L'Illustration, No. 0060, 20 Avril 1844

Part 2

Chapter 23,719 wordsPublic domain

Le sésame, qui va bientôt occuper la chambre des députés à l'occasion de la nouvelle loi de douanes, est originaire de l'Orient, et croît plus particulièrement en Perse et en Égypte, surtout dans la Syrie et l'Anatolie, où il est cultivé en grand. Ses graines, ovoïdes petites, jaunâtres et d'une saveur douce et inodore, fournissent une huile fixe, comestible usité en Orient depuis la plus haute antiquité, et que les' Arabes préfèrent même à l'huile d'olive. L'huile de sésame brûle avec une belle flamme et se solidifie dans le voisinage de zéro. C'est vers 1828 ou 1829 que l'on a importé en France des graines de sésame pour en opérer l'extraction; mais, nous dit M. Payen, auquel nous avons emprunté les renseignements qui précèdent, il paraît que les premiers essais ne furent pas satisfaisants, car cette affaire n'eut pas de suite. Cependant presqu'au moment même où ce célèbre chimiste s'exprimait ainsi, le sésame commençait à prendre la place que ses qualités lui donnaient le droit d'occuper dans notre fabrication industrielle, les importations augmentaient progressivement et, peu d'années plus tard, elles atteignaient un chiffre tel qu'elles inspiraient des inquiétudes aux producteurs de graines oléagineuses et aux fabricants d'huile des départements du Nord. Leurs réclamations sont devenues tellement violentes que le ministère s'est vu pour ainsi dire la main forcée, et s'est cru obligé d'élever à l'importation le droit sur la graine de sésame dans le projet de loi qu'il vient de présenter à la chambre des députés.

Aujourd'hui, dans l'état actuel de la législation, les graines de sésame sont soumises au droit de 2 fr. 50 cent. par 100 kilog. et par navires français de 3 fr. par navires étrangers et par terre, c'est cet état de choses que l'on veut changer. Voici le nouveau tarif présenté à la discussion des Chambres:

Graines de sésame des pays situés sur la mer blanche, la Baltique, la mer Noire et la Méditerranée pour 100 kilog. 5 f. 50 c. D'ailleurs 7 Par terre, des pays, limitrophes 7 D'ailleurs 10

Ceci posé, examinons brièvement l'état de la question, l'utilité et l'opportunité de la mesure.

Les fabricants du Midi, ainsi que nous l'apprend M. L. Reybaud dans un travail complet qu'il vient de publier sur cette affaire, effrayés du prix croissant des huiles d'olive et d'oeillette, durent chercher dans d'autres substances oléagineuses de quoi combler le vide occasionné, soit par la disette des récoltes, soit par les accroissements de la consommation. Après plusieurs essais infructueux, on trouva dans le sésame tout ce qu'on pouvait désirer, rendement avantageux, limpidité, pureté, corps, poids, vertu de saponification. Une fois qu'on se fut assuré de ses propriétés les négociants marseillais se hasardèrent à élever dans la banlieue des usines pour la trituration du sésame; on en compte aujourd'hui quarante, toutes mues par la vapeur, munies de presses hydrauliques d'une valeur de plus de 6 millions, et qui donnent du travail à plus de 1,000 ouvriers. Dans le principe, le droit qui était, par 100 kilog., de 5 fr. 50 cent. et de 6 fr., gênait l'importation. Sur les demandes du commerce, et après examen de ses besoin, il fut abaissé à 2 fr. 50 cent.; et depuis ce moment l'importation a été toujours en augmentation. Elle n'était en 1841 que de 1,608,195 k.; elle s'est élevée en 1842 à 12,108,465 kilog.; en 1843 cette quantité a encore été dépassée.

Chose digne de remarque, en même temps la même progression se faisait sentir sur l'importation de toutes les graines oléagineuses dans le port de Marseille. Elle fut en 1835 de 1,019,636, kilog., en 1838 de 7364, 720 kilog., en 1840 de 16,784,060 kilog.. en 1841 de 30,661,090 kilog., en 1842 de 36,385,681 kilog.; enfin, en 1843 de 38,112,165 kilogrammes.

Cette même année, pour faire apprécier le peu de justesse des doléances du Nord, qui, ainsi que le constatent les documents officiels, importait la quantité de graines oléagineuses qui correspondait exactement à la quantité d'huile d'oeillette qu'il versait en moyenne sur la place de Marseille, le Nord, disons-nous, entrait pour 50 pour cent dans la somme de toutes les importations.

Les 36 millions de kilog. de marchandises importés en 1842 représentent, avec tous leurs accessoires, une somme de 11 millions de fr.; quant à la part de l'industrie, on peut en juger par le fait suivant: en 1842, 36,046,200 kilog. de graines ont été livrés aux usines marseillaises, et ont présenté, convertis en huile ou en tourteaux, une plus-value de 2 millions de fr., qui se distillent en salaires, ustensiles et bénéfices; et ici nous ne parlons pas des autres avantages que l'agriculture du Midi, ordinairement si pauvre en amendements, retire des tourteaux, qu'ils soient employés comme engrais ou pour la nourriture des bestiaux. Le directeur de la ferme-modèle des Bouches-du-Rhône a constaté que le rendement d'un hectare qui, sans engrais était de 175 fr., s'était élevé à 100 fr. par l'emploi de 1,000 kilog, de tourteaux de sésame, et à 375 fr. par l'emploi de 500 kilog. de tourteaux de lin. 22,000 hectares de trouvent aujourd'hui amendés par ce précieux engrais, en bornant seulement à 200 fr, la plus-value qui existe dans le rendement, on voit que c'est pour l'agriculture méridionale un bénéfice net d'au moins 1,400,000 fr. par année.

Ainsi, en résumé, le résultat de l'importation des graines oléagineuses et du sésame en particulier ont été les suivants: aliment pour la navigation nationale dans le transport de 36,000 tonneaux de graines; création, exploitation et entretien de 40 usines qui donnent continuellement de l'ouvrage à plus de 1,000 ouvriers; bénéfice industriel d'au moins 2 millions de fr. sur les ventes et les manipulations; bénéfice agricole qu'on peut évaluer, ainsi que nous l'avons démontré tout à l'heure, à près de 4 millions et demi; enfin, baisse de prix dans les savons, car, depuis que l'huile de sésame s'est répandue dans le Midi, le savon y a diminué de 25 pour 100 tout en améliorant ses qualités.

En présence des résultats que nous venons de signaler, est-il utile pour le pays d'augmenter les droits sur une matière première à laquelle on ne peut reprocher précisément que sa richesse et la bonté de son rendement? Cette mesure, que nous regardons d'avance connue funeste, n'aura-t-elle pas pour conséquence de reporter sur des pays limitrophes, tels que le Piémont ou l'Italie l'activité du commerce des huiles? Nos voisins, mieux avisés, importeront les graines qui nous étaient destinées, les convertiront en huiles, et viendront nous demander ensuite le prix de la main-d'oeuvre.

La France ne produit pas assez d'huiles pour ses nombreux besoins. Faut-il dès lors activer par de sages mesures ou entraver ses moyens de production? C'est là toute la question.

Chronique musicale.

L'Opéra-Comique se repose sur les lauriers de M. Auber. Le lit est abondamment fourni, et doit être fort doux. Sans être tout à fait aussi bien couché, l'Opéra n'en a pas moins besoin de reprendre haleine. Nous n'aurons pas de sitôt, sans doute, à nous occuper de ces deux établissements, et encore moins du Théâtre-Italien, qui, depuis le 1er avril, s'est mis en vacances, selon son habitude aristocratique.

_Faute d'un moine_, disait-on jadis, _l'abbaye ne chôme pas_. Ce qu'il y a de sûr, c'est «pie la musique ne chôme pas faute d'un théâtre. Le mois d'avril est celui de toute l'année où l'emploi de critique musical est le plus laborieux, et demande le plus d'activité, de patience et de courage. Mais à ces inconvénients d'un rude métier, il y a parfois des compensations. Le ciel est juste! Quelquefois le critique musical est magnifiquement récompensé de ses efforts et de son dévouement intrépide.

Il y a d'abord les concerts du Conservatoire, qui semblent avoir été institués exprès pour cela. Nous n'insisterons pas sur la puissance de cet orchestre, ni sur l'habileté avec laquelle il est conduit, ni sur cette exécution presque toujours parfaite, et à laquelle, de l'aveu même des étrangers les plus entachés d'esprit national, rien ne peut se comparer dans toute l'Europe. Cela est connu et n'a pas besoin d'être répété. Aux séances ordinaires, qui se succèdent régulièrement tous les quinze jours, la semaine sainte est venue ajouter deux concerts _spirituels_, qui n'ont pas été les moins intéressants de la saison. Hændel, Haydn, Mozart, Beethoven et Cherubini en ont fait les frais, comme de coutume. Nous n'avons point à apprécier ici ces compositions magistrales, qu'on ne se lasse pas d'écouter, mais qui sont classées depuis longtemps, et dont la valeur ne saurait être contestée. Nous parlerons seulement de quelques _solistes_ qui se sont fait entendre aux dernières séances.

M. Prume a exécuté, dans celle du 24 mars, un morceau de sa composition, intitulé _la Mélancolie, pastorale pour le violon_. M. Prume, en effet, est violoniste et appartient, si nous ne nous trompons, à l'école belge. Cette école a produit, depuis vingt-cinq ans, une foule d'élèves d'un mérite remarquable, et qui ont acquis une grande et légitime réputation; M. de Hériot, par exemple, M. Massart, M. Robrechts, M. Vieuxtemps, et, en dernier lieu, la jeune Thérésa Milanollo. M. Prume ne paraît pas destiné à s'élever aussi haut que ces grands artistes. Sa manière n'est pas, à beaucoup près, si large ni si hardie. Il manque d'éclat et de vigueur, et quelquefois de justesse. C'est là un grave défaut, surtout quand il n'a pas pour excuse la fougue de l'exécution.

M. Prume a néanmoins quelques qualités. Son jeu n'est dépourvu ni de grâce ni de délicatesse. Son style est assez élégant. Il est jeune d'ailleurs, et rien ne prouve qu'il n'acquerra pas, d'ici quelques années, ce qui lui manque aujourd'hui.

M. Martin a joué, au concert du 7 avril dernier, un concerto de violon, appartient à l'école française, et sort, dit-on, de la classe de M. Habeneck. Il a remporté, l'année dernière, le premier prix de violon au Conservatoire. C'est là un beau commencement. Il a déjà une bonne qualité de son, un excellent coup d'archet, un style correct assez élégant. Nous présumons seulement que son exécution eût été plus variée, mieux nuancée, plus finie, sans _l'émotion inséparable d'un début_.

On se rappelle la chute grave qui, durant six semaines, empêcha M. Habeneck de remplir, à l'Opéra et au Conservatoire, ses importantes fonctions.

Ce malheureux accident n'a pas empêché M. Habeneck se rétablir avec une rapidité qui, à son âge vraiment était vraiment merveilleuse. Dimanche dernier, 14 avril, il a reparu sur le théâtre de sa gloire, et a dirigé l'exécution du grand septuor en _mi bémol_ de Beethoven. Dieu sait de quels applaudissements tumultueux et prolongés l'orchestre, le parterre et les loges ont salué son retour.

Le concert du 14 avril a été le plus beau peut-être de toute la saison. Il se composait, outre le morceau déjà désigné, de l'ouverture d'_Oberon_, ce poème instrumental si énergique et si gracieux, et d'une beauté si idéale, et de la symphonie en _ut mineur_, qui est, comme on sait, la plus majestueuse création de Beethoven. M. Tilmant, le digne lieutenant d'Habeneck, a conduit ces deux grandes oeuvres avec une justesse de mouvements, une précision, une verve incomparables.

Une jeune élève du Conservatoire, mademoiselle Mondulaigny, a exécuté dans cette même séance, un _Ave Maria_ de Cherubini, et un air du _Samson_ de Hændel. C'est une artiste qui donne beaucoup d'espérances. Sa voix est un _mezzo soprano_ assez fort et assez étendu pour ne rien craindre des salles les plus vastes, ni des orchestres les plus nombreux, pourvu que la sonorité en soit prudemment ménagée. Son style est pur, et d'une élégante simplicité. Elle respire toujours à propos, elle _phrase_ bien, elle a de l'agilité et de la souplesse: il ne lui manque plus que de l'exercice et cet imperturbable sang-froid sans lequel un chanteur n'est jamais sûr de lui-même.

C'est ce qu'il faut souhaiter également à mademoiselle Nanny Bochkoltz, cantatrice allemande, qu'on a écoutée avec grand plaisir dans plusieurs concerts de cette saison. Sa voix est d'une belle qualité et d'un volume remarquable; son chant est très-expressif, et, quand elle dit certains airs du _Freyschulz_ et certains _lieder_ de Schubert, on se sent ému presque jusqu'aux larmes. Ce résultat fait d'autant plus d'honneur à mademoiselle Bochkoltz, qu'elle chante ces airs ces _lieder_ dans leur langue originale, que le public de Paris ne comprend guère. Presque tous les dilettanti savent l'italien, mais combien y en a-t-il qui sachent l'allemand?

Quant à M. Révial, il chante en français ou en italien, selon son caprice, et sa prononciation est également correcte, nette et sonore dans les deux langues. La voix de ce très-remarquable artiste a subi depuis un an, et grâce à un travail assidu, de grandes modifications. Il a appris l'art difficile et si peu connu d'en varier à son gré le timbre et le caractère; il a ajouté à une vocalisation savante, a un style élégant et toujours de bon goût, qualités qu'il avait déjà, le talent d'exprimer et le don d'émouvoir. On ne saurait dire mieux que M. Révial le _lac_ de Niedermayer, ou la _Gita in Gondola_ de Rossini.

Nous avons déjà parlé, l'année dernière, des réunions musicales dont M. le prince de la Moskowa a eu l'heureuse idée de cette utile association qu'il a organisée et qu'il dirige avec un zèle si dévoué, une intelligence si complète, un sentiment de l'art si délicat et si profond. Il a enseigné aux gens du monde, et même,--faut-il le dire?--à plus d'un artiste, que le temps n'a pas plus de prise sur la musique que sur la poésie ou sur la statuaire, que les belles oeuvres sont toujours belles, et que le génie ne vieillit pas. Le grand effet produit, dans ses deux derniers concerts, par la Bataille de Marignan, de Clément Janequin, en a été une preuve éclatante et sans réplique. C'est un choeur sans accompagnement--comme on les faisait alors,--où les bruits de la guerre, le tumulte de la mêlée, l'ivresse du combat, la joie du triomphe, sont peints avec une verve et un éclat extraordinaires. Cet ouvrage suffirait à établir la réputation d'un compositeur d'aujourd'hui, et il a été écrit sous le règne de François 1er.

Nous avons entendu de nouveau, cette année. M. Sivori, avec le même plaisir et le même regret que l'année dernière. Cet habile violoniste n'a point perdu l'habitude de gâter un très-beau talent par des affectations puériles et des excentricité de mauvais goût.

Un jeune violoniste russe, M. Gold, est venu aussi réclamer sa place à ce soleil de l'art qui, en France, luit pour tout le monde. Ce n'est pas encore un talent complet, mais il est déjà remarquable sous plus d'un rapport. Avec de l'étude et de la persévérance, il ne tardera pas sans doute à conquérir un rang honorable parmi ces artistes d'élite qui ont pour patrie l'Europe entière.

Dans cette armée plus ou moins harmonieuse dont nous avons essayé un dénombrement bien incomplet le bataillon le plus épais et le plus formidable est toujours celui des pianistes. Nous avons dejà parlé de mademoiselle M; le concert qu'elle a donné tout récemment n'a fait que nous confirmer dans notre opinion d'elle: un auditoire nombreux et choisi a ratifié avec éclats tous nos éloges. Madame Roumas, mademoiselle Korn se distinguent par les qualités qui appartiennent à leur sexe: la grâce, la finesse, la légèreté.

M. Baehler à la délicatesse d'une femme, la fougue et l'énergie d'un homme; c'est un artiste éminent et complet.

M. Lacombe, M. Halle ont moins d'éclat peut-être, mais leur talent, sage et bien réglé, a un air savant et magistral qui inspire l'estime et la confiance.

[Note du transcripteur: Le reste de cette page est dans un état tellement lamentable, dans le document source, que le transcripteur n'a pas pu le déchiffrer. Pour nos lecteurs qui voudraient en faire l'autopsie, nous avons joint un facsimilé à la version HTML.]

Revue Pittoresque du Salon de 1844,

PAR BERTALL.

SUR L'AIR DU ROI DAGOBERT, QUI MET SA CULOTTE A L'ENVERS.

La critique est aisée, mais l'art est difficile.

(Auteur connu.)

§ I.

Le livret, je pense, fut jadis un livret, c'est probable du moins; mais depuis longtemps le livret devint livre, le livre

devint volume, et bientôt, sans nul doute, le livret, quoique toujours livret, se composera d'in-folio en nombre et fera bibliothèque.

Au reste, je ne pense pas que personne se plaigne de l'accroissement que nous signalons. Qui n'a lu avec plaisir et reconnaissance les pages brillantes et nombreuses accolées aux noms de MM. Gudio, Gallait, Decaisne, etc., etc.? Qui n'a remercié le livret d'avoir ouvert ses pages candides à des vers tels que ceux dans lesquels M. G. Jacob, 15, rue des Petits-Augustins, a été puiser l'inspiration de son poétique tableau?

952.--Le Conte.

Non! sans douceur il n'était pas cet âge, L'âge fécond de nos simples aïeux, .................................................................. .................................................................. Parfois sortant du sein de l'eau l'Ondine Enveloppait le pécheur dans ses rêts. Puis elle allait conter aux jeunes tilles De son captif les doux amusements; Leurs coeurs dès lors ne restaient plus tranquilles. Non! sans douceur il n'était pas ce temps. Vers inédits jusqu'alors! ! ! !

La part étant faite à la littérature, à l'histoire, à la divine poésie, un livret est si utile!

932.--Vous voyez une tête ravissante d'expression, adorable de suave fraîcheur et de rêverie.--Vous consultez le livret, qui vous apprend que c'est un jeune pêcheur.

2335.--Vous êtes ému à l'aspect d'une figure délicate et mélancolique.--Sainte Philomène, dit le livret--Vive le livret.

§ II.

Mais, au fait, pourquoi tant nous occuper du livret? Nous avons une tâche plus sérieuse et plus difficile que celle de louer cet aimable opuscule.

Le genre des portraits donne toujours, et cette année surtout, avec un grand bonheur.

1114. Victime du choléra, par Lehman.--C'est au pinceau de ce jeune et brillant artiste que l'on doit le Portrait de la marquise de B., exposé l'année dernière.

On demande le portrait de l'auteur.

329. Portrait d'un enfant bien remarquable.--De bons parents ont voulu consacrer le souvenir de ses dispositions brillantes sur le bilboquet. L'amour paternel est une belle chose!

Jeune fille souriant.--Tête d'expression. Contemplation muette, mêlée de bonheur avec une teinte de tristesse.

1091. Portrait de M. M., colonel de la garde nationale.--Portrait élégant et réussi. Nous aimons l'air satisfait que l'artiste a su répandre sur la physionomie intelligente de M. M.

1468.--Portrait de M. Meifred, professeur au Conservatoire de Musique, 23, rue Saint-Benoit, breveté du roi, apprend à toucher le quadrille en trente leçons, tous les jours de huit à cinq heures. (Écrire franco.)

Portrait de M. J..., maire de G. Remercions cet estimable fonctionnaire d'avoir bien voulu livrer ses traits à la publicité, et applaudissons à l'heureuse idée qu'il eut de se faire peindre vu costume. Le fauteuil qui est derrière lui mérite aussi des éloges.

2139.--Physionomie d'un encyclopédiste, dont chaque jour le coiffeur élargit le front trop étroit.

418.--Le Domino, portrait d'une dame qui désire garder l'incognito.

261. Une Femme turque, par M. Caminade.

129. Paysages.--L'école du paysage est toujours en progrès, toujours plantureuse et vivace. Comme dans le tableau de M. Bidaut (Joseph), on reconnaît à merveille ce culte méticuleux que l'artiste rend à la nature! Quelle naïveté! quel calme!

1039.--Comme ce Désert de Suez, de M. Labouère, est bien un désert.

N'oublions pas (1745) les Animaux en repos dans la campagne de Rome, par M. Verboeckhoven.

Quant aux sujets d'histoire et de sainteté, ils abondent:--Rigolette, Fleur de Marie, le Baptême de J.-C., les Samaritaine et les Saint Sébastien sont au Salon en imposante majorité. Les batailles sont cependant en nombre fort satisfaisant.

465.--Bataille de Dreux, par M. Debay. L'artiste a choisi le moment où l'écuyer de Coudé se propose de lui présenter un cheval frais.

39.--Vision de saint Ovens, par M. Appert.

1569.--Henri IV et le connétable de Lesdiguières, par M. Ronjon.

Il lui recommande ses enfants.

1549.--La Conversion de saint Paul.

Vue d'un tableau de M. Liard.

612.--Saint Sébastien martyr. Ce tableau est du à l'habile ciseau de M. Etex; que la peinture lui soit légère!

62.--Vierge à la Cocotte, par M. Jean Bard.

N'oublions pas de féliciter M. Muller sur son tableau de Jésus-Christ faisant son entrée à Jérusalem.--Rien de plus original que la nouvelle manière d'ouvrir les portes inventée par ce jeune artiste.

Quant à madame Calamatta, elle semble avoir retrouvée le pinceau de Raphaël. C'est la même fermeté de dessin, la même solidité du couleur, la même puissance de modelé; enfin, que dirai-je, la même divinité d'expression.

Dans la Sainte Famille surtout, ces qualités se trouvent réunies au plus haut degré.

La jeune mère est bien la femme forte dont parle l'Évangile.

Remercions madame R. de C. de ses Études de Champignons d'après nature (2106).

Madame R. de C., animée d'une louable philanthropie, s'est empressée de réunir dans un cadre les champignons vénéneux et ceux qui ne le sont pas, afin de signaler les premiers à la réprobation universelle.--Nous votons une médaille de sauvetage à madame R. de C. Son autre cadre (2107) représente aussi des champignons, mais dans une situation plus intéressante, des champignons en couche.

Rien n'est suave et délicieux comme la nature morte de M. Delaunay(511).--La morbidesse la plus étrange est répandue sur cette toile ravissante, où l'oeil s'arrête avec le plus vif plaisir.

Finissons en donnant au public une figure détachée du tableau du M. Bard,--Alexandre visitant le port de Corinthe.--Tout le monde se rappelle la Barque à Caron de l'année précédente. Au moins, lui, ne s'est point laissé enorgueillir par le succès. C'est une rude leçon, en même temps qu'un exemple qui devrait être profitable, que M. Bard donne à Delaroche, Ingres, Meissonnier, Decamps, Tanty, Chaplain, etc., qui se croient le droit de ne plus exposer, sous prétexte qu'ils ont du talent et qu'ils ont réussi.--C'est la grâce que je vous souhaite.

Amen.

Le dernier des Commis Voyageurs.

(Voir t. III, p. 70, 86 et 106.)

IV.

LE CHAPITRE DES COMPLICATIONS.

Les événements de cette soirée laissèrent dans l'esprit de Potard des traces profondes. Cette irruption inattendue d'un jeune et hardi cavalier au sein d'une maison qu'il croyait inaccessible, le trouble de Jenny, son évanouissement, l'embarras et l'effroi de Marguerite, tout contribua à le convaincre que sa surveillance avait été mise en défaut, et que ses lares domestiques cachaient un douloureux mystère. Comment le pénétrer? Là commençaient ses incertitudes. La crise que la jeune fille venait d'essuyer la laissa pendant quelques jours dans un état de souffrance et de langueur qui ne permettait pas de lui faire subir un interrogatoire. Comme les tiges qu'un violent orage a courbées, Jenny se relevait lentement; son organisation délicate luttait mal contre les ravages du chagrin; une fièvre opiniâtre donnait à ses yeux un éclat maladif et colorait ses pommettes d'un ronge de mauvais augure.