L'Illustration, No. 0058, 6 Avril 1844
Part 7
Cette série des cinq premières figures est destinée à exprimer les aspects divers sous lesquels se présentent les hydres qu'on recueille à la campagne sur la fin d'octobre et dans le courant de novembre, et qui se reproduisent régulièrement à cette époque de l'année par des oeufs toujours formés successivement à la base du pied, autour de laquelle ils adhèrent plus ou moins longtemps. Ces oeufs ne se sont point montrés épineux sur les hydres des environs de Paris. Quelquefois ils se détachent, du corps de la mère et tombent au fond de l'eau, ou bien l'hydre qui les a pondus les agglutine autour de son corps par un procédé que nous décrirons bientôt.
Nous avons vu précédemment qu'une nourriture très-abondante avait produit sur les hydres, qu'on élève dans des vases chez soi, une exubérance de bourgeonnement qui s'effectuait sur tous les points de leur corps. Il était naturel de penser que la même cause pourrait déterminer une exubérance de production d'oeufs également formés sur tous les points du corps des hydres qui ont déjà bourgeonné pendant la belle saison.
Cette expérience eut le plus grand succès, et elle a fourni des résultats de la plus grande importance pour l'anatomie et la physiologie comparée.
Le corps des hydres très-abondamment nourries pendant toute la belle saison se recouvrit, sur la fin d'octobre et en novembre, d'un très-grand nombre de tumeurs qui ne ressemblaient point toutes exactement à celles qu'on observe sur les hydres recueillies à la campagne à la même époque, et qui donnent des oeufs en général tous féconds. L'expérimentateur croit, au premier abord, que toutes les tumeurs qui recouvrent à cette époque de l'année le corps des hydres élevées chez lui sont toutes de véritables oeufs, ce qui n'est vrai qu'en partie, il y a, le plus souvent, deux phénomènes, qui, se produisant en même temps, jettent l'observateur dans un grand embarras. Il faut, dans ce cas, une observation très-attentive et des précautions minutieuses pour bien distinguer les deux faits qui sont entremêlés et qui semblent se compliquer réciproquement par leur coexistence.
Voici comment on parvient à cette distinction: il faut se rappeler que le corps des hydres, exposé aux premiers froids, se recouvre souvent de tumeurs pustuliformes, qui sont, en général, claires et acuminées, tandis que les tumeurs qui deviendront des oeufs, sont jaunes ou jaunâtres depuis le premier moment de leur apparition. L'individu figuré à côté est un de ceux qui portent seulement des oeufs qui sont encore à l'état naissant. Cet individu avait été coloré en rouge. Un bourgeon, qu'il porte en outre des oeufs, offrait la même couleur que le corps de sa mère, tandis que les oeufs étaient jaunes.
Le cas le plus embarrassant est celui dans lequel les hydres portent en même temps des pustules qui deviennent jaunâtres au moment on elles vont crever, et des tumeurs jaunes qui sont de véritables oeufs. La figure placée ici représente un de ces individus couvert en même temps d'oeufs et de pustules et figuré au moment ou deux de ces pustules viennent de crever. On voit sortir de chacune d'elles des corpuscules en mouvement. Ces corpuscules nageant dans un fluide constituent-ils le moyen par lequel les oeufs sont rendus féconds? Dans ce cas, les tumeurs pustuliformes devaient être considérées non plus comme une maladie, mais bien comme une sorte d'organe mâle transitoire. Telle était la question qu'il fallait poser et résoudre, et pour la solution de laquelle les expériences nouvelles instituées par l'auteur fournissaient tous les éléments nécessaires.
L'isolement et l'observation attentive d'un très grand nombre d'individus recouverts de tumeurs, et leur distribution en trois catégories ont fourni les résultats suivants, qui donnent la solution satisfaisante de la question importante relative à l'existence des deux sexes chez le polype d'eau douce:
1º Les hydres isolées, qui ne portaient que des tumeurs jaunes sur tout le corps, ont produit un grand nombre d'oeufs qui, dans un très-grand nombre de cas, étaient tous féconds;
2° Celles qui n'avaient que des pustules n'ont rien produit, et n'ont point cherché à se rapprocher de celles qui ne portaient que des tumeurs jaunes destinées à devenir des oeufs féconds. Un peut produire à volonté, dans toutes les saisons, le développement des pustules, qui sont réellement une maladie des hydres, dont elles guérissent presque toujours. Un individu figuré à côté porte de ces pustules en voie de guérison. L'une de ces tumeurs va se transformer en bourgeon. Chez l'individu dont la figure suit, la guérison des pustules est encore plus avancée. L'auteur n'a jamais vu des oeufs se former sur le lieu même de ces pustules en voie de guérison;
3º Les hydres, qui portaient en même temps des pustules et des oeufs, se sont comportées comme des mères atteintes d'une maladie qui ne les empêche pas de produire des oeufs moins nombreux seulement, qui même, dans plusieurs cas, n'étaient pas féconds. L'auteur a mis le plus grand soin à s'assurer qu'aucune de ces tumeurs ne réunissait en même temps le fluide corpusculifère des pustules et la substance jaune qui constitue les oeufs, ce qui ne permet pas de croire que le point du corps d'une hydre qui produit un oeuf serait en quelque sorte hermaphrodite, c'est-à-dire une sorte d'organe bisexuel transitoire.
La deuxième série des quatre figures que nous venons d'expliquer suffit pour indiquer toute l'importance de l'expérience qui fait recouvrir tout le corps des hydres des deux sortes de tumeurs au moment de leur reproduction par oeufs, et l'importance plus grande encore de la solution des questions curieuses que cette expérience a dû soulever.
Voici maintenant comment une hydre mère, non atteinte de la maladie pustuleuse, et dont tout le corps recouvert en novembre d'un très-grand nombre d'oeufs de diverses grandeurs, se conduit pour les déposer et les agglutiner aux divers corps sous-fluviatiles sur lesquels elle est placée au moment de la ponte.
La première figure placée ci-dessous représente une de ces mères recouverte d'oeufs depuis la base du pied jusqu'au haut du corps, qui, observée pendant que son corps est encore allongé, montre neuf oeufs visibles dans cette position, encore espacés et éloignés du lieu sur lequel ils seront déposés.
Le deuxième individu qui suit, qui avait été coloré en rouge, est encore une mère couverte d'oeufs qui sont déjà moins espacés et moins éloignés du sol, parce qu'elle commence à se contracter et à se baisser pour les déposer.
Les trois autres figures qui suivent expriment trois principaux aspects de ces hydres-mères, qui, contractant de plus en plus leurs bras et leurs corps, élargissent en même temps leur pied, sou la substance agglutinante et brune auquel sont déposés les oeufs de moins en moins espacés et tous ramenés à peu près au même niveau. Dans deux de ces figures les hydres mères sont vues de profil. La troisième représente une vue en dessus. Ces hydres-mères ne tardent pas à mourir ainsi entourées d'un cercle d'oeufs agglutinés autour d'elles.
Il arrive pourtant quelquefois, lorsque le nombre des oeufs pondus n'est pas trop considérable, il arrive, dit auteur, que l'épuisement produit par ce genre de reproduction ne détermine pas immédiatement la mort de l'hydre mère, et il a eu l'occasion d'en observer quelques-unes qui, après avoir pondu deux, trois, quatre ou cinq oeufs, se sont encore relevées et ont été se placer dans un autre lieu non éloigné.
Les deux figures placées à côté représentent des hydres mères de grandeur naturelle, dont l'une, encore placée autour de ses oeufs, s'est relevée en allongeant son corps et ses bras, tandis que l'autre, après s'être allongée, s'est un peu éloignée de son entourage d'oeufs. Celle-ci offre une particularité remarquable en ce qu'elle a poussé au bas du corps un bourgeon qui s'est transformé en un deuxième pied aussi long que le premier. Ces deux hydres mères ont vécu encore plusieurs jours, mais elles ont fini par mourir.
D'après un très-grand nombre d'observations, les oeufs toujours jusqu'ici non épineux, qui ont été fournis par les hydres recueillis aux environs de Paris, ont dû être distingués, comme les bourgeons, en oeufs normaux, c'est-à-dire formés à la base du pied, et en oeufs exceptionnels qui se forment sur tous les points du corps, depuis sa base jusqu'aux environs de la bouche. L'auteur n'a jamais vu des oeufs exceptionnels succédant à des pustules et correspondant aux bourgeons exceptionnels développés sur le siège même de chacune des tumeurs pustuliformes après leur guérison.
Pour compléter cette histoire si intéressante de l'oeuf du polype d'eau douce, il faut avoir égard aux formes véritablement épineuses qui ont été bien constatées par Roesel, qui a donné des figures de ces oeufs recouverts d'épines droites, il par M. Ehrenberg, qui les représente comme étant recouverts d'épines bifurquées à leur sommet. Ces deux sortes le formes épineuses des oeufs de l'hydre sont exprimées par les figures de ces deux auteurs, qui sont ici à l'appui du texte.
Lorsqu'un oeuf non épineux, fraîchement pondu, est observé sous le microscope, il se présente sous forme d'une substance plastique globulineuse, enveloppée d'une pellicule fine. Dans le cas où l'un de ces oeufs non épineux se montre, plusieurs jours après la ponte, revêtu d'une coque brune jaunâtre par la condensation de sa pellicule extérieure, et lorsqu'on le fait crever sous le microscope, on en voit sortir la substance globulineuse translucide qu'il contient.
Les figures à côté expriment l'aspect de l'oeuf fraîchement sorti de la peau, et celui d'un autre oeuf pondu depuis quelques jours et écrasé pour en étudier la coque et le contenu.
Mais, de toutes les parties de l'histoire de l'oeuf du polype d'eau douce, celle qui nous a paru la plus intéressante est sans contredit l'élude microscopique de cet oeuf, qui, dès le premier moment de son apparition, n'est qu'un petit amas de substance plastique étendue en nappe entre les deux peaux, et qui ne forme une tumeur hémisphérique (V. la figure) que lorsque cet amas de substance plastique a acquis environ le quart ou le tiers de la grosseur qu'il aura plus tard. Cet oeuf est donc primitivement sans forme, et ne devient graduellement sphérique (Voyez la 2e figure à côté) qu'en s'approchant du moment de la ponte. C'est en observant bien attentivement sous le microscope cet oeuf depuis le premier moment de sa formation jusqu'à celui de son expulsion du corps de la mère, qu'il fallait démêler l'existence d'une vésicule primordiale contenant la tache du germe et entourée d'une autre substance; mais l'observation la plus attentive et réglée un très-grand nombre de fois n'ayant pu permettre de voir qu'une seule substance homogène et globulineuse, l'auteur des nouvelles recherches s'est cru fondé à en conclure que toute cette substance est elle-même le véritable germe qui n'a pas besoin d'une deuxième et d'une troisième substances pour son développement. L'aspect de l'oeuf, étudié microscopiquement, est ici rapproché de celui d'une tumeur pustuliforme dont la base est toujours large, et dont le sommet percé laisse sortir les corpuscules en mouvement; on peut ainsi bien reconnaître les différences qui existent entre les oeufs et les pustules.
Il n'est pas possible de préciser rigoureusement le premier moment du travail embryonnaire qui convertira le contenu de ces oeufs en nouveaux individus. Ce travail ou le développement des embryons formés dans ces oeufs diffère de celui du développement des bourgeons, qui sont des embryons nus, mais il ressemble au développement des boutures très-petites qui, après s'être arrondies, prennent l'aspect d'un oeuf sans coque. L'embryon bouturaire, de même que l'embryon ovulaire, c'est-à-dire développé sous la coque de l'oeuf, ne devant être autre chose qu'un sac stomacal d'abord sans bouche et sans bras, il a fallu porter ces embryons sous le microscope pour découvrir le mécanisme physiologique de la formation de ce sac stomacal, qui constitue à lui seul tout l'animal; mais la coque de l'oeuf, d'un brun jaunâtre, n'est que très-peu translucide; il a donc fallu comprimer les oeufs en voie de développement pour les rendre un peu transparents, et se déterminer à en ouvrir un très-grand nombre et les comparer aux embryons bouturaires. Ces observations microscopiques ont montré que l'intérieur de la substance homogène contenue dans l'oeuf se résout en un certain nombre de grandes vésicules qui, venant à crever en dedans, laissent une cavité qui sera l'estomac, pendant que toute la substance plastique qui circonscrit cette cavité stomacale se transforme en tissu charnu très-mou qui forme les deux peaux des parois du sac stomacal.
Trois figures placées ici sous les yeux présentent les trois principaux aspects du travail embryonnaire des petites hydres formées dans un oeuf. Ces trois principaux aspects ont été déduits d'un très-grand nombre d'observations d'oeufs sacrifiés pour cette étude. Deux de ces figures montrent, en outre du noyau formé par les vésicules intérieures, les rudiments des bras qui, malgré l'étroitesse de l'espace, ont commencé à pousser lorsque l'embryon est encore dans l'oeuf, ce qui est mis en évidence lorsqu'on assiste à l'éclosion de l'oeuf. Il est probable que l'embryon arrivé à terme exerce des mouvements d'expansion qui font éclater l'oeuf, et la fente qui en résulte devient l'ouverture par laquelle les petits peuvent sortir, en présentant tantôt et le plus souvent la bouche entourée de ses bras, et tantôt l'extrémité, opposée, qu'on pourrait confondre avec une bouche non encore pourvue de ses bras.
La figure mise sous les yeux représente cinq oeufs fixés sur des tiges de ceratophyllum, desquels on voit sortir les petits, dont l'un (le plus à droite) présente le pied, tandis que les autres se montrent au dehors ayant leur bouche garnie de bras plus ou moins allongés.
Le coup d'oeil rapide que nous venons de jeter sur l'histoire de la reproduction de l'hydre suffit pour démontrer bien clairement qu'il existe des animaux véritablement rapprochés des plantes, à cause de la multiplicité et de la diversité de leur propagation. Nonobstant leur ressemblance très-grande avec les végétaux, les polypes, dont l'hydre ou polype d'eau douce est citée ici comme type ou modèle de ce degré de l'animalité, n'en sont pas moins, sous tous les autres rapports, de véritables animaux, et ne doivent point être rangés dans un prétendu règne intermédiaire à ceux-ci et aux véritables plantes. Sans nul doute, la véritable limite entre l'animalité et la végétabilité ne peut encore, dans l'état actuel des sciences naturelles, être déterminée d'une manière rigoureuse, parce qu'à ce point de contact des deux règnes organiques de la nature, un voile épais couvre le grand mystère de la vie réduite à son expression la plus simple. Les physiologistes et les naturalistes, doués, du génie de l'investigation, ne pourront probablement attaquer cette grande question, restée jusqu'à ce jour problématique, que lorsque les progrès de la physique des corps organisés auront permis de formuler la loi générale des phénomènes de l'électricité, du magnétisme, de la chaleur et de la lumière surtout qui nous fournit le calque des formes. Déjà les physiciens et les chimistes sont disposés à diriger tous leurs efforts vers la découverte de cette loi générale des grands phénomènes qui semblent présider à toutes les manifestations de la vie, et nous devons espérer que tous les pas faits dans cette direction, quelque petits qu'ils soient, feront avancer lentement et sûrement l'esprit humain qui ose, de nos jours, s'aventurer dans l'explication spéculative de l'universalité des phénomènes naturels.
Mais hâtons-nous de revenir à notre animal-plante, à notre polype d'eau douce, qui, par la simplicité de son organisation, nous a entraînés dans un coup d'oeil sur la question très-complexe de la subordination du phénomène mystérieux de la vie, aux quatre agents universels que les physiciens veulent ramener à l'unité.
Cette petite digression, que nos lecteurs voudront bien nous pardonner, n'en est point une à la rigueur, car nous aurons à leur parler un jour de la manière dont le polype d'eau douce est affecté par la lumière, et à examiner comment on a pu croire qu'il voyait, en quelque sorte, sans yeux. Cet autre point de l'histoire de l'hydre n'a point encore été approfondi, et mériterait bien de l'être. L'auteur des nouvelles recherches nous paraît l'avoir négligé complètement, on peut-être a-t-il été forcé de passer sous silence les observations qu'il a recueillies, parce qu'elles n'ont point encore fourni des résultats satisfaisants. Il nous semble qu'il aurait dû s'appesantir davantage sur un certain nombre de faits qu'il n'a considéré que comme accessoires à ses recherches, et qui pourtant, considérés chacun à part et en eux-mêmes, doivent avoir une très-grande importance en physiologie comparée.
Ces faits, que nous ne devons point passer sons silence, et sur lesquels l'auteur n'a présenté qu'une notice, dans laquelle sont résumés les résultats de ses expériences, sont relatifs à la coloration, aux monstruosités, aux greffes et à la production de la maladie pustuleuse de l'hydre. Les détails que ce premier expose de résultats nous promet seront, sans nul doute, publiés plus ou moins prochainement, et nous en rendrons compte à nos abonnés en temps opportun. Quoique la notice sur cette partie de l'histoire naturelle du polype d'eau douce soit très-succincte, nous ne la donnerons point, et nous nous réservons de la publier lorsque les principaux détails des expériences faites à ce sujet auront été représentés par des figures qui abrègent toujours et simplifient considérablement la conception et la démonstration des faits. Mais tout en faisant les réserves que nous venons de motiver, nous pensons qu'il convient, dès à présent, de faire pressentir toute l'importance que réclame l'étude des monstruosités et des greffes du polype d'eau douce, qui aura peut-être encore, sous ce double rapport, de nouveaux traits de ressemblance avec les végétaux. On sait en général que l'art de la culture produit et perpétue les monstruosités végétales, et que les greffes des plantes sont un point de physiologie végétale sur lequel les botanistes les plus célèbres ne sont pas encore d'accord. L'étude expérimentale des greffes animales pourra peut-être apporter quelques lumières sur ce point litigieux, qui nous semble, au reste, devoir être éclairci lorsque la discussion entre deux savants académiciens, MM. Mirbel et Gaudichand, sera vidée.
Nous ne devons plus dire qu'un seul mot à l'égard du pressentiment de l'importance qu'il conviendra d'attacher à la production expérimentale des monstruosités du polype d'eau douce. Cette importance serait énorme si l'on pouvait parvenir à produire de cette manière la transformation d'une espère en une autre; aussi l'auteur des nouvelles recherches semble avoir eu en vue d'étudier cette question, qui fait partie de l'histoire du développement complet des corps organisés. Mais toutes les monstruosités viables qu'il a provoquées ou produites par division ou par greffe n'ont pas pu encore être propagées par voie de génération; et en observant attentivement pendant plusieurs mois les diverses sortes de monstruosités de l'hydre, il les a vues revenir lentement à l'état régulier d'une manière fort curieuse, puisque le polype monstre devient un seul individu normal par l'atrophie et la disparition des portions d'hydre qui auraient dû se compléter et s'en séparer, ou bien se transforme en plusieurs polypes nouveaux, qui développent graduellement et lentement, sans cesser d'être continus, et qui finissent par, se séparer, et constituer ainsi des individus régulièrement formés et isolés. Jusqu'à ce jour, les monstruosités obtenues expérimentalement sur le polype d'eau douce ou l'hydre, n'ont pu l'être qu'au moyen du bourgeonnement, des boutures et surtout des greffes. Les individus sortant des oeufs étaient tous régulièrement formés.
Nous bornons la l'exposé succinct de ce qui nous a paru le plus susceptible de piquer et de satisfaire la curiosité des gens du monde, au sujet de l'histoire du curieux animal qui, depuis cent ans, a donné lieu à un très-grand nombre de travaux bien faits pour mériter, à ceux qui ont le courage de les poursuivre dans une direction philosophique, la reconnaissance des grands corps scientifiques.
Mais nous aurons encore à rendre compte à nos lecteurs des recherches sur un autre animal très-commun dans les environs de Paris, et dont l'étude, plus difficile et plus curieuse encore, fait partie du même travail couronné par l'Académie.
Bulletin bibliographique.
_Voyages de la Commission du Nord en Scandinavie, en Laponie, au Spitzberg et aux Féroe, pendant les années 1838, 1839 et 1840.--Arthus Bertrand_, éditeur.
_L'Illustration_ avait déjà annoncé (t. I. p. 62) l'apparition des premières livraisons de cet ouvrage; depuis cette époque deux nouveaux volumes du texte et seize livraisons de planches ont paru. L'un des volumes est consacré à une partie du magnétisme terrestre, _la variation diurne de l'aiguille aimantée_. On sait qu'une aiguille magnétique, librement suspendue, se dévie tantôt à l'est, tantôt à l'ouest. L'étude de ces variations horaires sur différents points du globe est un élément important pour arriver à la connaissance des changements qui s'opèrent en un même lieu dans la direction des forces magnétiques. MM. Lottin et Bravais ont rédigé les observations originales faites par la commission à Drontheim, capitale de la Norvège, du 28 juin au 2 juillet 1838; à Bellsound (Spitzberg), Lat. 70° 30', du 2 au 3 août, et enfin la longue série de Bossekop, en Laponie, du 1 septembre 1838 au 30 avril 1839. La publication de ces intéressants matériaux est un service rendu à la physique du globe; car les observations ont été faites avec un soin et une intelligence tels que les météorologistes pourront y puiser avec confiance les éléments de leurs déductions ou de leurs théories. Jusqu'ici l'on ne possédait pas de longue série faite sous une latitude aussi élevée, où les perturbations magnétiques sont beaucoup plus fortes que dans les contrées plus méridionales. Ce volume est précédé d'une introduction de M. Bravais, dans laquelle ce jeune et savant astronome fait une exposition aussi simple que lucide de l'action des forces magnétiques; exposition complètement indépendante des théories par lesquelles on cherche à les expliquer. En les ramenant au système des couples imagine par M. Poinsot, il a singulièrement facilité la démonstration, et nous recommandons la lecture de cette introduction de vingt-cinq pages à toutes les personnes qui voudront se former une idée juste et nette de l'action des forces magnétiques sur le barreau aimanté.
La troisième livraison de texte est consacrée à la géographie physique. Elle contient d'abord un rapport de M. Elie de Beaumont sur un mémoire de M. Bravais, ayant pour sujet _les Lignes d'ancien niveau de la mer dans le Finmark_, puis le mémoire lui-même. Ces lignes d'ancien niveau étaient d'autant plus intéressantes qu'elles existent aussi en Écosse, où elles avaient été le sujet de nombreux travaux de la part de MM. MacCuloch, Lauder-Dick et Darwin Voici comment notre compatriote a été conduit à faire cette étude.