L'Illustration, No. 0075, 1 August 1844

Part 5

Chapter 53,771 wordsPublic domain

Les interpellations se succèdent à Londres, et sir Graham ne sait plus à laquelle entendre. Les épi grammes l'assiègent aussi, et, par allusion aux révélations sur les indiscrétions du secret-office, on vient de graver et de vendre à grand nombre à Londres un cachet sur lequel on lit: _For not to be Grahamed_. Pour n'être pas Grahamisé. Puisse, pour l'honneur du cabinet anglais, la recommandation n'être pas vaine!--De toutes les questions récemment posées au ministère dans le parlement, celle qui a causé le plus d'étonnement et d'émoi par avance est celle de M. Sheil, qui concluait à la nomination d'une commission pour s'enquérir comment les possessions françaises en Algérie avaient été acquises, et jusqu'à quel point leur extension peut s'accorder avec les intérêts politiques et commerciaux du pays. Sur l'annonce de cette motion, sir Robert Peel avait déclaré qu'il devait se borner à dire que c'était la motion la plus extraordinaire qu'il eût jamais entendu faire. M. Sheil l'a développée néanmoins, mais il avait d'avance renoncé à demander la formation du comité qu'il provoquait primitivement. Il ne s'agissait plus, des lors, que d'une conversation politique dont le but était d'embarrasser le premier ministre et d'accroître l'aigreur qui peut régner entre la France et l'Angleterre. M. Sheil est irlandais; on l'a vu porter la parole comme défenseur dans le procès d'O'Connell. Sa conviction est, comme celle du grand agitateur, que l'Angleterre ne rendra justice à l'Irlande qu'au jour du péril, et quand l'assistance des Irlandais sera devenue absolument indispensable, comme dans un cas de rupture entre la Grande-Bretagne et nous. Le _Standard_, journal ministériel du soir, a cru devoir publier à cette occasion la note suivante: «M. Sheil a été longtemps intimement lié avec le parti-prêtre français; nous soupçonnons donc que son discours et sa motion d'hier, si bien calculés pour amener une querelle, peuvent être attribués à ce parti. Nous n'accusons pas M. Sheil de s'être laissé corrompre par les prêtres français, nous l'en croyons incapable; mais, comme nous l'avons dit, c'est un instrument que tous ses amis peuvent employer et qui ne demande pour salaire que l'honneur de l'emploi.»

Les journaux de Londres, la chambre des communes elle-même, se sont, ces jours derniers, vivement occupés de l'expérience faite à Brighton d'une machine explosible du capitaine Warner, destinée à défendre les ports et les rades, et à détruire les bâtiments qui tenteraient de franchir une passe on de s'approcher de la côte. Un bâtiment marchand de 300 tonneaux s'est enflammé tout à coup, et a sombré sans que l'on ait pu distinguer par quel moyen. Les feuilles anglaises se livrent à toutes sortes de conjectures contradictoires sur les procédés et l'efficacité de l'invention, mais elles sont d'accord sur son importance et sur le devoir pour le gouvernement de veiller à ce qu'elle soit éprouvée d'une façon concluante.

La malle des Antilles arrivée à Southampton a apporté la nouvelle que les résidents anglais des Cayes avaient écrit à la Trinité pour réclamer l'intervention d'un vaisseau de guerre de leur nation, parce que la ville était saccagée et pillée. Le général Guerrier était subitement tombé malade, et le bruit s'était répandu qu'il avait été empoisonné par son rival Acaan.--A la Dominique, où une révolte de noirs affranchis avait éclaté, ce qui était un fait nouveau dans l'histoire de l'émancipation anglaise, l'ordre avait été rétabli. Cet événement donne une autorité très-grande à ce que disait lord Clarendon dans la séance de la chambre des lords du 25 juillet: «Mon opinion est que nous devons nous efforcer de prouver aux autres nations que le travail de l'homme libre est plus productif que celui de l'esclave. C'est précisément ce que nous n'avons pas prouvé, et les autres nations, voyant que l'expérience avait manqué, ont regardé notre philanthropie comme un piège. Et pourquoi l'expérience n'a-t-elle pas réussi? C'est parce que dans nos colonies, nous n'avons pas donné au travail libre les moyens de se développer. C'est à cela que doivent tendre tous nos efforts.»

Bien que, grâce aux mesures prises, au déploiement de force armée, la ville de Prague n'ait pas été le théâtre de nouvelles luttes sanglantes, on a encore vu la fermentation et la révolte gagner les petites villes manufacturières. Une émeute a éclaté à Deutsch-Brod, et l'on a dû recourir aux garnisons voisines, qui sont toutes consignées A Schwartz-Koseritz, un mouvement a eu lieu contre la population israélite, qui a été expulsée. Vingt mille des plus riches juifs de Prague ont déjà aussi quitté cette ville. La question du paupérisme paraît être surtout en jeu dans ce qui s'est passé. Des vers imprimés ont circulé parmi la foule. Cette poésie révolutionnaire était écrite dans la langue des Bohèmes.

Un attentat contre la vie du roi et de la reine de Prusse a été commis à Berlin, le 26 juillet. Au moment où ils montaient en voiture, un individu, sortant de la foule, s'est approché de la portière et a déchargé dans cette direction un pistolet à double coup. La voiture était partie aussitôt; le roi a fait arrêter, et a montré au peuple que ni lui ni la reine n'étaient atteints. Le coupable a été arrêté en flagrant délit; c'est un ancien bourgmestre de Storkow, dans la Marche électorale, qui avait donné sa démission en 1841, après une gestion répréhensible. Il avait depuis, à plusieurs reprises, sollicité un nouvel emploi, et l'insuccès de ses tentatives l'avait irrité et poussé à ce crime. Il se nomme Tschech, il est âgé de cinquante-six ans.

Les autres nouvelles de Prusse sont l'abolition de la détention pour dettes, et une instruction du commandant général des gardes qui donne l'ordre aux officiers supérieurs de défendre aux soldats, jusqu'au grade de sergent-major inclusivement, de se faire recevoir membres des sociétés de tempérance. Cette mesure est motivée sur ce que les règlements de ces sociétés défendent l'usage d'une boisson qui, d'après les ordres supérieurs, est distribuée régulièrement à certaines époques, surtout pendant les manoeuvres, dans les camps et les bivouacs, et à certains jours solennels, comme rafraîchissante et tonique.

Bologne vient d'être encore témoin d'une exécution politique. Le 10 juillet au matin, les carabiniers y ont fusille par derrière un peigneur de chanvre, _arrêté à l'étranger en janvier 1844_, qui avait été condamné à mort comme rebelle par la commission militaire, après, dit l'arrêt, que celle-ci _eut oui la messe et fait les prières d'usage_. Ce malheureux, nommé Gardenghi, a été mis à mort au même lieu où six autres condamnés avaient subi dernièrement cet atroce supplice.

La correspondance de Madrid contient d'affligeants détails. Nous avons parlé de l'exécution à Saragosse de trois personnes fusillées par suite de l'affaire du général Esteller; mais le général Breton avait dit dans une proclamation que ce n'était qu'un commencement d'expédition; et en effet, d'autres personnes sont arrêtées, et l'on annonce qu'elles seront prochainement exécutées. Ce n'est pas tout: M. Inglada. intendant général de la province de Tolède, nommé par le ministère Gonzalès Bravo, vient non-seulement d'être destitué, mais encore d'être arrêté et mis au secret comme prévenu de complicité dans le meurtre du général Quesada, assassiné dans le mouvement populaire qui suivit l'insurrection de la Granja. D'autres personnes, compromises dans la même affaire, ont été également arrêtées, et l'on s'attend à voir adopter des mesures semblables pour venger les mânes des généraux Basa, Mendez Vigo, Saint-Just, Duonadio et Canterac.

A Athènes on s'est occupé de la tentative d'un individu atteint d'aliénation mentale qui avait voulu pénétrer, le 7 juillet, dans le palais du roi et avait été frappé d'un coup de baïonnette à travers le corps par un soldat. Cet homme, autrefois brigadier de gendarmerie, avait revêtu son uniforme, et il paraît que la sentinelle ne l'a frappé que quand elle lui a vu mettre le sabre à. la main. Le malheureux insensé était porteur d'un rouleau de papier que l'on croyait être une pétition adressée au roi, mais qui ne contenait que des divagations sur Alexandre le Grand, en l'honneur de qui il poussait des vivat. Le chagrin de se voir dépouillé d'une petite propriété et des querelles intérieures, suites d'un mauvais ménage, semblent les causes de la folie de cet homme, dont la vie sera peut-être conservée, mais qu'il semble difficile de ramener à la raison.--Quant à la solution des embarras politiques, on attendait la réunion des Chambres. Le ministère a fait des promotions si nombreuses dans les hauts grades de l'armée, qu'il y a maintenant 40 généraux pour 3,000 hommes dont se compose la force militaire.

Sur la lutte sanglante des bords de la Plata, on trouve dans le _Standard_ la note suivante, qu'il convient de n'accepter que sous bénéfice d'inventaire: «Il est arrivé ce matin des nouvelles de Buénos-Ayres et de Montevideo. Nous avions annoncé que les assiégés avaient fait une sortie qui s'était terminée par une déroule complète: aujourd'hui nous apprenons que les résultats de cette sortie ont été plus désastreux encore. Paz. à la tête de 2,000 hommes, avait attaqué un poste avancé de l'ennemi près de Pantanoso, pendant que Thiébaud et Carréa marchaient sur las Tres-Croces. Il espérait prendre l'ennemi à l'improviste, mais Oribe étant survenu avec des renforts, Paz a été repoussé avec perte. 68 hommes sont restés sur le champ de bataille, 160 ont été blessés. On lui a fait cinq prisonniers. La division de Carréa et de Thiébaud a aussi été repoussée à la baïonnette par le colonel Maza; 75 hommes sont restés sur le champ de bataille, y compris 62 _ex-Français_. Il y a eu 150 blessés.»

Des lettres reçues de Lima font connaître qu'au mois de mai dernier le général Vivanco était toujours président du Pérou. Mais ce malheureux pays continuait d'être en proie à la guerre civile. Les troupes de Vivanco avaient eu plusieurs engagements avec celles du général Castella, son plus grand antagoniste. Le général Santa-Cruz était tombé au pouvoir de Castella, qui avait livré son prisonnier au commandant de la frégate _le Chili_. On craignait que Santa-Cruz ne fût fusillé. Plusieurs généraux levaient des corps de partisans et se disposaient à agir chacun pour s'emparer du pouvoir, qui a passé par tant de mains en si peu d'années. Plus heureux que Santa-Cruz, le maréchal de la Fuente a pu se rendre à bord de la corvette française _l'Embuscade_, en rade de Callao. Il a été accueilli avec l'hospitalité qu'on est sûr de rencontrer chez le» Français. Cependant, le séjour du maréchal se prolongeant indéfiniment à bord de ce bâtiment, les agents du gouvernement établi à Lima ont adressé à ce sujet des représentations, d'abord au capitaine Mallet, qui ne les a point écoutées, et ensuite à l'amiral Dupetit-Thouars. Il est de principe, en effet, que si un neutre mouillé devant une place de guerre reçoit à son bord, à titre de réfugié, un ennemi de cette place, c'est à condition de l'embarquer sur le premier navire étranger qui sortira du port avec une destination lointaine. Or, il paraît que cette condition n'avait pas été observée. L'amiral, qui sait aussi bien respecter les droits des autres qu'il fait valoir les siens à l'occasion, a éloigné le maréchal de la Fuente et mis un terme au conflit.

Au Paraguay, il y a eu un changement de gouvernement. M. Lopez a été nommé directeur pour dix années Il avait ouvert au commerce étranger les ports du Paraguay et avait autorisé les négociants étrangers à s'y établir. Toutefois, si l'on en croit le correspondant du _Times_, la jalousie du gouvernement buénos-ayrien empêchera que cette mesure ne soit profitable aux nations étrangères et notamment à la Grande-Bretagne. Il a déclaré qu'il ne souffrirait pas que le commerce se fit sur le Panama et l'Uruguay, soit parce qu'il est en guerre avec le Banda oriental, soit parce que Corrientes s'est détaché de la confédération méridionale.

Le musée et les collections de médailles se sont enrichis de deux productions nouvelles. L'une est consacrée au souvenir de la séance du 20 janvier dernier, où M. Guizot répondit à l'opposition, qui lui reprochait vivement certains actes de sa vie politique: «_On peut épuiser ma force, on n'épuisera pas mon courage._» Les amis de M. le ministre des affaires étrangères, qui avaient eu vis-à-vis de lui, dans cette séance, le tort de ne pas soutenir l'apologie qu'il cherchait à faire de ces actes reprochés, et de le laisser lutter seul contre l'opposition, ont cru lui devoir cette réparation. L'autre médaille est la médaille en bronze que le gouvernement a fait graver par M. Gavrard pour être donnée aux exposants. Elle représente la France tendant une couronne à l'industrie en lui disant: «_Tu m'enrichis, je t'honore._» C'est trop sec et pas assez logique. L'industrie, en effet, enrichit la France, mais elle ne fait pas que l'enrichir, et c'est parce qu'elle ne fait pas que cela que la France l'honore. Il y a peu d'années, la ville de Paris percevait un double impôt des maisons de jeu et des maisons de tolérance. Les croupiers et les beautés de carrefours l'enrichissaient, sans qu'elle les honorât, que nous sachions. Les intérêts matériels ont leur côté fort respectable; mais il faut savoir le trouver, surtout quand on veut le couler en bronze.

Une inondation terrible a porté la consternation dans la ville d'Adana et dans ses environs. S'il faut en croire le récit des voyageurs, ce sinistre aurait coûté la vie à mille personnes et causé des dommages qu'on évalue à plusieurs millions de piastres.--A Rio-Janeiro, le 25 mai, la chaudière de l'un des steamers en fer qui font le service entre cette ville et Rio-Grande a éclaté, et plus de quarante personnes ont perdu la vie par suite de l'explosion.--A Londres, un événement est venu causer également la mort de trente personnes. Pour assister à une joute de bateaux à rames, la foule s'était portée sur une jetée flottante qui sert d'embarcadère près du pont de Black-Friars. Cette jetée, d'environ trente mètres de longueur, a cédé sous le poids des imprudents, et hommes, femmes et enfants ont été jetés dans le fleuve.--Sur le chemin de fer de Montpellier à Cette, le déraillement d'un train a causé la mort de trois voyageurs. Quatre autres ont été blessés.

A Paris aussi, hélas! lundi, à la fin de cette fête dont le _Courrier de Paris_ ne vous a fait voir que le côté riant, nous avons vu se reproduire ce triste tableau qui avait assombri les solennités du mariage de M. le duc d'Orléans. A l'entrée de l'avenue Gabriel, des flots de curieux se contrariant et s'amoncelant ont déterminé de nombreux cas d'asphyxie dont quelques-uns, malgré les secours immédiatement prodigués, ont été mortels. Le nombre des blessés est considérable, et beaucoup de blessures présentent de la gravité.

--Un de nos auteurs dramatiques les plus féconds, M. Guilbert de Pixérécourt, vient de mourir à Nancy, sa ville natale, à l'âge de soixante-onze ans.--L'Allemagne vient de perdre également un de ses plus féconds producteurs dramatiques, M. Charles Blum, auteur de 589 ouvrages représentés. Il avait, par ses traductions, popularisé le vaudeville français chez ses compatriotes.--Le troisième fils du roi de Naples, comte de Castro-Giovani, est mort.

Projet d'un Hôpital nouveau à Paris.

Paris tend à se déplacer: c'est un fait incontestable que M. Rabusson déplore en fréquents mémoires au roi et en pétitions aux Chambres: nous nous bornons, nous, à le reconnaître. L'administration de la ville de Paris ne le méconnaît sans doute pas non plus, mais elle a le tort de ne pas assez étudier ce mouvement, de ne pas assez s'en préoccuper, non pas pour s'y opposer, comme le voudrait M. Rabusson, mais pour le diriger, l'organiser dans l'intérêt de la ville à venir et au moindre détriment de la ville ancienne.

C'est dans le quart de cercle compris entre le nord et l'ouest que Paris, gravissant la hauteur qui le dominait, l'a couronnée d'habitations nouvelles. S'étendant sur le plateau, elles descendront bientôt sur le versant opposé pour rejoindra la Seine qui le contourne. Cette extension s'opère en dedans et au dehors des limites de la ville, c'est-à-dire sur les vastes terrains non construits que renfermait l'enceinte du mur d'octroi et au delà même de cette enceinte. Pour la partie de ce développement qui s'opère dans la banlieue, la municipalité de Paris ne peut exercer aucune surveillance ni aucune action. Toute cette ville de Batignolles-Monceaux, qui dans un petit nombre d'années fera, à coup sûr, partie de la grande ville, s'est édifiée et s'édifie encore d'après des règles de voirie rurale, qui ne sont nullement en harmonie avec celles de Paris et qui laissent s'enrouler des rues étroites et sinueuses qu'à peu de frais aujourd'hui on établirait sur de plus grandes proportions et sur un alignement moins tourmenté, mais dont l'élargissement et le redressement entraîneront plus tard des dépenses énormes. Pour la partie de ces constructions qui est renfermée dans les murs de l'octroi, la ville de Paris fait observer, bien entendu, ses règlements; mais elle comprend que ses devoirs ne s'arrêtent pas là, et que cette agglomération de nouveaux habitants et d'émigrants des anciens quartiers, exige des établissements municipaux et des monuments publics. Bientôt nous aurons à rendre compte de l'ouverture et de la consécration d'une église qu'on achève sur la place Lafayette. On s'entretient depuis longtemps de l'érection d'un collège; aujourd'hui nous avons à faire connaître le plan d'un hôpital nouveau.

Cette construction s'élèverait précisément derrière l'église qui va être inaugurée, Saint-Vincent-de-Paule, dans l'axe de ce monument, et d'une rue Neuve-Hauteville, continuation de l'ancienne rue de ce nom et qui n'en serait séparée que par le monument religieux et ses abords. L'hôpital est destiné à recevoir 600 lits. L'administration des hospices dont tous les établissements ont été édifiés pour une destination tout autre que celle à laquelle ils sont appliqués aujourd'hui ou à une époque où l'on n'avait point étudié les exigences de l'hygiène pour la construction d'un hôpital, a reconnu la nécessité d'en élever un qui pût être regardé comme modèle. Malheureusement, le plan qu'elle a fait dresser ne nous paraît pas suffisamment justifier ce titre, et son auteur évidemment n'avait pas présents à l'esprit, en le combinant, les principes et les conditions établis par le rapport de l'Académie des sciences sur la construction d'un hôpital, rapport fait par les hommes les plus compétents de l'Europe, et signé de Tenon, d'Arcet, Lavoisier, Bailly, Lassone, Daurenton, Coulon et Laplace.

Ainsi, pour loger les 600 lits demandés, on propose d'établir trois étages de malades, ce qui est insalubre et proscrit par l'Académie. Malgré cet entassement, la superficie du plan de l'administration n'en serait pas moins de plus de 20,000 mètres carrés; tandis que l'hôpital de Bordeaux, élevé pour 600 à 700 lits, n'occupe qu'une surface de 16,000 mètres carrés et n'a que deux étages de malades. C'est que dans leurs plans certains architectes d'administrations se préoccupent beaucoup plus des accessoires, de l'agrément et des convenances des directeurs et chefs de service, que du bien-être des véritables destinataires. On en jugera quand nous aurons dit que les bâtiments occuperaient à eux seuls 9,203 mètres, dont 6,297 pour les accessoires et 2,906 pour les malades. L'exécution totale coûterait près de cinq millions. Par ce développement mal entendu, un terrain, précieux pour la ville, se trouverait absorbé sans nécessité dans ce clos Saint-Lazare, où il ne faut pas seulement penser à l'hôpital, mais aussi aux abords d'un quartier nouveau qui a un avenir si important, et ou des voies bien combinées devront faciliter une grande et utile circulation. Par ce développement encore l'hôpital serait trop rapproché de la gare du chemin de fer de Belgique, et il interromprait la rue du Nord, tracée pour l'importante communication de la barrière Poissonnière, au centre du faubourg Saint-Denis, voie déjà portée sur le plan de la ville et bâtie en plusieurs endroits. Le prolongement de la rue des Jardins deviendrait également impossible.

Un artiste oui a exécuté de grands travaux pour le gouvernement, M. Marchebens, vient d'adresser au conseil général des hospices et aussi au conseil municipal de Paris, dont heureusement l'avis devra être pris avant de se mettre à l'oeuvre, une demande pour qu'un concours soit ouvert. Il fait bien ressortir les inconvénients manifestes du projet pour lequel l'administration se sent un faible, et il ajoute: «Dans cet état de choses, et pour un monument de cette importance, pourquoi, messieurs, ne décideriez-vous pas un concours public pour éclairer la marche de cette grande opération? La commission des hôpitaux de Bordeaux avait aussi son monde et ses architectes; elle n'en ouvrit pas moins un concours aux savants et aux artistes du royaume, pour l'érection de son grand hôpital. Vous approuverez, j'espère, ce principe, messieurs, en faisant un appel aux lumières du siècle, pour rendre plus parfait cet asile du pauvre; car, vous l'avez bien compris, il ne s'agit ici de blesser aucun intérêt, ni de ravir la place de personne, mais il s'agit d'une création modèle, sur laquelle la raison, l'expérience et la comparaison sont nécessaires pour éclairer l'administration. Aux plans et devis doit être joint le mémoire explicatif sur la construction, sur l'hygiène des salles, sur la séparation des malades et des convalescents, sur le chauffage, sur la ventilation, et enfin sur la commodité des services. Ce travail ensuite doit être soumis à _un jury d'examen composé de membres de l'Académie des sciences, de médecins et de chirurgiens, d'architectes, administrateurs ou directeurs_, afin qu'il soit jugé par chaque spécialité avec connaissance de cause, et afin qu'un monument de cette importance ne laisse rien à désirer.»

Et pour ce concours qu'il provoque, M Marchebens envoie son plan, dans lequel il est arrivé, en économisant, sur le projet rival, plus de 2,000 mètres carrés de terrain et plus de 2 millions, à faire beaucoup mieux pour les malades. Ainsi, dans cette construction, telle qu'il la conçoit et dont nous donnons l'aspect, tous les bâtiments sont isolés, et n'ont que deux étages de salles de malades;--les salles n'ont que 32 lits; elles sont toutes séparées par des jardins, et l'on peut y classer les diverses espèces de maladies;--après avoir logé les 600 lits, on trouve une réserve qui permet de placer 250 lits pour des temps calamiteux,--un quartier pour les convalescents, des promenades couvertes et des chauffoirs ont été ménagés dans toutes les divisions,--l'établissement des bains est disposé de manière à servir aux malades de l'hôpital et à ceux du dehors;--de grandes galeries à portiques réunissent tous les bâtiments et permettent le service en tout temps;--les constructions sont en pierre et en fer, ce qui non-seulement les met à l'abri de l'incendie, mais encore les rend plus saines, plus durables et plus économiques;--les dépendances, accessoires et jardins, n'occupent qu'un espace proportionne à leur service;--la rue du Nord n'est pas coupée, n'est pas interrompue, et tout l'édifice est entouré d'un boulevard planté d'arbres.

Nul doute que le conseil municipal, qui va avoir à délibérer sur les sacrifices qui lui sont demandés a cette occasion, y mettra pour condition l'ouverture d'un concours. Aujourd'hui, il n'y a donc encore de reconnu que la nécessité de cet établissement et d'adopté que son titre: _Hôpital Louis-Philippe_. Espérons que ce qui reste à déterminer le sera uniquement dans l'intérêt des malades et dans celui des budgets des hospices et de la ville de Paris.

Exposition

DES PRODUITS DE L'INDUSTRIE.