. 1 v. in-18. 3 fr. 60.--_Paulin_, éditeur, rue Richelieu, 60.
M. Flourens vient de publier à la librairie Paulin un charmant volume qui a sa place marquée dans toutes les bibliothèques à côté des oeuvres de Buffon. Ce volume est intitulé _Buffon, histoire de ses idées et de ses travaux_. Comme savant et comme écrivain. M. Flourens, à la fois secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et membre de l'Académie française, possède tous les titres qui donnent le droit de toucher à un si grand sujet. Les idées et les travaux de Buffon jugés, éclairés, rectifiés par les idées et les travaux de la science actuelle, telle est l'étude que M. Flourens présente aux savants et aux gens du monde, dans un langage digne de Buffon lui-même. Il manquerait un trait intéressant à l'annonce de ce nouvel ouvrage de M. Flourens, si l'on ne disait que par une circonstance curieuse et naturelle d'ailleurs, l'illustre professeur de physiologie comparée au Jardin du Roi a écrit sur Buffon dans l'appartement même que celui-ci a habité, au sein de cet établissement dont la création lui doit sa première splendeur. M. Flourens, dont les travaux scientifiques sur les diverses branches de l'histoire naturelle ont une réputation universelle, n'est pas de ceux qui pensent que la science doit avoir ses adeptes et que ses secrets peuvent demeurer enfermés loin des regards de la foule. Ce n'est pas la première fois qu'il descend des hauteurs du sanctuaire mystérieux de la science pour rendre populaires les connaissances qui s'y préparent, en faisant passer dans une langue toute littéraire et académique, les notions de l'histoire naturelle. C'est par là aussi que m. Flourens est digne de son illustre prédécesseur, qui a su revêtir des tonnes du plus magnifique langage des vues et des découvertes qui ne savent le plus souvent s'exprimer que dans le style aride de l'amphithéâtre ou dans la langue barbare de la nomenclature. M. Flourens est l'auteur d'un volume sur Georges Cuvier dont _l'Histoire des idées et des travaux_ de Buffon est un utile et précieux pendant. C'est ce qu'il exprime bien mieux que nous ne saurions faire, dans une préfacé à laquelle nous empruntons l'extrait suivant:
«J'ai publié en 1844 l'_Analyse raisonnée des travaux de Georges Cuvier._
«L'histoire des travaux de Buffon touche partout à l'histoire des travaux de Cuvier; ces deux grands écrivains lient deux siècles; Buffon devine, Cuvier démontre; l'un a le génie des vues, l'autre se donne la force des faits; les prévisions de l'un deviennent les découvertes de l'autre, et quelles découvertes! Les âges du inonde marqués, la succession des êtres prouvée, les temps antiques restitués, les populations éteintes du globe rendues à notre imagination étonnée. Les travaux de Buffon et de Cuvier sont pour l'esprit humain la date d'une grandeur nouvelle.
«J'ai vu ces grands travaux, et j'ai voulu en écrire l'histoire,»
_L'Histoire des idées et des travaux de Buffon, l'Analyse raisonnée des travaux de Georges Cuvier_, sont donc deux parties d'un même sujet, traitées l'une et l'autre par le continuateur et le successeur des deux plus beaux génies que la science ait dotés depuis un siècle. M. Flourens est aussi l'auteur d'un excellent petit livre sur _l'instinct et l'intelligence des animaux_, inspiré par les travaux de M. Frédéric Cuvier, homme d'une grande science et d'une admirable pénétration, que son nom n'a pas empêché de devenir célèbre, et qui figure à côte du grand Cuvier, son illustre frère, plus haut que le second des Corneille à côté de l'auteur des _Horaces_ et de _Cinna._
Tous ces ouvrages, ainsi qu'un excellent _Examen de la Phrénologie_, où les gens du monde peuvent apprendre ce qu'on doit penser des théories de cette prétendue science, sont des travaux qui pourraient à eux seuls établir une renommée, mais qui sont pour M. Flourens comme une affaire de luxe et propres à montrer ce que la vraie science peut gagner à être revêtue d'un beau langage.
Nous reviendrons sur ces travaux et particulièrement sur le volume qui vient d'être publié. Un de nos collaborateurs que ses études mettent à même de l'apprécier dans ses détails, en rendra compte avec une autorité que nous ne pouvons donner au jugement que nous en portons ici.
_La Chassomanie_, poème par M. Deyeux, orné de seize grands dessins à deux teintes, compositions de MM. Alfred de Dreux, Beaume, Forest, Foussereau et Valerio. 1 vol. grand in-8.--Paris. _Imprimeurs-Unis_. 12 fr.
Telle est des dieux l'auguste volonté, Qu'ils ont donné, ce penser les élève! Une seconde à la réalité Et plus d'une heure au moindre petit rêve. Le prisonnier rêve la liberté; L'ambitieux, la puissance infinie; Tous les amours rêvent la volupté; Mon rêve à moi, c'est la chassomanie.
M. Deyeux, comme on le voit, entre franchement en matière. Il avoue sa passion, et il s'efforce de la faire partager à tout le genre humain.
Le chassomanie est un dieu sur la terre!
Aussi, non content de chasser, il veut décrire en vers de dix pieds.
Les plaisirs différents Qu'à ses amants toute chasse prodigue.
N'allez pas croire, sur ce début, que M. Deyeux soit un de ces chasseurs malheureusement trop communs, qui ont fourni à Collin d'Harleville le type de M. de Crac.
Sa volupté n'aime rien qu'en petit, Et son plaisir sonne peu la trompette; Il cherche l'ombre et déteste le bruit: La jouissance habite une cachette. Petit sentier plus doux qu'un grand chemin, Sous son ombrage attiré le mystère; Les grands effets brisent le coeur humain, Et la gaîté fuit le grand caractère. Le chassomanie, hélas! que ne peut-il Sous son manteau, dans l'ombre, dans sa poche, Cacher ses goûts, son amour, son fusil! Le vrai bonheur doit rester sous la cloche!
Ainsi vous êtes bien et dûment averti; ce ne sont pas ses hauts faits, ce sont les plaisirs, les émotions, les procédés, les ustensiles de la chasse que va chanter et décrire tour à tour en vers de huit, de dix et de douze syllabes. M. Deyeux: _la grande et la petite chasse, les armes, la chasse en plaine, en battue, au miroir, au marais, etc. Ces peintures sont semées çà et là de réflexions plus ou moins profondes, car
On croit que tout chasseur, en sa légère étoffe, N'est qu'un homme frivole et fou dans ses plaisirs, Dont l'incapacité présidé les loisirs Mais tout chasseur devient, s'il n'est pas, philosophe. Le silence des bois porte au recueillement.
Aussi, parvenu à la moitié de son poème, le chassomane rédige-t-il, un jour de pluie, toutes les observations qu'il a faites, toutes les méditations auxquelles il s'est adonné:
L'art ne présida point à ce vif abrégé; Mais la campagne admet toujours le négligé.
Les méditations chassomanes embrassent toutes les passions, qualités et vices de l'espèce humaine. Veut-on savoir comment M. Deyeux a disséqué,
... Attentif, le scalpel dans les mains, Toutes les variétés bizarres des humains?
Nous ouvrons au hasard le carnet.
L'amitié, dans la France, est fille du caprice. Elle tient de son père, et, comme lui, vit peu... Vous offrez votre coeur comme on donne le bras; Soir; mais marcherez vous longtemps du même pas? ...................................................................... Dussé-je être à la fin traité d'idéologue, Je trouve à chaque femme une fleur analogue... L'hortensia nous peint la belle femme bête, Si contente d'avoir du rose sur la tête; La fleur du dalhia, la femme sans émoi, Qui dit: Je ne sens rien, mais je suis belle, moi!... Je crois que cette fleur, qu'on nomme la pensée, Porte en velours le deuil de l'ivresse passée. Les cloches du cactus sonnent l'ambition Des amours fiers, armés des griffes du lion. La clématite semble exprimer pour emblème: Il faut que m'attache avant que je vous aime. La rose d'Inde, après la rose de Provins, Est la rêveuse altière au teint jaune, aux yeux vains. La tulipe admirable est la beauté stupide Dont l'esprit est inerte et dont le coeur est vide.
Cependant le chassomane interrompt ses méditations, qui renferment un trop grand nombre de pensées communes et de mauvais vers.
Il court, en son délire, Revêtir le harnais, bagage abandonné Pendant ces tristes jours où la foudre a tonné. Si la raison persiste encor, méditative, Le beau temps la combat aussitôt qu'il arrive.
Et le poème de recommencer de plus belle: _La Chasse aux Lapins avec des Furets, l'Orage, la Chaumière et le Château, la Sensiblerie, la Chasse et la Guerre, l'Aviceptologie, l'Art de mentir, Lanterne et Clochette_, etc., etc., tels sont les principaux sujets traités par M. Deyeux dans cette seconde partie. Une _Ode à son chien Mylord_, et des recherches historiques en prose terminent ce beau volume de 334 pages, qui est orné de seize jolies lithographies à deux teintes, d'après des compositions de MM. de Dreux, Beaume, Forest, Foussereau et Valerio.
_Les Bagnes_, histoire, types, moeurs, mystères: par Maurice Alhoy; illustré de 105 dessins de MM. de Rudder, Bertall, Valentin, J. Noël, etc.. 1 vol. in-8 publié en 50 livraisons à 30 cent. _G. Havard, Dutertre, Michel Levy_.
Nous recevons la première livraison d'un ouvrage nouveau qui nous paraît destiné à un succès populaire. Il a pour titre _les Bagnes_, et pour auteur M. Maurice Alhoy. _L'Illustration_, qui vient de représenter à ses abonnés la vie entière d'un forçat au bagne depuis son arrivée jusqu'à sa mort, n'a pas besoin d'insister sur l'intérêt actuel d'un pareil sujet. Pour juger l'ouvrage qu'elle se borne à annoncer, elle attendra qu'il soit achevé. Dès aujourd'hui, cependant, elle peut affirmer que nul écrivain n'était plus capable que M. Maurice Alhoy de bien remplir cette lourde et pénible lâche, d'écrire l'histoire et de faire la description de ces prisons fameuses. Son ouvrage du _Bagne de Rochefort,_ publié il y a quelques années, avait fixé l'attention des publicistes qui se sont occupés de la réforme pénitentiaire.
Depuis cette époque, il a amassé de nombreux matériaux; il a observé de nouveau le monde exceptionnel qu'il veut peindre sous toutes ses faces, sous l'aspect qui inspire l'horreur, comme sous celui qui inspire la pitié; il a étudié le condamné et l'a vu au départ, sur sa route, à l'arrivée, à la prise des fers; il l'a vu à Brest, à Toulon, à Rochefort, sur son banc de repos, où le forçat vit comme la brute; il l'a vu dans ses travaux incessants du port, où règne l'égalité, sans privilège pour les coupables; il l'a vu sur le lit de l'hospice: il l'a suivi à son retour au monde, ou à l'amphithéâtre et à la fosse commune, où les os de tant de générations de criminels s'entassent chaque jour.
_Les Petits Mystères de l'Opéra_, par Albéric Second, illustration par Gavarni.--Paris, _Kugelmann et Bernard Latte_. 1 vol. in-8º; prix: 6 fr.