L'Illustration, No. 0055, 16 Mars 1844

Part 9

Chapter 91,244 wordsPublic domain

Nous voudrions pouvoir détacher du livre de M. Patin quelques morceaux choisis, qui viendraient à l'appui de nos éloges; mais Eschyle, Sophocle, Euripide ne sauraient être jugés en quelques lignes, et ce n'est pas trop d'un volume entier pour apprécier sous toutes ses faces le génie magnifique de chacun de ces grands tragiques. Nous nous bornerons donc à recommander surtout à nos lecteurs les excellentes pages que M. Patin a écrites sur Euripide; ils y trouveront une critique judicieuse des beautés et des défaut du poète, exprimée en termes plus justes et plus clairs que ceux dont M. Schlegel s'était servi dans ses appréciations théoriques, où il compare «le point de perfection dans les arts au foyer d'un verre ardent, etc.»

Après tous ces éloges, nous ne craindrons pas de reprocher à M. Patin quelques explications minutieuses, quelques commentaires superflus, qui sont plutôt au profit de l'érudition pure qu'à celui de la critique littéraire. Nous eussions voulu aussi trouver dans son examen d'Eschyle une vue plus haute, plus hardie sur le génie du _terrible poète_; non pas qu'il fallût tomber dans ces exagérations gigantesques que nous a fait voir une célèbre préface, mais on pouvait peindre avec un sentiment plus vif et en termes plus forts cette sublime inspiration patriotique, cette audacieuse et sombre poésie qui mettent Eschyle au-dessus de tous les autres tragiques, et donnent à son théâtre une élévation morale qu'on chercherait vainement ailleurs.

Mais par ces quelques critiques nous ne voulons point infirmer le mérite d'un livre qui demeure, comme nous l'avons dit, le plus savant et le plus judicieux qu'on ait encore fait sur la matière.

Travestissements.

Danse de la Polka.--Caricature par Cham.

Amusements des Sciences.

RECTIFICATION.

Par suite d'une erreur du dessinateur, la première figure des Amusements des Sciences, dans notre dernier numéro (page 32), au lieu de représenter dix cartes dont les nombres de points vont, en se suivant depuis _un_ ou _as_ jusqu'à _dix_, offre dix cartes prises au hasard, à partir des deux premières à gauche (l'_as_ de carreau et le _deux_ de trèfle). Le lecteur est prié de faire par la pensée la correction suivante, sans laquelle la solution de notre premier problème serait inintelligible:

Après l'_as_ de carreau et le _deux_ de trèfle, il faut un _trois_ au lieu d'un _huit_ de carreau; après ce _trois_ un _quatre_ au lieu d'un _as_ de pique; après le _quatre_ un _cinq_ au lieu d'un _dix_ de coeur; et ainsi de suite jusqu'au _dix_, qui sera immédiatement avant l'_as_ de carreau pris pour point de départ.

SOLUTIONS DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE CINQUANTE-QUATRIÈME NUMÉRO.

I. Supposons que le nombre qu'il s'agit d'atteindre soit 100, et qu'il faille ajouter des nombres constamment plus petits que 11.

L'artifice de ce problème consiste à s'emparer tout de suite de certains nombres que nous allons faire connaître. Retranchez pour col effet 11 de 100, une fois, deux fois, trois fois, et autant de fois que cela se peut, il restera 89, 78, 67, 56, 45, 34, 23, 12, 1, qu'il faut retenir; car celui qui, en ajoutant son nombre moindre que 11 à la somme des précédents, comptera un de ces nombres avant son adversaire, gagnera infailliblement, et sans que l'autre puisse l'en empêcher. On trouvera encore plus facilement ces nombres en divisant 100 par 11, et prenant le reste 1, auquel on ajoutera continuellement 11 pour avoir 1, 12, 23, 34, etc.

Supposons, par exemple, que le premier qui sait le jeu prenne 1; il est évident que son adversaire devant compter moins que 11, pourra tout au plus, en ajoutant son nombre, 10, par exemple, atteindre 11, le premier prendra encore 1, ce qui fera 12; que le second prenne 8, cela fera 20; le premier prendra 3 et aura 23, et ainsi successivement il atteindra le premier à 34, 45, 56, 67, 78, 89. Arrivé là, le second ne pourra pas l'empêcher d'atteindre 100 le premier; car, quelque nombre que prenne le second, il ne pourra atteindre qu'à 99, le premier pourra donc dire, et 1 font 100. Si le second ne prenait que 1 en sus de 99, cela serait 90, et son adversaire, prendrait 10, qui, avec 90, fait 100.

Il est clair que, de deux personnes qui jouent à ce jeu, si toutes deux le savent, la première doit nécessairement gagner.

Mais si l'une le sait et que l'autre ne le sache pas, celle-ci, quoique première, pourra fort bien ne pas gagner; car elle croira trouver un grand avantage à prendre le plus fort nombre qu'elle puisse prendre; savoir, 10; et alors la seconde, qui connaît le jeu, prendra 2; ce qui, avec 10, fait 12, l'un des nombres dont il faut s'emparer. Elle pourra même négliger cet avantage et ne prendre que 1 pour faire 11; car la première prendra probablement encore 10, ce qui fera 21; la seconde pourra alors prendre 2, ce qui fera 26. Elle pourra enfin attendre encore plus tard pour se placer à quelqu'un des nombres suivants: 34, 45, 56, etc. Si le premier joueur veut gagner, il ne faut pas que le plus petit nombre proposé mesure le plus grand; car, dans ce cas, le premier n'aurait pas la certitude de gagner. Par exemple si, au lieu de 11, on avait pris 10, qui mesure 100 en ôtant 10 de 100 autant de fois qu'on le peut, on aurait ces nombres: 10, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 80, 90, dont le premier 10 ne pourrait pas être pris par le premier; ce qui fait qu'étant obligé de prendre un nombre moindre que 10, si le second était aussi fin que lui, il pourrait prendre le reste à 10, et ainsi il aurait une régie infaillible pour gagner.

II. Prenez un ballon de verre à long col, remplissez-le d'eau à moitié, et faites-y bouillir cette eau en tenant le fond du ballon au-dessus de charbons ardents. Lorsque l'ébullition a duré pendant quelques minutes avec une certaine intensité, mettez un bouchon au col de votre ballon et retournez-le. Puis, lorsqu'il est refroidi complètement, placez de la glace à la partie supérieure qui n'est pas en contact avec l'eau. Vous verrez à l'instant l'ébullition se manifester avec beaucoup de force.

De l'eau froide suffira même habituellement pour produire l'ébullition, et on pourra se donner ainsi le spectacle d'une eau qui bout sans feu durant des heures entières.

L'explication de ce curieux phénomène est fort simple. Lorsque l'on a chassé complètement du ballon l'air qui y était renfermé, par une première ébullition, et qu'on a fermé le vase avec un bouchon, l'eau ne s'est plus trouvée en contact qu'avec de la vapeur. Or, si on vient à condenser cette vapeur par l'approche d'un corps froid, la surface liquide n'étant plus pressée par rien, ce liquide laissera échapper de nouvelle vapeur, et c'est là précisément ce en quoi consiste l'ébullition.

C'est par une raison analogue que l'eau bout sur les hautes montagnes à une température beaucoup plus basse qu'au bord de la mer. A Quito, par exemple, a 2,900 mètres environ au-dessus de l'Océan, l'eau bout à 90º seulement de l'échelle centigrade; de sorte qu'il est impossible d'opérer certaines cuissons qui exigent une chaleur de 100°, à moins de se servir du digesteur de Papin, ou de la vapeur à une pression plus élevée que celle de l'atmosphère.

NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.

I. Faire fondre du plomb sans feu.

II. Faire fondre du marbre, sans le décomposer, et changer de la craie en marbre.

III. Frapper une bille avec bricole simple ou bricole double, au jeu de billard.

Rébus

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

Un essaim d'Abeilles.

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