L'Illustration, No. 0052, 24 Février 1844

Part 2

Chapter 23,625 wordsPublic domain

Cette organisation puissante fut maintenue par la Restauration, qui ne consentit de dérogation à cette règle générale qu'en faveur des écoles secondaires ecclésiastiques ou petits séminaires. Dès 1802, les besoins du service religieux avaient fait créer par plusieurs évêques, avec des secours particuliers, quelques écoles préparatoires à l'enseignement des séminaires métropolitains ou diocésains, reconnus par un article du Concordat, et, plus tard, organisés par la loi du 14 mars 1804. Un décret du 9 avril 1809 mentionna pour la première fois ces écoles préparatoires. Un titre spécial du décret du 15 novembre 1811, les assimila tout à fait aux écoles ordinaires, leur interdisant de plus de s'établir autre part que dans les localités où se trouvait placé un collège communal ou un lycée, dont leurs élèves étaient tenus de suivre les cours. Un ordonnance royale du 5 octobre 1814 vint dispenser ces établissements de ces obligations et autorisa l'augmentation de leur nombre. Ces facilités amenèrent un état de choses auquel on crut devoir porter remède en 1828. L'exemption de toute obligation de grades quant aux maîtres, la dispense de toute rétribution envers l'État quant aux élevés, favorisaient les petits séminaires au détriment des collèges et des institutions universitaires, et mettant ces derniers établissements dans l'impossibilité de soutenir une lutte rendue trop inégale.

C'est alors que, sur la proposition de M. le comte Portalis, ministre de la justice, fut instituée, pour constater les faits et proposer les mesures à prendre, une commission composée de neuf membres, qui choisirent pour rapporteur M. de Quéleu, archevêque de Paris. Son travail remarquable constate que, outre le nombre des écoles secondaires ecclésiastiques porté à 126, 53 autres établissements s'étaient formés comme succursales ou écoles cléricales; que plusieurs étaient dirigées, non par des prêtres, mais par des membres de corporations religieuses non autorisées par les lois; qu'enfin le but de l'institution des petits séminaires était tout a fait dépassé. Il conclut à ce que nulle nouvelle école secondaire ecclésiastique ne fût établie sans une autorisation spéciale; à ce qu'on ne fît dans ces écoles que des études compatibles avec l'état ecclésiastique; que l'habit y fût pris par les élèves ayant deux ans d'études; qu'il leur fût interdit de recevoir des externes, et enfin à ce que tous les élèves qui auraient abandonné l'état ecclésiastique après leurs cours d'études, fussent tenus, pour obtenir le diplôme de bachelier ès-lettres, _de se soumettre de nouveau aux études et aux examens, selon les règlements de l'Université._

Les ordonnances du 16 juin 1828 ne furent que la mise en pratique et en vigueur de ces principes et de ces conclusions. Elles furent présentées à la signature de Charles X par M. Feutrier, évêque de Beauvais, ministre des affaires ecclésiastiques, à la suite d'un rapport au roi où ce prélat faisait ressortir la nécessité de conserver aux écoles ecclésiastiques un caractère tout spécial, de le maintenir par la condition relative, au baccalauréat, par l'obligation de porter le vêtement ecclésiastique; et où il établissait, par des calculs bien déduits, que le nombre de vingt mille élèves était largement suffisant pour répondre à tous les besoins à venir du culte, et devait être fixé comme une limite légale.

Ces ordonnances furent exécutées immédiatement; mais vint la révolution de 1830, qui, dans un des articles de sa Charte nouvelle, consacra le principe de la liberté de l'enseignement, et promit la présentation d'un projet de loi pour réglementer l'exercice de cette liberté En 1836, en 1841, deux projets furent portés aux Chambres; mais, à l'une comme à l'autre de ces époques, beaucoup de personnes voulurent voir dans la démarche ministérielle plutôt un acte conservatoire pour empêcher la prescription de la promesse de la Constitution que la pensée bien sérieuse de fixer immédiatement et définitivement la législation. On ne fit rien pour démentir ces suppositions, car ni l'un ni l'autre de ces projets n'arriva à la sanction royale, et il allèrent reposer dans les archives des Chambres. L'hésitation à résoudre une question difficile, à prononcer entre des prétentions aminées était explicable; mais ce qui devait être d'une évidence non moins grande, c'est qu'il ne pouvait être sans de nombreux inconvénients de prolonger la situation dans laquelle on se trouvait: car les lois dont la Charte de 1830 avait promis la révision d'après un principe qui n'était pas celui qui avait inspiré leur rédaction, ces lois avaient inévitablement, par cette promesse même, perdu de leur empire; les parties intéressées mettaient de l'empressement à s'y soustraire comme à une législation caduque, et l'administration incitait peut-être trop de faiblesse à faire exécuter leurs plus importantes prescriptions; car, enfin, bien que condamnées à une refonte, à ses yeux, elles devaient former encore le code de l'enseignement jusqu'à la promulgation d'un code nouveau. En législation, un interrègne c'est l'anarchie.

De cette situation prolongée il est résulté que, tandis que l'Université se bornait à élever quelques collèges communaux au titre de collège royal, il s'est formé à côté d'elle une sorte d'Université ecclésiastique, jouissant du privilège de ne pas payer le droit universitaire, auquel les élèves des collèges, internes et externes, sont tous tenus, et multipliant ses établissements grâce à cet avantage et à son activité. Il n'y a aujourd'hui, en France, que 46 collèges royaux et 312 collèges communaux, tandis que l'on compte 1,137 établissements particuliers et séminaires indépendants de l'Université. Les établissements de l'Université ne sont fréquentés que par 45,581 élèves, sur lesquels 25,000 sont externes, et soumis pour l'éducation morale à toute l'influence de la famille. Les établissements particuliers, au contraire, comptent 63,000 élèves.

On comprend que si la liberté de l'enseignement eût été réglementée en 1830, aussitôt que le principe fut proclamé, l'enseignement ecclésiastique, qui était à cette époque renfermé dans les limites tracées par les ordonnances de 1828, se fût montré de facile composition pour un état de choses qui serait venu rendre plus favorable sa situation. Mais quatorze années se sont passées depuis lors, quatorze aimées durant lesquelles la liberté promise par la Charte a été à peu près accordée dans le fait à cette nature d'établissements, et accordée par l'État, gardant pour les siens toute la charge dont il exemptait ses rivaux; le point de départ n'est plus le même, et les exigences ont changé comme lui.

Les prétentions aujourd'hui sont celles-ci:

Une partie du clergé, en demandant pour les établissements qu'il a fondés, et pour ceux qu'il serait maître de fonder encore, une complète liberté, semble vouloir se réserver une sorte de censure sur les établissements universitaires, en en retirant ou en y laissant à son gré les aumôniers.

Une autre partie se borne à réclamer la liberté, mais la liberté entière, c'est-à-dire le droit d'élever non-seulement les jeunes gens qui se destinent au culte, mais tous ceux qu'elle amènerait les parents à lui confier, et sans que ces jeunes gens, pour être reçus bacheliers ès-lettres, fussent tenus, comme le prescrivent les ordonnances de 1828, de se soumettre aux études et aux examens selon les règlements de l'Université.

L'opinion la plus générale demande au gouvernement de fixer les conditions auxquelles toute personne les remplissant pourra ouvrir un établissement d'éducation, mais de traiter chacun également, de n'accorder de privilège particulier et d'exemption de faveur à personne. De ce côté on est tout disposé à reconnaître l'action supérieure et la surveillance constante de l'État; on ne prétend point qu'elle ne doive s'exercer sur les maisons d'éducation que comme celle de la police s'exerce sur les lieux publics; on reconnaît qu'il est du droit, du devoir du gouvernement d'exiger des garanties particulières des établissements où se forment de jeunes citoyens, les intérêts de l'État et ceux des pères de famille ne sauraient, aux yeux des hommes éclairés et de bonne foi, être des intérêts opposés. On ne demande pas qu'on soumette les écoles ecclésiastiques à la rétribution universitaire, mais qu'on exempte toutes les institutions de cet impôt fort malentendu, fort lourd, et arbitrairement assis. On ne demande pas que les grades ne soient pas délivrés par l'État, et qu'il ne soit pas appelé à juger, par l'intervention de ses fonctionnaires, de la capacité de ceux qui se présentent pour les obtenir, mais que ce soit lui, désintéressé dans la question d'amour-propre, et non des hommes que leur situation de rivalité rend juges et parties, qui reconnaisse et proclame la capacité; en un mot, que le grand-maître de l'Université et le ministre de l'instruction publique soient deux fonctionnaires distincts, l'un dirigeant, sous les ordres de ce dernier, les établissements dont l'État aura pris le patronage spécial, et où il placera ses boursiers; l'autre surveillant et gouvernant tous les établissements, qu'ils dépendent de l'Université ou qu'ils soient dirigés par les hommes qui les auront ouverts à leur compte, après avoir rempli les formalités voulues et satisfait aux conditions imposées.

Voilà les exigences, les prétentions et les demandes en présence desquelles se trouve M. Villemain. Comment y a-t-il répondu, et quelle transaction a-t-il su trouver? C'est ce qui demandera de notre part ou de celle de l'historien de la Semaine un examen à part, et quelques développements nouveaux, quand le projet présenté arrivera à la discussion définitive, car nous ne sommes pas de ceux qui pensent que ce projet n'a été porté d'abord à Chambre des Pairs que pour qu'il ne revint pas, en temps utile, à la Chambre de Députés, et pour qu'une solution, difficile sans doute, se trouvât encore une fois différé. Mais, aujourd'hui, nous ne nous sommes proposé que d'exposer la question. Une autre fois nous examinerons de quelle façon on entreprend de la trancher.

Le Vésuve.

Nous empruntons à un ouvrage qui paraîtra prochainement quelques détails curieux sur le Vésuve. Quoique le sujet ait fourni la matière de beaucoup de volumes, chaque nouveau récit présente encore de l'intérêt, surtout quand il contient, comme les extraits suivants, les impressions et les expériences de deux savants tels que les docteurs Magendie et Constantin James, auxquels nous devons cette communication.

«Depuis le bas de la montagne jusqu'à l'Ermitage, les substances qui proviennent de la décomposition des cendres vomies par le cratère recouvrent la lave d'un terreau extrêmement fertile. C'est là qu'on récolte le fameux vin de Lacryma-Christi. Triste fécondité cependant que celle qui est achetée au prix d'incessantes alarmes!

«Il était une heure quand j'arrivai à l'Ermitage. Je m'attendais à rencontrer là quelqu'un de ces vénérables religieux qui inspirent à la fois l'admiration et le respect. Je fus bien désappointé. L'ermite du Vésuve est tout bonnement un cabaretier qui a pris à ferme l'Ermitage, et vend fort cher de très-mauvais vin. Il n'a d'un ermite que la robe de bure, le capuchon et un gros trousseau de clefs, auxquelles il manque des serrures à ouvrir.

«A partir de l'Ermitage, le chemin cesse bientôt d'être praticable pour nos montures. Nous nous trouvons au milieu d'une nature aride, désolée, morte, sans trace aucune de végétation. Le sol, bouleversé affreusement, est partout hérissé de masses volcaniques d'un gris plombé, miroitantes, jetées pêle-mêle les unes à côté des autres, et unies entre elles par un ciment de lave. Il nous faut marcher sur les aspérités des roches, et souvent sauter par-dessus de larges crevasses. A notre gauche est le cratère à demi écroulé de l'ancien volcan, aujourd'hui éteint et appelé _Monte di summa_, le même qui a enseveli Pompéi, Herculanum et Stabia (1). Sur la droite, l'épaisse coulée de lave de la dernière éruption, celle de 1839. En face de nous, le cône de cendre qui nous reste à gravir.

[Note 1: L'an 79 de notre ère. Parti du cap Visene pour aller étudier de plus près le phénomène de l'éruption, Pline fut étouffé à Herculanum sous les cendres vomies par le volcan. Voir l'admirable lettre de Pline le jeune à Tacite, dans laquelle il raconte la mort de son oncle, et les détails de la catastrophe.]

«Mon thermomètre indique 19 degrés. On aperçoit de distance en distance des fumaroles, et on commence à entendre les détonations du volcan.

«Notre marche devient de plus en plus pénible. La cendre superposée par couches molles et fines constitue un plancher mouvant qui s'affaisse sous les pas, et dans lequel on peut craindre à chaque instant de rester embourbé. Nous enfoncions quelquefois jusqu'au-dessus du genou. A mesure qu'on s'approche de la cime du cône, cette cendre s'échauffe et fume. J'ai vu le thermomètre, que j'y plongeais, s'élever jusqu'à 55 degrés.

«Enfin, nous voici au sommet du volcan, dont la hauteur totale est de 1,207 mètres. Il est trois heures. Mon oeil plonge dans le cratère. Quel imposant spectacle!

«Représentez-vous un large gouffre, profond de plus de cent pieds, irrégulièrement circulaire, d'où s'échappe un nuage de fumée suffocante et roussâtre. Enveloppé de ténèbres, il s'illumine par intervalle de jets de lumière, accompagnés d'explosions, qui sont immédiatement suivies d'une chute de pierres sur des surfaces retentissantes. On dirait souvent d'un bouquet d'artifices. Ainsi, au fond de l'abîme, l'éclair a brillé; une fusée s'élance, s'irradie à une certaine hauteur, retombe verticalement, et ruisselle en filons étincelants sur les facettes sonores d'une pyramide. La base de cette pyramide repose au milieu d'une nappe de feu semée de fissures en zigzag, qui reflètent inégalement la lueur de l'incendie. Cependant le sol que nous foulons est brûlant. Dans certains endroits, la chaleur est si forte qu'elle pénétré la chaussure, l'attaque, et oblige de changer de place fréquemment.

«Ce gouffre, ces vapeurs, l'horreur des ténèbres, ces conflagrations constituent un panorama dont aucune expression ne pourrait traduire la terrible harmonie. Aussi le premier sentiment que j'éprouvai fut-il un sentiment de stupeur mêlée de crainte. J'osais à peine circuler autour du cratère; je sentais la poussière crépiter sous mes pas, et il me fallait prendre garde aux inégalités du terrain.

«Le jour paraît. Il éclaire peu à peu l'intérieur du volcan; les objets se dessinent; les scènes de la nuit s'expliquent et diminuent le prestige.

«Le cratère a la forme d'un immense entonnoir, dont l'orifice évasé couronne la crête de la montagne, et se continue insensiblement avec les parois de l'infundibulum. Des parois aboutissent à un étroite enceinte, qu'elles circonscrivent.

Au centre est la bouche du cratère. Celle-ci n'occupe pas la partie la plus déclive de l'excavation, mais au contraire le sommet tronqué d'un cône qui se dresse comme une île au milieu de la lave, et dont la formation est facile à comprendre.

«Supposons une surface plane percée d'un trou. Des pierres sortent de ce trou par jets alternatifs et retombent les unes dans le trou, les autres autour. Ces dernières, s'entassant graduellement, finissent par figurer un cône ou pyramide, dont le conduit central se continue avec le trou d'émission. Vous diriez presque d'un tuyau de cheminée. Telle est, sur une plus grande échelle, la manière dont se forme et s'accroît la pyramide du volcan.

«En effet, le sommet de cette pyramide vomit des matières incandescentes. Des matières retombent les unes perpendiculairement dans la bombe du cratère, les autres sur son pourtour, d'autres enfin roulent jusqu'à la base ou bondissent, en se brisant sur les arêtes de la pyramide. A mesure qu'elles se refroidissent, elles passent par diverses nuances de coloration, dont on n'apprécie bien la teinte que pendant la nuit.

«Ces éruptions se succèdent toutes les huit ou dix secondes. Elles sont précédées d'un murmure profond, et la bouche du volcan paraît embrassée. Puis on entend une explosion pareille à un coup de pistolet, à un coup de canon ou même au roulement de la foudre. C'est la lave qui jaillit. La hauteur du jet dépasse rarement trente ou quarante pieds. Court moment de silence; puis un pétillement sec, à grains nombreux et gros, indique que la lave retombe en pluie sur la pyramide.

«La quantité et le volume des matières lancées ainsi par chaque éruption sont très-variables. Tantôt il n'y a que quelques scories de la grosseur du poing; d'autres fois, des fragments de roches fondues en nombre considérable.

«Je ne suis encore qu'à la moitié de mes explorations. Il s'agit maintenant de descendre dans le cratère.

«Il n'y a pas de chemin tracé. Les parois du cratère me rappelaient assez ces grandes falaises qui bordent le rivage de certaines côtes, excepte qu'au lieu d'être taillées à pic, elles représentent un plan incliné dont la surface est inégalement onduleuse. La pente est trop rapide pour qu'on puisse, suivre une ligne directe. Je marchais donc en biaisant, tantôt à droite, tantôt à gauche, revenant souvent sur mes pas, en un mot obéissant à tous les caprices du terrain. Le guide allait devant moi, sondant avec son bâton les endroits suspects. On ne peut pas se traîner sur les genoux, ni se cramponner avec les mains, car le sol n'est formé que de cendres et de roches brûlantes. Des roches sont de nature sulfureuse. Elles offrent, suivant leur degré plus ou moins avancé de combustion, toutes les nuances possibles de couleur, depuis le jaune safrané jusqu'au jaune paille.

«On rencontre à chaque pas des fumaroles. Ce sont autant de bouches de vapeur dont les émanations, semblables à celles du soufre qui brûle, provoquent la toux et oppressent. La température de ces fumaroles est d'environ 60 degrés. Quand on plonge le thermomètre dans les points d'où la fumée s'échappe, le mercure monte rapidement jusqu'à 90 et 95 degrés. Il faut retirer l'instrument, de peur que le tube n'éclate.

«J'arrive ainsi non sans peine, jusqu'au fond du cratère. Il est six heures. Nous avions mis près de quarante minutes à descendre.

«Pour bien comprendre l'endroit où je pose actuellement le pied, qu'on se figure un cirque, et au milieu de l'arène une pyramide. Il règne un espace libre entre la base de la pyramide et les premiers gradins du cirque. Or, c'est dans cet espace que me voici parvenu. La cheminée, du cratère représente la pyramide de l'arène, et le pourtour des parois les gradins du cirque.

«La largeur de cet espace est d'environ trois mètres. Son plancher, qu'on me pardonne l'expression, est uni et légèrement granuleux comme l'asphalte d'un trottoir. Et, en effet, ce n'est autre chose qu'une couche de lave refroidie. Cette lave a la solidité de la dalle. Frappez-la avec le talon de la chaussure ou l'extrémité ferrée d'un bâton, vous ne réussirez pas à l'entamer.

«Peut-on circuler autour de la cheminée du cratère? Oui, mais seulement dans un tiers de sa circonférence, car dans les deux autres tiers la lave est en pleine ébullition.

«Maintenant que nous nous sommes occupés de ce qui est à nos pieds, levons les yeux vers la pyramide du cratère (2).

[Note 2: Il y a quelques années un Français gravit cette pyramide, et se précipita volontairement dans la bouche du cratère. Il fut rejeté quelques instants après entièrement calciné.]

«Cette pyramide ressemble à un énorme tas de coke, seulement sa couleur est d'un gris plus foncé. Ce n'est pourtant pas tout à fait celle du charbon de terre, ni surtout son reflet luisant. Les détritus volcaniques qui la composent sont entassés grossièrement les uns au-dessus des autres, de manière à laisser des creux où l'air pénètre. C'est à cette disposition que la pyramide doit sa sonorité, alors que les matières lancées par le cratère pleuvait à sa surface.

«Des matières arrivaient quelquefois en roulant jusqu'à nous. On les évite aisément; car, arrêtées en chemin à tout instant par leur viscosité, elles laissent derrière elles une traînée de feu qui en diminue et ralentis la masse. Jamais elles ne sont venues d'emblée de notre côté. Pour franchir d'un seul bond la pyramide, il eût fallu qu'elles décrivissent dans l'air une parabole, que leur projection verticale rendait impossible.

«La lave lancée par le volcan est plus liquide et a une température plus élevée que celle qui baigne la base de la pyramide. En voici la preuve.

«Je m'étais amusé à détacher du fond des crevasses des fragments de lave liquéfiée dans lesquels j'enfonçais avec mon bâton de petites pièces en argent. Je rapprochais ensuite l'orifice du trajet, de manière à n'y laisser qu'un simple pertuis. La lave, en se refroidissant, acquérait bientôt la dureté de la pierre. Quant à la pièce, elle restait emprisonnée sans pouvoir ressortir, puisque son diamètre se trouvait devenu plus large que celui du trou qui lui avait livré passage.

«Je veux répéter la même expérience sur un morceau de lave que venait de lancer le cratère. La pièce y pénètre par son propre poids, mais à l'instant même elle fond, brûle et disparaît. Il me fallut, pour prévenir la fusion du métal, laisser s'écouler près d'une demi-minute avant d'introduire d'autres pièces dans la lave.

«Ces deux laves, quand elles sont refroidies, ont la même teinte, la même consistance, le même poids. J'en ai rapporté plusieurs échantillons, que j'ai fait examiner par des personnes très-compétentes. On leur a trouvé une composition parfaitement identique. Elles sont en très-grande partie formées par du granit fondu, ce qui explique pourquoi leur pesanteur est si considérable.

«Chaque éruption du volcan faisait vibrer notre plancher, de lave. Au moment des plus fortes détonations, je sentais des oscillations véritables. Ces phénomènes étaient produits par l'ébranlement de l'air et la conductivité du sol.

«Il me sembla aussi plusieurs fois, même en l'absence de l'éruption, entendre une suite de mugissement souterrain. Ayant recouvert de mon mouchoir un endroit refroidi de la lave, j'y appliquai l'oreille. D'abord, il me fut impossible de rien distinguer. J'étais comme assourdi par le frétillement des couches voisines en ébullition. Mais bientôt, concentrant toute mon attention, j'entendis par intervalle, dans la profondeur du volcan, une sorte de clapotement humide, de gargouillement tumultueux, qui indiquait des déplacements de gaz et de matières liquides.»

Algérie.--Escadron de Dromadaires.

L'excessive mobilité des tribus arabes et la rapidité avec laquelle leurs cavaliers franchissent de grandes distances ont été jusqu'ici de sérieux obstacles à l'affermissement de notre domination en Algérie. Comment, en effet, triompher d'un ennemi presque insaisissable, et imposer une obéissance durable à des populations fugitives? Dès 1843, cependant, on avait eu recours, pour les atteindre, à lui expédient couronné de succès. Un corps expéditionnaire fut organisé sous les ordres du colonel Jusuf, et composé de quelques escadrons de spahis avec environ deux mille fantassins montés sur des mulets. Ce corps se mit à la poursuite des tribus réfugiées dans le petit Désert, où elles se croyaient à l'abri de nos coups. Il ne tarda pas à les rejoindre, et les força à rentrer dans le Tell, pour y rester soumises à l'autorité de la France.