L'Illustration, No. 0042, 16 Décembre 1843

Part 6

Chapter 63,765 wordsPublic domain

à venir leur dire:

Quoi? vous avez le front de trouver cela beau!

M. T. tient donc le mérite du _Catalogue_ pour constant, et il garderait le silence s'il n'avait à se défendre à son tour, non pas d'avoir porté un jugement _au moins étrange_ c'est l'épithète qu'il avait lui-même donnée au livre, et qu'on lui retourne; les lecteurs jugeront qui la mérite mais d'avoir fait un article _injuste, léger et mal fondé sous tous les rapports._

M. T. ne se croit pas _injuste_ pour avoir préféré au système de suppositions vagues et de désignations indéterminées du bibliophile Jacob la précision de M. Brunet et celle de M. Barbier. Il croit qu'en bibliographie, dans le cas où l'on se dit à soi-même: _Que sais-je?_ le mieux est de ne rien dire; il croit que dire que l'auteur d'une traduction doit être ou Oresme, ou Christine de Pisan, _ou quelque autre contemporain du roi Charles Ier_, qui a eu des millions de contemporains, c'est parler pour ne rien nous apprendre. Il croit enfin qu'il n'y a nulle raison pour substituer ce nouveau mode de bibliographie, que l'auteur du _Catalogue_ appelle raisonné, à l'ancien, qu'il appellera, lui, raisonnable.

M. T. ne se croit pas _léger_ pour avoir dit que les archives du Théâtre-Français sont aujourd'hui plus complètes que sous l'administration précédente, puisqu'on a pris le soin d'y faire rentrer ce qui en était sorti depuis quinze ans. La légèreté est à porter une accusation grave sans prendre le moins du monde la peine de vérifier si elle est fondée, et de croire qu'il suffit de l'admettre et de l'émettre comme un _on dit_. M. T. n'a point à se porter caution que rien n'a été pris; c'est à celui qui publie une accusation à prouver qu'il est en droit de le faire. M. T. n'est point et il n'a jamais demandé à être archiviste du Théâtre-Français ni d'aucun autre établissement public; mais il dit ce qu'il sait et ne dit que cela.

M. T. ne croit pas avoir été _mal fondé sous tous les rapports_ à se rire du désespoir de comédie prêté aux héritiers de M. de Soleinne. Ils vendent sa bibliothèque: ils sont dans leur droit; mais, au nom du ciel! pas de grimaces! Un demande à M. T. ce qu'il eut fait à leur place.--Il eût mis, quelque parti qu'il eût pris, ses paroles d'accord avec ses actions.

Oui, sans doute, ce _Catalogue_ sera désormais la seule bibliographie du théâtre. Honneur en soit rendu à M. de Soleinne! La transcription pure et simple des titres de tous les volumes, de toutes les brochures que ce bibliophile persévérant et consciencieux a réunis, constituera le plus complet et le plus utile indicateur de tous les ouvrages de la littérature dramatique.

A son tour, et en terminant, M. T. dira au Bibliophile Jacob: «Vous aime, les livres, la bibliographie, qui semble aride à tant de travailleurs, a de l'attrait pour vous. Vous êtes actif, laborieux, persévérant; entreprenez quelque grand labeur. La _Bibliothèque Historique_ de Lelong et de Fontenelle est à refaire. Mettez-vous à l'oeuvre, mais mettez-vous-y en renonçant à faire de vos notes un questionnaire pour votre lecteur; ne faites de notes que quand vous aurez quelque chose à dire. Et vous aurez fait une oeuvre sérieuse, une oeuvre utile, et nous serons le premier à l'applaudir.»

T.

_A M. le Directeur de_ _L'Illustration_

Mon cher monsieur,

Je n'aime pas les _errata_. Ils prouvent que l'auteur d'un article a eu la faiblesse de le relire, et, en second lieu, qu'il y attache une certaine importance; le public trouve cela d'assez mauvais goût.

Néanmoins je ne puis rester sous le coup des absurdités qu'une transpositions de _paquets_ m'a fait commettre, et dont mes initiales me rendent responsable.

(On appelle _paquets_, en style d'imprimeur, chaque fragment de l'épreuve qui passe sous les yeux de l'écrivain.)

Pour que mon chapitre sur les théâtres de Londres soit à peu près intelligible, il faudrait:

1º Établir une phrase placée à la colonne 3 de la page 228, immédiatement après la ligne 38. Il y était question d'un vaudeville imite de Grand-Papa Guérin, et qui a pour titre anglais: _Grand-Father Whitehead_;

2º Suivre tout naturellement l'alinéa parfaitement inintelligible sans cela, qui commence par ces mois: _Farren y rendait à merveille_, et le reste même page, même colonne, ligne 39;

3º Lire ensuite jusqu'à la fin. Mais alors, on reviendra page 228, colonne 6, ligne 10; et il faudra commencer ainsi le portrait de Bartley: _Ce gros garçon_;

4º Par suite de ces changements, l'article finit à ces mots: _O hymen! ô hymenne!_ lesquels étant en latin ne doivent point s'orthographier: O hymen ô hyménée!

Moyennant ce petit travail, qui ne demande pas plus de vingt minutes,--avec beaucoup de bonne volonté,--le lecteur aura la satisfaction de savoir ce que j'ai prétendu lui dire. Puisse-t-il se trouver payé de sa peine!

Son serviteur et le vôtre,

O. N.

Voyages en Zigzag (1).

Il y a cinq mois à peine (2), lors de l'apparition des premières livraisons des _Voyages en Zigzag_, nous avons dit, en prédisant son succès futur, où, comment et pourquoi ce beau livre avait pris naissance. Un professeur de Genève, déjà célèbre comme écrivain et comme dessinateur, l'auteur des _Nouvelles genevoises_, et des _Albums Vieux-Bois_, _Crépin_ et _Jabot_, faisait chaque année, avec quinze ou vingt de ses élèves, une excursion pédestre dans les Alpes de la Savoie et de la Suisse. Chemin faisant, il notait à la plume et au crayon; en d'autres termes, il racontait et il esquissait, _currente calamo_, avec autant de simplicité que d'esprit, toutes les impressions de la journée. Au retour, le journal commun, rédigé par le chef de l'expédition, était autographié tel qu'il avait été écrit et dessiné, sans correction aucune, et distribué entre tous les membres de la petite caravane. Mais bien qu'ils n'eussent été dans l'origine destinés qu'à vingt ou trente lecteurs, les _Voyages en Zigzag_ méritaient, sous tous les rapports, d'exciter la juste admiration d'un public beaucoup plus nombreux. A peine imprimés, les nouveaux albums étaient avidement recherchés par tous les amateurs qui avaient eu le bonheur de lire et de vérifier sur les lieux la spirituelle fidélité de leurs récits et de leurs peintures. De Genève, leur réputation se répandit bientôt en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie et même dans l'autre monde, où quelques jeunes disciples du _maître_ l'avaient importée.--Enfin une heureuse nouvelle accompagna les récits des triomphes de M. Topffer dans les deux hémisphères. M. Dubochet se décidait à réunir tous ces albums en un volume et à les éditer avec tout le luxe et tous le soin qu'il apporte d'habitude dans les publications illustrées.

[Note 1: 1 vol. grand in-8, orné de plus de 100 gravures, Paris, 1843. Dubochet, 16 francs.].

[Note 2: Voir l'Illustration du 1er juillet 1843, nº 18, t. I.]

Aujourd'hui, d'ailleurs, nous voulons seulement vous faire admirer l'_artiste_! l'écrivain aura son tour une autre fois. Nous lui demanderons, pour vous seul, une de ces nouvelles qu'il raconte si bien, et qu'il ne nous refusera pas, nous en sommes sur d'avance. Maintenant, jetez seulement un coup d'oeil sur les dessins que nous allons vous montrer, et dites-nous si l'ingénieux créateur de MM. Vieux-Bois, Jabot et Crépin ne fait pas avec la même supériorité les paysages et les portraits que les caricatures.

Voyez d'abord la _bourse commune_ (cette bourse qui fournit aux dépenses de la caravane). Après avoir eu une triste fin au mois de septembre 1839, elle s'est refaite dans une retraite économique; puis, un matin, elle vient rendre une visite à M. Topffer. Ayant persévéré dans son régime pendant plusieurs mois, elle se trouve avoir grossi au point d'en être étranglée dans son corsage et à l'étroit dans sa robe, dont quelques mailles faisaient mine de vouloir sauter prochainement. Effrayée de son état et honteuse de son obésité, la bonne dame venait implorer l'assistance de M. Topffer. Celui-ci lui promit aussitôt de la guérir au moyen de beaucoup d'exercice et de quelques saignées.

Si grandes qu'elles aient été, nos espérances ne seront point trompées. Nous avions toujours cru à un grand succès, et la réalité a dépassé encore toutes nos prévisions. Nous l'avouons hautement, nous admirons avec un vif et sincère enthousiasme le double talent de M. Topffer. Son langage, comme, il le dit lui-même, n'est pas toujours selon l'Académie, il adopte avec une trop grande facilité certaines expressions qu'on peut trouver trop familières; ce que ses éditeurs appellent «des termes improvisés, des dénominations locales et les traces d'un argot de voyage issu tout naturellement du retour annuel des mêmes impressions, des mêmes besoins, des mêmes habitudes.» D'ailleurs, qu'on ne l'oublie pas, ces relations écrites en courant heure par heure, telles que chacun les faisait peut-être en plaisantant, ne devaient être lues d'abord que des voyageurs auxquels leurs excentricités elles-mêmes rappelant de joyeux souvenirs, offraient des charmes tout particuliers. Cette forme un peu étrange n'a-t-elle pas d'ailleurs son mérite? 'Trouve-t-on beaucoup de livres aussi simples? aussi vrais? Et puis, que d'observations fines et piquantes on y rencontre à chaque page! que de réflexions profondes parfois! que de mots charmants! que de sensibilité! que de gaieté!

Nous voudrions pouvoir justifier ces éloges par quelques citations; mais les bornes qui nous sont imposées nous interdisent cette jouissance. Vous méfiez-vous de notre goût passionné, cher lecteur, achetez les _Voyages en Zigzag_, lisez-les, et si vous ne partagez pas notre opinion, si vous n'êtes pas tour à tour égayé ou attendri, c'est à vous seul, et non à M. Topffer, que vous devrez-vous en prendre.

C'est ce qui donne lieu à un nouveau voyage, en effet, si d'une part les montagnes sont favorables à qui veut prendre de l'exercice, d'autre part, pour une bourse qui veut être saignée, il n'est rien lui qu'un pèlerinage en Suisse.

A peine parti, on rencontre des originaux bons à dessiner.

Voici d'abord un jeune crétin qui porte, sa canne en tambour-major.

Des musiciens ambulants.

Un attelage de voiturin italien: cochers, voiturins, haridelles, sont dignes les uns des autres; usés, efflanqués, malpropres; emplâtre sur l'oeil, jambes entortillées, boulons, mécaniques et ficelles. Ce n'est que dans les pays de plaines que l'on rencontre ces restes de chevaux, trop débiles pour tirer, trop cassants pour retenir, mais suffisants encore pour trottiller des deux côtés d'un timon. Du reste, diaphanes, incolores, sans yeux, sans jambes, sans poil ni queue, la maladie ne sait par quel bout les prendre... et ils font sans mal ni douleurs des douze heures par jour pendant douze jours de suite...

Un touriste qui a acheté trois chiens de Terre-Neuve.

Un jésuite promenant un tout petit collège de cinq Aliborons; on dirait un grand pâtre qui mène cinq agnelets le long du fossé.

Enfin, un ballet italien--«de toute magnificence, dit M. Topffer: nous voyons là des Romains et des Romaines de quoi en être saturés pour longtemps. Virginius a des convulsions, et Appius des piquées d'entrailles. L'un et l'autre se démènent comme des possédés, et les Romains et les Romaines aussi, ce qui se trouve vouloir dire le trait d'histoire qu'on sait.»

Mais M. Topffer n'est pas un _caricaturiste quand même_, qu'on nous permette cette expression. Il ne recherche pas le grotesque et le laid; il ne se plaît point à l'exagérer; il les montre tels qu'il les a vus; en outre il ne se moque,--et c'est là selon nous un grand mérite,--que de ce qui est réellement ridicule; jamais il n'abuse ni de sa plume ni de son crayon pour nous faire rire aux dépens de ses semblables, qui lui ont semblé dignes d'estime et de pitié; parfois, au contraire, il nous représente avec une vérité pleine de charmes la simplicité naïve des honnêtes habitants des Alpes. Rencontre-t-il un beau type caractéristique, il s'empresse de le dessiner. Voit-il, comme acteur et comme spectateur un de ces délicieux tableaux que sa petite caravane compose à chaque instant du jour dans ses courses ou dans ses haltes, immédiatement il nous en offre une représentation exacte.

«Rien de plus frais, de plus paisible, de plus helvétique, que tout ce vallon d'Underwald, surtout dans un moment où un beau soleil succédant à la pluie dore les rochers et fait resplendir les pelouses, A peine rencontrons-nous quelques naturels, même dans les villages, même dans la capitale, où nous ne trouvons à acheter que du pain et des prunes; ce sont les seules friandises mises en vente dans les deux seules boutiques de l'unique rue.

«Connue nous passons devant une chaumière, les sons d'une guitare frappent notre oreille. C'est un gros homme en blouse qui accorde son instrument. M. Topffer le prie de nous chanter quelque air. «Pas moi, dit-il, mais ma servante, si vous ne lui faites pas trop peur.» Toute la caravane s'étend sur le gazon, et bientôt parait une jeune fille extrêmement timide, qui s'assied devant le seuil, et qui chante pour obéir à son maître bien plus que pour complaire à l'illustre société.--Sa voix est agréable et d'une justesse parfaite; la scène est pittoresque, le plaisir inattendu; en sorte que nous passons là une de ces douces heures qu'on ne peut pas plus faire naître qu'on ne peut les oublier. Toutefois, la chose déplaît à un gros barbichon de chien qui grogne dans sa toison, et s'obstine dans des accompagnements bilieux.» De l'Underwald passons dans le Valais.

C'est encore une halte; mais les acteurs qui y jouent le rôle principal, plus nombreux d'ailleurs, ne ressemblait en rien à ceux que nous venons de voir.--Il s'agit cette fois de la jeune population d'un village valaisan que M. Topffer vient d'ensucrer, et dont la joie enfantine égale l'étonnement. Comme paysagiste, M. Topffer ne reconnaît peut-être aucun maître. Ses croquis, qu'un de nos plus habiles dessinateurs français, M. Karl Girardet, _a mis sur bois_ avec tant de goût et de bonheur, ont surtout le mérite d'être aussi _vrais_ que possible. De grands tableaux ne représenteraient pas mieux les belles scènes de la nature dans les Alpes. Voici d'abord les _roches et la porte d'Annibal_ à Donas, dans le val d'Aoste.

Puis une vue du lac Majeur prise à Fariolo, car M. Topffer passe souvent les Alpes, il descend dans les planes de la Lombardie, il visite Milan; une fois même il s'est aventuré jusqu'à Venise. «Un tel voyage à pied avec de si petites jambes, s'écriera quelque lecteur épouvanté, c'était une entreprise colossale.» Rassurez-vous âme timorée, tout alla pour le

mieux dans la meilleure des caravanes possibles, et ici comme dans les autres circonstances de la vie, cette pensée, «A la garde de Dieu, fait, dit M. Topffer, la sécurité et le courage du coeur; elle nous inspira je ne sais quelle pacifique confiance qui fut un tempérament contre l'inquiétude qui rend gauche, ou contre la présomption qui rend téméraire.» Le voyage à Venise se termina donc aussi heureusement que les précédents, et M. Topffer en rapporta de charmants dessins; nous en donnerons pour preuve l'effet de lune suivant sur le grand Canal.

Quand on a passé les Alpes, il faut les repasser. Quant à nous, nous choisirons de préférence la route du Saint-Gothard, car elle est aussi sûre et commode qu'elle est belle.

«Au sortir du défilé qui termine la première montée, on découvre tout à coup de là l'effet d'un spectacle des plus curieux: c'est la route, dont les contours infinis se développent en serpentant jusqu'au sommet de la montagne.

Les zigzags sont brisés et épars; ils s'échafaudent les uns sur les autres; et, jusqu'à la dernière sommité, on aperçoit des fragments du collier des bouterones. Nous demeurons là en admiration devant l'industrieuse audace des hommes en général, mais surtout des hommes libres, des hommes d'Uri, de ce petit canton qui a su faire avec ses minces ressources un ouvrage aussi beau que celui du Simplon, ce chef-d'oeuvre si vanté, si admiré, si célébré et si lithographie. La renommée n'est souvent qu'une vieille folle sans équité.»

Mais on ne trouve pas partout des belles routes de voitures; et souvent la caravane se voit obligée de traverser un pas difficile «et un bout de sentier en corniche large de quatre semelles, incliné sur un précipice à pic, et appuyé contre un rocher qui surplombe.» Grâce à Dieu et à M. Topffer, le danger est heureusement évité, et tous les touristes arrivent sains et saufs à Genève; la bourse commune seule est malade. Nous espérons, quant à nous qu'elle se refera plusieurs fois encore, et qu'un jour ou l'autre, M. Topffer ajoutera un second volume à celui dont nous sommes aujourd'hui l'heureux possesseur.

Somme toute, les _Voyages en Zigzag_ forment le livre le plus agréable à lire et à regarder, le plus moral, le plus richement illustré que la librairie française ait offert cette année aux amateurs des cadeaux du premier jour de l'an, vulgairement appelés étrennes,--bientôt nous dirons pourquoi;--mais il a une place marquée d'avance à un double titre, c'est-à-dire comme texte et comme gravures, dans toutes les bibliothèques d'élite.

Modes.

Ce n'est plus seulement à l'Opéra et aux Italiens que nous pouvons aller chercher des élégantes toilettes; les salons sont enfin ouverts. De tous côtés et partout nous ne voyons que velours, satin, gaze, fleurs et bijoux, tout le charmant cortège des fêtes et de la mode.

La température printanière, qui a duré quelques jours, avait fait éloigner les fourrures; mais voilà ce beau luxe de l'hiver qui reparaît: les petits manteaux cazavecka se garnissent tous de martre ou d'hermine, et, en attendant les grands froids, on cache ses mains dans ses manches, qui sont aussi bordées de fourrures. On fait beaucoup de cazavecka en satin garni d'un piqué pour sortie, de bals et spectacles.

Les capuchons dont on se couvre la tête en attendant sa voilure se font assez coquettement; ce n'est plus une enveloppe disgracieuse qui faisait d'une jolie femme une laide sibylle; c'est un capuchon garni de dentelle encadrant le visage, voilant sans les radier cependant, de beaux yeux qui brillent à travers les fins réseaux de sa garniture. On fait aussi porr la ville des manteaux ornés de velours; en voici un modèle, très-distingué. Au reste, le velours est toujours beaucoup employé: nous le voyons dans les garnitures de robes et de manteaux; dans les costumes d'hommes nous le retrouvons en gilet et en revers aux collets et aux manches de paletots.

On fait pour toilettes du matin de très-jolies robes de drap brodé en soutache et, avec ces robes, on porte un mantelet également en drap brodé, lequel peut ensuite se mettre avec tous les costumes négligés.

Du portera encore les robes de bal faites en tunique. L'année dernière on avait fait infructueusement l'essai de deux jupes de différentes couleurs, car de semblables modes tiennent plus du bal costumé que de la vraie toilette des salons. Ce qui est fort bien porté, ce sont les tuniques blanches rattachées par des fleurs naturelles; des tuniques en tulle ou en crêpe rose, avec des bouquets de fines roses à feuillages de velours places aux manches, au corsage et sur les jupes.

Une jolie toilette de ville se compose d'une robe en satin pékiné rayé gros bleu et noir, ornée de deux volants en dentelle noire posés à plat; d'un chapeau de velours épingle blanc, décoré d'une plume, et d'un cazavecka en velours noir, bordé de martre zibeline;--ou bien encore, d'une robe en moire glacée, ornée de velours posé en tablier, le corsage juste, avec un revers en velours pareil; un chapeau en velours violet, garni de dentelle noire, et un pardessus un levantine, avec un grand collet piqué à l'aiguille.

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS L'AVANT-DERNIER NUMÉRO.

I. L'opération qu'on appelle _donner_, au jeu de piquet, revient à distribuer 52 cartes en quatre groupes, deux de chacun 12 cartes, qui sont pris respectivement par chaque joueur, et deux autres groupes, l'un de 5, l'autre de 3 cartes, qui forment ensemble _le talon_. Le nombre des combinaisons auxquelles peut donner lieu cette distribution en quatre groupes partiels est le quotient de la division de deux nombres très-grands qui sont égaux, savoir: le dividende, au produit de tous les nombres entiers consécutifs, depuis 1 jusqu'à 32; le diviseur, au produit des carrés des nombres entiers consécutifs, depuis 1 jusqu'à 12, par le produit ses nombres 1, 2, 3, 4, 5 et 1, 2, 3.

Tout calcul fait, le quotient se trouve égal à

1 592 814 947 068 800.

A cause de l'énormité de ce nombre, et vu la date assignée à l'invention des cartes à jouer, on s'assure par des calculs bien simples qu'il s'en faut de beaucoup que les cartes aient pu être données au jeu de piquet de toutes les manières possibles. D'ailleurs, comme les mêmes séries de cartes, qui ne différent que par un changement de _couleur_, ont la même valeur au jeu de piquet, on peut regarder comme identiques les distributions qui ne diffèrent que par une permutation entre les couleurs; ce qui réduit considérablement le nombre des combinaisons distinctes.

II. On sait que notre Chambre des Députés est composée de 459 membres que le sort répartit en 9 bureaux, chacun de 51 membres. Le nombre, des distributions possibles a pour expression le quotient de deux nombres qui sont égaux, savoir: le dividende au produit de tous les nombres entiers consécutifs, depuis 1 jusqu'à 459; le diviseur au produit des carrés de tous les nombres entiers consécutifs, depuis 1 jusqu'à 51.

Le calcul de ce quotient, par les procédés de l'arithmétique ordinaire sérait une opération impraticable ou d'une excessive longueur. Avec certaines tables calculées spécialement pour cet objet, on trouve que, les premiers chiffres sur la gauche, qui expriment les plus hautes unités, sont 288 672..., et que le nombre cherché doit avoir 429 chiffres à la partie entière. Il tombe donc entre

278 692 suivi de 423 zéros,

et

278 692 suivi aussi de 423 zéros.

Nota. Les problèmes I et II, ainsi que leurs solutions, ont été extraits de l'excellent ouvrage intitule: _Exposition de la Théorie des chances et des probabilités_, par M. Cournot.

III. Le problème proposé se décompose en trois questions partielles, savoir:

1° Reconnaître la fraude. Pour cela, il suffit de transposer les poids. Si les balances sont fausses et préparées de telle sorte qu'elles paraissent justes étant chargées de poids inégaux, tout aussi bien que vides, leur fausseté sera manifestée par la simple transposition du poids et de la marchandise qui se font équilibre dans les deux bassins. On verra la marchandise enlevée alors par le poids qu'on croyait être le sien.

2° Le principe sur lequel ces balances sont fondées est connu sous le nom de _principe du levier_, et consiste en ce que les forces parallèles appliquées aux deux bras d'un levier mobile autour d'un point d'appui, doivent être en raison inverse des distances de leur point d'application au point d'appui, pour se faire équilibre.

Cela posé, pour fabriquer des balances fausses, on a du prendre d'abord des bras de fléau inégaux en longueur, mais on les a pris aussi inégalement pesants, de telle sorte qu'ils se fassent équilibre autour de l'axe de suspension. On bien encore, s'ils sont également pesants, on leur donne une forme différente, de sorte que le centre de gravité du bras le plus long soit à la même distance de l'axe du fléau que le centre de gravité du fléau le plus court.