L'Illustration, No. 0038, 18 Novembre 1843

Part 3

Chapter 33,651 wordsPublic domain

La scène ne reste pas longtemps vide. Mademoiselle Grisi, c'est-à-dire madame Bélisaire, ayant pour petit nom Antonine, vient la remplir. Un lion, qui remonte à l'an 580 de l'ère chrétienne, s'avance à sa rencontre; son groom le suit. Ce lion, si élégamment vêtu et décoré, c'est Eutrope. «Écoute et frémis! lui crie Antonine d'une voix proportionnée à l'ampleur de sa taille et à la circonférence de sa bouche.

«Mon époux Bélisaire est un parricide, lui dit-elle; je ne puis aimer un père qui a abandonné son premier-né aux monstres des forêts ou des eaux, et qui a refusé ses cendres à sa mère. Je t'aime, tu m'aimes, aimons-nous, et vengeons la mort de mon enfant. Bélisaire mort, je t'épouse.--Tout est prêt, répond Eutrope; j'ai ajouté un paragraphe un peu _chouette_ à sa dernière lettre. Mais dissimulons.»

En effet des clairons retentissent, et l'empereur Justinien ayant fait son entrée, va s'asseoir sur son trône pour voir défiler devant lui le _trionfo di Belisario_.--Aussitôt Bélisaire paraît sur un char magnifique traîné par le peuple.

Il a le front ceint d'une couronne de lauriers; et sous le manteau de pourpre on entrevoit son armure dorée. Autour du vainqueur se tiennent les prisonniers goths, parmi lesquels se trouve Alamir; les vétérans ferment la marche, portant la couronne et le manteau de Vitigas, roi des Goths. Le Choeur chante. Quand il a suffisamment faussé, Bélisaire demande à Justinien la liberté des prisonniers. L'empereur n'a rien à refuser à son général. Il l'embrasse, et tous les assistants se retirent sauf Bélisaire et Alamir, «qui, dit l'argument, se sentent des sympathies l'un pour l'autre qu'ils ne peuvent s'expliquer.» Ils s'adoptent mutuellement pour père et pour fils.

Cependant Irène accourt vers son père, qui la prend dans ses bras; mais Antonine-Grisi lui tourne le dos avec dégoût, en lui donnant pour excuse qu'il vient de fumer une pipe, et qu'elle déteste l'odeur du tabac.

Bélisaire ne sait d'abord que penser d'une pareille conduite; il commence à y réfléchir sérieusement, quand Eutrope vient l'arrêter avec quatre hommes et un caporal, et lui ordonne de le suivre devant... l'empereur. Bélisaire paraît surpris de ce manque d'égards; Eutrope le lorgne avec l'aisance superbe d'un _imprésario_; mademoiselle Grisi-Antonine se moque de lui par derrière: sa vengeance commence.

Aussitôt pris, aussitôt jugé. Accusé de trahison par Eutrope et d'infanticide par son épouse, Bélisaire semble frappé de la foudre. Tous les assistants font un mouvement de surprise et d'horreur. Le sénat condamne le prévenu. Douleur d'Alamir; douleur d'Irène; joue de mademoiselle Grisi-Antonine, qui rit à s'en tenir les côtes.

Bélisaire est emmené par les gardes, dit le libretto; Irène et Alamir les suivent désolés. Justinien et les sénateurs paraissent bouleversés par la douleur.

Acte II.--L'Exil.

Le peuple et les vétérans gémissent sur le malheureux sort de Bélisaire.

Quand ils ont suffisamment faussé, ils se retirent, et Alamir s'avance vers le trou du souffleur.

On vient de lui apprendre que Justinien, imitant l'exemple du prince Rodolphe, a fait crever les yeux à son prisonnier.

Indigné de la comparaison qu'on pourra faire entre son père adoptif et cette infâme canaille, connue sous le nom de Maître d'écale, il jure d'exterminer Byzance.

Pendant ce temps l'empereur, qui ne se rappelle pas parfaitement bien les _Mystères de Paris_, fait mettre l'aveugle à la porte de sa maison, sans lui donner même un Chourineur pour le conduire dans un domicile quelconque, il ne lui laisse pour toute fortune qu'une vieille tunique, une canne sans pomme d'or et une guitare. Mais Bélisaire est plus heureux que le Maître d'école; il possède un chien, et il retrouve sa fille, qui se charge de doubler son caniche. Joie mutuelle du père, de la fille et du chien, qui chantent un trio.

Acte III.--La Mort.

Bélisaire, toujours aveugle, se promène avec sa fille et son chien sur les hauteurs de l'Hémus.--Fatigués, ils se reposent; puis entendant du bruit, ils se cachent dans une anfractuosité du rocher. Du sommet de la montagne descend une horde d'Alains et de Bulgares conduits par Alamir et Ottario, et dessiné d'après le procédé Rouillet.

Alamir veut que Bélisaire se mette à la tête des troupes qu'il conduit contre Justinien; Bélisaire refuse. Ils se fâchent d'abord, puis ils s'expliquent: Alamir est le fils que Bélisaire a jadis abandonné aux monstres des forêts et des eaux.

io i Che fosse oh qual momenti! ei e

Ils chantent en se tenant embrassés:

(figlio ) Se il (fratel ) stringere. (padre) Mi e dato al seno Pia non desira 3 So liet appieno o Tanto del giubilo E in me l'ecceso Che parmi d'essere 3 Rapit in cielo! o

Il y a, dit l'argument, un mouvement sympathique jusque parmi les Barbares. Nous renonçons à représenter les effets de leur émotions. Retournons maintenant chez Justinien, où va se dénouer ce drame intéressant.

«Justinien, dit l'argument, donne des ordres pour la bataille du lendemain, lorsque, pâle et échevelée, mademoiselle Grisi-Antonine paraît, et vient se reconnaître coupable du mal que l'on a fait injustement à Bélisaire.»

Elle étend les bras, lève les yeux au ciel, crie, pleure et ne s'arrache pas un seul cheveu. Mais, hélas! à ce moment Bélisaire, «accompagné d'une lugubre musique,» est apporté sur une civière par deux messagers parisiens; une flèche ennemie l'a tué.

Le pauvre homme rend le dernier soupir sans pouvoir chanter la plus petite cavatine. Il recommande ses deux enfants à Justinien, qui lui dit «ami» d'une voix étouffée et en lui serrant la main.

Silence universel. Mademoiselle Grisi-Antonine reste immobile en regardant le corps de Bélisaire; Justinien et le choeur chantent:

Abborrita dei mortali Condamnata dall' eterno, Viva, iniqua, e tutti mali Prova in terra dell' Averno... Frema il cielo a te d'intorno... Nieghi e te la luce il giorno... Ogui instante di tua vita Cruda morte sia per te.

A ces paroles, mademoiselle Grisi veut s'enfuir comme une insensée; mais se trouvant auprès du cadavre de Bélisaire, elle pousse un grand cri et tombe sur le sol.

Mouvement universel d'horreur!!!!!

Académie des Sciences.

COMPTE-RENDU DES SÉANCES DES DEUXIÈME ET TROISIÈME TRIMESTRES.

I. Sciences médicales.

_Anatomie et physiologie:_--M. Serres a lu à l'Académie une note sur un fait très-curieux d'anatomie pathologique observé deux fois seulement, en 1829 et en 1843. C'est une modification des nerfs de la vie organique et de la vie animale. Tous les rameaux nerveux de l'économie présentent dans leur trajet des renflements ganglionnaires ayant la forme et les caractères physiques du ganglion cervical supérieur et, chose remarquable, les cordons postérieurs des nerfs rachidiens n'en offrent pas moins que les cordons antérieurs; la, où n'existent pas de ganglions, la branche nerveuse parait tout à fait à l'état normal.

Le nombre de ces ganglions est moins grand sur les filets nerveux du grand sympathique que sur les nerfs de la vie de relation, mais il est encore assez considérable pour que l'aspect général du réseau nerveux de la vie organique soit tout à fait changé. Les nerfs du plexus lombo-sacré, le grand sciatique et le pneumo-gastrique sont ceux qui présentent cette transformation ganglionnaire au plus haut degré. Les sciatiques, au sortir du bassin et dans tout leur trajet, ont le volume de l'humérus; les pneumo-gastriques, au sortir du crâne, le long du cou et dans le thorax, ont deux fois le volume du grand sciatique à l'état normal; tous ces nerfs sont parsemés de bosselures formées par les ganglions.

Sur le sujet de la première observation faite en 1829, on a compté environ cinq cents du ces ganglions. Celui de 1843 en offrait plus encore. Dans les deux cas la structure de l'axe cérébro-spinal n'offrait aucune trace d'altération.

Cet état pathologique si remarquable, et qui n'a pas encore été décrit, a été observé sur deux jeunes gens de vingt-deux à vingt-trois ans, morts tous deux de fièvre typhoïde. Le premier vitrier ambulant, courait encore les rues quelques jours avant son entrée à l'Hôtel-Dieu; le second n'a offert aucun symptôme nerveux pendant les quelques jours qu'a duré sa maladie.

M. Serres a promis de communiquer le résultat des recherches anatomiques et microscopiques qu'il se propose de faire sur la structure de ces ganglions. Il désigne cette modification des nerfs par le nom de _névroplastie_, dénomination qui nous semble laisser quelque chose à désirer comme exactitude; peut-être, quand on saura bien ce que c'est que ces ganglions, pourra-t-on trouver un terme plus précis.

«De l'Allantoide de l'homme,» tel est le sujet d'un autre, mémoire que M. Serres a communiqué à l'Académie dans la séance du 12 juin. Des recherches commencées en 1828 sur des embryons humains de quinze à vingt-cinq jours ont amené M. Serres à conclure que l'allantoide existe dans les enveloppes de l'oeuf humain comme dans celui des autres vertébrés, qu'elle est pyriforme chez l'homme comme chez les rongeurs, que d'abord indépendante des autres membranes, elle s'unit ensuite avec le chorion et fait communiquer par anastomose ses vaisseaux avec ceux des villosités pour donner naissance au placenta; qu'enfin son existence comme membrane distincte paraît cesser chez l'embryon humain du quinzième au vingt-cinquième jour de la conception.

Ces propositions ont été très-longtemps un sujet de discussion pour les anatomistes; mais le fait principal qu'elles expriment n'avait jamais été avancé d'une manière aussi positive; aussi faudrait-il reconnaître avec M. Dutrochet que la découverte de ce point fondamental en anatomie est due à M. Serres, si les pièces présentées à l'appui pouvaient faire passer dans l'esprit de tout le monde la conviction qu'elles ont amené chez ces deux habiles anatomistes.

M. Velpeau, à qui d'excellents travaux sur l'embryogénie donnent une grande autorité en pareille matière, a émis des doutes sur la valeur des pièces anatomiques examinées par lui dans le laboratoire du Muséum. Ses objections ont fait naître une discussion qui, portant sur des points très-délicats et sur des faits observés rarement, ne pouvait avoir un résultat bien positif. L'un et l'autre académicien parlait _de visu_, et cependant tous deux restaient fermes dans des opinions diamétralement opposées. Toutefois M. Velpeau, dans sa réplique, a posé les faits d'une manière si lucide et si logique, que les affirmations contraires de son collègue n'ont pu faire cesser le doute.

En discutant ainsi franchement cette question importante, M. Velpeau nous semble avoir rendu un grand service à la science. Il est dangereux pour les meilleurs esprits de ne rencontrer jamais d'opposition; on s'habitue alors à ne pas se discuter soi-même, et l'on se laisse quelquefois entraîner à prendre l'analogie pour l'identité.

M. Flourens, dans une note fort intéressante, développe les recherches anatomiques qu'il a faites sur la structure de la peau chez des peuples diversement colorés. Il a trouvé chez le Maure, l'Arabe, le Kabyle, le Nègre, sur un insulaire de l'Océanie chez les Indiens rouges de l'Amérique, la membrane pigmentaire rendue bien évidente par sa coloration; il l'a vue également, mais décolorée, dans la race blanche, sauf sur quelques points du corps, comme, par exemple, l'auréole du mamelon. Ces faits, depuis longtemps acquis à la science, et que confirment les observations nouvelles de M. Flourens, ont amené ce physiologiste à conclure que la race humaine était primitivement une. M. Flourens considère cette proposition comme prouvée par l'étude de la peau et s'engage à le prouver dans un autre mémoire, par l'étude du squelette, et surtout par celle du crâne.

La première preuve ne nous semble pas tout à fait concluante. Le pigmentum existe chez toutes les races d'hommes, comme certains caractères sont communs à plusieurs races d'animaux distinctes, quoique faisant partie d'un même ordre; mais jamais on n'a vu le développement, ou, si l'on veut, la coloration du pigmentum dépasser certaines limites pour chaque race. Il est douteux que l'étude anatomique et microscopique démontrât l'identité de coloration pigmentaire entre les métis, quelque blancs qu'ils soient, et les anciennes familles créoles dont le sang est resté pur; et pour parler de peuples en expérience depuis longtemps, l'Arabe et le Portugais, le fellah d'Alexandrie et le Turc sont basanés à des degrés divers; enfin, à latitude égale, l'Indou du cap Comorin, l'Américain de la Colombie ne sont pas colorés comme le nègre de Guinée.

La persistance de la forme dans les os de la face chez les différentes races après un certain degré de modification dû au mélange du sang, nous paraît devoir rendre plus difficile encore la preuve, par le squelette, de l'unité essentielle des races humaines. Au reste, cette grande question des races est douteuse, même pour les meilleurs esprits, et ne sera probablement jamais résolue. Chez l'homme comme chez quelques autres mammifères, il est difficile, sinon impossible, de diviser anatomiquement le genre ou la race proprement dite, bien que l'on n'y puisse méconnaître des variétés incontestables et sur l'origine desquelles on reste sans aucune indication positive.

Des expériences très-curieuses et faites avec un soin remarquable sur les fonctions de la moelle épinière et de ses racines sont l'objet d'un mémoire de M. Dupré. Ce physiologiste, en amenant à guérison des animaux sur lesquels il avait coupé les racines antérieures ou postérieures des nerfs, a pu observer le mouvement conservé dans un membre où la sensibilité était abolie, et _vice versa_. M. Dupré n'a pu obtenir la guérison des plaies graves nécessitées par ses expériences, que sur des grenouilles; il a vu constamment les animaux d'un ordre supérieur, comme lapins, chats, etc., succomber aux accidents traumatiques. Aux observations purement physiologiques sont jointes, dans son travail, des remarques intéressantes sur les effets pathologiques des vivisections.

M. Dumas, l'un des adversaires de M. Liebig dans la question de la formation des graisses, a fait avec M. Milne-Edwards des recherches sur la production de la cire des abeilles. Swammerdam, Maraldi, Réaumur, pensaient que l'abeille, recueillant la cire toute faite dans les plantes, n'avait plus qu'à l'élaborer et la pétrir pour en former ses alvéoles. Hunter, et plus tard Huber, avaient dit que la cire suintait des parois d'un certain nombre de poches glandulaires situées dans l'abdomen de l'insecte, et s'y amassait sous forme de lamelles. Huber ayant renfermé des abeilles dans une ruche sans issue, et ne leur fournissant pour toute nourriture que du miel et du sucre, avait vu les ouvrières captives continuer à construire des gâteaux. Un homme que le corps médical s'honore de compter dans ses rangs, M. Bretonneau, avait vu à Chenonceaux, en 1817, des abeilles mises en expérience avec toute la précision que ce savant apporte à ses travaux, et nourries avec une solution aqueuse de sucre blanc, construire des gâteaux d'une cire très-blanche. Enfin l'expérience d'Huber, répétée dernièrement par M. Grundlach de Cassel, lui avait donné les mêmes résultats qu'à l'entomologiste de Genève, et il en avait conclu, comme son illustre devancier, que l'abeille a la faculté de transformer le sucre en cire.

M. Liebig trouvait dans ces observations, un des arguments les plus forts en faveur de la production des substances graisseuses par les animaux.

MM. Humas et Milne-Edwards ont repris l'expérience d'Huber, et pour la rendre tout à fait précise, ils ont constaté la quantité de graisse préexistante dans le corps des abeilles soumises au régime saccharin, l'ont comparée à celle de la cire produite, et ont examiné ensuite si, durant le cours de l'expérience, les animaux n'avaient pas maigri.

Une première expérience, pendant laquelle les abeilles furent nourries avec de la cassonade de sucre, donna des résultats douteux. On mit alors en expérience quatre essaims auxquels on donna pour nourriture du miel, après s'être I assuré de la quantité de cire contenue dans cette substance alimentaire. Trois de ces essaims ne produisirent point de cire; mais la quatrième donna les résultats suivants:

Le total des matières grasses préexistantes dans le corps de chaque abeille, ou fournies à ces insectes pendant l'expérience, est, en moyenne, d'environ 0,0022 gr.

Pendant le cours de l'expérience, chaque ouvrière a produit de la cire dans en proportion de 0,0064 gr. et après cette production, en contenait encore, dans ses divers organes, 0,0012 gr.

Total de la cire produite par chaque abeille sous l'influence d'une alimentation de miel pur: 0,0106 gr.

MM. Dumas et Milne-Edwards se proposent de répéter cette expérience sur une plus grande échelle, quand la saison le permettra.

Ce mémoire a provoqué de la part de M. Payen quelques objections qui ne semblent pas toutes également solides MM. Dumas et Boussingault n'étaient pas présents. M. Milne-Edwards, après avoir répondu aux objections de M. Payen, est tombé d'accord avec lui sur ce que la transformation du miel en cire par les abeilles ne détruit pas le fait de la nécessité d'une alimentation grasse pour l'engraissement des animaux et notamment des mammifères. M. Thénard a présenté des observations conciliatrices. M. Flourens a bien cité le fait de certains ours du Jardin-des-Plantes qui, depuis deux ans, ne mangent que du pain, et engraissent beaucoup sous l'influence de ce régime; mais ce n'était pas entre les physiologistes, qu'il devait y avoir discussion ce jour-là; d'ailleurs les parties belligérantes n'étaient pas au complet, et elles sont rentrées pacifiquement dans leurs camps, laissant la noble arène à d'autres adversaires dont il ne nous appartient pas d'apprécier ni de reproduire les arguments.

Nous ajouterons, pour compléter l'état actuel de la question, que M. Léon Dufour, dans la séance du 16 octobre, a rendu compte de recherches anatomiques faites par lui pour reconnaître les poches glandulaires indiquées par Hunter comme faisant suinter ou sécrétant la cire chez l'abeille. M. Léon Dufour a scrupuleusement disséqué trente abeilles sans rien rencontrer qui ressemble à cet organe admis par Hunter et Huber. Ce fait négatif d'anatomie est tout à fait digne d'attirer l'attention des naturalistes; au reste, fut-il confirmé, il en résulterait seulement que l'organe sécréteur de la cire est encore à trouver, mais cela ne prouverait rien contre le fait positif de la sécrétion de la cire. Enfin MM. Bouchardat et Sandras ont présenté et lu à l'Académie, dans les séances du 26 juin et du 14 août, un travail qui a pour titre: _Recherches sur la digestion et l'assimilation des corps gras..._ Suivant ces deux habiles observateurs, les huiles et les graisses seraient absorbées par les vaisseaux chylifères, et fourniraient un chyle abondant, tandis que la cire, absorbée en très-petite quantité, se retrouverait presque en totalité dans les excréments.

_(La suite à un prochain numéro.)_

Accident du 10 novembre sur le chemin de fer de Versailles (rive droite).--Différents systèmes proposés pour prévenir les accidents.

Il y a peu de temps, _l'Illustration_ mettait sous les yeux de ses lecteurs des relevés statistiques d'accidents arrivés sur les chemins de fer, tant en France qu'à l'étranger (p. 71, t. II); son but était de rassurer les esprits timorés, en leur prouvant que les sinistres étaient moins fréquents dans le nouveau mode de locomotion que dans l'ancien, et elle signalait notamment que plusieurs morts n'étaient dues qu'à l'imprudence même des victimes. L'accident arrivé le 10 novembre sur le chemin de fer de la rive droite a ajouté un nouvel exemple à ceux que nous avions donnés des funestes effets que peut encore produire la crainte sur les hommes mêmes les plus exercés à la vie et aux allures des chemins de fer.

Le 10 novembre, le convoi parti de Paris pour Versailles à huit heures du matin se trouvait sur un remblai de huit à dix mètres d'élévation entre Sèvres et Chaville, et à l'entrée d'une courbe, lorsque la locomotive, animée d'une vitesse ordinaire, sortit des rails, en traînant après elle son tender, le wagon à bagages, qui, d'après les prescriptions de l'administration, doit toujours séparer l'appareil moteur des voitures des voyageurs et le premier wagon de voyageurs. La locomotive arrivée au bord du remblai se renversa, et sa cheminée pénétra même de quelques centimètres dans le talus; dans ce moment le feu se renversa et l'incendie du 8 mai aurait pu avoir un triste pendant, si en même temps l'eau contenue dans la locomotive n'était venue l'éteindre. Le tender fut également renversé sur le remblai, et le wagon à bagages, brisé en mille pièces, vint couvrir de ses débris la locomotive et le tender.

Le lendemain de l'événement, l'appareil moteur était encore couché sur le talus, et des ouvriers travaillaient à faire une tranchée pour le dégager. Tel est le sujet du dessin qui a été pris sur les lieux par un des dessinateurs de _l'Illustration_, et que nous offrons aujourd'hui à nos lecteurs.

Le premier wagon de voyageurs qui suivait le wagon à bagages, entraîné, sortit également des rails, mais heureusement la chaîne d'attache fut brisée, et le wagon, au lieu de se précipiter en bas du remblai, se renversa en travers de la voie. Le second wagon fut également déraillé, mais il resta debout sur le chemin. Quant à la berline et aux trois wagons qui la suivaient, tous restèrent sur les rails.

Les premières victimes de cet accident devaient être le mécanicien et le chauffeur: le mécanicien eut en effet, l'épaule démise; mais, par un hasard providentiel, le chauffeur n'eut que quelques contusions insignifiantes.

Les employés de l'administration du chemin de fer qui étaient dans le wagon à bagages eurent également quelques contusions. Quant au conducteur qui se trouvait sur l'impériale du wagon de voyageurs, en voyant le convoi dérailler, il se précipita sur la voie, et se fit à la tête une profonde blessure, à laquelle il succomba le lendemain.

Le seul voyageur qui ait été blesse se trouvait dans le wagon renversé en travers des rails; il eut le genou broyé et la cuisse grièvement endommagée. Tous les autres voyageurs sortirent des wagons sains et saufs.

Maintenant, à quoi attribuer ce déraillement? Les recherches et les investigations des ingénieurs ont fait découvrir, à 40 mètres environ du lieu du sinistre, des coussinets brisés et un frottement considérable sur les rails. Une des roues de devant de la locomotive a une partie de son bourrelet déchirée et enlevée en quelques endroits. On présume que ce bourrelet ayant été brisé, la locomotive s'est maintenue sur la voie tant qu'elle a été en ligne droite, mais qu'au commencement de la courbe, suivant toujours l'impulsion en ligne droite, la roue aura marché quelque temps sur le rail, puis sur la terre, jusqu'au bord du remblai où la machine a été culbutée.

Quant aux causes qui ont pu amener les lésions du bourrelet, elles ne peuvent provenir, à notre sens, que d'un défaut de fabrication ou d'incurie dans la surveillance du matériel.

Pour ceux de nos lecteurs qui ne connaissent pas la construction d'une roue de locomotive, nous pouvons leur en donner une idée succincte.