L'Illustration, No. 0069, 22 Juin 1844

Part 7

Chapter 73,605 wordsPublic domain

Nous avons remarqué une excellente vue du Mont-Carmel, d'après une épreuve au daguerréotype, et nous la reproduisons pour que nos lecteurs aient sous les yeux le lieu même où s'élèvent le temple et l'hospice. Il n'est pas besoin de garantir l'exactitude de cette vue, car on sait à quoi s'en tenir à cet égard sur le daguerréotype. Le mont Carmel est situé entre Tyr et Césarée, séparé par un golfe de Saint-Jean-d'Acre, placé à deux journées de Jérusalem et à cinq heures de distance de Nazareth. A l'ouest, la mer baigne ses pieds, sorte de promontoire que le voyageur aperçoit avec bonheur. Le frère Jean-Baptiste a gravi la montagne pour dessiner les plans du monastère, dont le devis atteignait le chiffre de 350,000 fr.

Une charmante aquarelle de M. Raffet représente un épisode de notre guerre d'Afrique;--un paysage de M. Murilliat malheureusement n'est pas assez terminé;--M. Auguste Hesse a envoyé une très-remarquable composition religieuse;--M. Godin a envoyé une de ses meilleures petites marines, ainsi que M. Eugène Isabey; M. A. Delacroix s'est distingué; jamais il n'avait été plus coloriste que dans son envoi à l'oeuvre du Mont-Carmel;--le tableau de M. Blondel est estimable;--M. Joseph Thierry a peint un paysage dont l'effet est saisissant;--M. Lapito a fait choix d'une jolie étude;--M. Charlet a donné un dessin à la mine de plomb, dont le sujet est plein d'esprit; sa petite composition a une vérité charmante;--M. Brascassat n'est pas resté au-dessous de lui même.--Enfin, nous devons de sincères éloges à MM. Henri Scheffer, Diaz, Jules Coignet, etc. Le moyen d'être sévère, d'ailleurs, quand l'intention est si louable, et quand chacun fait preuve de tant de bonne volonté!

Pour la sculpture, elle est représentée à cette intéressante exposition par des oeuvres de M. David (d'Angers), de M. Pradier, de M. Dumont, de M. de Nanteuil, de MM. Dantan aîné et jeune. Des statues, des bustes, des statuettes en marbre ou en plâtre, attirent les regards des curieux. Certainement, il s'agit déjà d'un véritable musée, et il «mérite d'être vu», comme dit la phrase consacrée.

Voila quelle a été la part prise à l'oeuvre du Mont-Carmel par l'élite de nos artistes. La littérature, on le pense bien, ne devait pas s'abstenir, ni rester en arrière, seulement sa participation est moins apparente.

M. Alexandre Dumas a envoyé le _Manuscrit de Fernande_, roman en trois volumes;--M. Alfred de Vigny a fait précéder plusieurs volumes de ses oeuvres de quelques pages inédites et manuscrites;--M. V. Hugo a donné nu exemplaire de sa _Notre-Dame de Paris_, avec une lettre au frère Charles;--M. Émile Deschamps a procédé de même; une page de ce charmant poète orne sa traduction de _Macbeth._

--Enfin, nous avons remarqué les noms de MM. de Lamartine, Alexandre Soumet, Roger de Beauvoir, Léon Gozlan, Altaroche, Augustin Challamel, Adolphe Dumas, Jules Lacroix, Wilhem Témat, Ponjoulat, Raoul-Rochette, etc. La Société des gens de lettres a prêté presque tout entière son concours à l'oeuvre du Mont-Carmel.

Plusieurs lettres autographes de Napoléon et de Lucien Bonaparte forment des lots importants, et quelques autres curiosités intéressantes ornent cette exposition improvisée.

Les musiciens n'ont pas fait défaut. M. Spontini a composé, tout exprès pour l'oeuvre, un cantique dont les paroles sont de M, Adolphe Dumas. Il a donné, en outre, ses partitions de _Fernand Cortez_, de _la Vestale, d'Olympie,_ avec autant de dédicaces écrites de sa main. M. Donizetti a envoyé un morceau de musique religieuse, morceau entièrement inédit et manuscrit; MM. Carafa, Haley, Pauseron, etc., ont contribué avec empressement à la bonne oeuvre du frère Charles. Mais, hélas! nous n'avons pas trouvé là, jusqu'à présent, une note de Rossini, de Meyerbeer ou d'Auber. Espérons que, dans quelques jours, cette lacune aura été comblée.

Nous avons certainement oublié bien des noms, et, à vrai dire, nous n'avons donné qu'une idée bien imparfaite de l'exposition pour la loterie du Mont-Carmel; notre but était, avant tout, d'appeler l'attention du public sur ce point, et de faire comprendre à tous les artistes, à tous les écrivains, à tous les hommes de pensée, combien il leur importe de ne pas rester en arrière, lorsqu'il s'agit d'une oeuvre aussi grande et aussi généreuse que celle dont nous venons de parler. Disons avec un voyageur;

«Que tous ceux qui ont parcouru l'Orient viennent en aide au frère Charles! Il est impossible d'avoir passé au milieu de ses populations chrétiennes, d'avoir entendu leurs voeux, examiné les rivalités qui se les disputent, sans comprendre la nature et la portée du coup qui vient de nous être adressé dans ce qu'il y a de plus français en Syrie.» Ajoutons que, plus les chrétiens sont menacés en Asie, plus le temple et l'hospice du Mont-Carmel acquièrent d'importance. C'est un port où ils se reposeront en sûreté, où des mains amies fermeront leurs blessures, où les persécutions des musulmans s'arrêteront infailliblement.

Les frères Jean-Baptiste et Charles sont satisfaits, et c'est en leur nom que nous remercions tous ceux qui ont coopéré à la grande oeuvre. Dans le principe, l'exposition des lots envoyés au comité devait avoir lieu au couvent des carmélites; mais le nombre des envois a été si considérable, que force a été de changer de local. Une salle basse du palais du Luxembourg a été accordée aux demandes du comité.

En quittant la France, le frère Charles demeurera convaincu de cette vérité, qu'il s'y trouve encore des âmes généreuses et accessibles aux nobles idées. La plupart des hommes intelligents de l'époque l'ont accueilli avec bienveillance, avec empressement, avec une joie sincère. Grâce au dévouement des carmélites, l'hospice et le temple ne tarderont pas à ouvrir leurs portes à nos pèlerins, à nos compatriotes, épars dans les échelles du Levant, à nos voyageurs, à nos malades, à nos morts; notre sollicitude aura sa récompense, car chacun d'eux, en touchant ce sol hospitalier, bénira la France ou priera pour elle.

Bulletin bibliographique.

_L'Espagne depuis le règne de Philippe II jusqu'à l'avènement des Bourbons_; par M. Ch. Weiss, professeur d'histoire au collège royal de Bourbon.--Paris, 1844. _Hachette_. 2 vol. in-8. 12 fr.

A son avènement au trône, Philippe II était le souverain le plus puissant de la chrétienté. Maître des plus belles contrées des deux mondes, il disait avec raison que le soleil ne se couchait jamais dans ses États. Partout ailleurs régnait la discorde et l'anarchie. Unie et forte pendant que tout se divisait et déclinait autour d'elle, l'Espagne s'éleva rapidement au rang de puissance prépondérante. Si elle dominait au dehors par ses armes, elle était florissante à l'intérieur par son agriculture, son industrie et son commerce; elle l'emportait enfin sur tous les autres peuples par sa supériorité dans les arts et dans la littérature. Aussi, à contempler la puissance, la prospérité et les chefs-d'oeuvres artistiques et littéraires de l'Espagne au seizième siècle, on conçoit qu'un seul homme ait pu menacer la liberté du monde, et ce rêve de monarchie universelle, qu'on prête au fils de Charles-Quint, parait autre chose qu'une vaine chimère inventée par la peur et propagée par la crédulité.

Dépendant la monarchie espagnole déclina sous le règne de Philippe II; elle continua de déchoir sous les règnes désastreux de ses successeurs, et à la fin du dix-septième siècle, elle se trouva réduite au rang de puissance secondaire. Après avoir dominé en Europe par la supériorité de la force, de la richesse et de l'intelligence, elle fut dominée à son tour par la France, l'Angleterre et la Hollande, qui n'attendaient plus que la mort un prince débile pour la démembrer et pour se partager ses dépouillés.

Quelles sont les causes de cet abaissement de l'Espagne, et comment peut-elle remonter au rang qu'elle occupait autrefois parmi les nations? Tel est le double problème que M. Weiss a essayé de résoudre. Pour y parvenir, il s'est d'abord proposé d'apprécier le système politique de Philippe II et de ses successeurs, d'en faire ressortir les conséquences fatales, en recherchant les principaux faits qui expliquent la décadence progressive de l'Espagne aux Seizième et dix-septième siècles, d'examiner ensuite le système nouveau suivi par les Bourbons, de constater les réformes qu'ils ont réalisées jusqu'à ce jour, et de montrer ainsi, par des preuves irrécusables, que ce royaume est en voie de progrès et qu'un brillant avenir lui est peut-être encore réservé.

M. Weiss a divisé son ouvrage en trois parties. La première, intitulée _des Causes de la Décadence politique de l'Espagne_, comprend les règnes de Philippe II, de Philippe III, de Philippe IV et de Charles II. Elle s'arrête à l'avènement de la maison de Bourbon. M. Weiss nous montre l'Espagne tombée si bas qu'elle ne pouvait être sauvée que par une dynastie nouvelle. «Charles-Quint, a dit M. Mignet, avait été général et roi, Philippe II n'avait été que roi, Philippe III et Philippe IV n'avaient pas même été rois. Charles II ne fut pas même homme.»

Les deuxième et troisième parties nous font connaître les causes de la décadence de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, de la littérature et des arts.

Dans son introduction, M. Weiss avait tracé un tableau animé de la grandeur de l'Espagne à l'avènement de Philippe II, et de sa décadence sous le règne de Charles II. Sa conclusion a pour but d'énumérer les réformes réalisées par les Bourbons d'Espagne jusqu'au règne de Marie-Christine, M. Weiss pense que l'Espagne n'a pas eu lieu de se repentir d'avoir confié ses destinées aux Bourbons. Un coup d'oeil rapide jeté sur l'administration des princes de cette race suffit, selon lui, pour prouver que les descendants de Louis XIV n'ont pas failli à leur mission, qu'ils ont détruit le plus grand nombre des abus qui s'étaient introduits sous le gouvernement autrichien, et qu'ils n'ont pas souffert que l'Espagne restât stationnaire au milieu des autres nations. M. Weiss conclut en ces termes son dernier chapitre: «Un esprit plus libéral, une politique plus sage et plus conforme aux véritables intérêts de la nation, la réorganisation des armées de terre et de mer, de puissants encouragements donnes à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, la renaissance de la littérature et de l'art, voilà ce que l'Espagne doit aux Bourbons. Toutefois les changements dus à leur influence ne furent pas complets. Bien des améliorations, bien des réformes se sont arrêtées à la surface du pays et n'ont pus poindre dans ses entrailles. La dynastie française a rencontré des obstacles trop puissants et des préjugés trop enracines. Il fallait les affaiblir, avant de les attaquer de front, pour les vaincre et pour les détruire. Une oeuvre si difficile ne pouvait être accomplie dans l'espace d'un siècle; mais ce sera toujours un titre de gloire pour la France de l'avoir entreprise; il appartient au peuple espagnol de la poursuivre.

Cet ouvrage remarquable devrait un succès assuré à la nature de son sujet et au talent de son auteur, alors même qu'il ne se recommanderait pas à d'autres titres à l'attention du monde savant. Mais il contient une foule de renseignements curieux puisés à des sources inédites. Ainsi M. Weiss a consulté le premier, et avec profit, les dépêchés des ambassadeurs de France en Espagne pendant la seconde moitié du dix-septième siècle, les rapports adressés à Richelieu par le consul du France à Dantzick, et qui jettent un jour tout nouveau sur les relations de Philippe II avec le Danemark, la Suède et la Pologne, une partie de la correspondance du comte de la Vauguyon; enfin, des manuscrits de Denys Godefroi, conservés à la bibliothèque de l'Institut, et des papiers de Simancas transporté à Paris sous l'empire, et dont une partie a été déposée aux archives du royaume.

_Prosodie de l'École moderne_; par M. Wilhem Tenint; précédée d'une lettre à l'auteur, par M. Victor Hugo, et d'une préface d'Émile Deschamps.--Paris, 1844. _Didier._ 1 vol. in-18. 3 fr. 50.

«Jamais les idées n'ont été en meilleur état qu'aujourd'hui. Tous les esprits élevés, honnêtes et droits marchent au même but. La pensée, assurée à l'avenir, conquiert de plus en plus le présent. La grande révolution des idées s'accomplit, aussi irrésistible que la révolution des faits et des moeurs, mais plus pacifique. Les petits esprits seulement criaient de retourner en arrière, c'est la loi; ils la suivent, laissons-les faire. Tout va bien. Continuez, vous, monsieur, de marcher en avant, avec tout ce qui est noble et généreux, avec tout ce qui est jeune et vivant. Nous serons tous avec vous du coeur et de l'esprit.»

Ainsi donc, M. Victor Hugo nous l'annonce solennellement, ne voulons-nous pas être des esprits vils, bas, malhonnêtes, faux, petits, mesquins, vieux et mort, nous devons courir au même but que lui et que M. Wilhem Tenint. «Tout ce qui est noble et généreux, tout ce qui est jeune et vivant; tout ce qui est élevé, grand, honnête et droit, marche avec eux.» Tant pis pour nous si nous nous fourvoyons, nous sommes avertis. Nous hésitons d'autant moins à nous rendre dignes aujourd'hui de toutes ces glorieuses épithètes, qu'en suivant M. Wilhem Tenint dans sa _Prosodie,_ nous sommes sûrs de n'y rencontrer que d'utiles vérités, dont nous ne contestons pas la valeur. «Grand service et grand progrès,» comme dit encore M. Victor Hugo.

Que nous apprend en effet M. Wilhem Tenint? D'abord il passe en revue les différentes espèces de vers, depuis celui de un pied:

Fort Belle Elle Dort.

jusqu'à celui de treize pieds:

Jetons nos chapeaux et coiffons-nous de nos serviettes, Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes Que je sois perclus alors que je ne boirai plus!

Puis, cet examen achevé, il consacre à la rime, à l'enjambement et à l'inversion, les deux chapitres les plus remarquables des de sa _Prosodie_. M. Wilhem Tenint pose en principe que la rime pour être bonne doit être riche. «La rime riche consiste, dit-il, dans la parfaite conformité de la dernière syllabe pour le vers masculin, et des deux dernières, en comptant la syllabe sourde, pour le vers féminin: et comme la rime est pour nous une beauté toute musicale, nous n'entendons pas parler de la simple conformité des lettres; l'école nouvelle exige avant tout la conformité, la concordance exacte de son.» Sur ce point, nous partageons entièrement l'opinion de M Wilhem Tenint. _Fréquent_ rime mieux avec _camp_ qu'avec _prudent_; _beau_ rime mieux avec _sabot_ qu'avec _bateau_. En outre, plus la rime est sonore, meilleure elle est. Certains poètes on trop souvent employé des rimes sourdes, de sorte que tout ce qu'il y a de musical dans la rime se trouvait perdu. Ainsi ces vers de Corneille:

Combien pour le répandre a-t-il formé de brigues, Combien de fois changé de parti et de ligues!

Le dieu de Polyeucte et celui de Néarque, De la terre et du ciel est l'absolu monarque.

sont bien supérieurs, sous le rapport de la rime, à ces vers de Racine:

A mes nobles projets je vois tout conspirer, Il ne me reste plus qu'à vous les déclarer.

Il ne faut point douter, vous aimez, vous brûlez! Vous périssez d'un mal que vous dissimulez.

M. Victor Hugo analyse ainsi le chapitre suivant, qui a pour titre _de l'inversion et de l'enjambement_: «Vous expliquez à tous ce que c'est que le vers moderne, ce fameux _vers brisé_, qu'on a pris pour la négation de l'art, et qui en est, au contraire, le complément. Le vers brisé a mille ressources, aussi a-t-il mille secrets. Vous indiquez les ressources au public, qui vous en saura gré, et vous trahissez les secrets des poètes, qui ne s'en fâcheront pas. Le vers brisé est un peu plus difficile à faire que l'autre vers; vous démontrez qu'il y a une foule de règles dans cette prétendue violation de la règle. Ce sont là, monsieur, les mystères de l'art; mais vous les connaissiez comme poète, avant de les expliquer comme prosodiste. Vous avez fait de beaux vers, et beaucoup, et souvent, et vous comprenez mieux que personne combien ce savant mécanisme du vers moderne peut contenir de pensée et d'inspiration. Le vers brisé est en particulier un besoin du drame; du moment où le naturel s'est fait jour dans le langage théâtral, il lui a fallu un vers qui pût se parler. Le vers brisé est admirablement fait pour recevoir la dose de prose que la poésie dramatique doit admettre. De là l'introduction de l'enjambement et la suppression de l'inversion, partout où elle n'est pas une grâce et une beauté. Ce sont là, monsieur, les vérités que vous avez comprises, celles-là et bien d'autres.»

Après quelques considérations brèves et sensées sur l'harmonie imitative et l'harmonie figurative, l'hiatus, les diphtongues, et le choix des mots. M. Wilhem Tenint explique et apprécié successivement les divers rythmes employés par les poètes tant anciens que modernes, l'ode, la ballade, le rondeau, le sonnet, le madrigal, etc. Il expose ensuite, ses idées personnelles sur les poèmes et les romans en vers, et il termine son livre par un chapitre intitulé _Inspiration et prosodie_. Selon lui, l'inspiration ne doit pas raisonner, mais il faut qu'elle sache. Or, il ne suffit pas aux jeunes poètes d'admirer pour savoir, il est nécessaire qu'on leur démontre. C'est pourquoi il a fait cette prosodie. Médité consciencieusement par les poètes présents et futurs, son livre aura certainement pour résultat d'_écraser dans leur oeuf_, où ils sont tout prêts à célébrer, une foule innombrable de ces mauvais vers qui pullulent avec tant d'audace depuis quelques années. Que l'école moderne soit dans la pratique ce que M. Wilhem Tenint nous la représente et lui conseille d'être en théorie, et elle aura bientôt rallié à elle tout ce qui est noble, généreux, jeune, vivant, grand, honnête et droit.

_Histoire des villes de France_, avec une introduction générale pour chaque province, chroniques, traditions, légendes, institutions, coutumes, moeurs, statistiques locales; par M. Aristide Guilbert, et une société de membres de l'Institut, de savants, de magistrats, d'administrateurs et d'officiers généraux des armées de terre et de mer, 3 vol. grand in-8, ornés de 60 magnifiques gravures sur acier, des armes coloriées de villes et de provinces, et d'une carte générale de la France par provinces, 200 livraisons à 25 c.--Paris, 1844. _Fume, Perrotin et Fournier,_ éditeurs.--(30 livraisons sont en vente.)

_L' Histoire des villes de France_ que publié M. Aristide Guilbert n'est point une de ces spéculations plus ou moins honnêtes à laquelle quelque auteur connu du vulgaire cousent, moyennant une certaine somme, à prêter le secours de son nom, et qui doivent peut-être un demi succès d'argent aux annonces et aux réclames payées des éditeurs et à l'ingénuité trompée des souscripteurs. C'est un livre sérieux, consciencieusement rédigé par des écrivains du premier ordre, médité et préparé depuis plusieurs années. Les livraisons que nous avons sous les yeux justifient toute les espérances qu'avait fait concevoir l'idée mère et le titre de cette importante publication. Le premier volume comprendra la Bretagne, la Touraine, la Picardie, les trois évêchés, la Champagne, le Limousin et l'Auvergne. Les trente livraisons publiées contiennent déjà les histoires particulières de Saint-Malo, Saint-Servan, Dinan, Ploërmel, Josselin, Montfort, la Caune, Dol, Saint Brieuc, Trégnier, Morlaix, Lannion, Guingamp, Saint-Pol-de-Leon, Brest, Kemper, Châteaulin, Kemperle, Carhaix Vannes, Pontivy, Lorient. Nantes, etc. La découverte récente de documents du plus grand intérêt détermine M. Aristide Guilbert à ajourner la publication de l'introduction générale de la Bretagne et celle de l'histoire de la ville de Rennes.

Dès que le premier volume sera terminé, nous reparlerons de cet ouvrage, si digne sous tous les rapports de nos éloges et de nos encouragements. Les éditeurs tiendront, nous en sommes sûr, les promesses de leur prospectus.

C'est, disent-ils, la biographie universelle des villes de France, c'est un ouvrage entièrement nouveau, et ne ressemblant à rien de ce qui s'est fait ni de ce qui se fait aujourd'hui que nous entreprenons de publier. Jusqu'à présent, on a tout sacrifié au besoin de faire ressortir les annales générales du pays; nous voulons, au contraire, nous, décentraliser et décomposer l'histoire, pour rendre à chaque ville sa part de travail dans l'action commune, son individualité propre et ses titres personnels d'illustration.

«Pour point de départ nous prendrons la municipalité, parce qu'elle a donné à nos villes cette force d'association et d'unité qui les soutient depuis son établissement; pour cadre littéraire l'ancienne division territoriale de la France, parce que nous voulons joindre à nos biographies locales une introduction historique sur les diverses provinces auxquelles elles se rapportent. La galerie biographique des villes de France, telle que nous la comprenons, sera un livre aux mille faces, aux mille reflets, aux mille échos. Là, à chaque page, la gravité et la sévérité de l'histoire seront tempérées par la causerie familière et intime de la chronique; là, la vie publique des hommes célèbres, considérée dans ses rapports avec chaque localité, prêtera aux annales de la cité le charme et l'intérêt d'une influence et d'une intervention morale, qui ont presque toujours échappé à l'investigation des historiens; là, la tradition et la légende, ces deux grandes sources de la poésie nationale, répandront tout le charme, tout le piquant de la fiction et du roman; là, enfin, la description locale déroulera ses innombrables et pittoresques tableaux, c'est-à-dire tout un monde du sites enchantés, de monuments, de palais, de donjons fameux, de citadelles, de châteaux féodaux, d'églises, de cathédrales gothiques, d'abbayes, de couvents et de ruines. Devant nous se dévoileront successivement toutes les scènes, tout les faits, tous les événements, tous les actes qui, pendant des siècles, ont rempli, étonné, ému, passionné nos villes, nos églises, nos camps, nos châteaux, nos assemblées nationales, nos parlements, nos cours de justice: entreprises héroïques, sièges, batailles, faits d'armes, tournois, combats singuliers, troubles civils, conspirations, luttes des pouvoirs, révolutions, belles actions, crimes, causes célèbres, jugements de Dieu, catastrophe et expiations sanglantes.»

_Enseignement élémentaire universel ou Encyclopédie de la Jeunesse_, ouvrage également utile aux jeunes gens, aux mères de famille, à toutes les personnes qui s'occupent d'éducation et aux gens du monde; par MM. Andrieux de Brioude, docteur en médecine; Louis Baudet, ancien professeur au collège Stanislas, et une société savants et de littérateurs. Un seul volume format du _Million de Faits_, imprimé en caractères très lisibles, contenant la matière de six volumes ordinaires, et, enrichi de 400 petites gravures servant d'explication au texte. Prix, broché 10 fr.; élégamment cartonné à l'anglaise, 11 fr. 50 c. Paris, _J. J. Dubochet et comp._, rue de Seine, 33.