L'Illustration, No. 0062, 4 Mai 1844

Part 7

Chapter 71,312 wordsPublic domain

«C'est dans la direction du souffle, dit l'auteur, que réside tout le mécanisme du chant. Qui s'en occupe? Nous n'avons pas la manière d'exercer notre gosier, et ce n'est qu'à force d'exercice que nous pouvons arriver, sans savoir comment, à une véritable souplesse. Comment se fait-il, dans une capitale comme la nôtre, où les plus belles voix abondent, où les plus savants maîtres se trouvent réunis, que nous n'ayons pas plus de chanteurs? C'est que les grands maîtres sont appelés pour coordonner l'ensemble, donner la forme et soigner les accessoires, et qu'eux-mêmes dédaignent de poser les toasts sans lesquelles pourtant rien n'est certain. Tout enseignement demande des toasts. Elles manquent au chant.» Ces lignes nous paraissent suffire pour indiquer clairement le but que s'est proposé madame Claire Hennelle en écrivant le _Rudiment des Chanteurs_. L'ouvrage est divisé en trois chapitres. Le premier traite de la formation du son; de l'appui et de la direction de l'air: de la rupture de l'air et du port de la voix; des sons blancs; de la cadence; de l'appui des notes; de l'allongement du souffle: de la fausseté de la voix; des sons filés; des gammes chromatiques; de la mesure, de la nuance; du registre de la voix; du passage de la voix de poitrine à la voix de tête, ou de fausset. Le chapitre deuxième traite de la respiration; le troisième, de la prononciation. Quelques considérations générales fort judicieuses terminent ce petit ouvrage didactique où l'on trouve à chaque page les preuves d'une excellente méthode, d'une longue expérience et d'un goût éprouvé.

X.

_Les Derniers Jours d'un Peuple_, par d'Azéglio; traduit de l'italien par Ét. Croix.--_Lavigne_. 2 vol. in-8. 15 fr.

Il faut rendre cette justice à l'Italie moderne, qu'elle a été sobre de romans historiques; ses écrivains ont admiré, traduit Walter Scott, mais il en est fort peu qui aient cédé à l'entraînement de l'imitation. Cette sobriété est-elle un aveu implicite d'impuissance, ou faut-il y voir seulement la preuve d'une louable modestie? Quoi qu'il en soit, l'Italie peut toutefois se prévaloir de quelques compositions remarquables dans un genre qui ne comporte guère la médiocrité; et, quand elle n'aurait à mettre dans la balance où pèsent tant de romans français qui prétendent à l'histoire, que les _Fiancés_ d'Alexandre Manzoni, ce titre suffirait peut-être à sa gloire.

_Les Derniers Jours d'un Peuple_ sont de l'école et de la famille des _Fiancés_. Ce roman est, comme son aîné, un épisode de l'histoire de Florence, un hommage aux souvenirs de la patrie du Dante; mais ici l'auteur, mieux inspiré peut-être qu'Alexandre Manzoni, a traité un sujet plus dramatique et plus favorable aux émotions, à l'intérêt d'un récit attachant. M. Azéglio a saisi le moment où Florence, encore libre, livre son dernier combat à la tyrannie menaçante. Dans le tableau de cette lutte héroïque, il a voulu protester contre l'oubli de l'histoire, et prouver que Florence était digne de la liberté.

C'est assurément un magnifique spectacle que ce siège où l'on voit une poignée de citoyens braver les efforts réunis de Charles-Quint, de Clément VII et des peuples voisins, rivaux de Florence. Si l'auteur s'était contenté d'être l'historien de cette glorieuse agonie, de retracer les moeurs et les usages de l'Italie au seizième siècle, et de les faire revivre dans une peinture animée, il n'aurait rempli que la moitié de sa tâche; le succès qu'ont obtenu en Italie les _Derniers Jours d'un Peuple_ ne serait pas complètement justifié. Mais c'est qu'il y a dans ce beau livre autre chose encore que le mérite de la couleur locale, de la représentation historique; on y trouve des situations vraiment dramatiques, des scènes saisissantes, de ces péripéties qui prolongent la curiosité du lecteur et provoquent tour à tour sa fureur ou sa pitié. M. d'Azéglio, peintre énergique et vrai, possède aussi le secret des larmes, et, à côté de ces fiers républicains, tels que Nicolo Lapi, ce type admirable dont Walter Scott eût envié la création, apparaissent des figures de femmes dont il a revêtu la réalité des plus poétiques couleurs.

M. d'Azéglio est gendre de Manzoni; quelques personnes ont prétendu que les _Derniers Jours d'un Peuple_ tiennent de plus près à l'auteur des _Fiancés_ que son gendre lui-même. Il y a dans cette supposition un hommage rendu au mérite de l'ouvrage que nous annonçons. M. d'Azéglio ne se plaindra peut-être pas si l'on dit que M. Manzoni pourrait avoir composé son livre, pourvu qu'on ajoute que M. d'Azéglio l'a composé lui-même.

O.

_Dictionnaire des Racines et Dérivés de la Langue française_, par F. Charassin et F. François.--Paris, A. Heois, 63, rue Richelieu.

Le titre d'un pareil ouvrage suffit à indiquer son utilité. Effectivement, s'il est généralement reconnu qu'il est nécessaire de bien connaître sa langue maternelle et de la parler avec abondance et précision, on est fort loin de s'entendre sur les meilleurs moyens à employer pour parvenir à ce but.

Une des conditions pour bien savoir une langue, c'est de posséder tous les mots qui la composent. Or, c'est généralement trente à quarante mille mots à apprendre par coeur. MM. Charassin et François ont cru qu'il y avait moyen d'abréger ce travail par un bon ouvrage élémentaire, composé dans ce but; ils se sont mis à l'oeuvre et ont fait un traité raisonné propre à servir à la fois de guide aux étudiants et de manuel aux instituteurs.

Leur procédé a été de substituer au hasard et à l'arbitraire de la routine un classement raisonnable, basé sur les rapports naturels des mots, sur les liens de parenté qui existent véritablement entre eux. Ils ont donc mis en ordre et rangé dans trois ou quatre mille classes, formées charnue de mots ayant entre eux de fortes similitudes, les quarante mille mots de la langue française. On comprend l'avantage qui résulte pour le lecteur de cette disposition nouvelle, puisqu'en trouvant en tête de la nomenclature le mot qui exprime le mieux l'idée générale, ils groupent autour de ce mot tous les dérivés, faisant ainsi des familles distinctes au milieu desquelles il est plus facile de se reconnaître que dans ce chaos rarement complet et toujours illisible qu'on appelle un dictionnaire.

Nous croyons donc devoir recommander ce travail aux professeurs de langue française et aussi aux littérateurs, auxquels les dictionnaires ordinaires n'apprennent pas, ne donnent pas beaucoup plus que l'orthographe de certains mots dont ils peuvent être en peine, et une signification trop souvent douteuse, en négligeant et les racines de ces mots et leurs rapports avec d'autres mots de la langue.

P.

Correspondance.

_A M. E. F.,_ bachelier ès lettres.--Si l'on supprimait dans le monde tout ce qui paraît inutile, où s'arrêterait la besogne? Laissons donc, monsieur, l'Académie composer des inscriptions en latin, et tâchons d'apprendre à les traduire pour ceux qui n'ont pas l'honneur d'être bacheliers. D'ailleurs l'inscription en latin a plus de sens pour ceux qui ne la comprennent pas que pour vous qui pourriez la traduire. N'est ce pas là une utilité du latin dans les inscriptions monumentales?

_A M. A. P.,_--- Nous pourrons faire un jour, dans l'_Illustration_, un chapitre piquant sur les bévues et naïvetés que vous vous plaisez à recueillir dans les journaux et les livres contemporains. Si vous continuez cette recherche, vous pourrez nous en adresser les résultats. Ajoutez à votre liste l'ânerie de ce bibliothécaire qui vient de prendre _Indiana_, roman de George Sand, pour un recueil de la famille de l'Encyclopediana:--une réclame sur un ouvrage qui traite des forçats libérés, et dont l'auteur se vante de publier le fruit de son expérience.

_A M. A. J.,_--Vos êtes pressé. Un peu de patience; vous aurez le portrait du fameux général _Tom Pouce_, qui fait en ce moment, sous le chapeau et l'habit de Napoléon, les délices de S. M. la reine Victoria, du prince Albert et de l'aristocratie britannique. Tom Pouce va venir en France, on le déguisera en Wellington et on le montrera au Cirque-Olympique. C'est alors que nous vous offrirons le portrait de ce fameux nain.

Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

L'actualité des Rébus en double les mérites.

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