L'Illustration, No. 0068, 15 Juin 1844
Part 7
Le second volume de l'_Histoire universelle_ de César Cantu, que vient de mettre en vente la librairie Firmin Didot, est encore mieux rempli que le premier. Il comprend la Perse, la Grèce et l'Italie ancienne. M. Cantu analyse l'histoire de la Perse depuis les temps obscurs jusqu'à la mort de Darius. Puis il consacre deux chapitres à la religion des mages et à la constitution morale et publique des Perses. L'histoire de la Grèce occupe à elle seule les trois quarts du volume. Sparte et Lycurgue, Messine, Athènes et Solon, Pisistrate, les petits États, les colonies, la guerre médique, la suprématie d'Athènes, la guerre du Péloponnèse, la grandeur et la décadence d'Athènes, la suprématie de Sparte, Socrate, la retraite des dix mille, Agesilas, la Béotie et Épaminondas, les Macédoniens et Alexandre, la littérature, la philosophie, les beaux-arts et les sciences; tels sont les nombreux sujets traités ou restitués en dix-huit chapitres. Quant à l'Italie, M. Cantu ne nous en fait connaître encore que les premiers habitants, la grande Grèce, les îles et le Latium. Le second volume se termine avec la fin de l'histoire poétique de Rome. Le tome troisième paraîtra prochainement.
_L'Algérie en 1844_; par A. Desjobert.--Paris, 1844. Guillaumin.
M. Desjobert est infatigable: à la _Question d'Alger_ en 1837, à _l'Algérie en 1838_, succède aujourd'hui _l' Algérie en 1844_. A en croire ses trois brochures, l'Afrique est un legs funeste que la restauration a fait à la révolution de Juillet. L'opinion publique est trompée par les particuliers et par le gouvernement. Lui montrer ses erreurs, telle est la tâche que s'impose M. Desjobert. Pour prouver à la France qu'elle est victime d'une folie, il examine la question de l'occupation d'Alger sous un certain nombre de points de vue: l'occupation, la colonisation en général, la colonisation militaire, la colonisation mixte, la colonisation civile, le commerce et la navigation, l'armée, les finances, etc., et de Cet examen, il conclut que la France ne peut pas raisonnablement sacrifier chaque année 100 millions à ce qu'il appelle l'_affaire_ d'Afrique. Lors même qu'elle ne contiendrait pas une fonte de faits curieux, cette brochure serait recherchée et lue à cause de son excentricité; mais nous espérons qu'elle ne convaincra personne, et que le public continuera à ne pas admettre l'opinion du célèbre député de la Seine-Inférieure.
_Leçons élémentaires de Botanique_, fondées sur l'analyse de 50 plantes vulgaires; par M. Em. Lemaout, docteur-médecin. Chez _Fortin, Masson et comp._
La botanique est la science des végétaux; mais connaître les végétaux sous tous leurs points de vue est une entreprise difficile même pour les hommes qui s'y livrent exclusivement. Il faut donc opter entre la physiologie végétale, qui s'occupe de la structure, des organes et des fonctions des plantes, et la botanique descriptive, qui énumère, classe et décrit toutes les plantes répandues à la surface du globe.
Toutefois ces deux sciences ne sont pas complètement indépendantes. Le physiologiste, témoin d'un phénomène curieux que présente une plante, veut en savoir le nom, et à son tour celui qui se bornerait à connaître les plantes par leur nom et serait tout à fait étranger à leur physiologie, serait un collecteur et non pas un botaniste. Cette nécessité de connaître deux branches de la botanique a toujours arrêté les gens du monde L'un ne s'inquiète nullement du nom et de la classification des végétaux, mais il voudrait savoir comment ils germent, vivent, respirent et se propagent; il ouvre un traite de physiologie végétale, et se limite immédiatement contre des noms latins par lesquels l'auteur désigne les plantes dont il décrit les phénomènes physiologiques. Un autre, et c'est le cas le plus habituel, se contenterait de savoir le nom des plantes qui l'entourent, il voudrait faire un herbier qui réunirait les plantes qu'il cueille dans ses promenades; mais dès les premières lignes il voit surgir une foule du noms inconnus servant à désigner les organes divers au moyen desquels on est arrivé à classer et distinguer les plantes. Il résulte de là que la plupart des personnes qui avaient entrepris cette étude se lassent de tourner dans un cercle vicieux, se découragent, se dégoûtent et déclarent n'avoir trouvé que des mots là où ils cherchaient des faits et des idées. Cette accusation est injuste. Des objets nouveaux génèrent des mots nouveaux, et l'on ne peut désigner les plantes ni leurs organes avec les mots employés dans l'usage habituel de la vie. Mais, il faut en convenir, les auteurs de traités élémentaires ne se sont peut-être pas mis assez à la place de l'homme du inonde qui ouvre pour la première fois un livre de botanique. Ils n'ont pas fait une part suffisante, à son inexpérience, et lui ont supposé une persévérance qu'un désir ardent de connaître peut seul inspirer.
Avant d'écrire son livre, M. Lemaout avait depuis longtemps enseigné la botanique, il avait été témoin des difficultés que ses élèves rencontraient à chaque pas, et s'était efforcé de les leur aplanir. Fort de son expérience, il a publié un livre réellement élémentaire. Il ne rebute pas le commençant en lui parlant de plantes inconnues, car il en a choisi cinquante qui sont tellement communes dans les jardins ou dans les champs, qu'elle ont un nom vulgaire et sont connues universellement. Ces cinquante plantes figurées dans son ouvrage forment la base du son enseignement, et sans aller en chercher d'autres. Il donne à son élève des notions sur les organes, la physiologie et la classification très suffisantes pour que celui-ci puisse ensuite pousser plus loin l'étude de la botanique, s'il en a le loisir et l'envie. Mais dût-il s'arrêter au milieu du livre, le lecteur aura des notions assez complètes sur plusieurs points de la botanique, et au bout de vingt pages, il saura si cette science est du son goût. Le livre de M. Lemaout est donc réellement un ouvrage élémentaire; c'est celui que l'on conseillera à quiconque veut entreprendre sans maître l'étude du la botanique. Il est en outre composé de manière à exciter l'attention et la curiosité du lecteur; et n'est point un traité dogmatique de la science, c'est un cours instructif où le professeur cherche toujours à instruire en amusant. Toutefois, la science qu'il enseigne est une science solide et de bon aloi, et les anecdotes dont il entremêle ses leçons ne sont point de ces historiettes puériles qui rabaissent la science aux yeux de l'homme d'intelligence, et n'ajoutent rien à son charme pour celui qui est en état de la comprendre.
_Types de chaque famille et des principaux genres de Plantes croissant spontanément en France_: par F. Plée.--Chez _Baillière_, 17, rue de l'École-de-Médecine.
Il n'est personne qui, au moins une fois en sa vie, n'ait été tente d'apprendre la botanique; mais sur tant d'appelés combien peu d'élus! Dès les premiers pas on est rebuté par une foule de mots nouveaux d'origine grecque ou latine. Sans guide, sans direction, on s'épuise en efforts superflus pour arriver au nom d'une plante. On commence par chercher celui d'une espèce avant de savoir à quelle famille elle appartient. L'ouvrage de M. Plée a pour but de faire connaître par des descriptions simples et claires et des figures admirablement dessinées et coloriées, les types de chaque famille. Quiconque aura revu sur la nature ces différents types reconnaîtra bientôt à quelle famille appartient la plante qu' il désire connaître. La famille une fois déterminée, il arrivera à connaître les genres et enfin les espèces. Alors il saisira les analogies et les affinités qui unissent entre eux les divers groupes naturels, et comprendra que l'étude de la botanique ait séduit tant d'esprits distingués. Six livraisons de l'ouvrage de M. Plée ont déjà paru; elles offrent l'analyse de la renoncule bulbeuse, de l'hellébore d'hiver, du jasmin, du lilas, de la saponaire officinale et du troène commun.--Deux livraisons paraîtront chaque mois.
C. M.
_Discussion de la loi sur l'instruction secondaire, à la chambre des pairs._ 2 fort vol. in-12, de 1450 pages. Prix, 7 fr. Aux bureaux du _Moniteur_, rue des Poitevins, 6, et chez _L. Hachette_, rue Pierre-Sarrazin, 12.
La discussion du projet de loi sur l'instruction secondaire a reçu, à la chambre des pairs, un développement inusité, et soulevé des questions qui ont vivement préoccupé l'opinion publique. L'importance des problèmes spéciaux relatifs à renseignement et à l'organisation de la liberté qui lui est due aurait suffi pour donner un grand attrait au débat; mais la controverse s'est prodigieusement agrandie lorsqu'on a vu une lutte ardente s'établir entre les lois nées de l'esprit de notre époque et les prétentions à tout ce qui constituait jadis les privilèges des corporations religieuses, lorsqu'on a vu le concordat, l'université, la philosophie, attaqués à outrance au nom et dans l'intérêt des jésuites. Ce combat entre l'ultramontanisme el les saines idées libérales, est un spectacle si curieux qu'il a fait bon d'en recueillir tous les détails. C'est ce que font les deux volumes que nous annonçons; ils reproduisent intégralement tout ce qui a été dit et délibéré à la chambre des pairs, depuis l'exposé des motifs jusqu'au vote du projet Ainsi resserrées, les vastes colonnes du _Moniteur_ forment un ouvrage qu'étudieront avec fruit les publicistes, les magistrats, les membres de l'instruction publique, des deux Chambres et du clergé.
G.
Musée Lambourg.
M. Lambourg est né à Saumur dans les dernières années du siècle dernier. Depuis de longues années il vivait ignoré dans sa ville natale, exclusivement occupé de la culture d'un art qu'il a poussé jusqu'à ses limites les plus reculées. Enfin, il y a quelques semaines, il est venu pour la première fois à Paris, apportant avec lui les chefs-d'oeuvre auxquels il avait consacré quarante années de sa vie. Chaque jour une foule nombreuse court admirer, dans les beaux salons du boulevard des Italiens, au-dessus du café Cardinal, le musée qui porte sou nom.
Malheureusement pour eux, tous les abonnés de _l'Illustration_ ne peuvent pas jouir comme nous de ce curieux spectacle. Nous nous empressons donc de le leur montrer; mais, si exact qu'il soit, notre dessin ne leur en donnera qu'une idée imparfaite.
En effet cette ménagerie et ce jardin, ce lion et ce tigre, dont les peaux feraient envie aux plus difficiles amateurs de fourrures précieuses; ces fleurs aux couleurs si fraîches, aux formes si gracieuses, sont en verre. Vous pouvez toucher la crinière du roi des animaux; elle est aussi douce que la soie la plus fine. Le tigre seul a coûté huit années de travail. Me demanderez-vous comment M. Lambourg, a pu créer, avec une pareille matière, toutes ces étonnantes merveilles? Le procédé est bien simple; assis à une petite table devant une lampe dans la flamme de laquelle passe un courant d'air, M. Lambourg tient dans ses deux mains les deux extrémités d'un tube de verre blanc ou coloré. Il en chauffe une partie jusqu'à ce qu'elle devienne presque liquide, et avec ce verre prêt à entrer en fusion, il fait tout ce que lui demande le curieux étonné qui l'admire. Une levrette, des tourterelles, un papillon s'échappent comme par enchantement de ses doigts, et semblent tout prêts à courir, à s'envoler ou à voltiger, tant ils sont habilement imités; car M. Lambourg n'est pas seulement un ouvrier habile et exercé, c'est un artiste distingué, qui a longtemps étudié la nature animale, ainsi que la nature végétale, et qui obtient avec ses tubes de verre des résultats dont nos meilleurs sculpteurs auraient le droit d'être fiers.
Levassor dans les dix rôles du troubadour omnibus.
Vous connaissez bien M. Levassor, acteur du Palais-Royal? M. Levassor est un véritable sorcier à triple et à quadruple face, mais jamais il n'avait poussé jusqu'à la dizaine ce talent de métamorphose; eh bien! allez voir M. Levassor, dans le _Troubadour omnibus_, dont nous avons déjà eu l'honneur de vous parler l'autre jour, et vous jouirez de cette aptitude phénoménale à changer de visage aussi facilement qu'on ôte sa cravate, sa chemise, son chapeau et son habit. Cependant, comme l'Illustration est la complaisance même, voici qu'elle vous offre les dix têtes de M. Levassor, pour vous épargner les frais d'un parterre ou d'un orchestre.--Que de gens voudraient avoir ce joli talent de société, afin de pouvoir cumuler impunément! que d'employés émargeraient dix fois, grâce à cet art de multiplier son visage! et que de grands hommes se feraient donner dix fois la croix d'honneur!
Correspondance.
_A mademoiselle Marie X._--Non, mademoiselle, _l'Illustration_ ne peut pas donner le portrait des célibataires que marie la maison Foy; si jolie que vous soyez, nous ne vous ferons jamais une semblable annonce.
_A M. T., maire de Bussière-lès-Belmont._--Nous vous remercions de vos éloges, et nous tâcherons de satisfaire tous vos désirs.
_A madame B._--Tous vos voeux seront bientôt comblés.
_A M. Ch. d'Ely._--Nous avons reçu vos communications; mais elles ne peuvent pas nous servir. Tom Thumb viendra bientôt à Paris, et nous donnerons son portrait. Quant au chemin de fer de Folkstone et au rocher de Shakespeare, _l'Illustration_ en a déjà parlé.
_A M. B., de Nantes, et à M. Ch. A. N., de Rambouillet._--Ce qui plaît à M. B. déplaît à M. A. N. Ce qui plaît à M. A. N.. déplaît à M. B. Comment faire? Nous continuerons.
_A M. Jules Der..._--Comment pouvez-vous nous proposer un pareil sujet? _L'Illustration_ est un journal dont la mère permet la lecture à sa fille. Ne l'oubliez plus, monsieur!
_A M. César Pantineau, de Bennes._--Apprenez à écrire le français, avant de nous donner des leçons.
_A M. E., doct.-médecin à Saint-Robert (Isère)._--Les articles dont vous réclamez l'insertion sur les établissements d'aliénés paraîtront dans le mois de juillet prochain.
_A madame Pauline Dum., à Gray._--Quand vous vous présenterez en personne dans notre bureau de rédaction, rue Richelieu, 60, nous vous répondrons de vive voix. Il y a des choses qui ne s'écrivent pas.
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.
Quand le chat n'y est pas, les souris dansent sur la table.
End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0068, 15 Juin 1844, by Various