L'Illustration, No. 0069, 22 Juin 1844
Part 8
De toutes les tentatives faites jusqu'à ce jour pour réunir en un seul volume d'un format commode et d'un prix aussi bas que possible une encyclopédie élémentaire, celle que nous annonçons aujourd'hui est sans contredit la plus complète et la plus heureuse. _L'Enseignement élémentaire et universel_, mis en vente cette semaine par la librairie Dubochet, l'emporte de beaucoup, sous le double rapport de la conception et de l'exécution, sur les autres ouvrages de ce genre. Il contient une série raisonnée de traités distinct sur chacune des branches des connaissances humaines, rédigés avec autant de conscience que de talent par des écrivains éprouvé dans la science et dans l'enseignement. Quoique le propre d'un bon livre soit de convenir sans exception à toutes sortes de lecteurs, les auteurs ont eu particulièrement en vue, dans l'_Enseignement élémentaire et universel_, l'instruction de la jeunesse. Sans amoindrir la sphère de la science et sans en rapetisser le langage, ils ont pris à tâche d'être encore plus simples et plus clairs que pour d'autres. C'est ainsi seulement qu'ils conçoivent la possibilité d'être à la fois précis et instructifs dans les choses sérieuses. Définir d'abord chaque science, la circonscrire dans ses véritable limites et en marquer les divisions générales, de façon qu'on en aperçoive du premier regard l'ensemble et les différentes ramifications; puis en développer la matière ou la théorie dans ce qu'elle a d'essentiel et de fondamental; enfin, donner des indications ou des conseils sur le meilleurs procédés scientifiques, sur les sources, sur les principaux ouvrages à lire ou consulter, telle est la méthode qu'ils ont suivie uniformément dans chaque traité.
Un ouvrage de ce genre ne s'analyse pas, il s'annonce, il donne son programme; il interroge ceux auxquels il a pensé en le composant, et leur dit: Avez-vous quelque chose à apprendre ou à faire apprendre à ceux qui dépendent de vous sur les matières suivantes?
1º Grammaire, langue française, littérature, rhétorique, poésie, éloquence, philologie;
2º Arithmétique, algèbre, géométrie et arpentage, mécanique, physique, chimie, récréations scientifiques, astronomie, météorologie;
3º Histoire naturelle ou générale, géologie et minéralogie, botanique, zoologie, anatomie et physiologie, hygiène; médecine et chirurgie;
4º Géographie, histoire, biographie, archéologie, numismatique, blason;
5º Religion, philosophie, mythologie, sciences occultes;
6º Législation, du gouvernement et de ses formes, industrie et économie politique, agriculture et horticulture, art militaire, marine, imprimerie;
7º Musique, dessin, peinture, sculpture, gravure et lithographie, architecture;
8° Éducation, réflexions sur le choix d'un état.
Théâtre de la Porte-St-Martin.
Le théâtre de la Porte-Saint-Martin nous convie à des prodiges; or, pour faire des prodiges, il faut des sorciers, et, ces sorciers, le théâtre Saint-Martin les a trouvés dans MM. Risley père et fils.
M. Risley est Américain; il nous arrive de New-York. C'est un homme de haute taille, aux membres d'Hercule, le tout accompagné de la physionomie la plus simple et la plus tranquille du monde; outre sa personne, M. Risley nous offre ses deux fils: l'un âgé de six à sept ans, l'autre de dix. M. Risley et ses deux fils sont des jongleurs, des sauteurs, des équilibristes, des faiseurs de tours et de cabrioles comme on n'en a jamais vu.
MM. Risley père et fils travaillent ensemble. Le père se couche sur le dos, et les deux fils viennent exécuter intrépidement avec le père, sur la paume de ses mains, sur la plante de ses pieds paternels, des merveilles de force, de grâce, d'audace et d'équilibre. Vous savez ce que c'est qu'un jongleur; il n'est pas que votre mère ou votre nourrice ne vous en ait donné l'étonnante récréation; le jongleur donc joue avec des balles, avec des assiettes, avec des couteaux, avec des sabres; il les prend, il les jette, il les lance en l'air, les mêle et les démêle, au bout de ses doigts, à la pointe de ses pieds. Eh bien! ce que le jongleur a fait jusqu'ici avec des choses en bois, en fer, en écaille, en porcelaine, en coton, M. Risley le fait avec ses deux fils, qui sont de chair, de sang et d'os; il les reçoit et il les renvoie comme deux balles élastiques; et ceux-ci de cabrioler, de faire sur eux-mêmes de doubles et triples culbutes, et de revenir à l'assaut plus lestes et plus pimpants, et de continuer avec le plus charmant aplomb du monde une série de tours de force aussi variés que prestes et audacieux.
On ne sait ce qu'on doit admirer le plus ou de la force musculaire et du sang-froid du père ou du sang-froid et de la grâce des enfants. Figurez-vous deux petits bonshommes blonds, souriants, allègres, intrépides, lestes comme des cabris, hardis et souples comme des lions, ravissants, étonnants, adorables des pieds à la tête.
_A monsieur le rédacteur de_ l'Illustration.
Vous avez publié dans le nº 64 de votre journal un article relatif à la cession de la propriété pour l'Allemagne de l'_Histoire du Consulat et de l'Empire_, par M. Thiers. Ce qui est dit dans cet article des combinaisons légales au moyen desquelles la propriété littéraire d'un ouvrage publié à l'étranger peut être reconnue en Prusse, et, par suite, dans toute l'Allemagne, a un peu étonné les éditeurs, les libraires et même les jurisconsultes de ce pays. Il n'existe en Prusse aucune loi qui puisse littéralement venir au secours de votre théorie, et, quant à la jurisprudence, il n'y aurait aucune sûreté à l'interroger sur cette question, qui est encore toute neuve dans nos tribunaux. La seule loi qui implique véritablement le droit de propriété, en Allemagne, d'un ouvrage étranger, est la loi saxonne; elle l'implique à certaines conditions telles, par exemple, que 1º la cession directe faite par l'auteur étranger à l'éditeur établi en Saxe; 2° l'obligation d'imprimer l'ouvrage dans ce royaume.
C'est en vue de profiter du bénéfice de cette loi que je viens de me rendre acquéreur pour l'Allemagne du droit exclusif de publier l'_Histoire du Consulat et de l'Empire_, par M. Thiers. Cet ouvrage sera publié par ma librairie à Leipsig en même temps que l'édition de Paris. La maison de Berlin dont vous avez parlé aura probablement douté de son droit et rompu le projet de traité convenu entre elle et les éditeurs français, puisqu'il m'a été possible de me rendre acquéreur de la propriété que vous aviez annoncé lui avoir été transférée.
Agréez, etc.
J.-P. MELINE,
Éditeur-libraire à Leipsig.
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.
Qui à chacun doit est en maint souci.
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