L'Illustration, No. 0040, 2 Décembre 1843

Part 7

Chapter 72,832 wordsPublic domain

Le Bibliophile Jacob se borne à dire qu'il est le continuateur de M. Brunet, qu'il enterre par là; c'est infiniment trop de modestie. Il aurait pu ajouter: et de M. Barbier, car il est impossible de dépister plus adroitement les anonymes qu'il ne le fait. Avec lui, il n'est pas de voile qui ne se déchire, pas de paternité qui ne soit recherchée, et trouvée. Quelquefois il attend l'avis de son lecteur auquel il demande (p. 290, n. 1284): «Ne faut-il pas attribuer cette tragédie à mademoiselle F. Paschal?» Quelquefois il est plus sûr de son fait et il vous dit (p. 134, n. 680): «Si Villon n'a pas fait ces vers, il n'y a que Clément Marot qui ait pu les faire.» Vous avez le choix! mais ne sortez pas de là. Comme encore (p. 34, n. 216); «La traduction est CERTAINEMENT ou de Jean Crespin, ou d'Antoine Chaudieu, ou de Théodore de Beze.» Ici vous avez, un peu plus de quoi vous retourner. Là où il vous donne latitude complète, c'est quand il vous dit, comme page 19, n. 124: «Cette traduction doit être de Nicolas Oresme (pourquoi pas!) ou de Christine de Pisan (cela est possible), ou d'un autre.» Cela est encore plus vraisemblable. De même page 134, n. 671: «On peut croire que l'éditeur était Barbazan ou quelque autre.» Y a-t-il quelqu'un d'assez hardi s'appelât-il La Palisse, pour soutenir le contraire?

Personne n'échappe aux distributions d'enfants trouvés par le bibliophile Jacob. Molière lui-même reçoit le sien; page 262, n. 1180: «Nous croyons donc que cette pièce est de Molière,» et il s'agit de cinq actes, par ma foi! Avis donc aux gens qui n'ont pas encore fait relier leur exemplaire de Molière.

Vous savez qu'on n'avait jamais pu trouver que des signatures de Molière; M. de Soleinne le croyait comme nous. Eh bien! pas du tout; le Bibliophile Jacob n'a eu qu'à mettre le nez dans cette bibliothèque, où M. de Soleinne n'avait bien su voir, pour découvrir aussitôt une foule d'autographes de notre premier comique; page 295, n. 1296, il en trouve trois; page 251, n. 1147, il imprime en grandes majuscules: «VOICI DONC ENFIN UN AUTOGRAPHE DE MOLIÈRE.» En vérité le Bibliophile Jacob nous paraît avoir entrepris de régénérer la bibliographie comme l'a fait, pour la Comédie Française, cet autre régénérateur, M. Taylor.

Mais nous avons dépassé l'espace qui nous était accordé. Nous n'avons plus qu'un avis à donner à M. le Bibliophile Jacob. Dans le cas où la famille de M. de Soleinne, pour charmer sa douleur, se déterminerait à donner cette collet lion à la bibliothèque de l'Arsenal, qui possède déjà la collection théâtrale de M. de Paulmy, nous prévenons le rédacteur de ce Catalogue qu'il doit éviter une erreur dans l'adresse. La bibliothèque de l'Arsenal n'est pas, comme il le dit page XIV de la préface, l'ancienne bibliothèque du comte de Provence, mais celle du comte d'Artois. Si ce n'est lui, c'est donc son frère. T.

_Le Livre des Mères de famille et des Institutrices sur l'éducation pratique des Femmes_; par mademoiselle Nathalie DE LAJOLAIS; deuxième édition. Ouvrage couronné par l'Académie française.--Paris, 1843. _Didier_. 1 vol. in-18. Prix; 3 fr. 50 c.

_Le livre des Mères de famille et des Institutrices sur l'éducation pratique des Femmes_, dont la deuxième édition forme un joli volume in-18, renferme cinq parties distinctes:

La _première_ qui comprend vingt-trois chapitres traite des caractères de certains penchants à peu près communs à l'enfance, et de la manière dont il faut redresser ou diriger ces penchants défectueux.

La _seconde_, sous le titre d'_Éducation physique_, tend à faire ressortir la nécessité et les moyens de perfectionner les sens. Par ces moyens, l'auteur entend: les soins de propreté, l'observation des règles d'hygiène, selon la nature du tempérament, divers exercices corporels, l'étude de la musique et du dessin, l'application de l'intelligence à divers jeux usités dans les récréations.

La _troisième_ entre dans tous les détails de l'éducation intellectuelle; elle indique le mode de culture le plus convenable, c'est-à-dire le plus approprié à la nature et au degré d'intensité de chaque faculté. L'intelligence comprend: l'esprit, la mémoire l'imagination, le jugement, la volonté.

La _quatrième_ embrasse l'éducation de l'âme. Après avoir présenté l'analyse des facultés innées, elle marque la direction qu'il faut donner nécessairement à ces facultés, qui sont: le sens moral, l'amour du beau, le sentiment de l'infini, la raison ou l'amour du vrai, la conscience ou le sentiment de la justice.--La religion, intimement liée à l'éducation de l'âme, fait la matière spéciale d'un chapitre dans cette quatrième partie.

La _cinquième_ et _dernière_ résume tout ce qui a rapport directement à l'instruction des femmes. L'instruction y est considérée sous un double point de vue: celui de l'instruction _essentielle_ et celui de l'instruction _complète_ ou perfectionnée.

Le chapitre de l'enseignement des sciences présente chaque branche de connaissances divisée en deux parties distinctes, savoir: la science _positive_, matérielle ou sensible, et la science _spéculatrice_ ou morale. Pour l'une, sont indiqués les bons livres élémentaires à mettre entre les mains des enfants, les livres utiles aux mères et aux institutrices, et la marche progressive à suivre dans l'enseignement; pour l'autre est indique l'esprit dans lequel chaque connaissance doit être acquise, afin que toutes réunies, les sciences convergent vers un point d'unité propre à élever puissamment l'esprit et le coeur.

Dans le dernier chapitre du livre, les arts sont traités de manière à ce que l'artiste et l'amateur puissent appliquer à leur travail ou à leur étude spéculative une méthode raisonnée.

Le rapport lu par M. Jay à l'Académie Française, le 17 juin dernier, sur les ouvrages les plus utiles aux moeurs, contenait le passage suivant:

«Il me reste à vous faire connaître l'ouvrage que votre commission a jugé digne de partager le prix. C'est un livre sur l'éducation des jeunes filles, par mademoiselle Nathalie de Lajolais. De grands esprits se exercés sur ce sujet, qui intéresse au plus haut point la société et ceux qui sont chargés de sa direction; Fénelon lui-même est descendu des hauteurs de son génie pour traiter ce même sujet avec la sagesse et l'onction pénétrante qui le caractérise. Mais la société n'est pas immobile: le temps amené dans les moeurs, dans les habitudes sociales, des modifications inévitables qui exigent de nouvelles études et de nouvelles appréciations. Les principes généraux restent les mêmes; mais l'application, les méthodes, subissent des transformations qu'il est utile de suivre et de déterminer.

«Tel a été le but de mademoiselle Nathalie de Lajolais. Ce n'est point de la théorie, c'est de la pratique, et cette pratique est le fruit de sa propre expérience; elle indique les moyens les plus propres à guider les jeunes personnes des les premiers pas dans la vie intellectuelle, à éclairer leur esprit, à fortifier leur raison, à leur faire aimer les devoirs de la religion, enfin à les rendre capables de surveiller un jour elles-mêmes un ménage, une jeune famille et de fixer le bonheur au foyer domestique.

«Je regrette que l'étendue du rapport dont votre commission m'a chargé ne me permette pas d'entrer dans plus de détails sur l'ouvrage de mademoiselle Nathalie de Lajolais. Le style est ce qu'il doit être, correct, naturel, et souvent gracieux. La récompense que je vous propose de lui décerner ne sera de votre part qu'un acte de justice.» X.

_Histoire de la Confédération suisse_; par JEAN DE MULLER, ROBERT GLOUTZ-BLOZHEIM et J.-J. HOTTINGER, traduite de l'allemand, avec des notes nouvelles, et continuée jusqu'à nos jours, par MM. CHARLES MONNARD ET LOUIS VULHEMIN. Jusqu'ici 13 vol. in-8; l'ouvrage en aura 16.--Paris, _Th. Ballincore_, éditeur.

Le Français est devenu touriste, et la Suisse est une des contrées qu'il préfère. Il visite et parcourt les profondes Vallées, il gravit les monts escarpés, il franchit les cols sauvages, il s'arrête à Lausanne; Lausanne la ville des oisifs et des lettres, la ville des heureux qui savent l'être par la contemplation rêveuse ou le recueillement studieux. J'étais donc Lausanne depuis quelques jours, et je me promenais, avec l'obligeante permission du maître sous les ombrages magnifiques de Mon-Repos, cette villa pour moi si bien nommée. J'achevais, dans ces paisibles allées, la lecture du treizième volume de l'_Histoire suisse_, qui en aura seize quand M. Monnard aura terminé la part dont il s'est chargé, le volume que j'avais en main était le dernier des trois que nous devait son collaborateur M. Vulhemin. J'admirais que d'un centre littéraire si modeste fût sortie une oeuvre aussi considérable que celle à laquelle ces deux savants ont consacré tant d'années. «Mais quel appui, me disais-je, soutient cette vaste publication? Seize volumes in-8 très-compacts sur l'histoire d'un petit peuple. Muller, Gloutz-Blozheim. Hottinger traduits tout entiers, puis trois volumes de M. Vulhemin sur l'époque de la Réformation et des guerres de religion, jusqu'en 1712, et trois volumes de M Monnard des cette époque jusqu'à nos jours! Et ces ouvrages sont trop sérieux pour obtenir un succès de fantaisie; ils ne peuvent s'adresser qu'aux lecteurs graves... «Eh bien! ces lecteurs se sont trouvés, et cette patriotique entreprise sera conduite à bonne fin, et il viendra prochainement un jour où les conservateurs de bibliothèques découvriront avec peine, un exemplaire de l'oeuvre monumentale qui fait honneur à la ville qui la voit s'accomplir.» Comme je me livrais à ces réflexions, je rencontrai au détour d'une allée un vieillard à la figure expressive; il y avait une rare finesse dans sa bouche et dans son regard. Je le saluai, et, encouragé par un sourire bienveillant et quelques paroles pleines de courtoisie, j'entrai en conversation. Nous fûmes bientôt sur le sujet dont j'étais plein: le volume que je portais en fut l'occasion naturelle. Après m'être répandu en éloges sur la consciencieuse fidélité des traducteurs, sur la science, le charme et l'originalité des trois derniers volumes dont M. Vulhemin est l'auteur, je revins aux réflexions que m'avait suggérées l'importance même de l'ouvrage. Que d'avances nécessaires! quels généreux sacrifies pour rendre possible une telle publication. «A qui, monsieur, les Suisses en sont-ils redevables?» Le vieillard ne répondit rien à ma question et me dit en souriant: «Venez dîner demain chez moi avec les auteurs.--Chez qui, monsieur, aurai-je l'honneur de dîner?--Chez. M. Perdonnet; ici, à Mon-Repos, à cinq heures, et soyez exact, s'il vous plaît.» Le lendemain, à cinq heures précises, nous, étions à table, et je passai une des plus agréables soirées dont il me souvienne. Savoir, politesse, nobles sentiments, admiration sincère pour les hommes que la France admire; avec cela une profonde connaissance de la Suisse, un ton d'indépendance républicaine sans jactance: voilà ce que je trouvai dans la société quelques hommes d'élite que la France littéraire fera bien de réclamer comme siens. Il y a plaisir d'être juste envers des hôtes si polis et si bienveillants. Je reconnus bientôt que le patron du grand ouvrage publié par MM Monnard et Vulhemin était M. Perdonnet lui-même. Il me pardonnera de signaler ici un acte de munificence éclairée, digne de servir d'exemple. Sans doute le succès de l'entreprise limitera le service du riche à une avance de fonds; mais sont-ils nombreux les riches qui veulent bien aller jusque-là? Ce trait est une page pour le livre. L'histoire de la Suisse a été souvent celle des généreux sacrifices; et à celui de tout les auteurs de leur temps, de leurs forces, de leur vies, sans attendre d'autre prix que la reconnaissance de leurs concitoyens, il convient de joindre celui de leur ami, qui les aide à mettre, en lumière des travaux si dignes de l'attention de l'Europe.

Amusement des Sciences,

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS L'AVANT-DERNIER NUMÉRO.

I. La figure que nous donnons ici est la coupe longitudinale de la table et de l'appareil employés pour maintenir le seau à l'état d'équilibre.

A est la tablette qui forme le dessus de la table; CBD est le bâton auquel ou suspend le seau par son anse HF, de telle sorte que cette anse soit inclinée et que le milieu du seau soit en dedans du rebord de la table. GFE est un autre bâton que l'on a coupé d'une longueur telle qu'en l'appuyant contre l'angle intérieur G du seau, contre son bord supérieur F et contre une entaille pratiquée un E au-dessous du premier bâton CD, il maintienne l'axe, du seau vertical. Il est facile de voir que ces dispositions donneront lieu à un équilibre parfait.

Car d'abord, en supposant l'anse I H maintenue dans la position inclinée qu'on lui a donnée, le seau, ayant son axe vertical, serait en équilibre, et pour donner une fixité complète à cette position de l'anse par rapport au seau, le bâton G F E suffit évidemment. Il ne reste donc plus qu'une condition à remplir: c'est que le bâton C D ne tende pas à basculer ni à glisser le long de la table A. Or, on y a satisfait évidemment en ayant eu soin d'incliner assez le seau pour que son axe, qui est vertical, ne tombe pas en dehors du bord de la table.

On peut exécuter, d'après le même principe, quelques autres tours du même genre.

Soit, par exemple, un crochet recourbé DFG, comme on le voit sur la gauche de notre figure, portant un poids G. Ce crochet ainsi chargé sera tenu en équilibre, si on pose au-dessous de son extrémité supérieure un petit bâton ou un bout de planche de telle sorte que la verticale, passant par le point de suspension du poids G, tombe en dehors du rebord de la table par rapport au point où pose le crochet. Ainsi, le petit bâton, qui, sans cela, aurait pu tomber, est maintenu par le poids même dont on le charge à l'aide du crochet.

On voit, dans ce qui précède, la solution d'un problème de mécanique appliquée, paradoxal en quelque sorte: «Un corps tendant à tomber par son propre poids, l'empêcher de tomber, en y ajoutant un poids précisément du côté où il tend à tomber.» Tout l'artifice consiste à faire réellement agir le poids que l'on ajoute en sens contraire de celui où il est ajoute.

II. Il est évident que pour que la chose soit possible, il faut que ces femmes vendent au moins à deux différentes fois et à différents prix, quoiqu'à chaque fois elles vendent toutes ensemble au même prix; car, si celle qui avait le moins de perdrix en a vendu un très-petit nombre au prix le plus bas et qu'elle ait vendu le surplus au plus haut prix, tandis que celle qui en avait le plus grand nombre en avait vendu la plus grande partie au plus bas prix et n'a pu en vendre qu'un petit nombre au plus haut, il est clair qu'elles auront pu faire des sommes égales. Il s'agit donc de diviser chacun des nombres 10, 25, 30, en deux parties telles que, multipliant la première partie de chaque par le premier prix, et la seconde par le second, la somme des deux produits soit partout la même.

Ce problème est indéterminé et susceptible de dix solutions différentes. Il est d'abord nécessaire que la différence des prix de la première et de la seconde vente soit un diviseur exact des différences 15, 20, 5, des trois nombres de perdrix donnés. Or, le moindre diviseur de ces trois nombres est 5; c'est pourquoi les prix doivent être 6 et 1 décimes, ou 7 et 2 décimes, ou 8 et 3 décimes, etc.

En supposant que les deux prix soient 6 et l'on trouve sept solutions différentes, comme on le voit dans le tableau suivant:

Première vente Deuxième vente Prod. lot.

1re femme 4 perdrix à 6 dec. 6 perdrix à 1 dec. 30 dec. 2e 1 24 30 3e 0 30 30

Ou bien:

1re femme 5 5 35 2e 2 23 35 3e 1 29 35

Ou bien: 1re femme 6 4 40 2e 3 22 40 3e 2 28 40

Ou bien: 1re femme 7 3 45 2e 4 21 45 3e 3 27 45

Ou bien: 1re femme 8 2 50 2e 5 20 50 3e 4 26 50

Ou bien: 1re femme 9 1 55 2e 6 19 55 3e 5 25 55

Ou bien: 1re femme 10 0 60 2e 7 18 60 3e 6 24 60

Si l'on suppose que les deux prix soient 7 et 2, on aura encore les trois solutions suivantes:

Première vente Deuxième vente Prod. lot.

1re femme 8 perdrix à 7 dec. 2 perdrix à 2 dec. 60 dec. 2e 2 23 60 3e 0 30 60

Ou bien: 1re femme 9 1 65 2e 3 22 65 3e 1 29 65

Ou bien: 1re femme 10 0 70 2e 4 21 70 3e 2 28 70

Il serait inutile d'essayer 8 et 3 et tout autre nombre; on n'en pourrait tirer aucune solution.

NOUVELLES QUESTIONS À RÉSOUDRE.

I. On demande combien de combinaisons comporte l'opération qu'on appelle _donner_ au jeu de piquet.

II. On demande le nombre de manières dont il est possible que le sort repartisse les membres de notre Chambre des Députés dans les bureaux dont se compose cette Chambre.

III. On demande: 1° un moyen certain de reconnaître les balances frauduleuses, qui paraissent justes vides aussi bien que chargées de poids inégaux; 2º le principe sur lequel ces balances sont fondées; 3º une méthode certaine pour se faire donner un poids exact, quel que soit l'état de la balance employée.

Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS. Après l'Hymen, l'Amour s'enfuit.