L'Illustration, No. 0061, 27 Avril 1844
Part 4
L'administration des postes offre dans son organisation et son mouvement une des plus intéressantes études de la machine administrative de la France. Les services que rend chaque jour cette administration, déjà bien grands sans doute, seraient augmentés dans une proportion incalculable, et offriraient aux affaires et aux relations privées un accroissement considérable d'avantages et de facilités, si la France se décidait enfin à entrer dans la voie, où l'ont précédée, non pas seulement l'Angleterre, mais des puissances secondaires et des nations que notre amour-propre national nous fait regarder comme à demi barbares. De l'autre côté de la Manche, nous voyons ouvrir une souscription en l'honneur et au profit de l'homme qui a eu le premier et qui a su faire prévaloir l'idée de la réforme postale, qui créa un journal pour en démontrer l'utilité; et cette souscription à dix centimes va lui constituer une magnifique fortune. Pour nous, nous regardons faire, nous discutons, et ce n'est que quand les autres nations, par cette importante amélioration et par toutes celles dont elles nous donnent l'exemple, auront imprimé tout son essor à leur industrie, que nous nous déciderons peut-être à prendre un parti qui ne nous offrira plus alors d'aussi complets avantages, parce que nos concurrents auront pour eux et contre nous toute l'avance que le temps leur aura assurée.
Prendra-t-on enfin cette année un parti pour les chemins de fer? Sans être sceptiques, nombre de gens en doutent encore. En prendra-t-on un pour la réforme postale? Une proposition qui pourrait être améliorée a été prise en considération par la chambre des députés, néanmoins personne ne se flatte de la voir aboutir. Qui peut donc s'y opposer? L'apathie, les habitudes prises, la crainte d'une réorganisation et de ses fatigues, intérêt privé, voilà les causes véritables, mais que l'on tait;--l'intérêt du trésor, voilà la cause sans fondement, mais que l'on donne.
En 1839, le nombre total des lettres dans ta royaume-uni de la Grande-Bretagne et dans ses colonies était de 75,000,000. Malgré l'augmentation des affaires commerciales et de la population, il était, sinon dans cette dernière aimée, du moins dans la période d'un certain nombre des années précédentes, demeure stationnaire. On pouvait attribuer cette absence de progrès, qui équivalait, au milieu du mouvement des affaires, à une véritable décroissance, à la fraude presque toujours innocente et personnellement désintéressée que commettent les voyageurs, dont le nombre, grâce aux chemin de fer, s'était considérablement accru. La taxe d'une lettre était graduée en Angleterre de 20 c. à 1 fr. 40 c. La moyenne était d'environ 90 centimes. On comprend qu'il y avait quelque intérêt à éviter un droit aussi élevé.
M. Rowland-Hill n'hésita pas à penser que la substitution d'un droit fixe à un droit variable et progressif, qu'un abaissement considérable de la taxe, en même temps qu'ils simplifieraient essentiellement le service, qu'ils redonneraient la comptabilité à une sorte de compagnie, et qu'ils augmenteraient les distributions, auraient aussi pour inévitable effet d'augmenter le nombre des lettres par une progression sensible et rapide; et que les recettes, après avoir, sans nul doute, subi une dépression considérable, se relèveraient successivement et arriveraient sans beaucoup attendre, à rendre le même chiffre au budget, ce dernier résultat obtenu resteront en bénéfices tout le produit de l'augmentation considérable des transactions commerciales et profitable pour l'État auxquelles aurait nécessairement donné lieu un énorme accroissement de correspondance.
Le chiffre de 10 centimes fut adopté. Nous croyons savoir que M. Rowland-Hill le trouvait trop bas; mais cette réduction radicale fut défendue par des personnages influents que M. Rowland-Hill avait convertis à son système, et qui l'avaient adopté avec tant de chaleur qu'ils étaient portés à le pousser plus loin même que ne le demandait l'auteur. Ainsi, moyennant 10 centimes, un lettre va de Londres dans les possessions de l'Inde ou au comptoir de Chine et _vice versa_.
En 1840, première année de l'abaissement de la taxe, au lieu des 75,000,000 de lettres distribuées en 1839, sous le régime précédent, on en compta immédiatement plus du double:
en 1840. . . . . . 168,000,000 en 1841. . . . . . 196,500,000 en 1842. . . . . . 208,500,000 en 1843. . . . . . 228,500,000
Ce qui est remarquable, 'est que cette progression suit exactement, année par année, la marche ascendante et successive qu'avait prévue M. Rowland-Hill.--On comprend que malgré l'augmentation des lettres, dont le nombre se trouve aujourd'hui plus que triplé, il y a une différence fort sensible encore entre le produit d'une taxe de 10 cent., et celui d'une taxe de 90. Mais là également les prévisions et les calculs de M. Rowland-Hill se trouvent complètement confirmés par les faits. Il y a donc confiance à avoir dans la série de ses hypothèses; et le jour qu'il a prévu et annoncé ne se passera probablement pas sans que l'équilibre des chiffres ait été rétabli.
En France, la moyenne de la taxe des lettres est de 45 centimes; celle-ci varie de 20 centimes à 1 franc 20 centimes, laissant de côté les lettres de commune à commune dans le ressort du même bureau, taxées à 10 centimes, et les lettres de Paris pour Paris, taxées à 15 centimes--. Souvent il faut y ajouter le décime rural droit fixe de 10 centimes, quelque soit le chiffre du port principal.--Le tarif actuel pour le transport de lettres est calculé pour onze zones successives. Jusqu'à 40 kilomètres, les lettres au-dessous du poids de 7 grammes et demi paient 2 décimes; de 40 à 80 kilomètres, 3 décimes; de 80 à 150 kilomètres, 4 décimes, et ainsi de suite. Au-dessus de 200 kilomètres, la taxe est de 12 décimes.--Quant au poids, la lettre au dessous de 7 grammes et demi paie port simple; de 7 grammes et demi à 10 exclusivement, une fois et demi le port; de 10 grammes jusqu'à 15, deux fois le port; de 15 à 20 grammes, deux fois et demie le port, et ainsi de suite, en procédant par une augmentation d'un demi-port par chaque excédant de 5 grammes. La conséquence de ce système est d'exclure de la circulation, par la poste du moins, les lettres lourdes, pour une distance un peu considérable.
Avant d'exposer les motifs qui plaident pour la réforme postale, nous allons donner une idée de la manière dont se fait le service de Paris.
Tous les habitants de Paris connaissent le bureau de la poste restante, celui des chargements, et, pour les habitants des départements, ces parties du service ne diffèrent de celles qu'ils ont sous les yeux que par un mouvement plus grand, une animation continuelle. Mais il y a, à la direction générale des postes, bon nombre de portes sur lesquelles on lit: _Le public n'entre pas ici_; et ce sont précisément celles qui, en s'entrouvrant, laisseraient voir le spectacle le plus digne d'attention, le plus curieux. Elles se sont ouvertes pour nous, et nous allons pouvoir faire assister notre lecteur aux opérations auxquelles donne lieu, au mouvement que suit la lettre qu'il vient de jeter à la poste, ou celle que le facteur va tout à l'heure lui apporter.
Toute lettre mise à une de ces nombreuses boîtes que l'administration a réparties dans Paris, est, à l'heure de la levée, portée au bureau de poste sur l'arrondissement duquel elle a été jetée. Là, sur toutes les lettres apportées, à la destination de Paris et de la banlieue, est, avant tout, apposé le timbre qui indique l'arrondissement et l'heure de la levée; sur toutes les lettres destinées aux départements est apposé un timbre indiquant l'arrondissement et la date. On fait ensuite trois paquets différents des lettres pour Paris, pour la banlieue et pour les départements, trois natures de dépêches sont au même moments expédiées par tous les bureaux des arrondissements à l'administration centrale, et transportées par les omnibus des facteurs.
A l'hôtel des postes, les dépêchés pour Paris reçoivent l'empreinte d'un timbre portant _Paris_ et la date du jour, et d'un autre indiquant la taxe de 15 centimes et l'heure de la distribution. La rapidité de cette opération, dont la première partie s'étend également aux lettres arrivées des départements et de la banlieue, est véritablement prodigieuse; on n'a eu cependant encore jusqu'ici recours à aucun moyen mécanique; l'agilité et la dextérité de quelques employés exercés ont suffi aux besoins du service, et ont satisfait à la célérité qu'il exige.--Les lettres sont ensuite soumise au triage. Les paquets que les voitures des facteurs, comme ceux que les malles-postes ont apportés, sont subdivisés, pour Paris, entre les neuf arrondissements que compte la capitale; pour les départements et la banlieue, entre les diverses routes que desservent les malles-postes, et les voitures de la banlieue.--Vient ensuite la taxation, opération plus longue que toutes les autres, et qui cependant doit être exécutée dans un temps si court que l'on s'étonne de la rapidité avec laquelle elle s'accomplit, et du petit nombre d'erreurs auxquelles elle donne lieu.
Pour les deux destinations de la banlieue et des départements, le travail, arrivé à ce point, est complet et il ne reste plus, au moment de l'expédition qu'à envelopper chacun des paquets écrire sa destination. Pour les lettres de Paris, au contraire, reste encore à effectuer une subdivision qui donne lieu à un des tableaux les plus animés que l'intérieur d'une administration puisse offrir.
Nous avons dit que lettres pour Paris avaient été déjà été classées entre les neuf arrondissements de poste. Il reste à subdiviser le paquet énorme de chacun de ces arrondissements entre les facteurs qui les desservent. Ces dépêches sont à cet effet montées dans un vaste [illisible] sur la cour principale de l'hôtel des postes et [illisible] sur la cour du fond. Neuf tables immenses y sont dressées, un bureau, où sont assis trois inspecteurs, les domine. A ces neuf vastes tables, viennent prendre place les facteurs des neuf arrondissements; leur nombre, pour chacune de ces subdivisions, est de quinze au maximum; ils sont sous la direction de deux chefs de brigade. Les dépêches de l'arrondissement entier sont remises à ceux-ci, qui en donnent immédiatement une portion à classer à chacun des facteurs assis autour de la table spéciale au bureau qu'ils desservent, et ayant devant eux un casier non couvert; chacun dépose dans son casier toutes les lettres du parcours dont il est chargé, et lance dans les casiers de ses camarades, même les plus éloignés de lui, celles qu'en triant il reconnaît être pour leur quartier. C'est un feu croisé de lettres qui parfois s'entrechoquent, de paraboles contraires que ces projectiles décrivent en même temps, c'est la pluie d'un bouquet de feu d'artifice par lequel les facteurs ne sont pas un seul instant distraits, mais qui offre le spectacle le plus mouvant et le plus curieux à qui ne le voit pas, comme eux se reproduire plusieurs fois par jour entre deux courses de deux ou trois heures faites parmi temps de neige ou de canicule.
Dans le courant de la journée, Paris a six distributions; la banlieue en compte, plusieurs, variant en nombre selon la classification de petite et grande banlieue; les départements en dehors de ce dernier rayon, que l'établissement des chemins d'Orléans et de Rouen a déjà étendu au loin, n'ont qu'un départ. Un peu avant six heures du soir, les huit omnibus destinés à transporter les facteurs dans leurs arrondissements et à les descendre, les uns après les autres, sur leurs parcours respectifs; les tilburys de la banlieue, qui sont au nombre de treize, et les seize malles-postes des départements se disposent à rouler vers leurs destinations. Les malles-postes, attelées dans une arrière-cour latérale, y reçoivent, dans leurs caisses de dépêches, à l'aide d'un long conduit appelé vomissoir, dont l'une des ouvertures est placée à l'étage supérieur, les paquets qu'elles doivent emporter. Ceci fait, et six heures sonnant à l'horloge de l'hôtel des postes, les hommes de service annoncent à haute voix, dans la cour principale, où attendent tous les voyageurs qui vont monter dans les malles, la venue d'une de ces voitures, qui ne défilent que successivement. Aussitôt les derniers adieux s'échangent; le voyageur est invité par les hommes de l'administration à s'arracher lestement aux embrassements des siens, et la sensibilité de ceux-ci est bientôt distraite par la nécessité où ils se trouvent de s'écarter vivement pour faire place à une voiture de facteurs ou à un tilbury de banlieue qui part en même temps que le voyageur attendri et regretté.
Revenons à la réforme.
[Illustrateur: Facteur de Paris.]
Une proposition a été faite à la chambre des députés par un de ses membres, M. de Saint-Priest; mais cette proposition, l'auteur l'a avoué lui-même, n'est pas l'expression vraie de sa pensée, de l'opinion qu'il s'est formée par son étude de la question: c'est un moyen d'entrer en matière, et celui qui lui a semblé le plus propre à ne pas soulever immédiatement contre lui les partisans assez nombreux du droit progressif. M. de Saint-Priest a proposé deux zones et deux taxes, une taxe de 20 centimes pour toutes les lettres qui ne franchiront pas un espace de plus de quarante kilomètres, une taxe de 30 centimes pour toutes les lettres qui auront une plus grande distance, quelle qu'elle soit, à parcourir. Si nous voulions combattre cette proposition, nous ne pourrions mieux faire que de puiser nos arguments dans le discours que M. de Saint-Priest a prononcé, sous prétexte de la développer, et où il n'a fait néanmoins que produire des considérations et fournir des preuves en faveur d'un autre système, le seul bon, le seul simple, le seul pratique à notre sens, le système de la taxe unique, qu'il s'est du reste réservé de soutenir devant la commission chargée de faire un rapport sur son projet de taxe progressive.
La question de la réforme postale, l'auteur de la proposition l'a dit, chez, nous se présente comme question sociale, comme question de justice en matière d'impôt, comme question purement fiscale.
Comme question sociale, elle est digne de tout intérêt. Nos soldats de terre et de mer, en faveur desquels il existe un adoucissement de taxe pour les lettres à eux adressées par leurs familles, en reçoivent ainsi 600,000. Ce nombre est bien peu considérable, parce que la taxe est encore trop forte; mais il est énorme, si on le compare à celui des lettres de la population ouvrière, bien autrement nombreuse cependant, mais qui ne jouit pas de cette faveur. «Trop souvent, a dit M. de Saint-Priest, un pauvre artisan, attendait avec impatience des nouvelles d'un enfant éloigné, est obligé de laisser une lettre à la poste, faute de pouvoir la payer; car le prix d'une lettre est souvent pour lui le prix d'une journée de travail; et comme pour ce malheureux il n'est point d'avances, le prix d'une journée étant distrait de son emploi nécessaire, la journée du lendemain est une journée sans pain.» Les familles plus aisées elles-mêmes, par suite de l'élévation de la taxe, regardent souvent à correspondre; les rapports du fils avec le père, de la mère avec la fille, en sont rendus plus rares, et l'absent n'a rien à y gagner en moralisation, «Une société, dit un auteur anglais, qui réserve le bagne ou la prison à des commis infidèles, et le déshonneur à la fille qui a perdu le premier des biens, cette société doit à sa justice de multiplier, de faciliter par tous les moyens possibles ces correspondances préservatrices de bien des erreurs, de bien des chutes, de bien des crimes...»
Au point de vue de la répartition de l'impôt, la justice est violée par la taxe actuelle, par toute taxe progressive. On a dit qu'il était juste qu'une lettre payât en raison des frais que son transport occasionnait: eh bien! nous déclarons que la taxe qui existe aujourd'hui n'a point ce prix, en quelque sorte, de revient pour base, et qu'il serait impossible, quintuplât-on le personnel de l'administration des postes, d'arriver jamais à une appréciation de ce genre, sans avoir à changer le lendemain le prix qu'on aurait fixé la veille, et qui se trouverait modifié par une adjudication de tel ou tel service de transport faite à un prix plus élevé ou plus bas que précédemment. Les zones établies par l'administration à l'aide d'un compas promené sur la carte sont une base détestable pour des calculs auxquels on n'en pourra jamais donner une bonne. Vous avez d'abord ainsi des distances à vol d'oiseau qui ne vous font pas tenir compte des courbes sans nombre qui sont décrites pour se rendre, par les roules royales, d'un point à un autre. Et puis, que prouvent vos distances? est-ce que les plus éloignées ne contient pas souvent moins à desservir que des points très-rapprochés? est-ce que Marseille, qui donne en droits de postes 1,161,000 fr. à l'État, ne lui coûte pas en réalité moins que le département de l'Aube, qui ne produit, que 235,000 fr.? Vous avez en France 1,800 entreprises de dépêches: ne sont-elles pas toutes à des prix inégaux pour les mêmes distances, parce que ces prix sont calculés sur les relations commerciales, sur le nombre des voyageurs? Est-ce que vous n'avez pas, pour aller à Brie-Comte-Robert, à six lieues de Paris, un service de dépêches qui vous est si onéreux que si vous taxiez le petit nombre de lettres qu'il transporte en raison de la dépense à laquelle elles vous entraînent, le droit à payer pour elles serait à coup sûr beaucoup plus élevé que la taxe que vous devriez, en prenant là même base, fixer pour les dépêches d'Orléans et de Rouen? Votre base est donc mauvaise: mais nous vous le reprochons sans amertume, parce que nous reconnaissons qu'il ne peut pas y en avoir une bonne. Dans le port que paie une lettre, moins d'un sixième assurément peut être regardé comme lui étant imposé pour sa dépense propre. Tout le surplus est destiné à faire face aux dépenses du personnel général, des paquebots, au transport de la correspondance administrative, qui est pour plus des trois cinquièmes dans la chargement des malles-postes. Or, est-il juste de payer plus pour être administré à Marseille qu'à Chartres? Et, dans notre système de centralisation administrative, judiciaire, qui rend tous les régnicoles justiciables de la cour de cassation, du conseil d'État, comme en une autre occasion l'a fait observer M. le ministre des finances lui-même, est-il équitable que les frais d'un procès soient rendus plus considérables parce que le plaideur sera plus distant du centre auquel notre organisation a tout ramené?
Mais arrivons à la question fiscale. La perte, dit-on, que le trésor va avoir immédiatement à subir est évidente, est facilement calculable, tandis que la compensation que vous lui promettez est incertaine et douteuse; or, en regard de cette compensation que vous ne sauriez chiffrer, doit être portée cette diminution de produits que M. de Saint-Priest convient devoir être de 8 à 9 millions, et que M. le ministre des finances, lui, estime à 12.--Il faut commencer par dégager la question de ses accessoires. On est d'abord porté à penser qu'un accroissement considérable dans le nombre des lettres va amener une augmentation correspondante dans le personnel et dans le matériel roulant de l'administration des postes, et par conséquent engendrer des frais nouveaux; il n'en est rien. Les lettres taxées entrent pour fort peu dans le chargement des malles, et elles seraient quadruplées qu'il y aurait tout au plus à restreindre les transports de complaisance qui y sont aujourd'hui autorisés. Quant au personnel des directions, s'il subissait un mouvement, ce serait plutôt pour être réduit que pour être accru. Qu'on se rende bien compte de la simplification de la besogne et des opérations. Supposons une taxe fixe de 20 cent, avec tolérance de 10 grammes. Plus d'employés à la taxation des lettres; un affranchissement presque général et opéré presque constamment, à l'avance, sans le concours d'employés, à l'aide de petites vignettes imprimées que l'administration ferait vendre dans ses bureaux et qu'on achèterait comme on achète du papier timbré, par provision et pour les besoins à venir; moins de comptables, puisque les opérations seraient presque toutes réduites à une simple numération; moins de facteurs, car ceux-ci n'ayant presque plus de comptes à faire avec les destinataires, dont les lettres seraient, pour la plupart, affranchies, pourraient procéder avec beaucoup plus de rapidité à leur distribution.
L'augmentation porterait donc uniquement sur le nombre des lettres. Mais elle est incertaine, nous dit-on, et si vous descendez à 20 centimes la taxe de chaque lettre, dont la moyenne est aujourd'hui de 45, il vous faudra arriver à un nombre une fois et un quart plus considérable pour que le budget ne soit pas en perte.--Ceci est très-vrai, mais ce qui ne nous le paraît pas moins, c'est qu'en bien peu de temps cet équilibre sera rétabli, et que, bientôt après, le budget des recettes y trouvera son profit, non pas seulement par les transactions de toute espèce qui se convertissent pour lui en droits à percevoir et auxquelles une correspondance commerciale plus active donnera lieu, mais par l'augmentation même du produit des postes. Que se passe-t-il en effet aujourd'hui? Une distance de vingt myriamètres donne 61 millions de lettres, tandis qu'une distance de cent myriamètres, c'est-à-dire une étendue qui forme les quatre cinquièmes du territoire, n'en donne que 19 millions. N'est-il pas évident que si les relations sont plus fréquentes entre les départements plus rapprochés, il faut néanmoins chercher, pour expliquer une disproportion aussi énorme, une autre cause, et qu'on la trouve doits l'élévation des tarifs? C'est, comme on l'a déjà dit, une sorte de douane prohibitive entre les départements éloignés; c'est une barrière qu'il faut abaisser.
Avec une taxe fixe et modérée, les 61 millions de lettres seront bien augmentés encore. Mais nous prédisons aux 19 millions une multiplication immédiate et énorme. Le rapport de ces deux chiffres est la plus forte preuve que cette confiance est bien fondée.--D'ailleurs l'administration estime à 50 millions le nombre des lettres qui sont portées en fraude et soustraites à la taxe; l'élévation du tarif n'en est-elle pas la seule cause, et son abaissement ne ferait-il pas rentrer la presque totalité de ces dépêches dans les boîtes des bureaux?