L'Illustration, No. 0053, 2 Mars 1844
Part 8
_Le Plan de La Rochelle_ a surtout un intérêt local; la Notice qui l'accompagne et qui est, dans des limites trop resserrées, l'histoire même de la ville, a un intérêt général d'autant plus grand, que le nom de La Rochelle est lié à des événements considérables de l'histoire de France. M. Guy fait une revue rapide de ces événements parmi lesquels figure en première ligne, par sa durée et son importance, la lutte que cette ville soutint dans l'intérêt de la reforme protestante de 1568 à 1628, époque de sa soumission au roi Louis XIII, après le siège mémorable dont la gloire, comme les cruautés qui l'accompagnèrent, reviennent au cardinal de Richelieu. Cette publication, faite avec beaucoup de luxe, a reçu les encouragements du conseil municipal de La Rochelle et des plus notables habitants de cette ville.
_Notice sur le monument érigé à Paris par souscription à la gloire de Molière_, suivie de pièces justificatives et de la liste générale des souscripteurs; publiée par la commission de souscription.--Paris. _Perrolin_, 1844. In-8º.
Il faut en vérité plus que du courage à la commission du monument du Molière pour venir encore affronter la critique. Combien l'oeuvre qu'elle a entreprise et menée à fin ne lui a-t-elle pas attiré de mordantes épigrammes et de méchancetés attiques! Quel succès a eu le malin farceur qui, le premier, a trouvé et dit que M. Regnier avait inventé Molière! Qu'il y a donc, dans une certaine presse, et surtout dans de certains feuilletons des loustics aimables et de satanés critiques! Si vous survivez aux traits de ces espiègles, vous avez la vie dure ou la peau bien cuirassée. M. Regnier fait semblant de n'être pas mort, et d'être applaudi tous les soirs; la commission fait semblant de vivre et d'avoir accompli la tâche qu'elle avait entreprise, et que tant d'autres avant elle avaient laissée inachevée; mais tout cela n'est qu'un jeu joué. Il n'y a de vivant que le feuilleton, né malin, et malin bien redoutable.
La commission, ou son ombre, a eu la bizarrerie de penser que tout ce qui s'est imprimé dans les journaux, à l'occasion de l'érection de la statue de Molière, ne devait pas l'empêcher de publier un recueil officiel des actes qui avaient précédé et marqué cette cérémonie. C'est encore un ridicule de sa part, car elle ne pouvait se flatter de trouver jamais d'aussi jolies choses que celles que ses critiques ont imprimées et lues eux-mêmes.
Est-ce elle qui aurait jamais trouvé, par exemple, qu'en 1673, Louis XIV, quoique vieilli, et tombé sous l'influence de madame de Maintenon, donna ordre qu'on conduisit les restes de l'auteur de Tartuffe au cimetière Saint-Joseph?» Cette pauvre commission aurait cru, comme beaucoup d'autres, qu'en 1673, Louis XIV, _quoique vieilli_, n'avait que trente-quatre ans, et que, _quoique tombé sous l'influence de madame de Maintenon_, il n'était encore que l'amant de madame de Montespan, avant de passer à mademoiselle de Fontanges, qui n'avait encore alors que douze ans. Mais le feuilleton a changé tout cela.
Est-ce elle qui aurait jamais songé à écrire la _Vie de Molière après sa mort_, ouvrage curieux, si nous en croyons son auteur qui nous l'annonce, et qui, pour nous donner un avant-goût du son exactitude historique, nous montre Boileau, Chapelle, Bernier et _Ménage_, vivant intimement entre eux et avec Molière, et suivant seuls son cercueil. La commission aurait à coup sûr pensé que si Ménage, le Vadius des _Femmes savantes_ le détracteur acharné du _Misanthrope_, avait suivi le convoi de Molière, ce n'eût été que pour chercher à précipiter Boileau dans la même fosse. Mais les revues ont change tout cela.
On a dit à la pauvre commission qu'au lieu de s'amuser à écrire, elle aurait dû s'exercer à mieux lire, et, s'apercevoir, avant que la statue fût découverte, que dans la nomenclature gravée des pièces de Molière, le praticien de M. Pradier avait mis deux _r_ à l'avare. Le critique a eu les yeux attirés sur la lettre coupable par le travail de l'ouvrier occupe à la faire disparaître le lendemain de l'inauguration. «Ce n'est cependant pas faute de lunettes,» a-t-il dit à la commission, avec plus de bon goût que d'exactitude. Les lunettes, il le sait bien, ne font pas toujours bien voir; et cela est si vrai que nous avons eu beau en mettre, nous n'avons pu trouver, dans la liste de souscription, le nom de tel auteur, connu, dit-on, au théâtre par des chefs-d'oeuvre, très-zélé, comme on le voit, pour la gloire de Molière, et qui, certainement, n'aura pas cru qu'il était injuste d'élever une statue à l'auteur du _Misanthrope_ avant de songer à lui. Le pays est excusable: il a suivi l'ordre chronologique.
Nous imiterons l'exemple général, et nous adresserons, nous ausi, notre reproche à la commission, ou du moins à son secrétaire: pourquoi, dans sa Notice, a-t-on imprimé le mot Tartuffe avec un seul _f!_ Nous savons bien que l'Académie, dont nous ignorons les raisons, l'orthographie ainsi; mais Molière ayant créé le mot, et lui en ayant toujours donné deux, il est naturel de penser que ses raisons valaient bien celles de l'Académie. Le besoin du vers a seul déterminé La Fontaine à écrire, dans sa fable du _Chat et le Renard_:
C'étaient deux vrais tartufs, deux archi-patelins.
Mais la poésie a des licences que ne comportent ni un dictionnaire ni une notice.
Le Roi et LL. AA. RR. madame la princesse Adelaide et madame la duchesse d'Orléans viennent de souscrire au _Dictionnaire historique et administratif des Rues et Monuments de Paris_, par MM. Félix et Louis, Lazare.
En publiant dans le dernier numéro de _l'Illustration_, un article sur le Vésuve, extrait du Voyage des docteurs Magendie et Constantin James, nous avons omis d'indiquer que cet article était dû à la plume de M. James, qui avait bien voulu nous faire cette obligeante communication.
Modes.
Le deuil répand, sur les représentations de l'Opéra et des Italiens, ordinairement si brillantes, une teinte sombre et triste. En cette circonstance, le jais noir, déjà fort à la mode, a repris une nouvelle faveur, et nous voyons les plus jolies têtes parées de résilles, de bandeaux, ou bien encore d'épingles en jais. Une toilette de deuil très-élégante, pour soirée ou spectacle, se compose d'une robe de crêpe couverte de deux hauts volants de dentelle posés à plat; un velours, large de deux doigts, doit se placer à la tête d'un dessous en pou de soie, et grande berthe de dentelle; attaches de corsage en jais, au nombre de trois ou cinq; et pour coiffure, une résille en jais.
Dans les bals à la Chaussée-d'Antin, nous retrouvons les costumes roses, blancs ou bleus; mais la mode de cette année adopte le blanc pour les robes légères à deux ou trois jupes, qui ne varient que par les différentes fleurs dont elles sont ornées.
Les robes de soie, telles que damas, pékins satinés ou brochés, sont plus diverses de couleurs et de formes, quoique la dentelle en soit toujours le principal ornement. Ainsi, au bal du Château, les robes couvertes de deux volants de dentelle étaient en majorité; d'autres avaient des barbes de dentelle arrangées comme on peut le voir sur le modèle qu'en donne _l'Illustration_.
Les robes de l'hiver vont bientôt paraître fanées: déjà on fait les corsages moins montant, afin de laisser voir la broderie qui orne les devants du fichu; le col, très-petit, est bordé d'une malines qui se continue sur le devant.
Les chapeaux de velours sont remplacés par les capotes de satin, et le cachemire, ce luxe aimé ou envié de toutes les femmes, remplace plus souvent le manteau de velours.
Le matin, une robe de pékin à raies de satin garnie de passementeries, une capote de satin blanc ornée de blondes, un cachemire noir, est un costume simple et de bon goût.
Le soir, pour concert ou théâtre: robe de velours ouverte des côtés sur un revers de satin pareil, sur lequel sont posés des noeuds de rubans diminuant de grosseur en montant vers la taille; petit bord orné de plumes. Pour bal: robe de tulle à deux jupes, la seconde relevée par une agrafe de trois marguerites variées de couleurs; couronne de marguerites; éventail ancien. Ou bien encore: robe à trois jupes en crêpe blanc, superposées et bordées de trois franges de jais blanc, de hauteurs différentes, la plus petite au jupon de dessus; corsage drapé; couronne de roses et de raisins.
Correspondance.
_A M. L. P., à Lyon_.--Votre lettre est envoyée au dessinateur.
_A M. H. B., à Ely (Angleterre)_.--Nous ne pouvons insérer votre lettre; mais nous profiterons de vos bons conseils.
_A M. Z., à Saint-Diè_.--La _Table des Matières_ ne peut être envoyée par la poste; vous devez la faire demander par le libraire de votre ville. Nous croyons en effet qu'il y a quelque chose à faire dans le sens de vos observations; nous y aviserons.
_A M. G., de V_.--Nous l'avons déjà dit: les goûts sont très-divers, et pourtant il faut tâcher de plaire à tout le monde.
_A M. L. D. C. à Rouen_.--Donnez-nous plus de détails. Cela dépend de la nature de l'affaire.
_A M. L. P., à Alger._--Nous avons profité de votre communication; nous acceptons vos offres.
_A M. M., à Paris_.--C'est elle ou vous; mais si ce n'est pas elle?
_A M., à la Rochelle_.--Nous avons reçu hier seulement votre envoi. Nous tâcherons de répondre à vos intentions.
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:
Un bâtiment marchand battu par un gros temps.
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