L'Illustration, No. 0038, 18 Novembre 1843
Part 4
Une roue se compose de quatre parties distinctes: le moyeu, les rais, la jante et la frette: le moyen et la jante sont en fonte, les rais et la frette en fer forgé. On fabrique d'abord les rais, qu'on place, enduits à chacune de leurs extrémités d'une couche de borax, dans le moule où l'on doit couler les deux pièces qu'ils relient; on coule alors le moyeu et la jante à des intervalles différents, pour éviter les effets d'un refroidissement inégal, et quand la roue sort du moule, les trois parties font corps ensemble. Quant à la frette, elle est, comme nous l'avons dit, en fer battu et armée d'un bourrelet conique sur une de ses faces et vertical sur l'autre; on l'applique à chaud sur la jante; elle se contracte en refroidissant de manière à serrer fortement l'ensemble de la roue; on la fixe alors à la jante par des boulons à têtes noyées.
D'après ce qui précède, on voit que la rupture du bourrelet ne peut être attribuée qu'à un défaut de fabrication, si la roue, était neuve ou si le défaut était caché; ou, dans le cas contraire, et en supposant le défaut visible, au manque du surveillance. C'est ce que l'enquête à laquelle se livrent en ce moment les hommes de l'art fera connaître avant peu.
Chaque fois qu'un événement comme celui dont nous entretenons nos lecteurs arrive, on se demande avec effroi quelles sont les précautions à prendre pour combattre la puissance aveugle qui entraîne après elle ces masses énormes; on veut savoir si tout a été fait pour prévenir les accidents, s'il ne serait pas possible de dominer la matière au point de la rendre, pour ainsi dire, intelligente, et d'éloigner pour toujours les chances de mort auxquelles s'exposent les voyageurs en empruntant ce nouveau genre du locomotion. Eh bien! nous devons le dire, dans cette science, née d'hier, beaucoup d'améliorations sont encore à désirer, beaucoup de problèmes sont encore à résoudre. D'un autre côté, il existe, sur certains chemins de fer, des appareils de sûreté qui ne se retrouvent pas sur d'autres, et dont l'usage devrait cependant être conseillé et imposé, au besoin, à ces compagnies. Les causes d'accidents sont de plusieurs espèces; les principales sont les déraillements, les collisions et les ruptures d'essieu; quant aux explosions de machines locomotives, elles sont excessivement rares, et n'arrivent, pour ainsi dire, que par la négligence du mécanicien. En effet, les tôles de la chaudière, qui n'ont guère que 4 à 5 atmosphères à supporter, sont de force à résister à 8 ou 10 atmosphères; la production de vapeur suit la vitesse de marche, puisque c'est le jet de vapeur dans la cheminée de la locomotive qui active la combustion, et, par suite, la vaporisation de l'eau; quand la machine est au repos, le foyer est très-peu actif, et la vapeur formée se rend dans le tender pour échauffer l'eau d'alimentation.
Les collisions entre deux convois ne peuvent être prévenues que par une bonne administration; le choc est pour ainsi dire inévitable, surtout quand les deux trains qui s'avancent l'un sur l'autre sont séparés par des courbes en tranchée, qui les empêchent de se voir. Il faut, en effet, un temps plus ou moins long pour arrêter un convoi, et ce temps dépend de la vitesse et de la masse du convoi, et de la puissance de la locomotive. Ainsi, le calcul démontrera que pour un convoi composé de vingt-une voitures, dont trois armées de freins et de deux locomotives, comme était le convoi du 8 mai 1842, sur le chemin de fer de Versailles (rive gauche), l'espace nécessaire pour arrêter le convoi, en serrant instantanément tous les freins et en renversant la vapeur, était de 160 mères; mais entre le moment où les convois s'aperçoivent et celui où tous les moyens d'arrêt sont employés, il y a un certain temps pendant lequel les convois continuent à se rapprocher. On voit donc que pour éviter une collision, il faut que les convois s'aperçoivent de très-loin.
La rupture des essieux est un des accidents les plus graves qui puissent avoir lieu sur les chemins de fer. La commission créée par le ministre des travaux publics, après le fatal événement du 8 mai, pour rechercher les moyens de sûreté applicables aux chemins de fer, s'est entourée de tous les documents relatifs à cet objet, a entendu une foule d'industriels et d'inventeurs; mais rien n'a encore transpiré du résultat de ses délibérations. Toutefois, nous devons dire que prétendre arriver à fabriquer un essieu qui ne se rompe jamais, nous paraît une utopie. Ce qu'il faut chercher, ce sont les moyens de sauvetage à appliquer quand la rupture de l'essieu se manifeste. Ces moyens de sûreté eux-mêmes ont été l'objet d'une foule de communications à la commission dont nous venons de parler; nous ne croyons pas exagérer en portant à _trois cents_ le nombre des inventeurs qui, tous animés, nous le reconnaissons, d'excellentes intentions, mais montrant une tendresse bien naturelle pour le fruit de leurs veilles et de leur imagination, se sont présentés à cette commission avec des moyens _infaillibles_ de sauvetage reconnus, après examen, impraticables ou dangereux. Le nombre seul de ces inventions, qui ont trait au même objet, et qui tournent dans un même cercle assez restreint, est un indice certain de la difficulté de la matière, et doit rendre extrêmement circonspects les hommes de l'art dont l'industrie attend le jugement. La commission n'a donné encore publiquement son approbation qu'à deux systèmes de sûreté: l'un, de M. Locart, ingénieur du chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon; l'autre, de M. Chaussenot, ingénieur mécanicien à Paris; elle a demandé l'insertion de leurs mémoires dans les _Annales des ponts-et-chaussées_.
Nous espérons être, avant peu, à même d'offrir à nos lecteurs les dessins détaillés de ces divers systèmes; disons seulement aujourd'hui que celui de M. Locart est en usage depuis longtemps déjà sur le chemin de fer auquel il est attaché comme ingénieur. Il consiste en un appareil de décrochage qui sépare instantanément la locomotive et son tender du reste du convoi. On conçoit qu'avec cet appareil le danger du déraillement est de beaucoup diminué, et l'expérience a prouvé en effet l'efficacité de ce système, qui maintes fois a prévenu de grands malheurs sur le chemin de Saint-Étienne. Nous reviendrons avec détail sur cet ingénieux appareil.
Qu'il nous soit permis, en finissant, de renouveler la recommandation que nous avons déjà, faite de ne jamais essayer, quel que soit l'accident qui arrive, de sortir des wagons tant qu'ils sont en marche. Le corps du voyageur est animé de la même vitesse que le convoi; ainsi, tout immobile qu'il est sur sa banquette, libre de ses mouvements et ne ressentant ni élan ni fatigue, il n'en a pas moins une vitesse de 8, 10 ou 12 lieues à l'heure. Il renferme donc une grande puissance accumulée, ou une grande _force d'inertie_. (La _force d'inertie_ est le travail qu'il faut dépenser pour animer un corps d'une certaine vitesse, ou bien le travail qu'il faut enlever à ce corps pour amortir sa vitesse.) Ainsi un voyageur pesant 80 kilogrammes, dans un convoi qui fait 56 kilomètres à l'heure ou 10 mètres par seconde, a une force d'inertie représentée, par 407 kilogrammètres. On entend par kilogrammètre un poids d'un kilogramme élevé à un mètre. Le _cheval vapeur_, considéré comme unité dynamique, équivaut à 75 kilogrammètres, ou à 75 kilogrammes élevés à 1 mètre en une seconde. D'où il suit que les 407 kilogrammètres qui constituent la force d'inertie accumulée dans le corps d'un homme placé dans les conditions énoncées plus haut, équivalent à une force de 5 chevaux et un tiers. Qu'on juge, d'après cela, du choc épouvantable qu'occasionne le brusque amortissement de cette force vive, et en effet, presque aucun de ceux qui se sont ainsi précipités hors des wagons n'ont échappé à la mort.
Histoire de la Semaine.
La France, cette semaine, nous fera peu parler d'elle. Dans les régions du pouvoir et de la politique on se repose, pour ne pas dépenser une activité et une force dont on prévoit qu'on aura besoin quand les Chambres seront réunies. Les seuls actes que les journaux aient enregistrés sont des mutations dans nos ambassades depuis longtemps annoncées. Les ordonnances qui envoient M. le comte Bresson à Madrid, M. le comte de Salvaudy à Turin, M. le marquis de Dalmatie à Berlin, ont enfin paru. Le ministère a également pris le parti de donner un successeur à M. le comte de Ratti-Menton, auquel sa sortie sauvage contre un autre agent français a donné récemment une fâcheuse célébrité. C'est M. Lefèvre-Debecourt, dont les services antérieurs à la Plata ont été fort diversement appréciés, qui va aller occuper notre consulat général, aujourd'hui si important, de l'Indo-Chine. Enfin, si l'on en croît la _Gazette d'Augsbourg_, qui sait assez souvent d'avance ce qui se prépare à l'hôtel de la rue Neuve-des-Capucines, M. Mortier, notre ministre en Suisse, serait, sur sa demande, mis en disponibilité, et remplacé par M. de Bourqueney, qui remettrait à un autre chargé d'affaires l'intérim de M. de Pontois.--Il nous est pénible d'avoir à mentionner une autre mesure sur laquelle, espérons le, le ministère, mieux inspiré, reviendra. De pauvres Italiens, fuyant les sévices que le gouvernement papal, mal conseillé, avait résolu d'exercer contre eux, étaient venus chercher un refuge dans la Corse, qui leur rendait le soleil et la langue de leur patrie. Au moment où les feuilles anglaises et les feuilles allemandes annoncent que si les forces autrichiennes et piémontaises interviennent dans les légations, ce ne sera qu'à la condition que le pape prendra l'engagement de réformer bon nombre des abus administratifs dont ses sujets se plaignent, les réfugiés romains viennent de recevoir du ministre de l'intérieur l'ordre de quitter la Corse et d'interner à Châteauroux. Nous n'avons nullement l'intention de médire du chef-lieu du département de l'Indre; mais, en vérité, pour des Italiens, y être conduits à l'entrée de l'hiver, c'est être exilés en Sibérie.--M. le duc et madame la duchesse de Nemours, sur l'invitation pressante de la reine d'Angleterre, sont allés rendre à cette princesse la visite qu'elle est venue faire au château d'Eu pendant qu'ils étaient au camp de Bretagne. La coïncidence du voyage du futur régent avec celui du prétendant a donné lieu, dans quelques journaux, à beaucoup de gloses et de commentaires. Tout ce qu'il en faut conclure, c'est qu'en même temps que l'un voyage pour se distraire, l'autre voyage pour se consoler; et que l'Angleterre croit, avec raison, faire preuve de bon goût en se montrant bienveillante et empressée aussi bien envers le malheur qu'envers la fortune.
Il vient de se former à Birmingham une _Union nationale_, ou confédération générale de toutes les classes, pour rendre les ministres de la couronne légalement responsables de la misère du peuple. Son manifeste, rédigé par un ancien membre de la Chambre des Communes, M. Thomas Atwood, a été immédiatement couvert de milliers de signatures. Chaque jour semble amener un embarras nouveau au ministère de sir Robert Peel. Les échecs et les ennuis se succèdent pour lui sans interruption. Il voyait, il y a peu de jours, la Cité envoyer au parlement un candidat autre que le sien; une nouvelle législation sur les céréales lui est demandée avec une insistance fort incommode, par les journaux mêmes qui, hier encore, lui semblaient tout dévoués; enfin, aujourd'hui, 16,000 unionistes, rassemblés en quelques heures, disent dans une proclamation adressée au peuple: «Nous appelons à nous toutes les classes laborieuses du royaume. Amis, compatriotes et frères, notre plan est placé devant vous. Les difficultés, les dangers d'accumulent autour de nous... Vous, électeurs et non électeurs, qui souffrez de l'oppression commune; vous, marchands, manufacturiers et commerçants, qui travaillez malgré tant de difficultés; vous, propriétaires et fermiers, qui possédez encore quelque chose, mais qui voyez votre ruine inévitable; vous, capitalistes et rentiers, dont les revenus diminuent chaque jour, et dont les propriétés, mises dans la balance, sont plus légères que la misère et le mécontentement publics; et vous, honnêtes mais malheureux ouvriers et laboureurs, l'orgueil, la gloire et la force de notre pays, nous vous appelons de toutes nos forces, venez à nous et aidez-nous dans la grande oeuvre de sauver notre pays de la destruction.»--Ce n'est pas en portant ses yeux sur l'Irlande que le ministère anglais peut les reposer agréablement. La déclaration de _true bill_ par le premier jury, devant lequel ont comparu O'Connell et les autres chefs du repeal, n'a pas produit plus d'effet que nous ne l'avions prévu; et quelque soin qu'on eût apporté à la composition du jury, on a su que les poursuites avaient trouvé des contradicteurs dans son sein. Il est évident qu'elles en trouveront bien davantage dans le jury définitif, dont la liste ne sera pas dressée sans un examen sévère et une intervention active de la part des inculpés et de leurs conseils. En ce moment même, on se débat pour l'accomplissement de ces formalités préliminaires.--Demain dimanche, 19 novembre, aura lieu une épreuve étrangère au procès, mais qui donnera la mesure de l'intérêt qu'y porte la population irlandaise. Une quête générale sera faite dans tout ce malheureux royaume pour le tribut annuel et volontaire payé à O'Connell. Cette souscription lui est entièrement destinée, et est indépendante de celle qu'on appelle la _rente, du rappel_, et qui se perçoit hebdomadairement. La souscription destinée à former la liste civile d'O'Connell date de 1831, et n'est ouverte qu'une fois l'an:
En 1831, elle a été de 26,000 liv. st. (environ 660,000 fr.)
-- 1832, -- 12,535 -- ( -- 315,000 --)
-- 1833, -- 13,903 -- ( -- 350,000 --)
-- 1835, -- 20,189 -- ( -- 515,000 --)
L'année dernière, elle n'a été que de 10,500 liv. st., (265,000 fr. environ). En général, le chiffre a suivi le mouvement de l'agitation; élevé quand elle a été vive, il est redescendu quand la lutte a été moins engagée, mais jamais le tribut n'a manqué. Tous les ans, après que les souscriptions ont été recueillies dans les diverses paroisses, le chiffre en est livré à la publicité.--Les nouvelles d'Espagne sont de jour en jour plus déplorables: ce n'est plus assez de la guerre civile et des expédients anticonstitutionnels, les partis y procèdent maintenant par l'assassinat. L'attention a été détournée de la soumission de Saragosse, de la sortie d'Avetler de Girone, de la mise en état de siège de Saint-Jacques-de-Compostelle, de conspirations découvertes à Cordoue et à Algésiras, de la situation de Barcelone, autour de laquelle les forces des assiégeants s'accumulent, et où les insurgés songent, dit-on, à capituler, tout cela a été oublié pour ne songer qu'à la tentative d'assassinat commise à Madrid sur le général Narvaez. Le 6, la reine assistait à la représentation que donnait le théâtre du Cirque; le général s'y rendait. Au moment où sa voiture, longeait le portail de l'église Porta-Celi, rue de la Lune, de nombreux coups de fusil ont été tirés par des hommes embusqués et qui attendaient son passage. Les assassins, tous en manteaux et chapeaux ronds, à l'andalouse, prirent la fuite dans diverses directions. Le général n'a point été atteint, mais il a été couvert du sang de son aide-de-camp, mortellement blessé, et d'un jeune homme qui l'accompagnait également, et qui a été atteint à la tête d'une légère blessure. Les troupes furent, par les ordres de Narvaez, immédiatement mises sous les armes, et le général se rendit ensuite au Cirque dans la loge de la reine, pour tranquilliser Sa Majesté et se montrer au public. Cet attentat ne pouvait qu'attirer sur lui de l'intérêt et rendre plus difficile le rôle de l'opposition. Le lendemain, le général s'est promené par la ville dans sa voiture criblée de balles, et le 8, les deux Chambres réunies, ce qu'il est assez difficile d'expliquer constitutionnellement, ont déclaré la majorité de la reine à une majorité de 193 voix contre une minorité que cet événement avait réduite à 16 membres. Avant la tentative criminelle et l'état de réaction produit sur les esprits, M. Cortina, candidat des progressistes, avait obtenu, pour la présidence de la Chambre des Députés, 49 voix; M. Olozaga en avait réuni 66, mais après avoir déclaré qu'il ne comprendrait pas un cabinet qui ne réunirait pas les chefs des deux opinions.
En proclamant le résultat du scrutin sur la majorité de la reine, M. Olozaga a dit:» A dater de ce jour, le régime constitutionnel doit commencer à être une vérité en Espagne.» Ce mot est un aveu contre le passé; nous voudrions qu'il fût une garantie pour l'avenir. La reine a prêté son serment le surlendemain, devant les deux corps législatifs rassemblés dans la salle du Sénat. Toutefois, ces événements n'ont point conjuré la crise ministérielle, et M. Lopez persiste dans sa détermination d'abandonner son portefeuille.--Le général Coletti, ancien ambassadeur de Grèce à Paris, dont les sentiments patriotiques inspirent une grande confiance à ses compatriotes, est débarqué le 30 octobre au Pirée; son arrivée a excité l'enthousiasme des Athéniens, et a donné lieu à une ovation. Le général n'a pu se rendre qu'avec difficulté, au travers d'une foule compacte; et dans la joie, du port à sa demeure. Les élections sont favorables aux constitutionnels. Sur 225 dont se doit composer l'assemblée, les nappistes ne comptent que 90 voix, les partisans du mouvement de septembre en ont réuni 135.--On a reçu, par la voie de l'Angleterre, des nouvelles de Montevideo jusqu'à la date du 21 août. Oribe et le consul de France ont eu une conférence dans laquelle ils ont arrêté qu'aucun Français ne serait inquiété pour le passé; qu'on ne pourrait pénétrer dans le domicile d'un Français qu'en vertu d'un ordre écrit de l'autorité supérieure; qu'enfin, si Montevideo était pris d'assaut, notre pavillon serait un signe de protection, et qu'on donnerait des passeports à ceux de nos nationaux qui en demanderaient; on n'en compte pas moins de 24,000 dans ces parages. Les mouvements des deux armées ennemies n'avaient encore abouti à aucun résultat.
[Ouverture des Chambres belges, le 14 novembre.]
Le roi Léopold a ouvert, le mardi 14, la session des Chambres belges pour 1843-44. Le roi s'est rendu au palais accompagné d'un nombreux état-major; il était revêtu de l'uniforme d'officier-général de la garde civique. Le corps diplomatique assistait au complet à cette solennité, qui avait attiré une foule nombreuse et brillante. Dans son discours le roi n'avait à traiter aucune des questions de politique extérieure qui ont si longtemps tenu incertaines les destinées de ce royaume. Ces questions sont toutes tranchées aujourd'hui, et une ère toute d'industrie et de progrès semble s'ouvrir pour la Belgique. Après avoir exprimé la satisfaction qu'il avait personnellement ressentie, et qu'avait partagée la reine d'Angleterre, de l'accueil qui avait été fait par les populations à cette princesse durant son voyage en Belgique, il est entré dans l'énumération des projets que son ministère se propose de présenter aux délibérations des Chambres dans la session ouverte. Il a fait ressortir l'immense avantage que devait nécessairement retirer cet État de l'achèvement complet de son réseau des chemins de fer; mais il a annoncé en même temps que ces voies nouvelles ne détourneraient point l'attention du gouvernement des travaux d'amélioration à effectuer sur les voies navigables; les canaux vont être réparés et complétés. Tout en se félicitant des progrès de l'industrie agricole, le roi a annoncé également que l'administration regarderait son oeuvre comme inachevée tant qu'il resterait sur le sol belge des bruyères à défricher. Nous serions tenté de proposer à notre ministère français d'adopter pour le discours de la couronne, qui sera prononcé décidément chez nous le 26 décembre, une seconde édition du discours belge en ce qui concerne ces intérêts si graves. Le roi Léopold a annoncé également que tous les efforts de son gouvernement tendraient à favoriser les relations et les entreprises lointaines, et il a engagé l'esprit d'association à seconder de son côté ces efforts, dont le succès viendrait mettre à l'aise la population belge, trop nombreuse pour son territoire resserré, et son industrie, trop productive pour sa consommation intérieure. Il y a là, nous le répétons, de bien bons conseils et de bien bons exemples pour nos ministres; et en vérité les Belges se sont montrés assez souvent contrefacteurs à l'égard de la France, pour que nos gouvernants ne se fassent aucun scrupule de les contrefaire à leur tour dans cette circonstance et dans cette direction.
Des nouvelles de Dalmatie, allant jusqu'au 21 octobre, apprennent que depuis plus d'un mois toutes les villes de cette province sont tenues dans l'effroi par des détonations souterraines et de continuelles secousses de tremblement de terre qui ont fait fuir une grande partie des populations dans la campagne. Le 20, beaucoup de familles se disposaient à rentrer à Raguse, d'où elles avaient fui précipitamment un mois auparavant, quand une nouvelle secousse est venue faire renaître toutes les alarmes. A Slano, à Meleda, les phénomènes et l'épouvante sont les mêmes.
Depuis quelque temps, nos journaux de départements ont souvent à annoncer des découvertes archéologiques faites dans leurs contrées par suite de fouilles entreprises dans ce but, ou, le plus souvent, par suite de travaux d'agriculture que le hasard rend doublement fructueux. Des tombeaux gaulois, des armes, des bracelets, des anneaux, des médailles nombreuses et des monnaies d'or, d'argent et de bronze ont été de plusieurs côtés déterrés ainsi tout récemment. Si l'on en croit les feuilles allemandes, on vient de faire, à Aix-la-Chapelle, une autre découverte, c'est celle des reliques de Charlemagne. On savait qu'en l'an 1000, Othon III s'était fait ouvrir le caveau de l'empereur, et que Frédéric Ier (Barberousse) avait, le 29 décembre 1165, levé les ossements de ce grand prince, après que le pape Pascal III l'avait mis au nombre des saints. Frédéric fit garder ses dépouilles mortelles dans un coffret; les vêtements et insignes de l'empereur devinrent les insignes du couronnement de l'empereur franco-romain; et après qu'en 1792, François II s'en fut revêtu comme roi et empereur élu, ils furent transposés à Vienne, où ils sont encore conservés. Mais les reliques de Charlemagne étaient perdues, sauf un bras enchâssé dans un reliquaire; et quelque peine qu'on se donnât, avec quelque soin qu'on cherchât dessus et dessous terre, on ne pouvait les découvrir. Il y a quelques semaines, on aurait, dit-on, retrouvé le précieux coffre dans une pièce attenante à la sacristie, où il était placé sur une armoire, dans le plus complet abandon.