L'Illustration, No. 0034, 21 Octobre 1843

Part 7

Chapter 72,242 wordsPublic domain

Après avoir passé quatre années avec M. de Wrangell dans ces déserts glacés, on éprouve le besoin d'aller sous d'autres latitudes respirer un peu d'air tiède et revoir de la verdure. Des extrémités les plus reculées du Nord, transportons-nous donc à la frontière méridionale de la France. Du sommet du mont Panleley élançons-nous d'un seul bond au pied du Canigou; accompagnons M. le baron Taylor dans les _Pyrénées_. Quel meilleur cicerone pourrions-nous choisir? M. le baron Taylor nous réserve même jusqu'au plaisir de la surprise. Dans une trop courte préface, il nous avertit, il est vrai, que ce beau volume de 618 pages publié par M. Casimir Gide, son éditeur, ne traite ni de physique, ni de géologie, ni de botanique, mais d'histoire. Sans doute il n'a pas pensé à écrire l'histoire générale et complète des Pyrénées; il a voulu seulement, selon ses propres expressions, «reproduire les notes qu'il avait prises en Espagne, dans ses chroniques si riches et si poétiques, et telles qu'il avait recueillies en France dans les débris de ses archives, que l'ignorance et le vandalisme ont trop souvent livrées à la destruction.» Cet aveu fait, M. le baron Taylor se renferme dans un silence que nous ne saurions approuver. Poussée à l'excès, la modestie devient un défaut. Que M. le baron Taylor n'énumère pas lui-même, en les exagérant à la façon de certains charlatans littéraires, toutes les merveilles que le public verra dans son livre, nous le concevons; le titre de l'ouvrage et le nom de l'auteur suffiront pour attirer une affluence considérable de curieux. Cependant, M. le baron Taylor aurait dû, avant de commencer son voyage, faire connaître d'avance à ses lecteurs l'itinéraire qu'il se propose de suivre, leur accorder, de distance en distance, quelques instants de repos, et enfin leur donner les moyens de rechercher les faits importants dont leur mémoire aurait perdu le souvenir. Parmi les touristes qui partiront avec lui, beaucoup l'abandonneront en route, et ceux qui, comme nous, l'accompagneront jusqu'au terme de son excursion, s'apercevront plus d'une fois qu'un ouvrage d'histoire de 618 pages, si intéressant qu'il soit d'ailleurs, ne peut pas se passer d'une table raisonnée des matières, d'une certaine division par chapitres et d'un index général.

«De la mer qui voit les rayons du soleil se lever, à l'Océan, dont les flots baignent le coucher du soleil,» M. le baron Taylor parcourt, dans ces 618 pages, «les deux rivages liés par les monts pyrénéens, et les contrées que ces montagnes séparent et défendent.»--Parti de Narbonne, il ne s'arrête qu'à Biaritz. Pas un monument, ancien ou moderne, qu'il n'étudie, dont il ne constate l'origine, dont il n'écrive l'histoire, toutefois, ses visites aux châteaux et aux églises ne remplissent qu'une faible partie des _Pyrénées_. Les villes et les provinces y occupent la place qui leur est due.--Outre les histoires particulières de Perpignan, de Pamiers, de Foix, de Tarbes, de Pau, de Bayonne, les lecteurs y découvriront les histoires générales du Roussillon, du Languedoc, du comte de Comminges, du Bearn et du pays Basque.--Les _Pyrénées_ sont le premier ouvrage écrit à ce point de vue sur ce pays si plein de la mémoire des grands faits historiques de la vieille France et de l'Ibérie.

Les documents authentiques lui manquent-ils, M. le baron Taylor sait toujours trouver une légende poétique qui les remplace parfois fort avantageusement. Ainsi la science n'est pas de son domaine; il l'avoue lui-même. En vain la géologie prétend que, comme toutes les grandes chaînes de montagnes du monde, le soulèvement des couches du globe a seul amoncelé ces masses terribles dont se composent les Pyrénées, M. le baron Taylor préfère croire à la tradition mythologique. «Alcide, nous apprend-t-il, après avoir terrassé le triple Geryon, après avoir élevé les murs d'Alexia, fut vaincu par les charmes de Pyrène, fille d'un roi des Celtes nommé Bebrix. Alcide oublia quelque temps, dans les bras d'une femme, sa gloire et ses travaux. Cependant sa vertu se réveilla bientôt: il s'éloigna et poursuivit au loin sa lutte avec les monstres de la terre. Pyrène, abandonnée, cacha dans le fond des forêts sa douleur et ses larmes; et quand Alcide, rappelé dans ces lieux par l'amour, y revint charge des dépouilles de ses nouvelles victoires, son amante avait cesse de vivre. Il retrouva ses membres; déchirés que des animaux sauvages venaient de disperser dans les cavernes de ces montagnes. Après avoir fait éclater ses regrets par des cris dont le monde fut ébranlé, ce héros rassembla les membres sanglants de la fille des rois, et, pour laisser un monument éternel de son désespoir, il souleva, il entassa les rochers qui forment aujourd'hui les Pyrénées, tombeau colossal qu'il éleva de ses mains puissantes aux cendres de sa bien-aimée.»

Il est temps de revenir à Paris, car avant de clore ce bulletin, nous aurions encore, grâce au beau volume illustré que vient de publier M. Kugelmann, plus d'une promenade amusante et instructive à faire dans ses rues. La première partie de cet ouvrage a seule paru; mais la seconde et dernière sera mise en vente avant la fin de l'année.--Un nombre considérable d'exemplaires ont été retenus d'avance pour les étrennes.--les auteurs des _Rues de Paris_ n'ont pas cherché à esquisser les traits du caractère et de la figure des Parisiens de leur siècle; mais ils racontent, avec des formes variées, l'histoire de chaque rue et de ses habitants célèbres, depuis la fondation de la primitive Lutèce jusqu'à l'an de grâce 1843. Que de choses intéressantes et ignorées ils apprendront à leurs lecteurs!--Ce sont d'ailleurs, pour la plupart, des écrivains aimés du public. M Louis Lurine, le directeur de l'ouvrage, a sous ses ordres plus d'un soldat qui serait digne du commandement.--M Jules Janin a fait l'histoire de la Place-Royale; M. Eugène Guinot, celle de la rue Laffitte; M. Étienne Arago, celle de l'allée et de l'avenue de l'Observatoire; le bibliophile Jacob, celle de la Cité... M. Tavile Delort a révélé les mystères de la rue Pierre Lescot. Enfin, la rue de la Paix, le Palais-Royal, la rue de la Harpe, les quais, la place Louis XV, la rue Lepelletier, la rue Saint-Florentin, la rue Notre-Dame-de-Lorette, etc., etc., ont eu pour historiens: MM. Marco de Saint-Hilaire, E. Briffault, Roger de Beauvoir, Mary Lafon, Theod. Burette, Albert Cler, Louis Lurine. Albéric Second. Les 300 gravures sur bois qui illustrent cette première partie sont signées Nanteuil, Jules David, Français, Baron, Markl, Godefroy, Daumier et Gavarni.

Armée.

CHASSEUR À CHEVAL.--NOUVEL UNIFORME.

Ce serait une longue histoire que celle des variations qu'a subies incessamment l'uniforme de tous les corps de notre armée. Des volumes entiers ne suffiraient pas à les décrire; aucune arme d'ailleurs n'a été respectée par cette manie d'innovations, la cavalerie pas plus que l'infanterie. Ces perpétuels changements ont-ils été toujours des améliorations réelles? nous laissons à des juges plus habiles et plus compétents le soin de résoudre cette grave question. Les _chasseurs à cheval_ ont eu leur bonne part dans ces fréquentes vicissitudes, dans ces mobiles caprices de la mode militaire, comme nous l'apprend la biographie de ce corps, dont l'origine ne remonte guère plus haut que l'année 1779.

Les chasseurs avaient été d'abord un corps de fantassins d'élite petits et robustes, attaché à chaque régiment de hussards, et combattant dans les rangs de la cavalerie. En 1776, chaque régiment de dragons, composé de 6 escadrons, en font un de chasseurs à cheval. Réunis en 1779, ces 24 escadrons de chasseurs formèrent les 6 premiers régiments de chasseurs à cheval qui parurent dans les rangs de l'armée française. Le 8 mai 1784, un bataillon de chasseurs à pied fut attaché à chaque régiment; l'uniforme fut l'habit vert, la veste de drap chamois, et la culotte de tricot de la même couleur. En 1788, 6 régiments de dragons passèrent chasseurs, et portèrent à 12 le nombre de ces régiments: la même ordonnance supprima leur bataillon d'infanterie.

Le 6 septembre 1792, le corps des hussards américains forma le 13e régiment de chasseurs à cheval. Des compagnies des hussards de la Mort, des hussards de l'Égalité, formèrent l'année suivante le 14e régiment; les 15e et 16e furent organisés le 7 mars 1793, et, le 11 mai, les 17e et 18e, où furent incorporés les chasseurs belges; 6 nouveaux régiments vinrent la même année porter l'effectif des chasseurs à cheval à 21 régiments. En 1799, il y avait 25 régiments de chasseurs.

L'organisation de 1804 en conserva 24. De 1812 à 1814, 31 régiments se trouvent dans les états militaires; mais les 17e, 18e et 30e avaient été supprimés et ne figuraient que pour mémoire. Un régiment de chasseurs à cheval avait fait partie de la garde des consuls; la garde impériale en comptait aussi un dans ses rangs en 1805; ce régiment portait le dolman vert garni de galons, tresses et franges jaunes, collet vert, parements rouges, pantalon de peau jaune, bottes à la hongroise bordées d'un galon jaune avec un gland pareil; pelisse écarlate avec galons jaunes, fourrure de la pelisse noire, gilet rouge avec galons jaunes, ceinture verte et rouge, sabretache et colback à flamme rouge, plumet vert et rouge. Cet uniforme était, on le voit, plutôt celui des hussards que celui des chasseurs; mais, indépendamment de cette tenue, les chasseurs en avaient une autre: c'était un frac ouvert sur l'épigastre et un gilet tressé.

La première Restauration conserva 15 régiments de chasseurs à cheval. Comme les autres corps, les chasseurs prirent les dénominations: le 1er, de chasseurs du Roi; le 2e, de la Reine; le 3e, du Dauphin; le 4e, de Monsieur; le 5e, d'Angoulême; le 6e, de Berri; le 7e, d'Orléans; le 8e de Bourbon. Napoléon, le 25 avril 1815, rétablit les chasseurs sur l'ancien mode impérial, pendant que Louis XVIII, à Gand, formait, par une ordonnance du 14 juin, le régiment Royal-Chasseurs.

Après la seconde Restauration, l'armée fut réorganisée par une ordonnance du 30 août 1815. Les chasseurs, portés à 24 régiments, prirent des noms de départements; 1er, Allier; 2e, Alpes; 3e Ardennes; 4e, Arriège; 5e, Cantal; 6e, Charente; 7e, Corrèze; 8e, Côte-d'Or; 9e, Dordogne; 10e, Gard; 11e, Isère; 12e, Marne; 13e Meuse; 14e Morbihan; 15e Oise; 16e, Orne; 17e, Pyrénées; 18e, Sarthe; 19e, Somme; 20e, Var; 21e, Vaucluse; 22e, Vendée; 23e, Vienne; 24e, Vosges. Ils eurent pour uniforme; le schako noir, l'habit vert, les collets et passe-poils de couleurs variées. Les régiments furent de 4 escadrons à une seule compagnie; le dernier escadron fut armé de lances et composé des cavaliers les plus agiles et des meilleurs chevaux.

Un régiment de chasseurs à cheval fit partie de la garde royale;; il eut successivement pour coiffure le casque, le schako et le colback; pour habillement, l'habit-veste vert, revers, parements et retroussis cramoisis, pantalon cramoisi, aiguillettes et boulons blancs, bottines.

En vertu d'une décision ministérielle du 2 août 1821, les changements suivants furent faits à l'uniforme des chasseurs à cheval de la ligne; les revers verts, les ornements des retroussis, les passe-poils des retroussis et des poches simulées, de la couleur distinctive pour chaque régiment, savoir: de 1 à 6, garance; de 7 à 12, jonquille; de 13 à 18, bleu céleste; de 19 à 21, chamois.

De nouveaux changements furent introduits dans l'uniforme des chasseurs à cheval, par une autre décision ministérielle du 28 mai 1822; les couleurs distinctives furent pour les régiments, de 1 à 4, écarlate; de 5 à 8, jonquille; de 9 à 12, cramoisi; de 13 16, bleu de ciel; de 17 à 20, rose foncé; de 21 à 24, aurore; les pantalons, rouge-garance, ornés d'une tresse mélangée de la couleur du fond de l'habit et de la couleur tranchante.

Le 26 février 1823, les chasseurs furent portés à 6 escadrons. Par ordonnance du 27 février 1825, les 6 derniers régiments de chasseurs passèrent dragons, et réduisirent ainsi l'effectif des chasseurs à 18 régiments. Le 17 novembre 1826, le 1er chasseurs prit le nom de chasseurs de Nemours.

Depuis la Révolution de juillet, une ordonnance du 18 février 1834 diminua encore le nombre des régiments de chasseurs, et les fixa à 14, chacun à 6 escadrons, dont 2 de lanciers. Une ordonnance du 9 mars 1834 n'a conservé que 5 escadrons, dont un armé de lances. Réduit plus tard à 12, puis porté à 15 par ordonnance du 29 septembre 1840, le nombre des régiments de chasseurs a été, par l'ordonnance organique de l'armée du 8 septembre 1841, fixé à 13, chacun à 13 escadrons sur le pied de paix, et à 6 sur le pied de guerre. Dans le cas de guerre, il sera formé, pour le service des états-majors des armées, 2 régiments de chasseurs à cheval guides, chacun de 6 escadrons.

Par décision royale du 25 juillet 1843, l'uniforme des 13 régiments de chasseurs à cheval a été réglé ainsi qu'il suit: habit vert boutonnant droit sur la poitrine, au moyen de 13 gros boutons blancs à numéro, et demi-sphériques; collet, doublure de collet, corsage, manches, basques et patte de ceinturon, à fond vert pour tous, et passe-poils de couleurs distinctives pour chaque régiment: de 1 à 4 et 13, orange; de 5 à 8, jonquille; de 9 à 12, garance; parements de manches et doublures des basques formant retroussis des mêmes couleurs entremêlées fonds et passe-poils; épaulettes en fil blanc doublées de drap vert, pantalon garance, colback noir à poil sans flamme, au lieu du schako garance précédemment en usage, plumet droit et plumes de coq, ceinturon de sabre en buffle blanc, avec plaque à cor de chasse en cuivre estampé.

La nécessité d'opposer une cavalerie légère aux nuées de cavaliers arabes, aux rapides Bédouins, a fait créer 4 régiments de _chasseurs d'Afrique_, chacun de 6 escadrons, qui ont rendu les plus grands services dans la guerre poursuivie depuis plusieurs années en Algérie.

Caricature.

Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

Bonaparte fut grand sans couronne, fut moins grand couronné et mourut sur un rocher.