L'Illustration, No. 0056, 23 Mars 1844
Part 8
Pendant les derniers temps de son séjour à Bassora. M. Fontanier fut témoin de l'expédition qu'Ali-Riza, pacha de Bagdad, entreprit contre Mohamera, et qui, avec le pillage plus récent de Klerbelah, est le principal grief de la Perse contre la Porte Ottomane. Personne mieux que lui n'en connut les motifs et les circonstances, aussi lui a-t-il consacré un chapitre entier. Cette expédition se termina, comme on sait, par le sac de Mohamera. Les troupes, dit M. Fontanier, ne rencontrant point d'obstacles, étaient entrées dans la ville avant que l'ordre en eût été donné. Chacun s'était mis aussitôt en quête de butin: si l'on a exagéré le nombre des victimes, je suis certain du moins qu'on n'a pas pu exagérer le pillage, car tout fut saisi par les soldats, qui s'emparèrent des femmes et des enfants; quand il n'y eut plus rien à prendre, le pacha et ses troupes se donnèrent le plaisir de brûler la ville. Je ne veux point rapporter en détail les horreurs qui furent commises; mais pour montrer quel sens ces barbares attachent aux opérations militaires, je rapporterai un fait caractéristique. La ville avait été prise sans qu'on l'eût attaquée, et un tailleur, ignorant peut-être un si grand événement, travaillait dans sa boutique. Un des vainqueurs l'aperçut, se précipita sur lui, le traîna devant le pacha, et on lui fit administrer une rude bastonnade pour le punir de sa confiance. «Comment, scélérat! lui disait-on, un vizir se dérange, se fatigue, vient de Bagdad assiéger et prendre la ville, et tu couds tranquillement!» On accusait le pacha d'être d'un caractère trop doux; il aurait dû faire couper la tête au tailleur.»
A peine eut-il paru en France, l'important et curieux ouvrage que nous venons d'analyser a été traduit en anglais. Nous apprenons que la traduction paraîtra à Londres sous peu de jours.
Inventions nouvelles.
AEROSTAT MÉTALLIQUE.
Il est bien certain que les aérostats doivent, comme les vaisseaux, trouver leur point d'appui dans le milieu où ils naviguent; mais il y a entre l'eau et l'air des différences telles que les principes hydrostatiques ne peuvent s'appliquer que très-imparfaitement à la direction des aérostats. Ainsi le vaisseau ne plonge qu'en partit! dans l'eau; le ballon est complètement immergé dans l'atmosphère; le vaisseau trouve, pour résister aux vents contraires, son point d'appui dans le liquide; un ballon pourra difficilement se servir de l'air même pour résister à la violence de l'air. Les conditions de navigation sont partout les mêmes, le liquide a la même densité, les courants ont une direction connue et qui ne varie pas: dans l'air, à mesure qu'on s'éloigne de la terre, la densité du milieu diminue, il se produit des courants qui changent probablement avec chaque couche d'air; le gaz contenu dans le ballon dont la pesanteur spécifique, à terre, a pu déterminer l'ascension devient, lui-même un élément de danger si on ne peut, à propos, lui donner issue.
Depuis l'invention due aux frères _Mongolfier_, d'Annonay, qui, les premiers, s'élevèrent dans les airs, au moyen d'un aérostat, on ne peut nier les nombreuses améliorations qui sont venues perfectionner leur découverte. Les gaz ont remplacé l'air échauffé et dilaté: les enveloppes sont plus solides, le parachute éloigne une partie des dangers que couraient les aéronautes. Mais là se bornent, du moins jusqu'à présent, les perfectionnements. Est-on parvenu à se diriger dans l'air? Non, et c'est là l'écueil contre lequel sont venus se briser les plus intrépides expérimentateurs. Disons pourtant que les ballons ont été d'un grand secours pour l'étude des sciences physiques, que des hommes d'un immense savoir, MM. Biot et Gay-Lussac, ont été recueillir à près de deux lieues de la terre l'air dont leur ballon traversait les couches, et qu'ils ont étudié à cette hauteur divers phénomènes électriques et magnétiques.
Le ballon dont nous avons à entretenir aujourd'hui nos lecteurs est destiné à résoudre certaines questions de physique générale, et certainement, dans la pensée du constructeur, à aborder celle de la direction des aérostats. Quoi qu'il en soit, c'est seulement au point de vue de la science que M. Arago a bien voulu lui servir de parrain à l'Institut.
Cet aérostat est complètement composé de feuilles de cuivre d'un huitième de millimètre d'épaisseur. La première idée de la construction des ballons métalliques a été émise par Lans en 1760, et après lui par Guylon de Morveau en 1784. C'est le petit-fils d'un des savants les plus illustres de notre temps, M. Marey-Monge, qui vient de la réaliser.--Les feuilles de cuivre, réunies par bandes, comme les côtes d'un melon, ont été soudées par l'ingénieux procédé dû à M. le comte Desbassyns de Richemont (Ce procédé consiste à fondre la soudure au moyen de la flamme du gaz hydrogène dirigée sur le métal; c'est ainsi qu'on obtient aujourd'hui la réunion immédiate du plomb par la fusion des deux bords de la pièce sans emploi de soudure.) Les soudures de ce ballon ont un développement de l,500 mètres. L'aérostat a 10 mètres de diamètre et pèse 400 kilogrammes, il contiendra 50 kilogrammes de gaz hydrogène.
Ce ballon doit servir à une ascension que fera prochainement un aéronaute bien connu, M. Dupuis-Delcourt. Le but que s'est proposé M. Marey-Monge est, comme nous l'avons dit plus haut, de réaliser ses idées sur l'application des moyens d'impulsion et de direction à donner aux aérostats: il a développé son système dans un mémoire soumis à l'Académie. Comme cet aérostat métallique ne donnera pas lieu à une continuelle déperdition d'hydrogène, ainsi que le font les ballons en étoffe, il pourra séjourner longtemps dans l'air et servir à l'élude de la direction des courants atmosphériques constants. Ce ballon pourra, de plus, décider la question de savoir s'il est possible de prévenir la grêle. Ou sait que ce phénomène si dangereux est dû à l'électricité des nuages. Si on parvient à décharger les nuages de leur électricité, le phénomène n'est plus possible. Par sa nature le nouveau ballon étant susceptible de rester longtemps suspendu dans l'atmosphère, si on le met par un fil métallique en communication avec le sol, il enlèvera complètement aux nuages qui l'approcheront leur électricité, et on aura ainsi fait disparaître un des plus grands fléaux de l'agriculture.
On conçoit dès lors tout l'intérêt qui s'attache à ces expériences, et nous ne pouvons que faire des voeux pour qu'elles soient couronnées d'un plein succès et que les noms de MM. Marey-Monge et Dupuis-Delcourt soient associés à ceux des hommes utiles et recommandables de notre siècle.
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS: C'est un grand souci, de chaque côté de la Manche que la reine Pomaré.