L'Illustration, No. 0044, 30 Décembre 1843

Part 4

Chapter 43,548 wordsPublic domain

reste immobile et garde un silence religieux. Une fenêtre de la maison du prorector s'est ouverte, et ce digne personnage apparaît aux regards charmés des étudiants Il tient un verre à la main, et quand il a suffisamment remercié ses élèves de leur visite et de leurs souhaits il vide son verre en leur souhaitant à tous une bonne année, et il le jette à terre, car ce serait commettre une profanation que de boire une autre fois dans un verre qui a servi à un si noble usage. A peine le sacrifice est-il accompli, que de nouveaux vivat retentissent; le prorector ferme sa fenêtre, et les étudiants vont rendre les mêmes hommages aux plus populaires de leurs professeurs.

A l'intérieur des maisons, chaque famille se divertit à sa manière: les uns boivent, les autres mangent; ceux-ci dansent, valsent ou chantent; ceux-là jouent des charades; partout on s'amuse. Cependant minuit approche; l'aiguille de la pendule se dirige avec la même vitesse; dans le palais et dans la chaumière, vers l'heure fatale. Nobles, bourgeois et paysans, muets et immobiles, tiennent leurs regards fixés sur l'horloge ou sur la montre qui leur marque la marche rapide du temps.... Au même instant un seul cri s'échappe de plusieurs millions de bouches: _Prosst neu jahr_(vienne le nouvel an). Heureux celui qui, dans sa famille, a prononcé le premier ces paroles sacramentelles... que tout le monde répétera le lendemain matin en s'abordant.

Des que le dernier écho de _prosst neu jahr_ a cessé de su faire entendre, «un domestique apporte du vin ou du punch, nous apprend le respectable M. Howitt, dans sa _Domestic and rural life in Germany_, avec les souhaits que les parents et les amis se sont faits pour le nouvel an. En général, ces souhaits sont écrits en vers sur une belle feuille de papier surchargée d'ornements dorés. Tous les assistants, choquant leurs verres, se souhaitent mutuellement une bonne année; puis le maître de la maison ouvre et lit les souhaits écrits; la plupart ne sont pas signés, et causent des explosions d'hilarité; car les auteurs de ces épîtres anonymes reprochent souvent leurs ridicules à leurs parents et à leurs amis, en leur donnant le conseil de s'en corriger.

«Quand le dernier souhait a été lu, ou joue, dans la plupart des familles, à un jeu très-ancien, qu'on appelle le jeu de farine, de l'eau et des clefs: trois assiettes sont rangées sur une table ronde placée au milieu d'une chambre: dans la première, on met de la farine; dans la seconde, de l'eau; dans la troisième, un trousseau de clefs; alors tous les célibataires des deux sexes vont tour à tour, les yeux recouverts d'un épais bandeau, prendre sur la table une de ces trois assiettes que les assistants changent sans cesse de place, heureux celui dont la main se pose sur le trousseau de clef! il épousera la personne qu'il aime; celui ou celle qui blanchit ses doigts dans la farine se mariera avec une veuve ou avec un veuf; mais malheur à l'infortuné qu'un sort jaloux conduit tout droit sur l'assiette pleine d'eau! il est sûr de mourir célibataire. Cette espèce de loterie terminée, les danses et les jeux recommencent.

Du salon de la petite bourgeoisie de l'Allemagne, passons sans transition à la cour du plus puissant souverain de l'Europe, de l'empereur de Russie; car nous y assisterons à une cérémonie caractéristique dont un témoin oculaire nous a rapporté un charmant dessin. Deux fois chaque année, le 1er-15 janvier et le jour de la fête de l'impératrice, l'empereur de Russie ouvre son palais à ceux de ses sujets qui ont obtenu d'avance des billets d'admission. Des soldats, des marchands, des laboureurs, s'y montrent dans leur costume national aux côtés des courtisans. Les invités qui portent le frac sont tenus d'avoir un petit manteau de soie noire appelé _vénitien_.

«Les salles du palais, a dit un voyageur moderne, remplies de monde, sont un océan de têtes à cheveux gras, toutes dominées par la noble tête de l'empereur, de qui la taille, la voix et la volonté planent sur son peuple. Ce prince paraît digne et capable de subjuguer les esprits comme il surpasse les corps; une sorte de prestige me semble attaché à sa personne; au palais de Saint-Pétersbourg comme à la parade, comme à la guerre, comme dans tout l'empire, comme toujours on voit en lui l'homme qui règne.

«Les personnes de la cour, le corps diplomatique, les étrangers invités et les gens du peuple admis à la fête, sont introduits pêle-mêle dans les grand appartements; vous attendez là pendant assez longtemps, pressé par la foule, l'apparition de l'empereur et de la famille impériale. Dès que le maître, ce soleil du palais, commence à poindre, l'espace s'ouvre devant lui; suivi du son noble cortège, il traverse librement et sans même être effleuré par la foule, des salles où l'instant d'auparavant on n'aurait pas cru pouvoir laisser pénétrer une seule personne de plus. Aussitôt que Sa Majesté a disparu, le flot des paysans se referme derrière elle; c'est l'effet du sillage après le passage d'un vaisseau.

«La noble figure de Nicolas, dont la tête domine toutes les têtes, imprime le respect à cette mer agitée; c'est le Neptune de Virgile; on ne saurait être plus empereur qu'il ne l'est. Il danse pendant deux ou trois heures de suite des polonaises avec des dames de sa famille et de sa cour. Cette danse était autrefois une marche cadencée et cérémonieuse; aujourd'hui c'est tout bonnement une promenade au son des instruments. L'empereur et son cortège serpentent d'une manière surprenante au milieu de la foule, qui, sans prévoir la direction qu'il va prendre, se sépare cependant toujours à temps pour ne pas gêner la marche du souverain.»

Singulier contraste! le souverain le plus absolu de l'Europe, le czar de toutes les Russies, reçoit le peuple dans son palais le 1er jour de l'année; et le souverain le moins puissant, politiquement parlant, la reine d'Angleterre, n'admet que la plus haute et la plus fière aristocratie de ses trois royaumes à lui présenter ses respectueux hommages le jour du Noël. Nos deux dessins, placés en regard l'un de l'autre, feront faire encore un autre rapprochement non moins bizarre. A Saint-Pétersbourg, l'empereur présente l'impératrice comme son égale, ils marchent sur le même rang, en se tenant par la main; à Londres, la reine a seule le droit de s'asseoir; son _mari_ est obligé de se tenir debout comme spectateur derrière son trône.

Le 1er janvier, a lieu, à Saint-Pétersbourg, une cérémonie dont nous dormons aussi la représentation fidèle: nous voulons parler de la bénédiction des eaux de la Newa. Une chapelle en bois est construite tout exprès chaque année près du palais impérial, sur le bord du fleuve; en face, de l'autre côté, s'élèvent les remparts du granit de la forteresse, dominés par l'église de Saint-Pierre et de Saint-Paul. A l'heure fixée, l'empereur, suivi du son état major, se rend à cheval a cette chapelle; puis, mettant pied à terre, il monte à la place qu'il doit occuper, près des étendards de la garde. Aussitôt arrivent en procession l'archimandrite et le clergé métropolitain; on bénit en même temps les eaux de la Newa, les armes et les drapeaux de la garnison du Saint-Pétersbourg, qui assiste tout entière à cette cérémonie. Au moment de la bénédiction, des saints sont échangés entre la forteresse et l'artillerie de la garde, rangée sur les glaces.

Pourquoi bénit-on la Newa? Est-ce pour qu'à la fonte des glaces prochaines, elle ne cause pas trop de dégâts dans cette ville artificielle, que ses débordements menacent sans cesse d'une ruine complète? Nous l'ignorons. Ce qui est positif, c'est que la débâcle passée, le fleuve libre, des coups de canon annoncent cet heureux événement à tous les habitants de la ville. «Aussitôt, raconte M. Kold, quelle que soit l'heure du jour, ou de la nuit, le commandant de la forteresse, en grand uniforme, et accompagné par tout son état-major, se rend au; palais dans une gondole richement décorée, porteur d'un magnifique verre de cristal rempli de l'eau de la Newa, qu'il va offrir au czar au nom du printemps et du dieu du fleuve: admis en la présence de son souverain, il lui annonce que l'hiver vient de finir, et que la Newa est rendue à la navigation; désignant ensuite de la main la gondole amarrée au quai,--le premier cygne flottant sur les eaux,--il présente à l'empereur le verre de cristal rempli d'eau de la Newa, et Sa Majesté lu vide immédiatement à la santé et à la prospérité de sa capitale. C'est le verre d'eau le plus cher qui se boive sur toute la surface du globe; car, selon un ancien usage, l'empereur le rend plein d'or à celui qui le lui a offert plein d'eau. Autrefois, ou le remplissait jusqu'aux bords du pièces de ce précieux métal; mais chaque année les verres augmentaient de volume; l'empereur, voyant qu'il avait toujours une plus grande quantité d'eau à avaler et une plus forte somme à payer, déclara qu'à l'avenir il ne donnerait que 200 ducats,--prix impérial, après tout, pour un verre d'eau.

Que pourrai-je vous apprendre, ô mes très-chers lecteurs et lectrices, des us, coutumes et cérémonies du premier jour de l'an en France. Ne les connaissez-vous pas tous et toutes aussi bien que moi?... Lundi encore vous jouerez un rôle plus ou moins agréable dans leur dix-huit cent quarante-quatrième représentation depuis l'ère chrétienne; mais mon confrère le _Courrier de Paris_ s'est chargé de vous raconter un peu plus loin les _petits bonheurs_ et les _petites misères_ du jour de l'an. Je m'arrête donc... Permettez-moi, toutefois, de vous donner un conseil utile: méfiez-vous des baisers du Jour de l'An, en particulier, comme de tous les baisers en général. Ce langage universel que les muets parlent et que les sourds entendent, personne,--hélas!--ne peut se vanter d'en comprendre le véritable sens.--Il dit toujours plus ou moins qu'il ne semble dire.--Ne le jugez pas surtout d'après l'apparence.--Essaye de distinguer ici ses nombreuses espèces ou variétés, ce serait vouloir faire l'histoire du coeur humain depuis lu naissance du premier homme jusqu'à la Saint-Sylvestre de l'année qui va mourir. Quelle touchante, mais quelle triste, quelle lamentable, quelle longue histoire! Nous n'entreprendrons pas une pareille tâche; à peine même si nous tenterons de vous révéler pourquoi les douze baisers de Judas que notre grand artiste, Grandville, a dessinés tout exprès pour _l'Illustration_, sont indignes de votre confiance.

Commençons par la droite. Ce baiser qu'une jeune fille et son frère laissent prendre ou donnent à leur grand-père sur leur front, ce sont, en réalité, Polichinelle ou la poupée qui le reçoivent.--Pourquoi cette femme embrasse-t-elle son mari avec tant d'effusion? Pourquoi serre-t-elle sa tête contre sa poitrine? Mais ne voyez-vous pas ses regards avides qui cherchent dans l'espace le cachemire ou les bijoux que son trop joyeux époux lui apporte?--Et ce grand barbu, qui approche ses lèvres des joues paternelle, est-ce par affection? non, certes; c'est un à-compte qu'il paye à ses créanciers.--Si ce neveu consent à becqueter, non-seulement sa vieille tante, mais son perroquet, un jour à venir, soyez en sûr, il héritera d'une fortune considérable.--Croyez-vous que ces trois baisers superposés soient plus sincères? Pour moi, j'en doute: cette chatte et ce chien se battront demain comme hier; ce jeune collégien donne à sa maman un oeuf pour avoir un boeuf; ces deux amies continueront à se détester et à médire l'une de l'autre. Mais que vois-je? Jean-Jean, mon ami, vous avez attendu longtemps cette occasion désirée? Si vous le pouviez, petit scélérat, vous seriez capable d'en abuser; nous avons les yeux sur vous, et vous vous modérerez. Au-dessous de ces deux vieux amis qui songent au temps passé et aux baisers d'autrefois, et qui regrettent

Leurs bras si dodus. Leurs jambes bien faites Et leurs jours perdus...

deux jeunes femmes--sexe perfide--accordent une légère faveur à deux hommes vieux et laids, mais qui sont riches... Heureusement, mes chers lecteurs et vous mes chères lectrices, il y a encore sur cette terre des âmes pures, des coeurs tendres et des baisers sincères: c'est ce que je vous souhaite, quant à moi, pour l'année 1844.

Le Jour de l'An en Chine.

Hors de l'Europe, nous ne ferons qu'une excursion, mais elle sera assez curieuse pour tenir lieu de plusieurs autres. Nous irons tout simplement en Chine. N'ayant pas eu le bonheur de visiter en personne le Céleste Empire, nous nous voyons forcé d'emprunter les renseignements suivants à Davis (1) et à Dobel (2).

[Note 1: _La Chine_, par Davis traduit de l'anglais par Pichard. Paris, Paulin, 2 vol in-8, 7 fr.]

[Note 2: _Sept années en Chine_, nouvelles observations sur cet empire, par Pierre Dobel; traduit du russe par le prince Emmanuel Galitzin. Amyot. I vol. in-8, 7 fr. 50 c.]

«C'est sur la lune que s'évalue l'année chinoise, dit Dobel; aussi en résulte-t-il que, bien que cette année soit de douze mois, le compte des jours ne donne jamais ce résultat exact; ce qui oblige les Chinois à combler le déficit en ajoutant à la fin de l'année un certain nombre de fêtes, et en comptant un treizième mois dans les années qui suivent chaque période de dix-neuf ans.

«A peine approche-t-on de la fin du l'année, que tous, pauvres comme riches, abandonnent leurs affaires pour ne plus songer qu'à fréquenter les temples, les spectacles et à faire bonne chère. Il est censé que toutes les affaires pendantes doivent être réglées de concert, et à la satisfaction des parties, la veille du nouvel an. A cette époque, le pouvoir des mandarins rôle suspendu durant quelques jours, ce qui produit parfois des désordres, à cause de la faculté qu'ont alors les particuliers de régler leurs comptes et leurs affaires conformément à d'anciennes coutumes.

«Il n'y a peut-être pas de peuple au monde qui ait moins de fêtes que les Chinois, nous apprend à son tour M. Davis; la principale et presque la seule époque de réjouissance universelle est le nouvel an. C'est alors, on peut le dire, que tout l'empire est _hors de lui_ ou peu s'en faut. A l'approche de la nouvelle lune, lorsque le soleil atteint le quinzième degré du Verseau (le commencement de l'année civile des Chinois), toutes les administrations sont fermées dix jours à l'avance, et les mandarins serrent leurs sceaux jusqu'au vingtième jour de la première lune. Le soir du dernier jour de l'année qui s'achève, tout le monde veille jusqu'à minuit. A cette heure commence un interminable vacarme de pétards, de fusées et de feux de joie; la consommation des pièces d'artifices est si prodigieuse, que l'air devient charge de nitre. Depuis minuit jusqu'à l'aurore, chaque habitant exécute les rites sacrés ou prépare sa maison pour la solennité du premier jour du nouvel an. Dès le matin, une foule immense assiège les temples.

«Soun Nin, ajoute M. Dobel, est le nom des solennités du Jour de l'An: on les fête aux quatre coins de la ville, dans quatre temples. A l'approche du jour de fête de chacun de ces temples, on construit dans leur voisinage de grands théâtres en bambous, sur lesquels sont ensuite représentées des pièces en l'honneur de la divinité du temple.--Chaque maison se fournit alors de lanternes neuves; on colle du papier rouge à sa porte ou à celui de ses angles où sont placés les pénates; l'ameublement est renouvelé, et la famille se pare de ses plus beaux habits.

«Cette dernière coutume est obligatoire; car un Chinois se croirait voué à la pauvreté pour toute l'année, s'il n'avait été bien vêtu le Jour de l'An; aussi emploie-t-il tous les moyens en son pouvoir pour observer cette coutume, au point de dérober parfois les habits qu'il ne serait pas en état du s'acheter.

«Les fêtes du nouvel an doivent durer dix jours d'après la loi, mais souvent on les prolonge du double.

«La première, journée se nomme Kay-Yat (_le jour des oiseaux_). Cette fête est destinée à rappeler que les volatiles sont une des nourritures de l'homme; on s'abstient de viande durant ce jour, et les rigoristes observent même un jeûne sévère.

«La deuxième journée se nomme Kou-Yat (_le jour des chiens_). Lus Chinois vénèrent tellement les chiens, qu'ils ont des ouvriers spécialement chargés de leur fabriquer des cercueils; ils croient qu'un de leurs sages fut préservé de la mort par un de ces animaux, qui dévora son assassin; et pourtant, par une singulière inconséquence, les Chinois mangent la chair de cet animal.

«Le troisième jour est Chen-Yat, ou le _jour des porcs_. Il en est de cette solennité comme du la précédente; les Chinois vénèrent la mémoire d'un de ces animaux qui sauva, suivant eux, un manuscrit précieux de l'incendie; aussi s'abstient-on de la chair du porc durant ce jour.

«Le quatrième jour s'appelle Yaong-Yat (_le jour des brebis_). Ce jour est consacré à Pun-Kyon-Yengi, berger qui vécut pauvre, ne se nourrissant que de légumes et n'ayant pour vêtement que l'écorce des arbres, mais qui enseigna tout le parti que l'on pouvait tirer de la toison des brebis, «Le cinquième jour se nomme New-Yat (_le jour des vaches_). Un de ces animaux allaita un jeune enfant dont les parents avaient péri, et qui, étant devenu mandarin par la suite, lui éleva un temple. Telle fut la cause première de l'institution de cette fête; aussi beaucoup de Chinois s'abstiennent-ils tout à fait de la chair de boeuf; d'autres y renoncent à l'âge de 40 ans, sans quoi ils croiraient leur salut compromis.

«La sixième journée est le Ma-Yat, ou le _jour des chevaux_. Cette fête a été instituée afin d'inspirer au peuple de la considération pour cet utile quadrupède.

«C'est à _l'homme_ qu'est consacré le septième jour; il Se nomme Yen-Yat. Pon-Tso, qui apprit aux Chinois à se nourrir de riz, de blé et de viande, est la divinité de ce jour.

«C'est encore à Pon-Tso qu'est dédié le huitième jour, nommé Ko-Yat _le jour des grains_. Pon-Tso enseigna le premier que l'on pouvait utiliser les grains et s'en nourrir.

«Pon-Tso est aussi la divinité du neuvième jour, et quiconque veut obtenir du bonheur doit s'empresser de lui porter des offrandes le jour du Mo-Yat _jour du lin_.»

Empruntons un dernier renseignement à M. Davis. «Comme les Européens, les Chinois se font des visites et des présents le premier jour de l'an, et ils s'envoient de grandes cartes de félicitation ornées d'une gravure sur bois représentant les trois principales félicités dont les hommes puissent, selon eux, jouir sur la terre, savoir: un héritier, un emploi public (ou de l'avancement) et une longue vie. Ces trois souhaits sont indiqués par les figures d'un enfant, d'un mandarin et d'un vieillard accompagné d'une cigogne, emblème de la longévité. Grâce à la complaisance, de M. Fournier, éditeur de _la Chine ouverte_ (3), _l'Illustration_ peut offrir à ses abonnés un _fac-similé_ de l'une de ces cartes, imprimées en général en Chine, comme dans _la Chine ouverte_, sur papier rouge. Les caractères chinois placés en tête signifient: «Que votre bonheur soit florissant;» ceux, qui sont imprimés sur le côté se traduisent ainsi: «Moi Ma-Tso-Lang (nom honorifique de Soaqua), je vous salue humblement.»

[Note 3: Cinquante livraisons à 30 centimes; par Old Nick et A Borget. 5 livraisons ont paru.]

De l'Origine des Étrennes.

«Les Humains, dit M. Charles Dezobry dans son bel ouvrage: _Rome au siècle d'Auguste_, font un jour de fête du renouvellement de l'année. Ils croient que des présages certains sont attachés au commencement de chaque chose et aux kalendes, ou premier jour du mois de janvier, qu'ils regardent comme l'auspice de l'année; ils cherchent à multiplier les bons présages ce jour-là: ils se visitent les uns les autres, il s'accueillent mutuellement par les voeux les plus prospères et les paroles les plus agréables, évitant avec soin toutes celles qui seraient profanes.

«Ils accompagnent ces souhaits de présents réciproques que l'on nomme _etrena_, étrennes, autre signe de bon présage, ce nom signifiant un bonheur qui doit se répéter trois fois, comme si l'on disait _trena_ en supprimant l's, ainsi que faisaient les anciens. L'usage des étrennes remonte au temps du roi Tatius. Tout le momie en donne et en reçoit, à quelque classe que l'on appartienne, dans quelque condition que l'on se trouve. Ces présents sont en général de peu de valeur, mais le choix n'en est pas tout à fait arbitraire. Afin qu'ils portent vraiment le caractère d'heureux présages, on choisit des dattes, des figues sèches et du miel blanc renfermé dans son rayon, pour que les dieux veuillent attacher aux événements futurs les heureux succès dont leur saveur est le symbole, et que rien n'altère la douceur des auspices sous lesquels l'année a commencé son cours.

«On joint encore à ces dons de petites pièces de monnaies de bronze appelées _stips_, afin que les présages soient complets pour tous les voeux que l'on peut former, cette dernière offrande servant symboliquement à flatter la passion des richesses.

«Comme personne ne peut se dispenser de donner des étrennes, les clients en portent aussi à leurs patrons, mais uniquement pour se conformer à l'usage: leur présent se compose simplement d'un as de cuivre et d'une datte recouverte d'une très-légère feuille d'or.

«Les riches ne se bornent point à ces étrennes sacramentelles; ils y joignent de beaux présents de tout ce que produit la terre ou la mer.

Le jour des kalendes de janvier, tous les Romains allaient offrir des étrennes à Auguste.--L'_Imperator_ les recevait comme à une _salutation_; il était assis dans _l'atrium_ de sa maison: on défilait devant lui, et chaque citoyen, tenant son offrande à la main, la déposait en passant aux pieds de ce dieu terrestre. Ces étrennes étaient de la monnaie d'argent; car la générosité des citoyens se trouvait stimulée par l'intérêt personnel, attendu que le prince rendait à tous une somme égale et même supérieure à la valeur de leurs présents.

Si nous en croyons certains écrivains, M. Dezobry ne nous aurait pas donné la véritable explication de l'origine des étrennes, ou plutôt de l'étymologie de ce mot.