L'Illustration, No. 0054, 9 Mars 1844

Part 4

Chapter 43,555 wordsPublic domain

M. le ministre des travaux publics a présenté à la Chambre des Députés un projet de loi relatif aux chemins de fer de Paris à la frontière du nord, et d'Orléans à Vierzon. Les lignes de Paris à Lyon et d'Orléans à Tours étant aujourd'hui demandées, en concurrence avec les compagnies qui s'étaient déjà présentées, par d'autres compagnies qui proposent de les pousser plus loin, seront postérieurement l'objet de deux autres projets. Pour le tracé du chemin du Nord, le ministre adopte simultanément les trois ponts de Boulogne, Calais et Dunkerque, comme points extrêmes de la ligne de Paris au littoral de la Manche. Quant au mode d'exécution, le projet modifie essentiellement les dispositions de la loi de juin 1842. Il dispose que la voie de fer posée par la compagnie concessionnaire du chemin du Nord sera acquise gratuitement à l'État à la fin du bail, et qu'après un prélèvement de 8 pour 100 au profit des actionnaires, l'excédant des bénéfices sera partagé entre l'État et la compagnie. La durée du bail ne pourra être de plus de vingt-huit ans. On stipule une diminution de deux centimes sur les droits à payer par les trois classes de marchandises. Il y aura trois classes de voitures à dix, sept et demi, et cinq et demi centimes par kilomètre. C'est une augmentation d'un demi-centime pour la troisième classe; mais les wagons devront être couverts, et fermés au moyen de rideaux. Enfin, l'État conserve la faculté de racheter le chemin au bout de douze ans, aux conditions fixées précédemment pour le chemin de Paris à Orléans, mais avec réduction de moitié sur la prime à ajouter au dividende net. Les conditions du bail sont analogues pour le chemin de Vierzon, si ce n'est que la durée de la concession est portée à trente-cinq ans, et que le partage des bénéfices ne doit commencer qu'à la sixième année de l'exploitation. Un des derniers articles de la loi renferme une disposition qui confie l'exécution complète des deux chemins à l'État, au cas où, dans les deux mois de la promulgation de la loi, il ne se serait pas présenté de compagnie pour en accepter les charges. L'exploitation serait alors confiée, pour une durée de douze ans, à des compagnies fermières qui se borneraient à fournir le matériel.

Un acte de violence commis dans le port de Marseille par des marins anglais contre l'équipage d'un navire français, est venu y causer une émotion que n'aideraient malheureusement point à calmer, chez notre population des ports et à bord de nos vaisseaux, certaines paroles prononcées à la tribune anglaise, le ton de quelques feuilles de Londres et la situation faite à un de nos amiraux. Nous devons toutefois reconnaître que, dans la chambre des communes, le 1er mars, précisément au moment même où la cause de cet officier général se débattait dans notre parlement, l'amiral Napier et le capitaine Hous ont parlé de notre personnel maritime comme des hommes qui, se respectant eux-mêmes, savent respecter leurs rivaux.

Les nouvelles d'Espagne se suivent et se ressemblent. On est toujours au moment de s'emparer d'Alicante et de soumettre Carthagène, mais néanmoins les deux villes rebelles tiennent toujours. A Bilbao il y a eu, a-t-on dit, conspiration découverte, et par suite arrestations nombreuses. Des ecclésiastiques ont été incarcérés; on parle de tentatives, sur plusieurs points, d'anciens partisans de don Carlos qui voudraient aujourd'hui unir et proclamer Charles VI et Isabelle. La reine Christine poursuit en Espagne la série d'entrées royales, de réceptions, de revues et de défilés auxquels elle s'était déjà livrée en France. On songe à expédier dans le Maroc, sous le commandement du général Prim, toutes les troupes peu sûres, et à demander compte à l'empereur de quelques griefs plus ou moins sérieux.

--En Portugal, on ne se dit pas moins près d'en finir avec l'insurrection; mais jusqu'ici néanmoins on n'est pas parvenu à soumettra le comte de Boudin, et la seule vengeance qu'on ait pu tirer de lui a été de le destituer de son grade de maréchal de camp. On a de nouveau prorogé les cortès, dans l'espoir qu'à la fin de mars on pourrait se présenter devant elles avec quelques résultats obtenus, et être par conséquent en meilleure position pour se faire pardonner les moyens employés à les obtenir.

Les événements qui se passent à Montevideo deviennent de plus en plus graves. Les vexations et la cruauté de Rosas ont forcé presque tous les Français résidant à Buénos-Ayres de transporter leur domicile et leur industrie sur l'autre rive de la Plata. Montevideo en compte donc aujourd'hui 18,000 réunis. Presque tous ces Français sont Basques; ils sont catholiques, et par conséquent en position de se bien entendre avec une population d'origine espagnole. Montevideo semblait donc devoir devenir, dans un avenir très-prochain, une ville toute française. Pour protéger leurs propriétés et leur vie menacées par les attaques des troupes de Rosas contre la ville où ils s'étaient réfugiés, nos nationaux ont dû songer à s'armer. Un ordre du jour publié au nom du roi des Français par le vice-amiral Massieu, qui commande nos forces navales dans ces eaux, à la date du 17 décembre dernier, leur enjoint à quitter les armes immédiatement en raison de garanties qu'il vient d'obtenir de Rosas pour leur inviolabilité. Nos nationaux ne paraissent croire ni à l'inviolabilité qu'on leur fait espérer, ni à l'efficacité des garanties qu'on leur en donne, ni enfin à la parole et à la signature de Rosas, qui s'est montré ouvertement infidèle au traité qu'il avait signé avec l'amiral de Machan. Ils se montrent, et on le comprend, peu disposés à se laisser aller à la confiance qu'il leur est ordonné d'avoir. Cette situation commande toute l'attention et tout l'intérêt de notre gouvernement et des chambres.

On ne dit point encore quand pourra venir à la chambre des pairs la discussion de la loi sur l'instruction secondaire. En attendant, les prélats font des publications, et la cour d'assises vient de rendre un arrêt qui pourra servir à l'appréciation que la chambre du Luxembourg aura à faire du projet de M. Villemain.--L'Univers vient de nous faire connaître une adresse au roi signée de monseigneur l'archevêque de Paris, et de plusieurs évêques de la Province de Paris qui ne s'étaient pas encore engagés ostensiblement dans la lutte contre l'Université. Quant au jury de la Seine, il vient de déclarer coupable un écrit sur le même sujet de M. l'abbé Combalot. L'auteur a été condamné à quinze jours de prison et à 4,000 fr. d'amende.

On continue les travaux d'embellissement de Paris et de ses abords; mais le conseil municipal a été divisé par une proposition qui a paru étrange à un certain nombre de ses membres. On a demandé que la principale voie de la commune de Neuilly, celle qui va de l'arc de triomphe de l'Étoile au pont de Neuilly fût éclairée au gaz comme l'avenue des Champs-Elysées à laquelle elle fait suite, et cela aux frais du budget de la ville de Paris. Plusieurs conseillers municipaux ont cru ne pas bien entendre et ont demandé comment on comprenait que Paris dût s'imposer pour éclairer ses voisins. Malgré cette question, l'éclairage de l'avenue de Neuilly, aux frais de la ville de Paris, a été voté à une majorité de deux voix. M. le maire de cette commune, que ce premier vote a alléché, demande aujourd'hui que Paris lui éclaire également le chemin de la révolte. Au fait, M. le maire de Neuilly est logique.--M. le préfet de police, de son côté, poursuit les améliorations qui relèvent de la petite voirie. Il fait disparaître de nos boulevards intérieurs les rares perrons qui s'élevaient encore comme des monticules à la porte de quelques magasins et de quelque» cafés. Il fait combler le fossé qui se trouvait devant le café Anglais. Tout cela est fort bien: ces trottoirs déjà si larges deviendront ainsi plus vastes encore. Mais il serait plus pressant de prendre des mesures analogues pour faire disparaître les marches de magasins qui avaient sur des trottoirs très-étroits et occasionnent, le soir, de fréquents accidents. Pour notre part nous en avons vu arriver un rue de Choiseul, par suite de cette tolérance; et tout récemment un hussard s'est grièvement blessé à une porte de la rue Caumartin. Il est fort bon de travailler à rendre nos spacieux boulevards d'un aspect symétrique et irréprochable; mais rendre nos rues viables et sûres est certainement plus urgent encore.

Le cardinal de Richelieu avait donné à l'Académie française un règlement dont l'article premier portait: «Nul ne sera reçu à l'Académie qui ne soit agréable à Monseigneur.» Mais aujourd'hui il n'y a plus d'autre seigneurie que l'opinion publique; l'Institut ne peut le méconnaître. Nous aurions donc de la peine à croire au bruit répandu que, depuis le dernier scrutin, M. Sainte-Beuve aurait vu diminuer ses chances au profit d'une candidature qui n'a rien de littéraire. L'auteur des Messéniennes n'était entre à l'Académie que par l'ascendant de son talent et l'éclat de ses succès: c'est donc un littérateur qui doit lui succéder. Quant à la succession de Charles Nodier, M. Mérimée paraît appelé à la recueillir, et un semblable choix sera sanctionné par tout le monde.

L'Illustration a dit au commencement de ce numéro quels malheurs avait causés le débordement de la plupart de nos fleuves et de nos rivières. Cite avalanche de terre et de glace vient d'amener un désastre également épouvantable à Ferdrupt, près de Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin). Une maison a été engloutie par une masse qui s'est détachée de la montagne contre laquelle elle était adossée. Huit personnes qui se trouvaient réunies à table, le père, ses six enfants, et un domestique, et la mère, qui se trouvait dans la cuisine, ont été étouffées. La grand'mère, couchée à un étage supérieur, a été blessée et a succombé. Un septième enfant, qui venait de sortir, a seul échappé à la mort. Malgré les secours que les voisins ont immédiatement portés, personne n'a pu être sauvé; l'aînée des filles seule respirait encore et a pu proférer quelques paroles, puis elle a expiré.

M. Saubat, député de la Haute-Garonne, vient de mourir très-subitement à Paris, dans un âge peu avancé.--A Carolles (Saône-et-Loire) un homme instruit et estimé a fait attendre la mort plus longtemps pour lui payer sa dette. M. V. M. Ducercle, membre correspondant de plusieurs sociétés savantes, a été frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante à l'àge de cent quatorze ans. Il laisse plusieurs enfants, dont l'aîné, âgé de quatre-vingt-sept ans, n'a pas, disent les journaux du département, un seul cheveu blanc.

Intérieur de la Chambre des Députés.

TRIBUNES DES DEUX CHAMBRES.

Depuis quelque temps les séances de la chambre des députés ont surexcité la curiosité publique, et les billets d'entrée au palais Bourbon sont plus vivement recherchés encore que ceux des concerts du Conservatoire. C'est en effet une tout autre harmonie. Les questeurs, les députés, sont accablés de demandes de leurs amis parisiens et de leurs commettants provinciaux, et parmi tant de solliciteurs il y a peu d'élus, car les tribunes réservées aux billet» sont en petit nombre et assez resserrées. Les artistes de l'Illustration ont pensé que te serait rendre service aux curieux qui n'ont pu satisfaire leur curiosité et dépasser la salle d'attente, que de leur montrer en gravure ce qu'ils n'ont pu voir en réalité.

Ils ont cru superflu de reproduire la salle des Pas-Perdus, que tout le monde connaît, cette salle que traverse, entre deux haies de gardes nationaux et tambours battants, M. le président Sauzel, précédé des huissiers et suivi du bureau de la chambre, pour se rendre de l'hôtel de la présidence à ce fauteuil, qu'il remplit, mais qu'il n'occupe pas, disent les mauvais plaisants. La salle des Pas-Perdus est l'unique théâtre où brillent bon nombre de députés. Il y en a plus d'un qui est à peine arrivé à se faire connaître de ses collègues, et qui, pour acquérir au moins au-dehors la notoriété qu'il n'a pas pu obtenir, nous ne dirons pas à la tribune, mais même dans les bureaux, dans les couloirs de la Chambre, se donne le plaisir, chaque jour, de venir plusieurs fois dans cette salle extérieure faire crier à haute voix par un garçon de service: Qui a demandé M. ***?

Les artistes, un autre jour, vous montreront le salon du Roi, qu'Eugène Delacroix a illustré de si admirables peintures; vaste et beau travail, le plus beau peut-être de ce maître et le moins connu, précisément à cause de la place qu'il occupe.

Ils ont ajourné aussi la reproduction de la salle des Conférences, que M. Heim vient d'orner de compositions remarquables, bien conçues dans leur ensemble, bien exécutées dans leurs détails, pour laquelle également M. Moine a sculpté deux statues accroupies, d'un fini irréprochable sans doute, mais dont les formes prononcées, nues et éclatantes de blancheur, produisent un singulier effet et forment une bizarre saillie sur la vaste cheminée vert de mer, où elles sont assises.

Un autre jour peut-être, et quand Delacroix en aura terminé le plafond, ils vous montreront l'élégante bibliothèque de la chambre. Ils pourront vous faire voir aussi la Buvette, qui n'a ni la recherche ni les déjeuners à la fourchette de la Buvette de la chambre des pairs, mais qui est un local convenable, offrant aux ambitieux, aux incorruptibles, aux mécontents, aux optimistes, aux orateurs et aux muets des consommations, des petits pains, des sirops et de la limonade gazeuse. Le rhum y a pénétré et y a amené à sa suite un diplomate, un inspecteur des haras et un magistrat, pour lesquels les produits de Taurade paraissent avoir peu de charmes. Potier disait, dans le Bénéficiaire, que le vin de Bordeaux convient parfaitement aux chanteurs et même aux personnes qui ne chantent pas. Le rhum peut avoir la même vertu pour les orateurs; jusqu'ici l'expérience n'a été faite que sur ceux qui ne le sont pas.

Nos dessinateurs pourront aussi, avec le crayon, promener nos lecteurs dans ce long vestiaire où chaque armoire porte le nom de deux députés auxquels elle est consacrée. Bien peu d'entre nos représentants font servir ces armoires à leur véritable destination. Presque tous y amoncellent ces distributions quotidiennes d'imprimés que font les ministères aux membres des deux chambres, et qui passent intacts, non coupés, de l'armoire du vestiaire à la boutique de l'épicier.

Aujourd'hui l'Illustration se borne à faire voir la salle des séances. Mais, pour suivre l'ordre constitutionnel, nous commençons par reproduire la tribune du Luxembourg et l'aspect de son bureau, où préside M. le chancelier Pasquier.

Au palais Bourbon, où la foule est grande, où il faut arriver de bonne heure pour trouver place, en attendant que la séance s'ouvre, on cherche des distractions. La tribune des journalistes, non pas des sténographes qui viennent écrire les discours à la dictée, mais des rédacteurs en chef qui viennent pour apprécier l'effet de la séance, est un des spectacles qui attirent le plus l'attention avant le lever du rideau parlementaire. Le provincial demande qu'on lui montre dans cette tribune, qui est placée au second rang et à l'angle extrême de la gauche, le rédacteur en chef de la Gazette de France, et de la Nation, M. l'abbé de Genoude, assis, au grand étonnement du curieux, auprès des rédacteurs en chef des journaux ministériels.

Mais bientôt la séance est ouverte et la tribune est occupée, quelquefois par un orateur, le plus souvent par un député. Il tourne le dos au président, qui le domine pour le rappeler à l'ordre ou le protéger contre les interruptions, aux secrétaires de la chambre et aux secrétaires rédacteurs, qui sont placés ainsi au milieu et en face de l'assemblée pour prononcer sur les votes par assis et levé, et faire l'analyse des discours, qui doit entrer dans leur rédaction du procès-verbal de chaque jour.

La banquette inférieure de chacune des trois sections du centre, placées vis-à-vis de la tribune et du bureau, porte écrit en lettres de drap blanc, appliquées sur le casimir rouge qui recouvre tous les dossiers des banquettes: Banc des ministres. L'attention se porte particulièrement sur celui qu'occupent M. le maréchal Soult et M. Guizot, à côté desquels M. Villemain prend place. Une cause nouvelle d'étonnement pour le provincial, qui doit, en entrant à la chambre, se préparer à marcher de surprise en surprise, c'est de voir un des orateurs les plus redoutables pour les ministres, M. Berryer, occuper la place la plus rapprochée de leur banc, et donner quelquefois asile, à l'extrémité du sien, à son voisin M. le ministre de l'instruction publique. Toutefois, comme il arrive apparemment que l'illustre orateur ne se trouve pas toujours inspiré par le voisinage, et qu'il sent intérieurement que, pour ne pas vivre en trop mauvaise intelligence, il fera mieux de se livrer au culte des beaux arts qu'à la conversation, M. Berryer sculpte avec un canif le pupitre en bois qui est placé devant lui. Nous sommes assez heureux pour avoir été mis à même de reproduire ce travail auquel l'élu de Marseille va pouvoir venir mettre la dernière main.

Nous ne pouvions oublier un instrument qui joue un grand rôle dans les séances de la chambre. On a bien pour réclamer de l'assemblée du calme et de l'attention la voix des huissiers, assis et adossés à la base de la tribune, et criant: Silence, messieurs. Mais leur recommandation est parfois vaine et leur prière méconnue. C'est pour ces trop fréquentes occasions qu'a été inventée la sonnette du président. C'est un instrument assez lourd et fort assourdissant. M. Sauzel croit à coup sûr en bien jouer, car il en joue souvent, et au grand détriment du tympan de l'orateur qui est à la tribune et sous le coup par conséquent de cette détonation. Aussi, dans la séance si agitée de la discussion de l'adresse, où M. Guizot eut à faire tête à un si grand orage, se retournant vers le président qui sonnait comme un sourd, il lui dit: «Vous m'achevez, monsieur.» On peut dire que M. Sauzel s'écoute sonner, car il se livre parfois à cet exercice au milieu d'un calme parfait, comme cet huissier somnolent qui, se réveillant pendant que M. Royer-Colard prononçait à la tribune un discours religieusement écouté, s'écria, par habitude en entendant cette voix unique qui retentissait: Silence, messieurs.

Académie des Sciences.

COMPTE RENDU DES SECOND ET TROISIÈME TRIMESTRES DE 1843.

(Voir t. I, p. 217, 234, 258; t. II, p. 182, 198, 346 et 391.)

V.--Technologie, mécanique appliquée et arts économiques.

Machines à vapeur.--M. Combes, ingénieur en chef des mines, auquel on doit la première publication des dessins des célèbres machines à détente de Cornouailles, en 1834, a discuté de nouveau des observations relatives au mode suivant lequel la vapeur y agit, et il a déduit des faits observés par lui les conséquences suivantes: 1° dans la plupart des machines à vapeur, et probablement dans toutes, une partie de la vapeur admise dans le cylindre se liquéfie immédiatement par l'action refroidissante des parois du cylindre; il y a en outre de l'eau qui est entraînée à l'état liquide; 2º l'eau liquéfiée se vaporise de nouveau pendant, la détente de la vapeur, et cet effet se produit le mieux possible, quand les cylindres sont baignés par la vapeur de la chaudière, circulant dans une enveloppe, et que l'espace occupé par la vapeur, après la détente, est deux ou trois fois égal à son volume primitif; 3º dans les machines d'épuisement à simple effet de Cornouailles, convenablement disposées et chargées, le travail utile réalisé par kilogr. d'eau vaporisé dans les chaudières, est de 32 tonnes (poids de 1 000 kilogr.), élevées à 1 mètre de hauteur. Dans les machines de Boulton et Watt, le travail utile n'est guère que de 13 à 14 tonnes élevées à 1 mètre par la même quantité d'eau vaporisée; 4° aucune des formules proposées jusqu'ici pour le calcul de l'effet d'une machine à vapeur ne tient compte de la liquéfaction et de la vaporisation successives dans le cylindre.

Les causes des explosions des chaudières à vapeur sont encore enveloppées d'une obscurité qui ne sera probablement pas complètement dissipée de longtemps. Cependant la plus active dans ce genre d'explosion subite, que l'on appelle fulminante, paraît être le phénomène désigné aujourd'hui sons le nom de caléfaction, et qui consiste en ce que la vaporisation de l'eau sur une surface métallique chauffée au delà d'un certain degré, décroît rapidement au lieu d'augmenter. Tout le monde peut répéter une expérience curieuse à ce sujet. Ou prend une cuiller à café, on la chauffe fortement à la flamme d'une lampe ou d'une bougie, et on y projette quelques gouttes d'eau avec le doigt. Cette eau formera une grosse goutte arrondie qui ne se vaporisera que très-lentement. Si on retire la cuiller du feu, et qu'on la laisse un peu se refroidir, il arrivera un moment où l'eau se vaporisera tout à coup en faisant une petite explosion, quoique non renfermée.

M. Sorel, dans un mémoire où il a rappelé ce phénomène déjà connu, a indiqué comme les meilleurs moyens pour éviter la caléfaction, et par conséquent, les explosions fulminantes, l'emploi: 1° d'un métal fusible appliqué au fond du générateur; 2º de l'argile, ou mieux encore de l'alun, ou du borax dans la chaudière; 3° de bons appareils alimentaires pour que l'eau ne manque pas dans la chaudière, et d'appareils d'avertissement pour donner l'éveil lorsque le niveau y descend trop bas.

Travaux de sondage.--Pour donner une idée de l'importance de cette industrie, il suffira de rapporter les résultats que M. Degousée a communiqués à l'Académie. Du 1er octobre 1828 au 1er juillet 1843, cet ingénieur a exécuté 208 sondages formant un total de 17 266 mètres, ayant coûté la somme tolale de 1 123 745 fr., ce qui établit un moyen de 65 fr. 09 c. par mètre, dans lequel la fourniture des tuyaux de retenue et d'ascension entre pour 25 fr., ce qui réduit le prix moyen de forage à 40 fr. 9 c.