L'Illustration, No. 0075, 1 August 1844
Part 4
On voit, par les détails qui précèdent, quels avantages notre organisation militaire donnerait aux corps d'armée chargés d'envahir le Maroc, si la guerre prenait un caractère plus sérieux et plus général.
«Le bruit de l'arrivée à l'armée du fils aîné de l'empereur avec une force considérable s'accrédite de plus en plus. Les uns disent que c'est pour faire la paix, d'autres que c'est pour pousser la guerre avec plus de vigueur. Quoi qu'il en soit, la prudence exige que je me mette en mesure de faire face aux forces qui peuvent se présenter. En conséquence j'appelle à moi M. le général de Lamoricière.» Telles sont les paroles par lesquelles M le général Bugeaud termine un long rapport adressé par lui au ministre de la guerre, le 15 juillet, du camp de l'Oued-Bou-Eurda, au sud de Lalla-Maghrania, sur la frontière du Maroc.--Par une dépêche télégraphique, datée du lendemain 16, du bivouac de Sidi-Zaèr, M. le maréchal a résumé en quelque sorte lui-même son rapport de la veille, en annonçant que, provoqué par une nouvelle attaque des Marocains, il les a culbutés et poursuivis jusqu'à trois journées d'Ougda.
Ainsi, en fait, la guerre continue avec le Maroc, malgré les prétendues assurances de réparations promises à notre consul général à Tanger; et les dispositions personnelles de l'empereur sont encore tellement incertaines et douteuses, que M. le maréchal Bugeaud déclare ne pas savoir si le fils aîné de Muley Abd-el-Rahman vient avec des intentions pacifiques ou hostiles rejoindre l'armée à la tête de troupes nombreuses.
La preuve des hésitations de l'empereur semble résulter des deux faits suivants: le 8 juillet, un de ses ministres, Si-el-Bias, récemment rentré en faveur, après une disgrâce pendant laquelle il avait été promené dans les rues de Maroc, monté sur un âne, la tête tournée vers la queue de l'animal (ce qui est chez les musulmans le _nec plus ultra_ de la dégradation civique), se plaignait, dans une lettre officielle adressée au consul général de France à Tanger, M. de Nion, de ce que les généraux français avaient franchi la frontière, approuvant la conduite des chefs marocains, et demandant que nos généraux fussent blâmés. Mais le lendemain 9 juillet, une seconde lettre, signée par un autre ministre, disait au consul que le sultan ayant appris, au contraire, que ses généraux avaient attaqué le camp français, et étaient ainsi entrés sur le territoire algérien, s'était arraché la barbe en jurant qu'il les punirait sévèrement. Le ministre implorait humblement l'intercession du consul pour que les bonnes relations avec la France ne fussent pas rompues. La reprise et la continuation des hostilités nous ont appris quel cas il est possible de faire de ces déclarations.
Du 7 au 15 juillet, la colonne française a parcouru le territoire aux environs d'Ougda: remontant l'Isly pendant vingt kilomètres, elle a campé, le 9, sur le lieu où Abd-el-Kader s'était tenu depuis près de deux mois. Le but de cette pointe était de déranger ses projets, de forcer sa deïra (son entourage, sa smalah) à interner dans le Maroc, de favoriser la rentrée sur le territoire algérien des tribus émigrantes, et enfin de consommer ou détruire les grains semés par Abd-el-Kader et sa suite, ainsi que les silos qu'il avait ramassés dans la vallée de Kanfouda (porc-épic). A l'approche de nos troupes, en effet, la deïra, qui était sur l'Oued Zekra, s'était enfoncée plus avant dans le Maroc, et était allée camper à Vioun (Fontaines) Suli-Mellouk, à quarante-huit kilomètres d'Ougda, près du camp des Marocains, qui avaient fui jusque-là.
Le 11, nos troupes pénétrèrent dans les montagnes, en remontant l'Isly et se dirigeant vers le sud. Une grande partie de nos tribus émigrées s'étaient retirées par la, et c'était leur faire un tort immense que de les forcer à se jeter dans le désert: cette dispersion enlevait à Abd-el-Kader, pendant quelque temps, les moyens de réunir des cavaliers pour tenter des coups de main sur la ligne sud du Tell. Une partie de l'émigration fut rencontrée dans une gorge par les éclaireurs de la cavalerie, qui ne purent prendre qu'environ 300 têtes de bétail. Si la poursuite eût été continuée sur les traces de cette émigration, elle aurait conduit sur la deïra elle même, campée à quelques kilomètres, près d'une petite rivière. Malheureusement, l'ignorance des lieux et le défaut de relations avec les habitants ont donné et donneront encore beaucoup d'incertitude et d'hésitation aux manoeuvres de nos colonnes.
La question des frontières du Maroc, la seule qui ait fourni un prétexte à la prise d'arme des Marocains, serait loin d'être résolue dans le sens des prétentions de l'empereur, d'après les documents authentiques que l'_Algérie_, journal exclusivement consacré à la défense des intérêts algériens, vient de rappeler. L'empereur Muley-Mohammed, second prédécesseur de l'empereur actuel, ne pouvant se rendre maître des tribus guerrières d'Angad et des Beni-Snasen les avait abandonnées à l'autorité du bey Mohammed-el-Kebir, qui gouvernait les populations de l'ouest de l'Algérie. Celui-ci prit possession du territoire qui lui était concédé, en envoyant un kaïd algérien à Ougda. Ce kaïd était Sid-AddaBen-Maghni, qui gouverna cette ville pendant quatre ans.
Les successeurs du bey Mohammed-el-Kebir négligèrent de maintenir sous leur dépendance cette annexe algérienne. Le successeur de Muley-Mohammed; Muley-Sliman, prédécesseur immédiat de l'empereur actuel, ressaisit peu à peu son autorité sur ce pays, et l'Algérie perdit ainsi Ougda, les Angad et les Beni-Snasen, qui ont, pendant quatre ans, fait partie de son territoire. Mais, même dans les circonstances les moins favorables, l'ouest de l'Algérie a toujours été limité à l'Oued-Moulouiah, et a compris la plaine de Lalla Maghrania, les Soulaïa et le kaïdat de Nedroma.
A la question des frontières se lie intimement celle de l'expulsion d'Abd-el-Kader. Sa présence, en effet, au milieu des populations marocaines sera un danger permanent pour nos possessions dans le nord de l'Afrique. La tolérer plus longtemps, en se bornant à obtenir qu'il soit interné, ce serait apporter seulement une trêve et non mettre un tenue aux embarras de la situation actuelle. Le trône d'Abd-el-Rahman lui-même est menacé d'un côté par Abd-el-Kader, de l'autre par les armes de la France. C'est à notre gouvernement de faire parler l'une des craintes plus haut que l'autre et d'amener l'empereur à se débarrasser d'un seul coup de son ennemi et du nôtre. Le dénouement approche sans doute, car M. le prince de Joinville, après avoir mouillé dans les eaux d'Algésiraz, a franchi le détroit et n'attend plus dans la baie de Cadix, où il est entré le 15 juillet, avec toute son escadre, que le résultat des négociations pendantes, pour se présenter devant Tanger.
Le premier port du Maroc devant lequel un bâtiment (_le Pluton_) détaché de l'escadre de M. le prince de Joinville s'est présenté le 8 juillet, est celui de _Tanger_ ou Tandja, le Tingis des Romains. Ce port semble appelé à jouer un rôle important dans les événements qui ne tarderont pas à s'accomplir. Le _Pluton_ y a conduit M. Touchard, aide de camp du prince, chargé de constater la situation actuelle de nos relations politiques avec le Maroc; M. Chauchard, lieutenant-colonel du génie, qui doit visiter les fortifications de la place, et M. Warnier, membre de la commission scientifique de l'Algérie, auquel est confié le soin de s'assurer de l'esprit des populations et de leurs dispositions guerrières ou pacifiques.
La place de Tanger fut délaissée aux mahométans par le comte Julien, en l'an 718. Après deux attaques infructueuses en 1437 et 1463, les Portugais l'occupèrent de vive force, en 1471, sous Alphonse V, et la conserveront jusqu'en 1662, qu'elle fut donnée à Charles II, roi d'Angleterre, comme dot de la princesse Catherine de Portugal. Muley-Ismaël l'assiégea en 1680, avec quelque succès, mais sans réussir à s'en emparer, et en 1684 les Anglais l'abandonneront, après en avoir fait sauter le môle et les fortifications Ces ruines combleront une partie de la baie, qu'elles rendent dangereuse par les vents d'est.
Cette baie a de 3 à 4,000 toises d'ouverture sur 14 à 1,500 de largeur; elle est défendue, indépendamment de l'artillerie de la ville, par six batteries armées de 34 pièces. A l'exception de cette baie et de celle d'Al-Kasar-el-Soghaïr, à 12 kilomètres à l'est de Tanger, toute la côte nord est inabordable. Mais la côte ouest, depuis le cap Spartel jusqu'à El-Araïch, est susceptible de mouillage et de débarquement.
La ville de Tanger, bâtie à l'embouchure occidentale du détroit de Gibraltar, est entourée d'une enceinte gothique qui peut avoir 1,000 à 1,200 toises de développement, et flanquée de petites tours de 4 à 5 mètres de diamètre, quelques-unes rondes, la plupart carrées, ce qui prouve leur antiquité; car généralement les tours rondes sont postérieures au neuvième siècle. Un fossé de plus de trois mètres de profondeur, aujourd'hui à moitié comblé et cultivé en légumes dans quelques parties, règne à peu près dans tout son contour du côté de terre. En face du port, et dans le rentrant de la porte de la marine, s'élèvent plusieurs batteries, dont deux en étage, armées toutes ensemble d'environ 60 pièces de canon et de quelques mortiers, provenant de dons faits par les puissances européennes.
Les musulmans du dehors nomment Tanger la ville des infidèles, à cause des consuls et du grand nombre de chrétiens qu'elle renferme, comme aussi des privilèges que les juifs y possèdent. Les contingents de la province, passés dernièrement en revue pour se préparer à la guerre sainte, ont tenu la ville bloquée pendant dix jours. Une partie des berbères du Rif avaient été d'abord reçus dans l'intérieur; ils y ont commis beaucoup d'excès; ils ont forcé les magasins du gouvernement et enlevé 300 barils de poudre, que le peuple a répartis entre les Moudjehedin (combattants pour la foi) qui sont allés renforcer les tribus d'Ougda; ils ont démoli la maison d'une famille chrétienne, dévasté les jardins des consulats, et tiré un coup de fusil au consul d'Espagne, qu'ils aperçurent à sa fenêtre.
Du champ des Sacrifices, que représente notre dessin, on aperçoit les côtes d'Europe, Tarifa presque en face, Trafalgar, le magnifique tableau du détroit de Gibraltar, le vieux rocher de Gibraltar même. Sur les premiers plans apparaît la ville de Tanger, dont l'enceinte se réunit, du côté du nord, aux murs du vieux château ou Kasbah. Ce château, qui renferme une mosquée et qui domine la ville et la mer, produit, par sa position, un aspect fort pittoresque. Les mâts élevés au-dessus des maisons indiquent la résidence des consuls européens.
Ali-Bey estime la population de Tanger à 10 ou 12,000 habitants; M. le capitaine Burel, à 5 ou 6,000 seulement; M. Graberg de Hemso à 9,500; elle se compose en grande partie de soldats, de petits marchands en détail, d'artisans grossiers, d'un très-petit nombre de personnes aisées, et de juifs qui portent un costume particulier.
(_La suite à un prochain numéro._)
Histoire de la Semaine.
Les fêtes anniversaires que le _Courrier de Paris_ vous a décrites, notre situation vis-à-vis du Maroc, qu'un autre de nos collaborateurs s'est chargé d'exposer, la distribution des récompenses à l'industrie, dont nous représentons ici l'aspect dans la salle des Maréchaux, mais dont un article spécial vous donnera tout à l'heure le compte rendu, voilà les solennités, voilà les événements principaux d'une semaine dont l'historien n'a plus guère qu'un arriéré à mettre au courant et les événements de l'extérieur à enregistrer.
Si ce bulletin, dont nous avons toujours entendu faire uniquement des tablettes, prend quelquefois et inévitablement, de l'enregistrement de luttes et de résolutions parlementaires, une sorte d'aspect politique, c'est, grâce au ciel et à la prochaine ordonnance de clôture, une physionomie qu'il ne sera de longtemps exposé à avoir de nouveau. Finissons-en donc avec les Chambres, qui nous ont envahi, depuis sept mois, une place que parfois sollicitaient vainement des nouvelles intéressantes pour les sciences et pour les arts.
La chambre des pairs seule s'est réunie, et la certitude où elle est qu'il ne serait plus possible de rassembler 230 députés pour adopter un amendement, si elle en introduisait un dans un des projets qu'elle discute, les lui fait voter sans changements. Toutefois, pour la forme, on se livre encore des combats, comme si l'issue pouvait être incertaine, et dans la loi sur le chemin de Strasbourg notamment, M. Teste a cherché à être très-dur pour son successeur au département des travaux publics, M. Dumon.
A la chambre des députés on s'est borné à faire distribuer, avant la clôture officielle de la session, les rapports des commissions qui avaient terminé leurs travaux et qui voulaient, par le dépôt de leurs conclusions, mettre l'assemblée à même d'ouvrir ces discussions dès le commencement de la session prochaine.
On n'a point oublié qu'un traité conclu entre la France et la Sardaigne, au mois d'août 1843, entre autres conventions, consacre en principe entre les deux États la garantie réciproque de la propriété littéraire et artistique. Ce traité modifiant les tarifs de douanes, créant de nouveaux délits de contrefaçon, ne peut, sur ces deux points, s'exécuter qu'avec la sanction législative. Pour obéir à cette nécessité, le gouvernement a introduit plusieurs dispositions spéciales dans la loi de douanes présentée par lui à la Chambre dans cette session, et demeurée à l'état de rapport, et il a proposé un projet de loi pénale sur la contrefaçon en France des ouvrages publiés en Sardaigne. M. Vivien, au nom de la commission chargée de l'examen de ce projet, a fait distribuer un rapport dans lequel il conclut à son adoption. Nous y avons remarqué le passage suivant:
«C'est par la voie des négociations que le gouvernement peut faire reconnaître les droits des auteurs français. Le moment est favorable pour entreprendre ces négociations. Depuis quatre ans, la Hollande a accepté et inséré dans un traité passé avec nous la garantie réciproque de la propriété littéraire et artistique. L'Angleterre, la Prusse, la Saxe, ont promis à l'avance de reconnaître les droits de quiconque reconnaîtra les leurs. La confédération germanique, les États italiens ont signé des conventions fondées sur le même principe. Compléter le traité signé par la Hollande, répondre à l'appel des lois de l'Angleterre, de la Prusse et de la Saxe, réclamer l'application du principe déjà consacré en Allemagne et en Italie, obtenir partout l'interdiction de la contrefaçon des livres français, et, comme conséquence nécessaire et obligée, la prohibition de l'introduction des contrefaçons étrangères, telle est la marche à suivre. L'autorité de l'exemple, celle du bon droit, notre légitime influence employée pour une cause juste, auront bientôt entraîné l'opinion des États qui n'ont encore pris aucun engagement, et l'Europe entière, sans longs détails et sans efforts coûteux, aura, avec ou sans le concours de la Belgique, placé les droits de l'écrivain et les privilèges de l'intelligence sous la protection d'un principe tutélaire et conservateur: croisade pacifique, honorable pour la France, pour le gouvernement de Juillet, pour les ministres qui l'entreprendront, digne d'une nation qui a toujours compté parmi ses premiers citoyens des hommes de lettres et des savants, et qui n'est pas moins fière de l'éclat attaché à leurs noms que de ses plus glorieux succès sur les champs de bataille.»
Nous avons (p. 135 et suiv. de ce même volume), en faisant ressortir la nécessité d'une réforme postale, exprimé la crainte que ta proposition De M. de Saint-Priest, qui, tout incomplète qu'elle fût, était néanmoins un canevas sur lequel on pouvait tracer un plan meilleur, n'aboutit à aucun résultat. Nous nous étions peu trompé. Elle n'a abouti qu'au rapport de la commission qui, par l'organe de M. Chégaray, en propose le rejet, ou du moins, au lieu de l'amender dans le sens des principes incontestables qu'elle proclame, s'est bornée à formuler un article pour la suppression du décime rural, et à en conserver un de M. de Saint-Priest sur la réduction à 2 pour 100, pour tous les envois d'argent n'excédant pas 50 francs, du droit aujourd'hui fixé à 5 pour 100. Après les excellents principes que la commission a proclamés, après les opinions de réforme radicale qu'elle a émises, cette conclusion rappelle la montagne de la fable. En effet, le rapport combat et détruit tous les préjugés qui militent pour le maintien de l'état de choses actuel, tous les arguments qu'on met en avant pour le défendre. On répète chaque jour, par exemple, ce que M. le ministre des finances n'a pas craint de dire à la tribune pour combattre une taxe fixe et défendre la taxe progressive actuelle, qu'il est juste qu'une lettre paie en raison de ce que coûte son transport. La commission a établi le coût du transport, pour l'administration, de chaque lettre suivant la distance qu'elle parcourt. L'excédant de ces frais de revient constitue donc un impôt acquitté par chaque destinataire; on va voir, par le tableau dressé par la commission, quelle est l'égalité et la justice de cet impôt:
Zone ou Impôt ou différence distante Taxe. Coût. de la taxe en kil. à la dépense. Moins de 40 20 c. 9 3/4 c. 10 1/4 C. De 40 à 80 30 10 1/4 19 3/4 De 80 à 150 40 10 3/4 29 1/4 De 150 à 220 50 11 1/4 38 3/4 De 220 à 300 60 11 3/4 48 1/4 De 300 à 400 70 12 14 57 3/4 De 400 à 500 80 12 3/4 67 1/4 De 500 à 650 90 13 1/4 76 3/4 De 650 à 750 1 fr. 13 3/4 86 1/4 De 750 à 900 1 10 14 1/4 95 3/4 Plus de 900 1 20 14 3/4 1 fr. 5 1/4
Ainsi, la lettre qui coûte à l'administration 9 centimes 3/4 ne paie en sus du remboursement de ces frais que 10 centimes 1/4, tandis que celle qui ne lui coûte que 14 centimes 3/4 est condamnée à lui payer 1 franc 5 cent. 1/4. C'est une inégalité, une injustice insoutenables. On ne s'explique pas que la commission se soit bornée à les signaler. Espérons, toutefois, que ce qu'elle n'a pas osé faire, la Chambre saura l'exiger après avoir lu les considérations qui résument le travail de ses commissaires.
La commission chargée de l'examen de la proposition de M. Chapuys de Montlaville, relative à la suppression du droit du timbre sur les journaux et écrits périodiques, n'a pas racheté, elle, par la netteté et la hardiesse de ses considérants, ce qu'il y a de timide et d'embrouillé dans le dispositif de son rapport. M. Achille Fould, qui a été chargé de ce travail, dit à la page 19: «Les journaux dont la situation financière est prospère ne verraient pas une modification notable dans les conditions de la presse sans une certaine inquiétude.» Nous ne savons si c'est cette crainte de troubler la quiétude de quelques-uns qui a détourné la commission de rendre la publicité plus abordable à tous. Quel qu'ait été son motif déterminant, toujours est-il qu'elle a conclu au rejet de la proposition, et qu'à la suppression du timbre pour tous elle a eu la singulière idée de substituer un emprunt aux lois de septembre, consistant à varier le droit du timbre, comme le taux du cautionnement, selon l'importance des localités; de telle façon que la vérité coûtera plus cher à dire à Nantes qu'à Tours, à Lyon qu'à Mâcon, et que dans les arrondissements où se trouve une ville de 50,000 âmes, comme aussi dans les départements de la Seine, de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise, on paiera 4 centimes de timbre, quelle que soi l'exiguïté du format, tandis que plus d'un journal n'en paie que 3 aujourd'hui. C'est donc la substitution d'un aggravement de position pour un certain nombre de journaux au moyen nouveau d'expansion que l'auteur de la proposition avait voulu donner à la presse. Nous ne craignons pas de dire que cette contre-proposition n'a pus la moindre chance d'être adoptée.
On a encore distribué à la Chambre le rapport de M. Vitet sur le projet de loi relatif à la translation des affaires étrangères à l'hôtel de la Reynière, situé au coin de la rue des Champs-Élysées. La commission, à l'unanimité, propose d'affecter à ce but les terrains dépendants du domaine de l'État, situés entre la rue de l'Université, la rue d'Austerlitz et le quai d'Orçay, c'est-à-dire l'ensemble de bâtiments et de jardins annexes au palais de la chambre des députés, en vertu de la loi du 30 juin 1843. Elle, propose, en conséquence, de réduire le crédit demandé à 3 millions 900,000 fr.
On connaît aujourd'hui le texte officiel de la notification que M. le duc de Bordeaux a adressée aux puissances étrangères à l'occasion de la mort de M. le duc d'Angoulême, qui avait pris le titre de comte de Marne. Voici ce document:
«Devenu par la mort de M. le comte de Marne chef de la maison de Bourbon, je regarde comme un devoir de protester contre le changement qui a été introduit en France dans l'ordre légitime de succession à la couronne, et de déclarer que je ne renoncerai jamais aux droits que, d'après les antiques lois françaises, je tiens de ma naissance. Ces droits sont liés à de grands devoirs qu'avec, la grâce de Dieu je saurai remplir; toutefois je ne veux les exercer que lorsque, dans ma conviction, la Providence m'appellera à être véritablement utile à la France. Jusqu'à cette époque, mon intention est de ne prendre, dans l'exil où je suis forcé de vivre, que le titre de comte de Chambord; c'est celui que j'ai adopté en sortant de France; je désire le conserver dans mes relations avec les cours.»
L'Angleterre et l'Autriche ont seules refusé, à ce qu'il paraît, de recevoir cette notification, et le premier accusé de réception sympathique qui soit parvenu au prétendant est de Marie-Louise, duchesse de Parme.
Des lettres de Taïti, à la date du 19 mars, nous informent que les intrigues de l'ancien consul anglais, Pritchard, avaient amené un soulèvement dont le gouverneur s'était rendu maître sans effusion de sang, par l'adoption de mesures énergiques. La reine Pomaré était en rade, retirée sur un cutter anglais; quant à Pritchard, il avait été arrêté et mis au secret par les autorités françaises, qui avaient déclaré que ses biens, que sa vie leur répondraient des conséquences des événements qu'il avait provoqués. Une autre correspondance de Rio-Janeiro rapporte que Pritchard y est arrivé le 7 juin, à bord du bâtiment de guerre anglais le _Vindict_. Il s'était embarqué à Taïti, après vingt et un jours de détention.