L'Illustration, No. 0066, 1 Juin 1844

Part 6

Chapter 63,493 wordsPublic domain

Elle partit donc... on l'attendit toute la matinée; le soir, on l'attendait encore, et la blanche jeune fille n'était pas revenue. Qu'y a-t-il? Que lui est-il arrivé? Où est ma Tille? Avez-vous vu ma fille? ma fille! ma fille! au nom du ciel! L'éveil est donné, l'effroi se répand partout, la mère pleure, les valets, d'un air affairé et lugubre, courent le village et la campagne, interrogeant celui-ci, apostrophant celui-là: enfin, après bien des recherches vaines, après un flux et reflux d'espérances et de terreurs sans nombre, on arrive au pied d'un bel églantier en fleur, incliné sur une nappe d'eau limpide; et sur cette onde voilée d'arbustes embaumés, qu'aperçoit-on? un voile blanc, puis un chapeau de paille agité par la brise comme une fragile nacelle, et enfin,--le dirai-je?--un cadavre pâle et flottant à la surface. C'était la jeune fille, ce matin encore vivant de sa vie de seize ans, c'est-à-dire avec un horizon charmant devant ses yeux, et qui semblait l'appeler au loin à un bonheur sans fin.

On approcha du cadavre et on le relira de l'eau;--elle était bien morte; nul espoir de ranimer cette joue livide et ce coeur éteint;--dans sa main droite, contractée violemment, la pauvre enfant tenait quelques restes de mousse, de brins d'herbe et de plumes légères, tels que les oiseaux en composent leur nid, tristes débris mêlés à une feuille d'églantier.

Ces arbres fleuris, le chant des fauvettes gazouillant sous leur dôme de feuillage, l'eau murmurante l'avaient attirée; et là, sans doute, ravie et se promettant d'apporter à sa mère les trophées de sa conquête, elle s était suspendue à la branche fragile pour saisir et la fleur et le nid de la fauvette; mais la branche cédant tout à coup et se brisant, la fleur, le nid et la jeune fille disparurent dans l'eau placée là comme un piège et comme un abîme. Qui sait,--mais sommes-nous au temps de la mythologie?--qui sait si quelque hamadryade, jalouse de voir l'imprudente venir ainsi dépouiller ses domaines et détruire l'espoir de ses hôtes harmonieux ne brisa point la branche d'une main irritée? ou peut-être trompée par une fallacieuse image, la malheureuse jeune fille s est-elle noyée dans l'onde perfide en croyant s'y mirer?

Ce qui suit vous semblera moins poétique; mais si la poésie est bonne, la réalité a bien son prix: j'en atteste l'ordre du jour que vient de rendre M. le général Jacqueminot, commandant de la garde nationale de Paris et de la banlieue: il s'agit de pantalons et non pas d'autre chose; ce n'est pas le cas d'invoquer la muse de Virgile et d'Ovide. Or, voici mon histoire de pantalons en deux mots.

Voyant dernièrement le soleil en pleine ardeur et les chaudes haleines du printemps caresser amoureusement la garde nationale, M. le général Jacqueminot l'avait officiellement autorisée à prendre ce que nous autres vieux grognards nous appelons la tenue d'été. Le chasseur donc, et le grenadier, et le capitaine, et le colonel, et le sergent, et le tambour s'en allaient, d'un pied leste et d'un air pimpant, vêtus du pantalon léger, toile grise ou toile blanche, suivant le poste où ils devaient avoir l'honneur de se livrer aux ineffables charmes de la faction et aux attraits délirants de la patrouille Que vous dirai-je? La garde nationale était blanche, depuis quinze jours, comme un acacia en fleur, et s'épanouissait au soleil. Mais la bise a ses malices et la pluie aime à jouer des tours. Si elles abattent les fleurs par leurs efforts combinés, si elles glacent et tuent les fruits dans leurs calices, elles n'ont pas plus de respect pour les pantalons blancs des douze légions. La seule différence, c'est que les fleurs n'ont pas d'autre vêtement que leur enveloppe parfumée et fragile:--il faut, bon gré mal gré, qu'elles y périssent;--tandis que la garde nationale peut changer de pantalons, et passer à sa fantaisie de la toile glaciale au drap réconfortant.

M. le général Jacqueminot, en César prudent, n'a pas manqué de profiter de cette situation magnifique et de cette double culotte; les pantalons blancs, tirés de l'armoire par un ordre du jour printanier, viennent d'y rentrer sur un autre ordre du jour, et le pantalon de drap, recommençant son règne interrompu, triomphe en ce moment sur toute la ligne. La garde nationale est en pleine tenue d'hiver depuis une semaine C'est une insulte au mois de mai, n'est-il pas juste de lui rendre injure pour injure? D'ailleurs les pituites, les rhumes de cerveau, les éternuements, les maux de gorge et le jujube allaient grand train dans les douze légions, et il était temps d'y mettre ordre, sauf à s'aliéner les médecins et les apothicaires.

Dans le monde politique et parlementaire que M. le général Jacqueminot fréquente et dont il est un des héros, n'y a-t-il pas beaucoup de braves qui changent d'opinion et de parti comme la garde nationale change de culottes, selon le vent qui souffle?

Ce temps désagréable, qui contraint les soldats citoyens à se casemater et à se draper, commence à disperser la foule départementale qui s'était précipitée sur Paris; en même temps la pluie fait peur aux hordes qui se tenaient encore dans leurs foyers, n'attendant que le moment où les hôtels garnis et les spectacles parisiens seraient un peu dégagés pour prendre la poste et la diligence, et y faire invasion à leur tour. On commence donc à respirer dans notre bonne ville de Paris, et à voir clair dans cette multitude d'étrangers qui s'écoulent peu à peu et rentrent chez eux. Paris se tâte, s'interroge, se retrouve et s'aperçoit, Dieu merci, qu'il n'est pas devenu tout à fait Bar-sur-Aube ou Quimper-Corentin.

Nous conseillons cependant à nos chers frères et féaux amis des départements qui sont encore ici, de patienter et de ne pas ployer leur tente étourdiment, et en voici la raison; mademoiselle Taglioni va donner décidément six représentations à l'Opera; au moment même où mes honorables lecteurs liront ces lignes, l'illustre danseuse aura fait sa première pirouette et son premier entrechat. La foule y sera, et déjà on s'arrache les yeux pour avoir des loges. Cela ne vaut-il pas la peine de rester à Paris au risque de forcer madame Marlborough de monter à sa tour pour voir pourquoi M. Marlborough ne revient pas?

Une sylphide comme Taglioni est une rareté; on n'en verra probablement jamais de pareille. Ce qu'il y a de certain, du moins, c'est qu'après ces six apparitions, personne ne la reverra plus, ni Paris, ni la province, ni l'Allemagne, ni l'Angleterre, ni l'Ancien, ni le Nouveau-Monde; mademoiselle Taglioni est décidée à ployer ses ailes et à faire souche de simple bourgeoise et de mère de famille: assez voltigé comme cela!

Voici les conditions proposées par mademoiselle Taglioni pour ses six représentations, et acceptées par l'Académie royale de musique: mademoiselle Taglioni prélèvera deux mille francs sur la recette de chaque soirée; il lui sera, en outre, accordé une représentation exclusivement à son bénéfice, et dont le total est garanti à quinze mille francs.

C'est donc une trentaine de mille francs que la sylphide récoltera en un mois et emportera sur son aile, au risque d'alourdir un peu son vol. On se déciderait pour beaucoup moins à aller terre à terre.

Mademoiselle Taglioni, après cette dernière apparition, aurait, a-t-on dit, l'intention de se retirer sur le lac de Côme. Cette nouvelle est fausse: le lac de Côme sent encore la sylphide et la poésie; et mademoiselle Taglioni est bien résolue à ne plus vivre que dans la prose; elle vient de louer, à cet effet, un appartement au Marais, rue Saint-Louis, tout près de la rue des Minimes; mademoiselle Taglioni se propose d'y couler ses heureux jours en paix, se promenant tous les matins et tous les soirs à la place Royale, et passant son dimanche à jouer aux dominos au café Turc.

Ainsi finissent les déesses de notre temps!

Un homme de beaucoup d'esprit qui a essayé un peu de tout en ce monde. M. Harel, s'est décidé à essayer de l'éloquence académique, et ce nouveau coup d'essai lui a parfaitement réussi. Le prix proposé l'année dernière par l'Académie Française, et dont l'_Éloge de Voltaire_ était le sujet, vient d'être donné au travail de M. Harel; ceci ne s'est point passé sans difficultés et sans lutte; non pas que le mérite littéraire de l'ouvrage de M. Harel fût mis en question, mais c'était le droit de Voltaire lui-même aux honneurs d'un éloge qui était attaqué et contredit par un certain parti philosophique qui a sa part d'influence à l'Académie. Enfin, les voltairiens l'ont emporté, et, M. Harel tient sa couronne. Qu'en vont dire Fréron et le père Garasse?

Les illustres mariages et les mariages riches continuent à pleuvoir de tous côtes. Après ceux que nous avons annoncés la semaine dernière, voici venir celui de M. le duc d'Albuféra, fils de l'illustre maréchal Sachet, avec mademoiselle Schikler, fille du fameux banquier prussien mort il y a un an en odeur de millions. Le laurier et le billet de banque s'entrelacent dans cette affaire.

C'est à la fin du mois qu'Édouard Donon-Cadot, fils du riche banquier de Pontoise, et prévenu de complicité dans l'assassinat de son père, paraîtra devant la cour d'assises. M. Chaux-d'Est-Ange plaide pour ce malheureux jeune homme. Nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette terrible aventure, et puissions-nous avoir un innocent à leur montrer!

Théâtres.

Théâtre-Français. _Catherine II_, tragédie en cinq actes, de M. Hippolyte Romand.

On connaît la triste et lamentable aventure d'Iwan VI; encore enfant et appelé au trône après la mort de l'impératrice Anne, une révolte le renversa au bout de quelques mois et mit le sceptre impérial aux mains de l'indolente et voluptueuse Élisabeth; Iwan, devenu une menace et un danger, fut enfermé dans une forteresse; il y vécut pendant vingt ans, sans relâche à sa captivité; un jour enfin, sous le règne de Catherine II, on apprit que quelques soldats conduits par un officier, ayant tenté de délivrer Iwan pour le proclamer empereur, le commandant de la prison avait tué le prince à coups de sabre, plutôt que de le laisser au pouvoir des rebelles; manière un peu violente de répondre d'un prisonnier.

Quand Iwan périt de cette façon tragique, il avait vingt-quatre ans.

Bien que la tragédie de M. Hippolyte Romand porte le nom de Catherine, Iwan y joue un rôle très-important et pourrait, sans trop de vanité, réclamer son droit à baptiser l'ouvrage. C'est en effet la captivité, c'est la mort d'Iwan qui en fait le fond et l'intérêt. Seulement, M. H. Romand s'inquiétant fort peu du récit historique, le modifie à son gré, le dénature à sa fantaisie, et, au lieu du fait connu, substitue l'invention romanesque.

Il suppose Catherine éprise d'Iwan et projetant d'en faire son mari et de l'élever au trône; c'est là une pensée peu vraisemblable dans une femme comme Catherine, qui tenait tant à son autorité achetée par beaucoup de hardiesse et si glorieusement exercée. Mais enfin, prenons du poète ce qu'il lui convient de nous donner. Catherine aime donc Iwan et songe à le rendre libre. De son côté Iwan a été séduit par la beauté de Catherine, qu'il a vue plusieurs fois passer sur un traîneau rapide au pied de sa prison; et même, si je ne me trompe, les deux amants ont ou plus d'une entrevue sentimentale sous les verrons; mais par une idée singulière, et qui n'est peut-être pas suffisamment digne de la sévérité de la tragédie, Catherine a dissimulé son nom et sa personne, et s'est donnée à Iwan pour une certaine princesse Augusta qui fait partie de sa cour. Iwan donc croit aimer la princesse Augusta et non pas Catherine, qu'il s'imagine au contraire n'avoir jamais vue.

Tout irait à souhait, et probablement Catherine épouserait Iwan, mariage qui ferait bien rire l'histoire, si Orloff n'était pas là; or, Orloff n'a pas le moins du monde l'envie de céder à Iwan sa place dans la confiance de Catherine, et de se dépouiller de son autorité. Il est donc de son intérêt de jeter le trouble entre Iwan et Catherine, en attendant mieux; c'est ce qu'il fait sans ménagement aucun, et voici à quelle occasion: Catherine a résolu de faire sortir Iwan de sa prison et de l'amener dans son palais; elle veut le préparer par là au bonheur qu'elle lui réserve. Si j'ai bonne mémoire, c'est à l'aide d'un jeu fantasmagorique qu'elle le tire de sa forteresse, et qu'elle l'introduit dans sa cour. Il y a dans tout cela, ce me semble, une espèce de philtre, qui fait d'Iwan une sorte de dormeur éveillé. Or, voici notre prisonnier à Saint-Pétersbourg, dans le palais impérial, où Catherine va venir accompagnée de tout l'éclat souverain, et suivie du cortège des courtisans.

Orloff, qui craint pour son pouvoir le résultat de cette entrevue, a pris ses précautions: il est allé trouver Iwan dans sa prison, et là il lui a raconté les actions les plus compromettantes pour Catherine. Orloff, en outre, a remis à Iwan une lettre qui contient des faits très-graves sur la mort de Pierre III. Iwan a le coeur ingénu; il s'indigne, et manifeste pour Catherine une antipathie très-peu respectueuse. C'est ce que Orloff demandait, espérant bien qu'à l'occasion il aurait le profit de cette indignation.

Ce profit, en effet, ne se fait point attendre. Iwan, comme nous l'avons dit, arrive au palais; toute la cour est assemblée. Par continuation du roman de là-haut, Catherine a posé une couronne sur la tête de la princesse Augusta, pour donner le change à Iwan et lui faire croire qu'Augusta est l'impératrice. Quant à elle, Catherine, elle continue à remplir le rôle d'Augusta. L'impératrice se promet, sans doute, beaucoup de satisfaction de ce quiproquo; que de joie quand Iwan apprendra le nom véritable de celle qu'il aime! quelle charmante surprise quand il saura qu'il a affaire à Catherine!

Il en arrive tout autrement, et la vertu d'Iwan ne donne pas le temps à Catherine de se nommer. Voyant venir la princesse Augusta, il s'imagine trouver en elle Catherine II; le récit d'Orloff lui revient à l'esprit; alors il ne se contient plus et adresse à Augusta, sous prétexte qu'elle est Catherine, les plus vives apostrophes. Cependant la véritable Catherine est présente et reçoit ce déluge d'accusations en silence et en continuant à garder, aux yeux d'Iwan, le plus strict anonyme. Je vouss demande si la cour est scandalisée de l'aventure; on reconduit Iwan en prison sur un signe de l'impératrice; Iwan cependant ne se retire pas sans avoir montré violemment à la prétendue Catherine (Augusta) la lettre qu'il tient d'Orloff et qui compromet la véritable Catherine.--Je ne sais si je me fais comprendre au milieu de cet imbroglio.

L'insulte a été violente et publique; mais Catherine ne désespère pas de ramener Iwan et de conserver son amour; toujours cachée sous le nom d'Augusta, elle se rend près de lui, dans sa prison. Iwan, encore tout ému de la scène que nous avons racontée, continue à témoigner son éloignement pour Catherine; Catherine cherche à l'excuser; c'est sa propre cause qu'elle plaide sans qu'Iwan s'en doute; celui-ci, qui a l'entêtement de la vertu convaincue, ne recule pas d'une ligne, et la situation n'est déjà plus tenable pour Catherine, quand tout à coup Orloff arrive; il écoutait aux portes sans doute. Orloff, en bon apôtre, fait semblant de vouloir prendre le parti de l'impératrice outragée par Iwan. «Je me défendrai bien moi-même!» s'écrie enfin Catherine poussée à bout et laissant son amour-propre reprendre le dessus et dominer son amour.

«Quoi, vous êtes Catherine! s'écrie Iwan.--Oui,» répond-elle. Dès ce moment tout est dit; il n'y a plus d'erreur possible: c'est à Catherine elle-même qu'Iwan s'adresse, et il ne la ménage pas plus maintenant qu'il ne le faisait en croyant parler à Augusta.

Je n'ai pas besoin de dire que l'amour qu'Iwan ressentait pour la soi-disant Augusta est complètement détruit par cette découverte qu'il fait de Catherine dans cette Augusta jusqu'ici adorée: autant Iwan l'adorait, autant il l'exècre maintenant. Catherine tente un dernier effort pour reconquérir ce coeur révolté; mais elle y perd son éloquence, et Iwan s'amende si peu qu'il va jusqu'à la menacer de son poignard, ce qui est bien fort; que vous en semble?

En même temps, Iwan conspire contre Catherine et veut la renverser, du fond de sa prison: ses amis sont tout prêts; dans un instant Catherine sera au pouvoir d'Iwan; il a la complaisance de le lui annoncer.

Iwan se trompe, car Orloff veille; résolu de se défaire d'Iwan, de peur d'un pardon de la part de Catherine, il aposte des gens dévoués à sa cause, et les charge de tuer Iwan; ainsi font-ils. Catherine, sauvée par ce coup de main, n'en donne pas moins un regret à Iwan, en même temps qu'elle exprime son mécontentement à Orloff; Catherine déclare ensuite qu'elle va chercher dans la gloire une compensation aux déceptions de l'amour.

Telle est la table inventée par M. Romand; on peut lui reprocher l'invraisemblance des moyens, et surtout ce quiproquo peu tragique et cette substitution de personnes sur lesquels l'ouvrage repose presque tout entier; peut-être aussi l'action flotte-t-elle çà et là dans le vague, et les personnages font-ils comme l'action; la marche de l'oeuvre et les caractères ne sont pas toujours assez nettement indiqués et soutenus; mais ces défauts--qui n'a pas les siens?--sont rachetés par des situations très-vives et très-dramatiques, par la chaleur des sentiments et par des parties de style très-brillantes et très-énergiques qui compensent amplement les faiblesses de quelques tirades incertaines et flottantes. En un mot, _Catherine II_ est un ouvrage qui n'est point sans taches, mais ces taches s'effacent à côté de beautés incontestables. Heureux qui a ce partage! Félicitons donc M. Romand de cette oeuvre, qui honore son talent; félicitons-le du succès qu'il a obtenu.

Mademoiselle Rachel a reparu, dans le rôle de Catherine, après une absence trop longue pour ses admirateurs; mademoiselle Rachel, dans ce rôle, a été fière, impérieuse et pleine de mouvements dramatiques; Beauvallet (Iwan) l'a très-tragiquement secondée. Les beaux vers de M. Romand et mademoiselle Rachel maintiendront _Catherine II_ dans ce succès du premier jour et ne feront que l'affermir.

THÉÂTRE DU PALAIS-ROYAL.--LE TROUBADOUR OMNIBUS! LES DOUZE ARRONDISSEMENTS DE PARIS, PAR CHAM.

Nous ne sommes plus, grâce à Dieu, dans le tragique, tant s'en faut. Quittons M. Beauvallet, et passons au théâtre du Palais-Royal. Le théâtre du Palais-Royal est un garçon de bonne humeur, qui est bien loin de conspirer et d'égorger les gens, comme ce scélérat de Théâtre-Français, qui tire son poignard à tout propos; lui, au contraire, divertit son public et met sur ses chagrins, s'il en a, le baume d'un gros rire à gorge déployée. Telle est le suprême et excellent spécifique que _le Troubadour Omnibus_ administre en ce moment aux habitués du théâtre du Palais-Royal. Ce troubadour est représenté par M. Levassor; quant à son nom ou à son titre d'_Omibus_, il ne l'a pas volé: c'est bien un omnibus en effet, contenant un peu de tout, chantant, dansant, déclamant, gambadant, selon la circonstance.

Mon troubadour se trouve au spectacle et dans une stalle d'orchestre. La troupe tout entière est indisposée, et le spectacle va manquer faute de pièces et d'acteurs. «Présent!... dit notre troubadour, quittant son rôle de spectateur et s'offrant au directeur aux abois. Voulez-vous de la tragédie? en voici; de la comédie? en voilà, du ballet, du mélodrame, de la musique, de la danse? en voici et en voilà encore! Vous ne pouvez pas nous donner les _Trois Quartiers_, comédie de MM. Picard et Mazères? Je vais vous montrer les douze arrondissements de Paris. Racine et Corneille sont malades? prenez ma lanterne magique. Et ainsi notre troubadour console le directeur, et ravit le publie, surpris et charmé de son aplomb, de son savoir et de son trésor de ressources burlesques et inépuisables.

Il n'y a rien de tel que d'être tout à tous, et d'avoir plusieurs muscades dans son sac.

Bulletin bibliographique.

_Histoire de la Chute des Jésuites au dix-huitième siècle_ (1750-1782); par le comte Alexis de Saint-Priest, pair de France. 1 vol. in-8. Paris, 1844. _Amyot._ 7 fr. 50.

_Les Jésuites et l'Université;_ par M. Génin, professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg (deuxième édition).--Paris, 1844. _Paulin_. 1 vol. in-18. 3 fr 50.

_Lettres sur le Clergé et sur la Liberté d'enseignement;_ par M. Libri, membre de l'Institut.--Paris, 1844. _Paulin._ 1 vol. in-8. 4 fr.

«Vers le déclin du dix-huitième siècle, la société de Jésus fut bannie des principaux États catholiques et supprimée par le saint-siège, dit M. le comte Alexis de Saint-Priest au début du premier chapitre de son ouvrage. Quoique cet événement ait vivement frappé les contemporains, l'histoire n'en a pas été écrite; du moins les faits qui s'y rattachent ont été présentés sous les plus fausses couleurs. C'est une lacune véritable dans les annales du dix-huitième siècle; il nous a paru utile d'y suppléer. Nous l'essaierons avec d'autant plus de confiance que nous pouvons appuyer un récit impartial sur des documents authentiques. Ce n'est pas nous que l'on va entendre, ce sont les acteurs même du drame: Pombal et Choiseul, Clément XIV et Pie VI, le cardinal de Bernis et le père Ricci, Charles III et Louis XV, Frédéric et Joseph; puis (nous le disons à regret), à côté de ces souverains et de ces hommes d'État, une femme, une favorite, la marquise de Pompadour.»

Voyons donc comment M. le comte Alexis de Saint-Priest a comblé cette lacune qu'il signale dans les annales du dix-huitième siècle.