L'Illustration, No. 0038, 18 Novembre 1843

Part 7

Chapter 72,208 wordsPublic domain

«En Angleterre, ce pays des grandes opinions, la _chute_ d'une noble espérance _dévore les entrailles_ des hommes d'État. (P. 222.)

«La Prusse, ce long _boyau_ qui a la _tête_ sur le Niemen et les _pieds_ sur la Meuse.» (Page 306.)

M. Capefigue, qui s'avoue si souvent et si hautement conservateur se permet pourtant çà et là quelques attaques que nous ne savons comment qualifier, contre certaines institutions civiles. Ainsi on lit à la page 84: «A peine rendu à la vie séculière, M. de Talleyrand eut à subir les exigences impérieuses du premier Consul. Bonaparte, qui se piquait de haute moralité, lui imposa l'obligation du mariage, _grande plaie pour l'homme spirituel et de bon goût..._»

Les citations sont suffisantes. Nos lecteurs savent maintenant dans quel esprit et avec quel style M. Capefigue a ecrit les biographies du prince de Metternich, du comte Pozzo di Borgo, du prime de Talleyrand, du baron Pasquier, du duc de Wellington, du duc de Richelieu, du prince de Hardenberg, du comte de Nesselrode et de lord Castlereagh. Il nous resterait maintenant à prouver que cet ouvrage, si noblement pensé et si purement écrit, contient presque autant d'erreurs que de faits; mais un pareil travail ne saurait trouver place dans _l'Illustration_. Seulement, pour donner une idée de la _conscience historique_, qu'on nous permette cette expression, de railleur des _Diplomates européens_, nous emprunterons encore un court passage à la Notice du prince de Talleyrand.

«Dès 1812, tout _prestige était effacé sur_ l'Empereur: l'incendie de Moscou, les glaces qui avaient enveloppé d'un linceul la grande-armée, la conspiration de Mallet, in avaient ébranlé la force impériale. Les négociations de M. de Talleyrand prenaient une indicible hardiesse; les plénipotentiaires des puissances avaient fixé un congrès à Châtillon, plutôt pour la forme que pour discuter des questions véritablement diplomatiques. M. de Caulincourt devait y présenter un traité sur les limites de la France en conservant Napoléon sur le trône ou la régence de Marie-Louise. Le dévouement de M. de Caulincourt à l'Empire ne pouvait pas être mis en doute: ce fut à ce moment que M. de Talleyrand envoya un agent mystérieux au quartier-général de l'empereur Alexandre. Cet agent, M. de Vitrolles, je crois, dut exposer l'état de la capitale, le besoin qu'on avait d'en finir avec l'empereur Napoléon, la nécessité surtout d'une restauration de l'ancienne dynastie, seule solution positive à l'état de choses. M. de Vitrolles s'acquitta avec beaucoup de zèle et d'esprit de cette mission intime qui le plaçait en face d'immenses dangers; il parvint à remettre à l'empereur Alexandre des lettres chiffrées de M. de Talleyrand, et un mémoire fort détaillé sur l'état des esprits...»

Eh bien! M. de Vitrolles nous a autorisé à le déclarer en son nom, il n'y a pas un seul mot de vrai dans toute cette histoire.

M. de Vitrolles ne reçut pas, comme le croit M. Capefigue, une pareille mission de Talleyrand; il ne lui avait même jamais parlé.

Du reste, M. Capefigue paraît, sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, s'attendre a un démenti. Il n'ose pas affirmer, il se contente de croire, cette manière d'écrire l'histoire n'est-elle pas réellement originale? J'allègue un fait, je ne suis pas sûr qu'il ait eu lieu, mais je le crois, ou plutôt je le pense, cela me suffit. Ne me demandez pas de le vérifier, je suis un trop grand historien pour m'abaisser à de pareilles recherches. Ce «Je crois!» c'est M. Capefigue peint par lui-même. Que pourrions-nous ajouter à un portrait si ressemblant?

L'auteur de la _Galerie des Contemporains illustres_, qui s'appelle un HOMME DE BIEN, possède toutes les qualités, dont M. Capefigue est privé. Nous n'avons que des éloges à donner à cette publication. L'étendue et la variété de ses connaissances, l'élégante simplicité de son style, son impartialité, son indépendance, sa raison et son bon goût, assureront à l'HOMME DE BIEN, dont nous respecterons l'anonyme, une place éminente parmi les écrivains les plus distingués de notre époque. On sent, en parcourant la _Galerie des Contemporains illustres_, que M. de L***. n'a pas voulu faire une spéculation éphémère, comme d'autres biographes contemporains, mais un livre sérieux et vrai, qui sera toujours lu et consulte avec autant de profit et de plaisir.

Ses erreurs, quand il en commet, sont toujours involontaires.

Mais aussi qui pourrait se vanter de n'avoir jamais recueilli un seul renseignement inexact dans cent et quelques biographies d'hommes pour la plupart encore vivants?

L'HOMME DE BIEN, répondant à certains critiques dans la préface; de son cinquième volume, a donc pu affirmer, sans craindre d'être démenti, qu'il était «un être un et réel, parfaitement inoffensif et indépendant, disant poliment ce qui lui semble la vérité sans intention de plaire ou de déplaire à qui que ce soit, et ne recevant jamais d'autre inspiration que celle de sa conscience.»

Mais si divertissants que nous semblent _les diplomates européens_, si intéressants que soient les _Contemporains illustres_, il est temps de faire, sous la conduite de Grandville, une petite excursion dans un autre monde que le nôtre. Ce n'est pas l'autre monde, celui des démons et des anges, dont tous les grands poètes de l'antiquité et des temps modernes nous ont laissé des descriptions plus ou moins exactes et agréables; c'est _un autre Monde_, un monde qui n'a jamais existé que dans l'imagination de son inventeur et créateur, un monde qui nous promet, comme son titre l'annonce, une foule de transformations, visions, incarnations, ascensions, locomotions, explorations, pérégrinations, excursions, stations, cosmogonies, fantasmagories, rêveries, folâtreries, facéties, lubies, métamorphoses, zoomorphoses, lithomorphoses, métempsycoses, apothéoses, et autres choses.

Si nous ouvrons ce volume _merveilleux_, qu'y voyons-nous, en effet? D'abord, après un spirituel menuet danse par la plume et le crayon, l'apothéose du docteur Puff, qui crée deux néo-dieux à son image: le capitaine Krackq, professeur de natation, et le compositeur Habblle. Ces trois co-dieux se partagent immédiatement l'univers à pile ou face. Krackq choisit la mer. Habblle prend le ciel, la terre reste à Puff. Ingénieuse allégorie pour nous avertir que fauteur de _l'autre monde_ va nous révéler tous les mystères des plus bizarres fantaisies de _la Folle du Logis_; aussi marchons-nous dès lors de surprise en surprise. Là, ce ce sont des _instruments_ ou des _végétaux_ qui prennent des formes et des figures humaines pour donner un conseil ou se battre en duel; ici, des animaux déguisés se livrent, au fond des eaux, aux divertissements les plus excentriques d'un bal masque. Plus loin, _aux déguisements physiologiques_ succède un curieux chapitre intitulé le _Royaume des Marionnettes_; on y remarque même des maillots qui dansent un pas de caractère avec des crabes. Mais bientôt les plaisirs de l'hiver font place à ceux de l'été: poissons d'avril, Longchamps, exposition de tableaux, ateliers de peintres, Louvre des marionnettes, que d'esprit et de talent vous faites dépenser à votre fécond créateur... De la terre, remontons aux cieux, nous pourrons être témoins d'une éclipse conjugale; nous y verrons le soleil et la lune s'embrasser, les signes, du zodiaque danser la sarabande, une comète se promener sentimentalement dans l'espace, etc., etc.; nous assisterons à la représentation des amours d'un pantin et d'une étoile; puis, pour nous remettre des fatigues de cet étrange voyage, nous irons passer un après-midi au Jardin-des-Plantes. Jetons un regard rapide sur cette foule variée des monstrueux _doublivores_ qui attire d'abord nos regards, et courons à la fête des fleurs; car bientôt des locomotives aériennes viendront nous enlever pour nous ravir au quatre-vingt-dix-septième ciel, où nous connaîtrons enfin quelques-uns des mystères de l'infini. Que vous dirai-je encore? Vous parlerai-je des Iles Marquises, des grands et des petits, de la jeune Chine, d'une journée à Herculanum, d'une macédoine céleste, d'une course au clocher conjugal, des plaisirs des Champs-Élysées, de l'enfer de Krackq, des noces du Puff et de la réclame, des métamorphoses du sommeil, de la meilleure forme de gouvernement, de la fin de l'un et de l'autre monde?... J'aime mieux employer le peu de place qui me reste à vous apprendre, si vous l'ignorez, ô mes bien-aimés lecteurs et lectrices, que Grandville n'avait peut-être jamais été, sinon plus heureux, du moins plus original, plus habile, plus spirituel que dans ce beau volume qui a pour titre un _Autre Monde_. 20,000 souscripteurs et acheteurs partageront, je n'en doute pas, avant la fin de cette année, ma surprise et mon admiration.

An. J.

Modes.

Cet hiver on emploie beaucoup de velours pour ornement de robes; nous donnons une robe garnie, au bas, de deux biais de cette étoffe; le corsage et les manches ont la même garniture.

Le costume d'enfant, dont le modèle nous a été fourni par madame Marnedaz, est en étoffe de laine, et les ornements sont également en velours.

A la première et à la seconde représentation de _Dom Sébastien_, à l'Opéra, les toilettes étaient très-brillantes: nous avons remarqué, entre autres, une robe de satin blanc avec un rang de dentelle pose sur chaque côté de la jupe, de manière à produire l'effet de deux barbes; au milieu était un petit plissé en ruban de satin, autour duquel tournait la dentelle. Deux rangs de dentelle pareille, surmontées d'un petit plis de ruban, ornaient le corsage, et les manches. Une fort belle épingle en coque de perles, entourée de marcassite, descendait jusqu'à la moitié du corsage; les coques étaient séparées par un noeud formé de marcassite. Un bracelet de même genre complétait cette parure riche et du goût le plus nouveau, puisque les vieux bijoux sont la plus nouvelle mode.

Une autre toilette, dont l'ensemble était encore très-gracieux, se composait d'une robe de velours d'Afrique rose à plissé de rubans descendant de chaque côté de la jupe, toujours en tablier, avec torsade en passementerie lacée en carreau au milieu et diminuant de largeur vers la ceinture (la même garniture se répétait au corsage); puis d'un petit bonnet en dentelle avec barbes relevées sur le derrière de la tête, et dont toute la grâce consistait dans l'arrangement et la pose d'une fleur, d'un noeud, d'un rien.

On peut affirmer que le blanc, le rose et le gris argenté dominaient dans ces premières réunions de la saison.

Mais, comme une femme en négligé est encore plus intéressante que sous tous les costumes de grande parure, la recherche des robes de chambre est devenue un luxe, une mode, un usage général. Les vastes et longs plis de soie ou de cachemire conviennent à presque toutes les tailles. Pour ces robes, le satin imitant le piqué fait de charmantes doublures; il fait fort bien encore pour leuts revers, mais là doit se borner son emploi. Pour les robes de ville et les manteaux, il ne doit servir qu'à doubler; l'utiliser comme ornement extérieur serait un manque de goût. Toutefois, on peut faire une exception en faveur des pelisses de cachemire on de soie pour sorties de bal et de théâtre.

Amusements des sciences..

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE DERNIER NUMÉRO.

I. La solution de divers problèmes de mécanique dépend de la connaissance de la nature du _centre de gravité_.

On appelle ainsi dans un corps, le point autour duquel toutes ses parties se balancent, de manière que s'il était suspendu par là, il resterait indifféremment dans toutes les situations où on le mettrait autour de ce point.

Il est aisé de voir que, dans les corps réguliers et homogènes, ce point ne peut être autre que le centre de figure. C'est ce qui a lieu dans un globe, dans un sphéroïde, dans un cylindre.

On trouve le centre de gravité entre deux poids ou corps de différente pesanteur, en divisant la distance de leurs points de suspension en deux parties qui soient comme leurs poids, en sorte que la plus courte soit du côté du plus pesant, et la plus longue du côté dit plus léger, c'est là le principe des balances à bras inégaux, où, avec un même poids, on pèse plusieurs corps de différentes pesanteurs.

Lorsqu'il y a plusieurs poids on cherche par la règle précédente le centre de pesanteur de deux; on les suppose ensuite réunis dans ce point, et l'on cherche le centre de gravité commun avec le troisième poids et les deux premiers réunis dans le point premièrement trouvé, et ainsi de suite.

Soient, par exemple, les poids A, B, C, suspendus aux trois points D, E, F de la ligne ou balance DF, que nous supposons sans pesanteur. Que le poids A soit de 108 kilog., B de 144 et C de 180; la distance DE de 11 mètres et EF de 9 mètres.

Cherchez d'abord entre les poids B et C le centre commun de gravité; ce que vous ferez en divisant la distance EF, ou 9 mètres, en deux parties qui soient comme 144 et 180, ou 4 et 5. Ces deux parties sont 4 et 5 mètres, dont la plus grande doit être placée du côté du plus faible poids. Ainsi le poids B étant le moindre, on aura EG; de 5 mètres et FG de 1 mètres; conséquemment DG sera de 16.

Supposez à présent au point G les deux poids B et C réunis en un seul, qui sera par conséquent de 324 kilog.; divisez la distance DG, ou 16 mètres, dans le rapport de 108 à 324, ou de 1 à 3: l'une de ces parties sera 12 et l'autre 4. Ainsi le poids A étant moindre, il faut prendre DH égal à 12 mètres, et le point H sera le centre de gravité commun des trois poids.

On eût trouvé la même chose si l'un eût commencé à réunir les poids A et B.

La règle est enfin la même, quel que soit le nombre des poids et qu'elle que soit leur position dans une même ligne droite un dans un même plan un non.