L'Illustration, No. 0054, 9 Mars 1844

Part 3

Chapter 33,415 wordsPublic domain

Certes, dans l'état où elles se trouvent aujourd'hui, il n'y a rien de majestueux ni de grand dans les carrières sous Paris, rien qui frappe les yeux ou l'imagination. Tout est bas et petit. On s'avance enfermé entre deux murs de moellons crépis, comme dans un corridor. On y trouve, il est vrai, de bons et beaux travaux de consolidation qu'entreprend chaque jour la prévoyance de l'administration municipale, et cela est fort rassurant, sans doute, mais fort peu curieux, et on suit rapidement le guide, sans avoir l'envie de s'arrêter ou de tourner la tête.

Il n'y a qu'aux endroits plus négligés, lorsque la prudence administrative, faute de temps ou d'argent, n'a pas encore masqué de ses travaux récents les anciennes excavations, lorsque les tas de pierres qui encaissent la voûte viennent à s'abaisser, alors s'offre à vous un coup d'oeil imposant et pittoresque; votre regard se prolonge au loin dans l'obscurité de la carrière, dont les piliers inégaux se détachent çà et là, à la lueur des flambeaux, comme des fantômes blancs sur un fond noir.

L'ombre et l'étendue qui se développent autour de vous, et dont vous ne pouvez distinguer les limites, donnent à la scène ce caractère de grandeur qui lui manquait jusque-là. Le peu d'élévation de la voûte semble accroître encore l'espace. Cette masse effraie, et fait baisser involontairement la tête. On dirait que le peu d'intervalle rend la chute plus à craindre, et on comprend mieux le danger parce qu'on le voit de plus près.

[Les Catacombes.--Place des Blancs-Manteaux et de Saint-Nicolas-des-Champs.]

En effet, bientôt après, se présente, dans la galerie dite du Port-Mahon, un spectacle qui le révèle tout entier. Là se trouvaient deux étages de carrières superposées. Le ciel de la carrière inférieure, trop faible, s'est écroulé tout à coup et l'a comblée de ses ruines.

Ce fontis a été causé par le poids d'un gros pilier isolé dans la carrière de Mont-Souris, au-dessus d'une très-grande excavation jusqu'alors ignorée, et qui reposait sur le banc de faux liais, ou banc de verre, selon le terme des carriers. Cette pierre n'a aucune solidité; elle a cédé sous le poids, et a entraîné toute la masse du pilier dans son éboulement. Cet amas confus de rochers brisés présente un aspect pittoresque.

La galerie du Port-Mahon, à laquelle nous sommes parvenus, doit son nom à un singulier ouvrage de patience. Un ouvrier nommé Décure, qui avait découvert cette carrière, y a sculpté dans la pierre un relief du Port-Mahon, où il avait été prisonnier de guerre. Ce relief, quoique défiguré, présente encore de l'intérêt, d'autant plus que l'on raconte que le laborieux ouvrier qui l'avait exécuté dans ses heures de loisir périt accablé sous un éboulement, au moment où il venait de le terminer.

Après le Port-Mahon et l'escalier que Décure avait taillé lui-même pour arriver à la carrière souterraine qui renferme son ouvrage, le guide montre encore, comme objet de curiosité, un puits géologique qui descend jusqu'aux bancs d'argile et de craie; l'emplacement de ancien aqueduc d'Arcueil, qui, ébranlé par les éboulements, fut reporté dans une autre direction; ensuite un pilier de pierre, qui, tout rongé par les eaux, offre un exemple de l'action des courants souterrains; un autre pilier entièrement revêtu de stalactites d'albâtre calcaire; et enfin, après ces objets plus ou moins curieux, nous arrivons au vestibule des Catacombes, vestibule étroit, d'un dessin assez mesquin, et sur lequel sont gravées deux inscriptions, l'une en latin, pour les érudits, sans doute, l'autre en français, pour les ignorants.

HAS ULTRA METAS REQUIESCUNT, BEATAM SPEM EXPECTANTES.

ARRÊTE! C'EST ICI L'EMPIRE DE LA MORT.

J'en suis fâché pour les ignorants, mais l'alexandrin français, qui est de Delille, je crois, me parait bien vide et bien emphatique, et son expression demi-païenne bien creuse et passablement déplacée auprès de la simplicité majestueuse, de la naïveté poétique, de la pensée sublime et chrétienne de l'inscription latine. Elle rappelle celle du grand réformateur, de Luther, s'écriant, non sans quelque amertume peut-être: Beati, quia quiescunt!--Heureux les morts, car ils reposent!--Les orages de la vie ne lui laissaient entrevoir de paix que dans la tombe.--L'inscription des Catacombes est empruntée, je crois, à la porte de l'ancien cimetière Saint-Sulpice. Son auteur est inconnu, et j'en suis fâché.--Si j'osais en hasarder une pâle traduction pour les dames qui m'accompagnent dans notre voyage, je dirais:

«Au delà de ces bornes funèbres, ils reposent, dans l'espoir et l'attente de la béatitude éternelle.»

Mais je suis bien loin d'avoir rendu dans toute leur élégante et simple précision, d'abord, le sens mystique de melas, qui rappelle à la fois les bornes du chemin et celles de la vie, ni surtout ce mot poétique de beatam spem, qui montre que le doute du chrétien mourant est encore une espérance, ni cette magnifique onomatopée expectantes, ce mot long et sonore rejeté à la fin, peignant si bien la longueur, et cependant la confiance calme de cette attente si désirée J'avoue que je trouve cette inscription sublime, et, dût-on m'accuser de pédantisme classique, je crois qu'il serait difficile de la refaire en français. Je crois aussi, sans amour-propre national, qu'il serait facile de mettre en regard quelque chose qui valut mieux que le vers de cet estimable Delille.

Avant d'aller plus loin, et de décrire la plus importante partie du séjour où nous entrons, nous commencerons par dire qu'on y trouve, dans une salle séparée, une collection minéralogique assez curieuse, comprenant tous les échantillons des bancs de pierre qui composent le sol souterrain depuis la superficie de la Tombe-Isoire jusqu'à la formation crayeuse; de plus, des coquilles fossiles, des bois, des végétaux transformés, etc.; ensuite une collection pathologique renfermant, dans une autre salle, les os difformes ou singuliers qu'on a trouvés dans les exhumations des cimetières. On y voit des tibias géants de trois pieds de haut, des mains colossales, des os déviés, contournés, tortus, criblés de toutes les façons, des ruptures, des fractures, des soudures, des ankyloses, des nécroses, des exostoses, etc. Étude curieuse, mais qui, sauf meilleur avis, ne me paraîtrait pas tout à fait conforme à la belle inscription du frontispice.

Après avoir terminé cette courte excursion scientifique, il est nécessaire de faire une courte digression historique sur l'origine et la fondation des Catacombes.

Le premier cimetière de Paris avait été placé hors de l'enceinte de la ville, entre le bourg de Saint-Germain-le-Neuf, le Beau-Bourg et le bourg l'Abbé, au carrefour des voies de Saint-Dénis et de Montmartre. Ce carrefour devint plus tard le marché des halles, et le cimetière enclos de murs par Philippe-Auguste devint le charnier des Innocents. Ce charnier, justement, célèbre, avait reçu dans son étroite enceinte environ 2,000,000 de cadavres qui, entassés et putréfiés les uns sur les autres avaient exhaussé le sol du cimetière de huit pieds au-dessus du sol des rues voisines, lorsque le cri de l'opinion publique, venant en aide aux représentations longtemps impuissantes de la philosophie et de la science, en fit ordonner la suppression par un arrêt du conseil d'État, en date du 9 mars 1785. L'archevêque de Paris n'y donna son consentement que l'année suivante, par mandement qui permit le transport des ossements dans les carrières de Montrouge. On se mit alors à l'oeuvre pour détruite ce foyer pestilentiel, et le dépôt des ossements aux Catacombes fut terminé en janvier 1788.

L'administration, encouragée par ce premier succès, résolut de poursuivre son oeuvre, en supprimant successivement tous les cimetières et charniers qui infectaient Paris. Ainsi les ossements du cimetière Saint-Eustache et ceux de Saint-Etienne-des-Grès furent transportés dans les carrières en mai 1787; ceux de Saint-Landry et de Saint-Julien en juin 1792; ceux de Sainte-Croix-de-la-Betonnerie et des Bernardins en 1793; ceux de Saint-André-des-Arts en 1794; de Saint-Jean-en-Grève, des Capucins-Saint-Honoré, des Blancs-Manteaux, du Petit-Saint-Antoine, de Saint-Nicolas-des-Champs, du Saint-Esprit-en-Grève et de Saint-Laurent en 1804; de l'île Saint-Louis en 1814, de Saint-Benoit en 1813, etc. Des inscriptions placées sur les parois des ossuaires aux Catacombes rappellent toutes ces dates.

C'est à ces transport! et à ces inhumations successives que l'ossuaire des Catacombes a dû sa formation. Les ossements y furent d'abord jetés en tas avec précipitation, et ils restèrent en cet état pendant la révolution. Ce fut sous le régime impérial qu'eurent lieu les dispositions et l'arrangement définitif. Ce travail fut commencé en 1810 et continué les années suivantes. Il était déjà presque achevé en 1812, et dans l'état où nous le voyons aujourd'hui.

Nous devons dès l'abord faire notre profession de foi. Sous le rapport du l'utilité, de la salubrité, de la convenance, il n'y a que des éloges à donner à ceux qui ont conçu le projet, et à ceux qui l'ont exécuté. Il y avait de grandes difficultés à vaincre, elles ont été surmontées. L'ordre le plus parfait, le plus convenable a été établi; on ne saurait trouver rien de mieux rangé, de plus salubre, de mieux entretenu. Mais si l'on oublie un moment ce point de vue de l'utilité pratique, si l'on espère y rencontrer des émotions profondes, dramatiques... je crois qu'on y trouvera une grande déception.

C'est là précisément ce qui nous est arrivé. Plein de nos souvenirs et de nos lectures, nous nous attendions à frémir à ressentir ce saisissement, involontaire d'un grand et sombre spectacle dont notre imagination avait fait à l'avance tous les apprêts... hélas!

Figurez-vous des galeries bien propres, bien alignées, bien blanches, qu'interrompent à des intervalles réguliers de petits piliers grecs ou romains d'une architecture régulière et froide. Entre ces piliers... que dirai-je? des ossements ou des bûchettes? Ce sont des ossements rangés comme des bûchettes dans un chantier, et à leur forme on s'y tromperait, car on ne voit que les extrémités uniformes des tibias ou des fémurs, droits, longs, minces et noircis, soigneusement superposés; en sorte qu'il faut, le savoir, ou bien qu'on vous le dise, pour deviner ce que c'est. Tout cela est aligné de manière qu'il n'y en a pas un seul qui dépasse l'autre. Au sommet règne un cordon bien rangé de crânes à peu près entiers, seule partie du corps humain que l'oeil puisse reconnaître dans ce chantier, et qui puisse par conséquent faire quelque impression. Mais encore cette impression est-elle bientôt affaiblie, écrasée, anéantie par cet apprêt, cette symétrie terrible qui vous poursuit partout dans ces malheureuses catacombes, qui semble prendre à tâche de tout affaiblir, de tout déguiser sous prétexte de décor. Il y a même deux ou trois endroits, entre autres la crypte dite de Saint-Laurent parce qu'on y a déposé les os tirés de ce cimetière, et la galerie dite des Obélisques, où les constructeurs ont cru bien faire sans doute en arrangeant ces ossements en forme de piédestaux d'une architecture grecque quelconque, dorique, je crois. Les moulures, exactement copiées sur l'antique, sont exécutées en tibias de belle dimension et bien conservés. Vous pouvez juger de l'effet d'une semblable architecture, parfaitement identique à celle des chantiers où les débardeurs facétieux figurent des étoiles et des soleils en bois flotté.--Cherchez donc ensuite, après avoir considéré de pareils amusements architectoniques, les sentiments religieux et la salutaire horreur qu'on attendait à l'aspect de cet immense ossuaire!

Ce qui frappe, ce qui impressionne dans la mort, c'est le squelette. Eh bien! vous en chercheriez vainement un seul aux Catacombes; rien n'est reconnaissable; et vous n'avez plus rien à voir dès que vous avez fait dix pas dans les galeries. C'est partout le même arrangement de fragments d'os alignés contre les parois, partout le même et monotone chantier. Quant aux décorations en pierre, elles n'ont pas une grande apparence. Le défaut de hauteur de la voûte devait nécessairement en réduire les proportions à une échelle insignifiante, et la bonne volonté des architectes est venue échouer contre cette malheureuse disposition du terrain. Le pilier du mémento, le sarcophage du lacrymatoire, l'autel des obélisques, la lampe sépulcrale, le tombeau de Gilbert, etc., présentent tous le même incurable défaut. Nous citerons encore la fontaine de la Samaritaine, espèce de puits alimenté par une source souterraine, et l'escalier de communication entre les hautes et basses catacombes, ainsi nommées parce quelles sont divisées entre deux étages différents de carrières.

En terminant ainsi l'itinéraire des Catacombes, nous devons dire un mot des inscriptions gravées sur les piliers. C'était, je le crois, une bonne idée; mais on pourrait peut-être en blâmer la profusion. Quant aux inscriptions en elles-mêmes, il y en a pour tous les goûts; elles sont prises partout: les unes dans les livres sacrés, les autres dans les profanes; les unes dans les anciens, les autres dans les modernes; les unes en latin, les autres en français, en italien, en grec, etc. Malheureusement la comparaison n'est avantageuse ni pour les modernes ni pour le français.

Nous ne citerons pas ici toutes ces inscriptions dont la seule reproduction ferait un volume plus considérable que cet article. Nous ferons seulement une observation générale qui frappe les moins prévenus: c'est l'immense supériorité des livres chrétiens et de la Bible, comme pensée et comme poésie, quand il s'agit de l'âme, de l'homme, de la mort et de la vie. L'antiquité peut à peine leur opposer quelques auteurs d'élite, Virgile, Caton, Lucrèce, Marc Aurèle et Cicéron. Quant aux modernes, c'est pitié; pitié surtout pour le français, presque uniquement représenté par le vers académiquement pâteux de l'abbé Delille. Nous en excepterions peut-être Malherbe et Gilbert, mais c'est petite chose auprès des pensées évangéliques ou des magnificences de la Bible. Le Dante seul et son terrible vers de l'espérance peut lutter contre l'énergie des prophètes. Mais, je le demande, fallait-il mettre sur la porte des Catacombes l'infernale inscription qu'il a gravée sur le portique de son Enfer?

C'est ici que se terminera notre voyage sous Paris. Peut-être un jour, en nous glissant dans quelque forage artésien miraculeux, pourrons-nous trouver à 1,500 pieds sons ferre, comme le Gulliver suédois, des mondes nouveaux et pittoresques. Mais, jusqu'à ce jour, le tube du puits de Grenelle est, trop étroit pour que nous puissions nous y glisser.

Un mot encore cependant, pour réparer un oubli incroyable. Dans un voyage aussi consciencieux, nous avons donné la géographie scientifique, historique et pittoresque du Paris souterrain, nous avons parlé de ses habitants, vivants et morts, et nous n'avons décrit ni le commerce ni la Flore des carrières! Grand Dieu! que diraient les économistes et les botanistes?--Eh bien! la Flore des carrières se compose... de champignons! C'est dans les excavations de Montrouge que de soigneux jardiniers cultivent en grand, et font éclore à l'aise ce précieux comestible.--Et c'est le seul produit commercial indigène que les habitants des Catacombes exportent sur les marchés de Paris.

Histoire de la Semaine.

La chambre des députés prouve bien, dans les lois qu'elle discute, qu'elle est fatiguée, mais néanmoins elle ne se repose pas. Nous suspendions, il y a huit jours, la mise sous presse de notre bulletin pour annoncer le résultat de la séance du vendredi, où elle avait fini par se prononcer, après deux journées orageuses, sur la proposition d'ordre du jour motivé de M. Ducos, à l'occasion des affaires d'O'Taïti. Le lendemain s'ouvrait la discussion sur les conclusions du rapport de M. Allard, relatif aux pétitions sur les fortifications de Paris. La commission, on le sait, proposait, par l'organe de son rapporteur, de passer à l'ordre du jour. Si les orateurs qui ont combattu ces conclusions se fussent placés sur le même terrain que la plupart des pétitionnaires, et fussent venus demander la destruction de tous les ouvrages de fortifications élevés autour de Paris, le débat n'eût pas été long et son issue un instant incertaine; mais aucun d'eux n'a voulu accepter la responsabilité d'un pareil système, et MM. Lherbette, de Tocqueville et de Lamartine se sont bornés à demander le renvoi à M. le ministre de la guerre des pétitions qui protestent contre les travaux entrepris et exécutés en dehors des prescriptions de la loi de 1841, et contre l'armement des forts et de l'enceinte. Dans ces termes, la réclamation devenait sérieuse, et la chambre, qui n'avait entendu que MM. Chabaud-Latour. Paixhaus et le ministre de la guerre, dont les discours répondaient plutôt aux pétitions les moins raisonnables qu'aux arguments des précédents orateurs, n'a pas voulu clore la discussion. Elle l'a ajournée à la séance du 9, à l'ordre du jour de laquelle se trouvait déjà la discussion sur la prise en considération de la proposition de M. Lombard de Leyval, sur le vote par division. C'est ce même samedi encore que viendra probablement aussi la vérification des pouvoirs de M. Charles Laffitte nommé à Louviers. Voilà bien des questions excitantes accumulées. Évidemment cet ordre du jour ne pourra être épuisé dans cette même séance.

La discussion de la loi des patentes a été reprise, et elle se poursuit dans un esprit de fiscalité que nous avons déjà signalé et qui, nous le croyons, n'assurera pas au trésor un surcroît de produits en rapport avec les justes plaintes auxquelles il donnera lieu, et que le mode de répartition, si on l'eût adopté, lui aurait épargnées. Du reste, les articles les plus importants, les dispositions les plus graves, passent presque inaperçus et comme si nos représentants qui les votent en ignoraient complètement la portée. Un député, cependant, se fait remarquer par ses efforts persévérants et par l'étude qu'il a faite du projet de loi et de ses inconvénients; mais M. Taillandier, seul sur la brèche, n'a pu, malgré les excellente considérations qu'il a fait valoir, empêcher l'introduction dans la loi du premier paragraphe de l'article 9, qui stipule que le droit proportionnel est établi sur la valeur locative, tant de la maison d'habitation que des magasins, boutiques, usines, etc., servant à l'exercice des professions imposées. La législation était demeurée fort obscure quant à la question de savoir si le droit proportionnel devait atteindre la maison d'habitation, jusqu'à la fin du 21 mars 1831, qui avait tranché cette question dans l'intérêt du fisc. D'excellentes raisons ont été données contre le maintien de cette disposition; on a fort bien fait observer qu'établir, dans tous les cas, le droit proportionnel sur la maison d'habitation, qui paie déjà l'impôt mobilier, c'est, contrairement au principe, imposer deux fois le même objet. Les patentés de Paris, dans une pétition que nous avons déjà mentionné, disaient fort judicieusement; «Soyez capitaliste oisif, habitez un palais, et vous n'aurez à payer que l'impôt mobilier; mais gardez-vous d'appliquer vos capitaux à un travail productif, car des lors il vous faudra payer, d'abord l'impôt mobilier comme citoyen, et ensuite le droit proportionnel comme commerçant.» Les objections, fort justes à nos yeux, n'ont pas prévalu, et le premier paragraphe de l'article 11 a été adopté par la majorité du très-petit nombre de députés, qui assistent à cette discussion.

Le projet de loi pour le complément de fonds secrets à accorder à M. le ministre de l'intérieur a été prescrit par lui, et renvoyé à l'examen préalable des bureaux. Sur neuf commissaires, l'opposition n'a pu faire passer qu'un seul de ses membres. M. Duchatel a annoncé que c'était à la fois un voie de nécessité et de confiance qu'il venait demander à la Chambre. Les questions de cabinet ne sont donc pas encore épuisées.

Les cinq députés légitimistes qui avaient donné leur démission par suite de la flétrissure prononcée dans l'adresse, ont tous été réélus par leurs commettants, au jugement desquels ils avaient appelé de la décision de la majorité de la Chambre.--On a dit que M. de Villele avait de grandes chances d'y être également envoyé par le collège de Villefranche (Haute-Garonne), qui a à pourvoir au remplacement de son député décédé; mais il parait qu'une grande partie des électeurs des oppositions ont adopté une autre candidature; c'est celle de M. le contre-amiral Dupetit-Thouars.

Les gouvernements des Deux-Siciles et de Belgique se mettent en mesure d'opérer une réduction dans l'intérêt de leur dette. Le roi de Naples a décrété le remboursement des obligations 5 pour cent. Ce remboursement sera effectué par tirage au sort deux fois l'an. Ceux qui, après le tirage, voudraient se soumettre à une réduction d'intérêt de 1 pour 100, sont garantis contre tout remboursement pendant dix ans. A Bruxelles, le ministre des finances a proposé une loi pour convertir en 4 1/2 l'emprunt 5 pour 100 de 1831. Ces modifications, dans le taux de l'intérêt de l'argent à l'extérieur ont paru à nos capitalistes et à nos joueurs pouvoir déterminer chez nous la réalisation d'une mesure analogue. On a colporté une pétition adressée au ministère pour l'engager à intervenir auprès du gouvernement belge afin d'empêcher qu'une mesure qu'on présente comme contraire aux intérêts français ne soit prise trop brusquement. D'un autre côté, on a annoncé le prochain dépôt sur le bureau de la Chambre des Députés, par un ancien ministre des finances, M. Gouin, d'une proposition tendant de nouveau à faire réduire ou rembourser la rente 5 pour 100 au choix des porteurs. Le cours de cette valeur s'en est vivement ressenti.