L'Illustration, No. 0041, 9 Décembre 1843
Part 7
Voici donc une institution dont le but est généreux, dont le plan semble merveilleusement conçu, dont les effets peuvent être incalculables pour l'amélioration de la situation des classes pauvres. Que lui faut-il pour se consolider, prospérer, grandir, et voir s'ouvrir devant elle tout l'avenir qui lui semble réservé? Rien autre chose qu'une sympathie qui ne saurait lui manquer, la sympathie et l'appui du gouvernement et de toutes les personnes que leur bienfaisance et leur humanité ont portées comme lui a ne pas les refuser à une classe infiniment moins intéressante que celle des enfants pauvres et honnêtes: les jeunes détenus. Toutes comprendront, et l'État avec elles, que se mettre dans la nécessité de répondre au père d'une nombreuse famille indigente: «Nous ne pouvons vous aider; nous ne pouvons nous charger d'un de vos enfants tant qu'il ne se trouvera pas parmi eux un petit voleur, est une imprudence bien grave, et, comme nous le disions au commençant, une dangereuse provocation. Quand, pour voir accueillir une pétition où un père demande du pain pour ses enfants, il ne faut que l'apostille de la police correctionnelle, il est à craindre qu'elle ne se fasse pas attendre. Chacun le sentira; et à Paris, qui compte tant de pauvres nés dans ses murs, dans les départements qui lui en envoient en outre un si grand nombre, toutes les fortunes grandes, moyennes et médiocres apporteront leur large offrande, leur tribut mesuré, et leur sympathique obole à la colonie naissante. Petit-Bourg est sûr de trouver tous les appuis que Mettray a rencontrés, et bien d'autres encore. Comme Mettray, Petit-Bourg aura à faire graver en lettres d'or sur son fronton le nom du comte d'Ourches ou de quelque autre opulent bienfaiteur. Il aura aussi à inscrire sur ses tables les noms de milliers de souscripteurs; et c'est dans ce livre de la reconnaissance qu'on apprendra aux colons à épeler.
Ministres, et vous législateurs, si vous avez laissé à la bienfaisance et au dévouement privés le soin et la gloire de fonder une telle oeuvre, vous voudrez avoir du moins le mérite qui vous peut maintenant revenir: celui de l'avoir fait prospérer. C'est une sage dépense à inscrire au budget, qu'une large allocation pour un établissement dont les fondateurs se sont dit: «Il y a mieux à faire que de réformer: il faut prévenir (4).»
[Note 4: Nous sommes heureux d'apprendre que déjà près de mille souscripteurs se sont fait inscrire, les uns pour des sommes une fois versées, d'autres pour des dons qui se renouvelleront annuellement pendant quatre ans. Les conseils généraux des départements ne peuvent oublier cette institution dans la répartition du prochain budget qu'ils auront à fixer, et le conseil municipal de Paris, qui vient par un vote tout récent d'augmenter le fonds qu'il allouait déjà précédemment pour encouragement à l'amélioration des races de chevaux, ne fera pas moins, nous l'espérons, pour l'amélioration morale de la race humaine.
Outre les souscriptions en argent, des dons en nature ont été également adressés à la colonie naissante. M. Dailly, maître de poste à Paris, lui a envoyé, indépendamment de son offrande pécuniaire, un fort bon cheval de ses écuries; H. Lemarchand, négociant, un lit complet; M. Mugnier, trois chèvres; M. Poinsot, propriétaire de la ferme Chabrol, une ânesse; M. Gandillot, manufacturier, un Christ en bronze et deux beaux lits en fer creux; M. Ottin, curé de Montmartre, un tableau représentant Jésus sur la Croix; d'autres envois sont également parvenus, d'autres enfin sont annoncés.]
Bulletin bibliographique.
_Cours complet de Météorologie_, de L.-F.. KAEMTZ, professeur de physique à l'Université de Malle, traduit et annoté par CH MARTINS, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de Médecine de Paris; avec un appendice contenant la représentation graphique des tableaux numériques; par L. LALANNE, ingénieur des ponts et chaussées. 1 vol. in-18 (avec de nombreuses planches), de 600 pages.--Paris, 1843. _Paulin_. 8 fr.
La météorologie est peut-être de toutes les sciences celle qui offre l'intérêt le plus vif et le plus général. En effet, les phénomènes dont elle donne et dont elle cherche l'explication, frappent incessamment nos sens. Que d'hommes, même lettrés, n'ont aucune idée, par exemple, des principales métamorphoses ou combinaisons des agents chimiques! car ce curieux travail de la nature se fait sans éclat, sans bruit, sans odeur, souvent même il échappe à l'examen le plus attentif. Mais les révolutions de l'atmosphère, petites on grandes, à chaque heure du jour et de la nuit, malgré nous, il nous faut les voir, les toucher, les sentir et les entendre; de plus, elles nous causent des sensations douces ou fortes, agréables ou pénibles; elles exercent sur tout notre être une irrésistible influence. Partout et toujours elles attirent aussi vivement l'attention de l'ignorant le moins curieux d'en connaître les causes et les effets, que celle du savant observateur qui s'efforce sans cesse d'en pénétrer les intéressants mystères.
La météorologie remonte donc comme science à la plus haute antiquité; elle précède même la physique proprement dite. Toutefois, bien qu'étudiée depuis des milliers d'années, bien que née la première peut-être, elle n'est pas aussi avancée que les autres sciences, ses soeurs cadettes. M. Kaemtz en explique ainsi la cause principale dans son introduction: Le nombre des observations sur les modifications de l'atmosphère est sans doute considérable, mais ce sont des observations dans le sens le plus restreint de ce mot. Nous observons le phénomène qui s'offre à nous, mais nous ne pouvons le modifier et le varier à notre gré; nous ne saurions même le reproduire à volonté; en un mot, nous ne pouvons recourir à l'expérience. Nos moyens et nos forces vont beaucoup trop limités pour qu'il nous soit possible de produire les moindres modifications dans l'atmosphère. Nous en sommes réduits à enregistrer des faits; et, comme l'a très-bien dit W. Herschel nous ressemblons à un homme qui entendrait çà et là quelques fragments d'une longue histoire racontée à des intervalles éloignés par un narrateur diffus et peu méthodique. Réduite à l'observation, la météorologie ne pouvait donc pas marcher d'un pas égal à celui des autres branches de la physique.»
Cependant, malgré les obstacles contre lesquels elle s'est vue obligée de lutter, la météorologie a fait des progrès notables depuis la fin du siècle dernier; aujourd'hui, elle commence à s'asseoir sur des bases solides; l'ouvrage que M. le professeur Kaemtz a publié à Malle en 1840, sous ce titre: _Vortesungen über Meteorologie (Lectures sur la Météorologie)_, et que M. Charles Martins a eu l'heureuse idée de traduire en français, outre qu'il en propagera et qu'il en facilitera l'étude, contribuera, nous n'en doutons pas, à en hâter le développement.
Avant la publication de cet ouvrage, il n'existait point dans notre langue de cours complet de météorologie qui résumât l'état de nos connaissances actuelles sur cette branche si importante des sciences physiques. C'est pour combler cette lacune que M. Charles Martins, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de Médecine de Paris, s'est décidé à traduire les _Vortesungen über Meteorologie_ de M. Kaemtz, professeur de physique à l'Université de Halle. «Ce livre, dit-il dans sa préface, m'a semblé le meilleur de tous ceux qui ont paru à l'étranger. L'auteur se trouvait, en effet, dans les conditions les plus favorables pour faire un bon cours de météorologie. Observateur habile et infatigable, il a entrepris et continué à Halle, presque sans aide, une série barométrique, thermométrique et psychrométrique, qui comprend près de dix années consécutives. Non content d'étudier les changements de l'atmosphère dans les plaines de l'Allemagne, il a séjourné sur le Rigi, en Suisse, à 1810 mètres au-dessus de la mer, du 247 mai au 24 juin 1832, et sur le Faulhorn, à 2671 met ces, du 11 septembre au 3 octobre de la même année. En 1833, il observa de nouveau sur le Rigi pendant le mois de juin, et du 11 août au 17 septembre, sur le Faulhorn. Dans l'été de 1837, il fixa sa résidence à Deep, près Trenton, sur les bords de la Baltique, pour apprécier l'influence de la mer et contrôler la série météorologique comprenant une année d'observations faites à Speurade, en Danemark, par M. Neuher.»
Ces détails prouvent que l'auteur avait étudié par lui-même et dans les circonstances les plus variées le cours régulier des phénomènes atmosphériques. Il ne lui restait plus qu'à connaître les travaux des autres et à consulter des documents immenses, mais épars, dispersés dans des livres écrits sur les sujets les plus divers et souvent les plus étrangers à la météorologie. Ici encore, l'auteur était armé de toutes pièces; car, avant d'écrire son cours, il avait publié un grand _Traité de Météorologie_, plein d'érudition et de recherches originales (_Lehr bach der Meteorologie_, 3 vol. in-8, 1834 à 1836). Cet ouvrage, pour lequel toutes les sources ont été consultées et mises à profit, est certainement le traité le plus complet qui existe; mais le nombre considérable de faits qui y sont accumulés, l'usage fréquent des notations algébriques, le manque de divisions et de subdivisions, enfoui peut être un livre, plutôt utile à consulter que facile à lire. Toutefois, on comprend combien un pareil travail a du contribuer à la perfection de celui qui l'a suivi. Non content de pratiquer la météorologie et de l'étudier dans les livres, M Kaemtz a professé cette science pendant plusieurs années à l'Université de Halle, et l'expérience du professeur s'est ajoutée à celle du savant et de l'observateur. C'est ainsi préparé que M. Kaemtz a écrit _Cours de Météorologie_, qui offre un résumé élémentaire, mais complet de cette science. Nommé professeur à l'Université de Dorpat depuis quelques années il a pu se livrer à l'étude des basses températures, des aurores boréales, et de tous les phénomènes optiques de l'atmosphère qui sont si caractérisés dans les régions du Nord.
Le traducteur des _Varlesungen über Meteorologie_ n'était pas moins capable de bien remplir la tâche difficile qu'il s'impose volontairement dans le double intérêt de la science et de ses compatriotes. M. Charles Martins est un des plus savants professeurs de la Faculté de Médecine de Paris. Dans les deux voyages de la _Recherche_ en Norwège et au Spitzberg pendant les années 1838 et 1839, il a eu l'avantage de prendre part à tous les travaux météorologiques de la commission scientifique dont il faisait partie. Il a manié les instruments, observé les aurores boréales, les halos, les anthélies, les phénomènes crépusculaires dans toute leur beauté; il a pu apprécier l'influence du climat sur la limite des neiges perpétuelles, les glaciers qui en descendent et la végétation qui les entoure. Durant l'hiver qui a séparé les deux expéditions, il a fait à Paris, avec le commandant Delcros, une série météorologique d'heure en heure, jour et nuit, correspondant à une partie de la série hivernale de MM Lottin, Lillishonk, Bravais et Silvestroem, à Bosekop, en Finnark, sous le 70° de latitude. Enfin, dans le but de comparer les phénomènes des contrées boréales avec ceux d'un climat analogue des latitudes moyennes résultant d'une grande élévation au-dessus du niveau de le mer, il a habité avec M. Bravais, du 16 juillet au 8 août 1841, cette même auberge du Faulhorn où M. Kaemtz avait déjà passé deux étés. Aussi M. Ch. Martins ne s'est-il pas contenté de traduire avec un style toujours clair et facile le cours de météorologie de M. Kaemtz, il l'a enrichi presque à chaque page de notes curieuses qui en font pour ainsi dire un ouvrage original. D'une part, il y a ajoute les extraits des travaux français et étrangers les plus remarquables qui ont paru depuis la publication de son livre ou qui lui avaient échappé; d'autre part, il l'a complété en révélant au monde savant un nombre considérable de faits nouveaux ou inédits qu'il a observés le premier ou que lui a communiqués l'amitié désintéressée de M. A. Bravais.
Le _Cours complet de Météorologie_ est divisé en neuf chapitres, LE PREMIER, intitulé _Considérations sur la marche de la Température en général_, traite du thermomètre, de la propagation de la chaleur, des saisons, de l'influence de la latitude sur la température, de la température des couches supérieures de l'atmosphère; le SECOND et le TROISIÈME sont consacrés aux _vents_ et aux _météores aqueux_. Dans l'un, nous apprenons à connaître la direction des vents, leur vitesse, leurs causes, leurs différences dans les diverse régions du globe, leur variabilité, leur mode de propagation et leurs propriétés physiques L'autre s'occupe des gaz et des vapeurs qui composent l'atmosphère, de la rosée et de la gelée blanche, du brouillard, des nuages, de la pluie, de la neige et de bizarres figures de ses flocons, etc.; le QUATRIÈME a pour titre: _Distribution de la Température à la surface du Globe_; le CINQUIÈME: _Poids de l'Atmosphère_; dans le SIXIÈME, l'auteur passe en revue les _Phénomènes électriques de l'Atmosphère_, la lumière électrique, la formation des orages, les éclairs, le tonnerre, la gelée, les trombes, les causes des orages; le SEPTIÈME contient l'analyse des _Phénomènes optiques de l'Atmosphère_ autres que les _Aurores boréales_, qui remplissent le HUITIÈME tout entier; enfin le NEUVIÈME renferme de curieux détails sur les _Phénomènes problématiques_, tels que les pluies de sang, de soufre, de blé, d'animaux; le brouillard sec, les étoiles filantes, les aérolithes, etc.
Ce remarquable ouvrage est terminé par un APPENDICE sur la _Représentation graphique des tableaux météorologiques et des lois naturelles en général_. M. LÉON LALANNE, ingénieur des ponts et chaussées, a représenté d'une manière graphique, dans cet appendice, 42 tableaux numériques, sur 113, d'après le système de deux coordonnées rectangulaires et d'après un autre système à trois coordonnées dont il a le premier généralisé l'usage et dont il expose les principes. «Ces représentations graphiques, dit M Ch. Martins, sont un service immense rendu à la météorologie, car elles ont le triple avantage de peindre aux yeux les résultats numériques, de représenter les lois dont ils sont l'expression, et de faire voir, par l'irrégularité de certaines courbes, quelles sont celles qui ne représentent pas les lois naturelles et réclament un nombre d'observations plus considérables.
_Catalogue général des livres composant les bibliothèques du département de la Marine et des Colonies_; par M. BAJOT, conservateur-général, inspecteur des bibliothèques,--Paris, de l'Imprimerie royale. 1838-43. 5 vol. grand in-8.
L'utilité des bibliothèques spéciales n'est pas douteuse. Un ouvrage rare sur une matière spéciale, possédé par un établissement qui n'a que peu de livres sur la même matière acquerrait un bien plus grand prix encore et serait appelé à rendre de plus fréquents services, s'il se trouvait transporté dans un dépôt qu'il viendrait souvent compléter. Mais ce déplacement, qui serait si utile, serait bien difficile à exécuter, car il faudrait, pour la réalisation de ce projet, obtenir le concours et la bonne intelligence d'administrations diverses, et l'entreprise est, nous le croyons bien, au-dessus des forces humaines. Les conservateurs des dépôts spéciaux font donc sagement de ne point attendre ces fusions qu'on leur a fait entrevoir comme des mirages, et de poursuivre, autant que les ressources de leurs établissements le leur permettent, le complément de leurs collections, sans compter sur les trésors qu'ils voient demeurer inutiles dans les mains de leurs confrères. En vain les rapports aux ministres, les rapports aux chambres viendront longtemps encore réclamer les mesures nécessaires pour mettre en valeur les richesses enfouies. Que les bibliothécaires ne comptent que sur leur zèle propre pour donner à leurs dépôts l'ensemble qui leur peut manquer.
M. Bajot conservateur-général des bibliothèques de la Marine, a entrepris un immense et remarquable travail dont les frais ont été portés au budget pendant plusieurs années successives et dont les commissions de la Chambre des Députés ont pressenti l'importance. Ce travail a été conçu avec beaucoup d'intelligence; il s'exécute avec un zèle, une persévérance et un savoir egalement rares. Cette publication se divisera en deux parties: le Catalogue et la Bibliographie.--Le Catalogue, aujourd'hui terminé, est l'inventaire, dans un ordre systématique, de tous les ouvrages renfermés dans les bibliothèques du département de la Marine, que ces ouvrages aient ou n'aient pas la marine pour objet. Il sert d'inventaire à chacune des bibliothèques des ports ou de Paris que possède le ministère de la Marine, et indique, par des initiales différentes, toutes les bibliothèques de ce département où se trouve l'ouvrage que l'un veut consulter, et le numéro d'ordre qu'il porte dans chacun de ces dépôts. Cette ingénieuse combinaison a, on le comprend, épargné l'impression de neuf catalogues, puisqu'un seul et même peut ainsi servir aux dix dépôts.--La Bibliographie se composera exclusivement, et dans l'ordre chronologique, de tous les livres de marine, qu'ils existent ou n'existent pas dans ces, bibliothèques.--Par le Catalogue, le département de la Marine connaît ses richesses en général: par la Bibliographie, il est averti des articles spéciaux qui lui manquent Cette indication excitera et dirigera le zèle et les recherches des bibliothécaires et des hommes dévoués, en même temps qu'elle sera utile aux hommes de travail, auxquels il est bon de faire connaître non-seulement tout ce que l'on possède, mais aussi ce que l'on devrait posséder, afin qu'ils cherchent par eux-mêmes à trouver ce qu'on est dans l'impossibilité de leur offrir.
L'oeuvre de M Bajot doit lui mériter la reconnaissance de tous les bibliographes.--Puisse-t-elle aussi, lui donner des imitateurs.
_Delille, les Jardins_, nouvelle édition illustrée par THÉNOT. Un beau volume grand in-8. 33 gravures dont 15 sur acier. 15 livraisons à 1 fr.--Paris, 1843. _Chapsal_.
«Au moment où l'attention publique se porte plus que jamais vers tout ce qui a rapport à l'horticulture, nous avons cru, dit l'éditeur du volume que nous annonçons, devoir donner une nouvelle édition illustrée du poème qui a le plus contribué à ce mouvement, en réunissant sous une forme attrayante et ingénieuse les divers préceptes de l'art de composer les jardins, et en frappant du sceau du ridicule ce que le mauvais goût de quelques artistes du dernier siècle y avait fait introduire.
Les illustrations des _Jardins_, que rien en apparence ne rattache au poème, s'y trouvent cependant liées par un double but. D'abord, en reproduisant d'après nature et avec la plus grande exactitude possible les parcs et jardins les plus remarquables des environs et même de l'intérieur de Paris, M. Thénot essaye de prouver par des exemples que, contrairement à l'opinion de presque tous les écrivains qui se sont occupés des _Jardins_, les préceptes donnés par Delille pouvaient être et ont été en effet souvent mis en pratique, quelle que fût d'ailleurs l'étendue du terrain. D'un autre côté, il a voulu faciliter leur application aux artistes à venir en leur montrant les résultats des travaux exécutés par leurs devanciers. C'est également dans ce but qu'il a ajouté à la suite des notes un appendice sur l'art de corriger les défauts d'un terrain de peu d'étendue, et de dissimuler des perspectives lorsque l'emplacement n'en offre pas de véritables. Cet appendice résume avec clarté tout ce que les progrès de l'horticulture, depuis la mort de Delille, et les patientes recherches des botanistes voyageurs modernes ont ajouté dans ces derniers temps aux moyens déjà connus du vivant du poète.
Histoire, maritime de France; par LÉON GUÉRIN, avec 31 belles gravures sur acier, d'après les dessins de _Gudin, Isabey, Abey, Tony Johannot, Marckl, Raffet_, 2 gros vol. in-8 de 600 pages. Paris, 1843. _Abel Ledoux, Prix:_ 7 fr.
«Ce que nous avons eu l'ambition, peut-être téméraire, d'offrir au public, dit M. Léon Guérin au début de son avant-propos, ce n'est pas seulement une histoire navale où ne se trouveraient que les combats livrés sur mer par les Français: c'est, comme l'indique notre titre, une _Histoire maritime de France_, renfermant, quoique en abrégé, celle de nos provinces, de nos villes de la côte; celle de la fondation, du progrès ou de la décadence de nos ports sur l'une ou l'autre mer; celle de nos navigations lointaines, de nos découvertes, de nos colonies tant perdues que conservées, et aussi, bien entendu, avec autant d'ampleur que les bornes de cet ouvrage le permettaient: celle de nos guerres, de nos combats, de nos diverses expéditions où la marine a joué un rôle, rattachant le tout à l'histoire générale du pays, comme au trône auquel il n'est rien qui ne doive tendre et venir se ramifier, pour acquérir un intérêt quelque peu philosophique. Une histoire de France par la marine en même temps que par les provinces et les villes maritimes n'avait aucun précédent, et c'est à sa nouveauté, sans doute, plus qu'au mérite de nos travaux, que nous devons l'heureux succès qui a accueilli notre ouvrage.»
Si flatté qu'il soit du succès avec lequel son histoire a été accueillie du public. M. Léon Guérin n'a pas, c'est encore lui qui le déclare, «l'outrecuidante vanité de la croire parfaite, et comment pourrions-nous l'avoir, ajoute-t-il, quand l'étude que nous avons été dans la nécessité de faire pour nous-mêmes, nous a amené à trouver plus d'une grave erreur chez des auteurs non moins consciencieux que nous, et beaucoup plus savants que nous n'avons la prétention de l'être.»
M. Léon Guérin est trop modeste, en vérité, pour que nous ayons le courage de lui adresser des reproches, soit sur son style, peut-être un peu trop négligé, soit sur les erreurs historiques qui auraient pu lui échapper. Nous nous bornerons donc à constater que l'_Histoire maritime de France_ est aussi intéressante que consciencieuse; on y trouve réunis une masse énorme de faits disséminés auparavant dans une multitude d'ouvrages. Le premier volume commence par des détails curieux sur les premiers établissements maritimes des côtes de France et se termine à la paix de Nimegue. Le second comprend la fin du règne de Louis XIV, les règnes de Louis XV et de Louis XVI. M. Léon Guérin s'arrête aux dernières années du dix-huitième siècle. «Il a craint, dit-il, d'enlever à son ouvrage de l'autorité qu'il désire acquérir, en y rattachant d'une manière indissoluble le détail des événements contemporains, peut-être que le récit de faits encore si diversement appréciés et les biographies d'hommes qui, fort heureusement, ne sont pas encore tous descendus dans la tombe, ferait dégénérer l'histoire en mémoires N'y en eût-il pas d'autres, ce serait là, après mûres réflexions, une raison déterminante pour l'auteur de ne pas plus confondre que n'ont fait tous ceux qui ont écrit sur l'histoire de France en général une époque non encore entièrement terminée avec celles qui l'ont précédée.»
Nouveau Piano de la Reine d'Espagne.