L'Illustration, No. 0061, 27 Avril 1844

Part 3

Chapter 33,702 wordsPublic domain

Ce dernier tableau est bien composé, et rempli de détails consciencieusement peints. _Maître Adam et le prince de Gonzague_ est un intéressant épisode agréablement rendu. La femme de maître Adam, en introduisant le prince auprès de son mari, plus occupé de ses vers que de son travail, lui dit: Voyez, monseigneur, à quoi mon paresseux de mari s'amuse au lieu de travailler.--Ingénieuse moitié! Ton paresseux de mari s'occupait à faire ses fameuses chevilles.» Le portrait exposé par M. Gosse est remarquable; c'est tout ce que nous en pouvons dire. Justice vient d'être rendue tardivement à M. Théophile Blanchard; un de ses paysages vient d'être placé dans le Salon doré. Nul, plus que cet artiste, ne sait donner une idée de la nature dans ses plus simples comme dans ses plus merveilleux aspects. La _Vue prise sur les bords de l'Oise_ a des qualités sans nombre qu'obscurcissent à peine des détails parfois un peu négligés. La _Vue prise à Noisy_ est d'un effet saisissant. M. Blanchard appartient à cette école de paysagistes qui ne corrigent pas la nature par l'imagination, et qui ne manquent pas, cependant, de la copier, en lui laissant sa poésie et sa vigueur. Il en est de même de M. Eugène Lepoittevin pour les scènes animées. Jamais sa verve ne s'épuisera, du moins tout nous porte à le croire. Avez-vous vu une _Embarcation (dite la poste aux choux) venant approvisionner un poste de flibustiers sur la côte_? Y a-t-il quelque chose de plus habilement touché, de plus spirituellement fait? Et le _Renseignement_ donc! Ce tableau fait plaisir, tout placé qu'il est à côté des Marilhat et d'un Tony Johannot; c'est qu'il est plein de bonhomie, et que les accessoires en sont charmants. _Les Fruits d'automne_ ne sont pas le moins agréable des tableaux de M. Eugène Lepoittevin, qui tous ont un air de parenté que bien des gens appellent uniformité, et que nous considérons comme le style. M. Lepoittevin a un talent fin, coquet et facile; il fait un feuilleton en peinture, soit; mais qu'importe, s'il amuse? Où s'arrêtera M. Achard? Personne ne le sait, et lui-même moins que le public peut-être, tant ses études sont sérieuses et suivies. Quoi qu'on puisse dire pour décourager les travailleurs, la réputation récompense tôt ou tard les hommes dont les capacités sont réelles. En 1840, personne ne connaissait M. Achard; en 1844 M. Achard est, à bon droit, regardé comme un excellent paysagiste. Trois vues et un paysage forment son exposition. Les trois vues sont prises dans le Hameau de Sainte-Égrève, ou aux environs. Il serait difficile de surpasser Achard pour ce qui concerne les terrains et les collines rocailleuses, qu'il peint avec une étonnante vérité. Une chose lui manque encore, c'est le feuiller de ses arbres de premier ou second plan.

Aucune vue n'a plus de charnu; que la _Vue générale du village de Nazareth, en Galilée_, par M. Alphonse Montfort.

[Vue générale du village de Nazareth, en Galilée, par M. Alphonse Montfort.]

Non-seulement la couleur en est bonne, mais encore le point de vue est bien choisi. Le groupe d'hommes, de chameaux et de boeufs a du mouvement, et, par-dessus tout, la légèreté des tons dans le ciel, la grâce dans les lignes et la transparence de l'horizon font de ce tableau une charmante page.

M. Marandon de Montyel a exposé cette année trois paysages, _Son Souvenir du pays Vaud_ et son _Vieux château de Creceils_ sont de petite toiles qui n'ajouteront rien à la réputation! de cet habile artiste, mais la Cascade de Retie près de Florence attire à juste titre l'attention des connaisseurs. Cette nature âpre et sauvage convenait bien au talent énergique et austère de M. Marandon de Montyel. C'est un tableau qui lui fait d'autant plus d'honneur qu'on y remarque encore des progrès incontestables. M. Marandon de Montyel deviendra bientôt, s'il continue à marcher du même pas, un de nos meilleurs peintres de paysages.

Les Rives de l'_Albarine_, par M. Édouard Hostein, peuvent être regardées comme le plus beau paysage qu'il ait exposé depuis longtemps, soit pour la grandeur, soit pour le fini avec lequel il est fait. La _Vallée de la Saône_, et les _Rives de la Saône_, du même peintre, sont moins complets, sans être indignes de son talent.--_Le Paysage_ de M. Troyon a beaucoup d'air; c'est un des plus pittoresques endroits de la forêt de Fontainebleau. Le tableau appelé _Dessous de forêt_, et dans lequel M. Troyon représente un chasseur tirant un canard sauvage, est certainement rempli de beautés du premier ordre; mais la lumière n'est pas lumineuse (qu'on nous pardonne ce pléonasme qui fait comprendre notre pensée); le plan de gauche s'efface beaucoup trop.--_Un Village des États romains_, peint dans un genre tout à fait opposé, par M. Sabatier, a de la grandeur et de l'air, quoique petit et bien rempli; le _Site des Pyrénées_, dont la couleur est tout à fait charmante, n'a que le défaut d'avoir certains reflets roses qu'on ne s'explique pas.

On doit des éloges; à madame Louise Strubberg, pour son Lac de Retournemer (Vosges); cette artiste a profité des leçons de M. Horace Vernet, son illustre maître;--à mademoiselle Clémence Dimier, pour son _Saint Jean écrivant l'Apocalypse dans l'île de Patmos_, tableau d'un style élevé;--à M. Adrien Lainé, garçon de bureau au ministère de la marine, pour ses _Naufragés_, sujet traité avec une vigueur remarquable, et pour sa belle _Vue des environs de Marseille_. M. Lainé pourra devenir un peintre de mérite reconnu;--à M. J.-J. Champin, pour ses grandes et magnifiques aquarelles, qui laissent loin derrière elles une foule de paysages peints à l'huile;--à M. Émile Lonele, pour son Soutenir du lac de Guarda, plein de couleur, et où l'inexpérience du peintre est le seul défaut;--à M. Paul Gourlier, pour ses deux paysages. Son _Enfance de Bacchus_ est un beau tableau, où le feuillage est seulement un peu trop découpé; son _Paysage_ est charmant et d'une largeur de composition à la Corot.

Enfin, et pour ne pas oublier les aquarellistes et peintres de fleurs, nous citerons des _Fruits_, jolie aquarelle de mademoiselle Amélie Patal; le _Vase de fleurs et ananas_, de madame Élisa Champin; deux cadres de _Fleurs_, de madame Clémentine Thierry. Des noms de femmes se trouvent presque seuls sous notre plume, mais notre conscience de critique est sauve; nous mettons en ceci plus de justice encore que de galanterie.

Académie des Sciences.

COMPTE RENDU DES TRAVAUX PENDANT LE DERNIER TRIMESTRE DE 1843 ET LE PREMIER TRIMESTRE DE 1844.

(Voir t. I, p. 217, 234, 238; t. II, p. 182, 198, 343 et 594: t. III, p. 26 et 58.)

I.--Sciences mathématiques pures.

Les communications relatives à la haute analyse deviennent chaque jour plus nombreuses; nous ne pouvons même pas les indiquer toutes ici. Il nous suffira du citer les noms de MM. Cauchy. Liouville. Lainé et Chasles, comme ceux des membres ou des correspondants de l'Académie qui ont contribué à enrichir les _Comptes rendus_ des résultats de leurs travaux. Nous avons vu, avec un plaisir que partageront sans doute tous les amateurs de l'élégance géométrique, M. Chasles poursuivre avec un rare bonheur les incursions que ses méthodes lui permettent de faire sur un terrain qui semblait n'être abordable que pour les analystes. Ce savant a traité par des méthodes purement géométriques les questions difficiles relatives aux périmètres des lignes courbes, et il est arrivé à des résultats fort curieux sur les propriétés générales des arcs d'une section conique dont la différence est rectifiable.

La _lemniscate_ est une courbe devenue célèbre dans la géométrie moderne. Cette combe que nous représentons ici, a la figure d'un 8, et est symétrique par rapport aux deux axes AH, CD. Elle est du quatrième degré, et jouit de propriétés fort curieuses: elle est quarrable, et son contour peut être partagé géométriquement en parties égales. Etudiée successivement par le géomètre italien Fagnano, par Euler, et par MM. Gauss, Abel, Jacobi, Lejeune-Dirichlet, etc., elle a été le sujet d'un mémoire de M. Liouville, qui a démontré d'une manière générale que les équations relatives à cette division du périmètre se résolvent par radicaux.

Les académiciens peuvent être utiles aux progrès de la science par un certain genre de travail qui est essentiellement dans leurs attributions, et, où ils peuvent du reste montrer autant de talent et de profondeur que dans des mémoires originaux. Nous voulons parler des rapports qui leur sont demandés pour les communications faites à l'Académie. Nous avons remarqué les rapports très favorables de M. Cauchy, sur des mémoires de haute analyse par M. Laurent, officier du génie, et par M. Cellérier. Nous avons trouvé moins d'intérêt, au point de vue scientifique, dans le rapport du même savant sur un jeune sourd-muet qui possède une connaissance très-étendue des sciences physiques et mathématiques. M. Lamé a fait aussi un rapport très-approbatif sur un mémoire de M. Bertrand, relatif aux surfaces orthogonales.

Parmi les mémoires adressés à l'Académie, nous citerons ceux de MM. Catalan sur les surfaces développables; de Saint-Venant sur une méthode nouvelle d'interpolation applicable aux questions de physique et de mécanique expérimentale; Bertrand, sur les surfaces orthogonales; Wautzel, sur l'intégration des équations différentielles linéaires, etc.

II.--Sciences mathématiques appliquées.

_Mécanique moléculaire_.--Une note de M. Lamarle, ingénieur des ponts et chaussées, sur la flexion des pièces chargées debout, sera, conformément aux conclusions d'un rapport de M. Liouville, insérée dans le _Recueil des Savants étrangers_.

Quant aux travaux extrêmement remarquables que M. de Saint-Venant, qui est aussi ingénieur des ponts et chaussées, a soumis au jugement de l'Académie, et qui ont pour but le perfectionnement des parties les plus importantes de la mécanique moléculaire, en ce qui concerne leur application à l'art des constructions, nous n'hésitons pas à les regarder comme devant opérer une révolution dans l'enseignement de nos écoles savantes. Il suffira du citer à l'appui de notre assertion les conclusions suivantes du rapport de M. Cauchy:

«Les divers mémoires de M. de Saint-Venant nous paraissent justifier pleinement la réputation que cet habile ingénieur, qui a toujours occupé les premiers rangs dans les promotions à l'École Polytechnique, s'est acquise depuis longtemps. Nous les croyons très-dignes d'être approuvés par l'Académie, et insérés dans le _Recueil des Mémoires des Savants étrangers._»

_Astronomie_.-Nous avons regretté que les _comptes rendus_ officiels n'aient fait qu'une brève mention des intéressantes recherches entreprises par M. Arago, dans le but de déterminer en nombres les affaiblissements comparatifs qu'il faut faire subir au disque de Jupiter et à ses satellites pour amener leur disparition, aussi bien que des dernières observations faites à l'Observatoire relativement à l'excentricité apparente du disque de Saturne, considéré dans la direction du petit diamètre de l'anneau.

Nous avons à énumérer, parmi les communications astronomiques, celles MM. Cauchy sur l'application du calcul des limites à l'astronomie; de M. de Pontécoulant, sur la théorie de la lune; de M. Le Verrier, sur la théorie de Mercure; de M. Bravais, sur la translation de notre système planétaire à travers l'espace; de M. Largeteau, qui a dressé des tables abrégées pour le calcul des équinoxes et des solstices; de M. Mauvais, sur la comète télescopique découverte par lui, etc.

Notre système planétaire vient encore de faire l'acquisition d'un nouvel astre, pour quelque temps au moins. Nous voulons parler de la comète découverte, le 22 novembre dernier, par M. Faye, jeune astronome attaché à l'Observatoire de Paris. Les premières observations n'étaient pas favorables à la détermination de l'orbite, à cause de l'extrême lenteur du mouvement apparent de la comète. Aussi remarquait-on de notables différences entre les éléments paraboliques calculés par deux habiles astronomes, M. Valz, directeur de l'Observatoire de Marseille, et M. Plantamour, de Genève.

Cependant à mesure que les observations se multipliaient, M. Faye reconnaissait que la parabole était complètement insuffisante pour représenter la suite des positions que la comète avait occupées, et il annonça qu'il déterminerait l'orbite elliptique, aussitôt que l'état du ciel permettrait, de suivre le nouvel astre dans des légions suffisamment éloignées de celles où on l'avait d'abord aperçu. M. Faye s'attachait donc à multiplier des observations devenues extrêmement difficiles par la faiblesse de la comète, lorsqu'on apprit qu'un élève de M. Gauss, le docteur Goldschmidt, avait déjà calculé une orbite elliptique en se servant d'une des observations de Paris et de celles du 1er et du 9 décembre, faites à Altona. Les résultats de ce calcul, modifié d'abord par M. Faye, qui avait obtenu une plus grande approximation, puis par M. Plantamour, et, en dernier résultat, par M. Goldschmidt lui-même, sont les suivants, que nous avons essayé de représenter sur la figure ci-jointe.

S est le soleil; E T E' est l'écliptique où l'orbite terrestre, et les points E, E' sont les équinoxes, c'est-à-dire ceux où la terre se trouve le 21 mars et le 22 septembre. La comète décrit autour du soleil une ellipse A C B D, dont cet astre occupe un des foyers. Le plan de cette ellipse ne coïncide pas avec celui de l'orbite terrestre: mais il ne fait avec ce dernier plan qu'un angle de 11° 21' 28", 4. La rencontre des deux plans a lieu suivant la ligne D C, C est le _noeud ascendant_, D le noeud descendant. Le mouvement de la comète est _direct_, c'est-à-dire qu'il s'opère, comme celui de toutes les planètes, d'occident en orient, suivant la direction B D A. La partie D A C de l'orbite marquée en pointillé est au-dessous du plan de l'écliptique; la partie C B D marquée en trait plein est au-dessus.

La plus courte distance S A de la comète au soleil, ce que l'on appelle la _distance périhélie_, a eu lieu le 17 octobre dernier. La longitude du périhélie, où l'angle E S A, est de 49° 44' 57", 9; la longitude du noeud ascendant C, comptée dans le sens D A C, est de 209° 26' 7", 8.

En prenant pour unité la moyenne distance S E du soleil à la terre, on trouve que la distance périhélie S A est de 4,6923773; que la distance aphélie S B est de 5,8986733. Le grand axe A B de l'ellipse décrite par la comète est donc seulement 7 fois 6 dixièmes environ le rayon moyen de l'orbite terrestre; le petit axe est G fois 5 dixièmes ce même rayon; l'excentricité ou plutôt le rapport entre la distance du soleil au centre de l'ellipse et le demi grand axe est de 0,5541125.

Le mouvement moyen sidéral diurne est de 479",8125; et la révolution sidérale est de 2700°,884, ou de sept ans et cinq mois environ.

Ces divers éléments numériques sont parfaitement d'accord avec les résultats des observations directes.

Nous avons tracé sur notre figure, en conservant leurs proportions, les orbites _moyennes_ supposées circulaires des diverses planètes, Mercure M, Vénus V, Mars M, les quatre planètes télescopique t, Jupiter J. L'espace nous a manqué pour compléter l'orbite de Saturne S, et pour tracer celle d'Uranus.

On voit que l'orbite de la comète est extrêmement voisine de celle du Jupiter à une longitude qui diffère peu de celle du noeud ascendant C. La plus petite distance des deux orbites qui, nous le répétons, ne sont pas dans le même plan, est de 0.1199 en prenant toujours pour unité le rayon moyen S E de l'orbite terrestre. Quoique Jupiter et la comète ne se soient pas trouvés au même moment en ces points les plus rapprochés de leurs orbites, celle-ci n'en a pas moins dû ressentir l'attraction puissante de l'astre voisin, et on peut affirmer qu'elle a éprouvé du graves perturbations qui ont altéré la régularité de sa marche elliptique. On peut donc supposer que le nouvel astre présente un cas analogue à celui du la fameuse comète de Lexell, dont l'orbite parabolique fut transformée par l'attraction de Jupiter, en une orbite elliptique, et redevint plus tard parabolique par l'action perturbatrice de la même planète. C'est ce qui expliquerait comment on ne trouve, dans les catalogues, aucune orbite qui ressemble complètement à celle de cette comète à courte période. C'est aussi pour ces divers motifs que nous avons élevé des doutes sur la durée de l'acquisition qu'a faite notre système planétaire.

III.--Sciences physiques et chimiques.

_Thermomètre_.--On connaît les ingénieux instruments dont M. Walferdin a enrichi la physique expérimentale depuis plusieurs années. Ses thermomètres à déversement et son thermomètre métastatique sont des appareils de haute précision qui ont déjà rendu des services notables dans une foule de questions relatives à la physique du globe et à la météorologie. M. Person a entamé, au sujet de la construction de ces instruments, une discussion de principes et de priorité, qui nous paraît n'avoir pas été close en sa faveur.

_Communications diverses_.--MM. Pinaud, Masson, Choiselat et Ratel, Gandin, etc., ont fait de nouvelles recherches sur la photographie. M. Biot a continué ses belles recherches de physique optique, et M. Becquerel ses travaux sur l'électro-chimie.

_Héliostat de M. Silbermann_.--Le nouvel héliostat imaginé par M. Silbermann aîné et exécuté dans les ateliers de M. Soleil, est un instrument fort remarquable, d'une construction nouvelle, qui a été le sujet d'un rapport très-approbatif de M. Régnault.

Rappelons d'abord que l'on nomme _héliostat_ un instrument au moyen duquel on parvient à maintenir dans une direction sensiblement constante, un rayon solaire réfléchi sur un miroir. Cette nécessité d'obtenir un appareil mû par un mouvement d'horlogerie qui maintienne le rayon réfléchi constamment dans la même direction, se manifeste dans la plupart des expériences d'optique, où l'on introduit le rayon par une petite ouverture pratiquée dans le volet d'une chambre noire.

Farenheit, S'Gravesande et M. Gambey ont été les inventeurs d'héliostats de différents systèmes; et malgré la supériorité de celui qui est dû à M. Gambey, l'appareil de S'Gravesande se trouve encore à peu près exclusivement dans la plupart des cabinets de physique. Mais ce dernier héliostat, même après les perfectionnements qui y ont été apportés par Charles et par Malos, demande encore, dans son installation, des tâtonnements assez longs ou quelques calculs.

Le nouvel héliostat de M. Silbermann présente les avantages de celui de M. Gambey; mais la construction en est simplifiée, le prix considérablement moindre, et les réparations, devenant beaucoup plus faciles, sont à la portée du premier horloger venu.

La figure que nous en donnons est empruntée aux _Annales de Chimie et de Physique_, numéro de mars 1844. mn est le miroir métallique plan qui doit réfléchir dans une direction constante le rayon O H, tandis que la position O I du rayon incident varie avec l'heure. On voit que ce miroir est supporté suivant une ligne médiane, par deux fourchettes articulées aux extrémités de cette ligue médiane elle-même. De dos, la queue af normale au plan de ce miroir est percée d'une rainure dans laquelle se meut constamment le sommet du quadrilatère articulé acfd, quadrilatère dont les côtés dl, ac, pris sur les fourchettes de support, sont égaux. Si donc on a orienté l'instrument de manière que son axe P P et la direction L R soient dans le plan du méridien, ce qui sera facile lorsque l'on aura tracé sur un plan horizontal la méridienne M M; que l'axe P P soit dirigé suivant l'axe du monde, ce qui n'offre pas plus de difficulté quand on connaît la latitude du lieu, et qu'on emploie le tube gradué I F; et qu'enfin le cercle de déclinaison J J' ayant été poussé sous la ramure ii jusqu'au degré égal à la déclinaison actuelle du soleil, on fasse tourner autour de l'axe P P' le cercle, la rainure et l'aiguille e qui y est attaché, jusqu'à ce que cette aiguille marque sur son cadran l'heure vraie du lieu; il est clair que le mouvement d'horlogerie, placé dans l'intérieur de la boîte H, fera tourner le plan du miroir mn sans que la normale O N au centre O du miroir cesse de diviser en deux parties égales l'angle I O R du rayon incident et du rayon réfléchi, et par conséquent celui-ci aura bien la direction constante L O R.

Un appendice, que nous n'avons pas indiqué sur notre figure pour ne pas trop la compliquer, permet de vérifier favorablement si le rayon incident a pris la direction convenable, il permet aussi de se passer de la connaissance d'une des trois données; la direction du plan méridien, l'heure vraie, la déclinaison.

En résumé, l'héliostat de M. Silbermann mérite de figurer dans tous les cabinets de physique, et la modicité de son prix lui donnera accès dans les collections des simples amateurs désireux de répéter les plus curieuses expériences de l'optique.

Communications diverses relatives à la chimie.--Ces communications ont été si nombreuses que nous devons renoncer même à les énumérer. Nous citerons seulement MM. Biot, Margueritte, Lewy. Persoz, Deville, Souberan, Beaudrimont, Leblanc, Favre, Boullay, Cahours, Remy, Auguste Laurent, Madagoti, etc., comme les auteurs des travaux présentés à l'Académie.

M. Dumas a lu des rapports très-favorables au sujet d'un travail de M. Cahours sur l'huile volatile de _Gaultheria procumbens, et d'un mémoire remarquable de M. Eugène Chevandier sur la composition de différents bois et le rendement annuel d'un hectare de forêts.

IV.--Géologie et minéralogie.

On doit à M. Élie de Beaumont une comparaison fort curieuse des montagnes de la terre avec celles de la lune. M. le baron de Strantz, tout en s'applaudissant de voir ses idées en accord avec celles de M. Élie de Beaumont, avait revendiqué la priorité pour une communication de ce genre faite par lui à la Société silésienne, à Breslau, en 1844; mais M. de Strantz ignorait que le premier travail de M. de Beaumont sur ce sujet avait été communiqué, dès 1829, à la Société Philomatique.

M. E. Robert annonce qu'il a trouvé dans les falaises de Saint-Valery de Caux une espèce d'ammonite. La présence de ce fossile dans la craie blanche est un fait curieux, à côté duquel on peut ranger la découverte d'une hamite dans la craie à Hellemmes de Meudon, découverte due aussi à M. Robert.

M. Dufrénoy a lu un rapport approbatif sur un mémoire de M. Rozet, concernant les volcans d'Auvergne.

Un mémoire de M. Fournet, sur l'influence de la pression dans les phénomènes géologico-chimiques nous a paru un des travaux les plus intéressants qui aient été présentés à l'Académie.

Nous citerons encore les Études sur les terrains de la Toscane, et sur les gîtes métallifères qu'ils renferment, par M, Murat; une note sur le terrain jurassique de l'Aube, par M. Leymerie; deux mémoires de M. Collegno, l'un sur les terrains secondaires du revers méridional des Alpes, l'autre sur les terrains diluviens du revers méridional des Alpes.

M. Dufrénoy a communiqué, un fait fort curieux relatif à une obsidienne de l'Inde, qui a éclaté avec détonation au moment où on la sciait. Il est très-probable que cette substance vitreuse avait subi à l'extérieur un refroidissement brusque qui lui avait fait subir une mollification moléculaire analogue à celle des larmes bataviques.

(_La suite à un prochain numéro._)

De l'Administration des Postes et de la Réforme postale.