L'Illustration, No. 0029, 16 Septembre 1843

Part 6

Chapter 63,415 wordsPublic domain

Situation terrible que celle où ils se trouvaient! A l'eau qui s'était introduite la veille par les fissures, s'ajoutait celle qui tombait à flots du ciel; ses genoux, ses jambes, en étaient trempés; mais elle prenait patience et tolérait ses souffrances; mais l'eau montait toujours par l'effet de son propre poids; elle atteignait le dernier refuge de l'enfant, et l'infortunée ne savait comment l'arracher au péril qui le menaçait; elle se découvrait la poitrine de ses vêtements, et elle s'en servait pour éponger l'humidité de la barque; de ses mains elle faisait une sorte de pelle, avec laquelle elle jetait l'eau au dehors; mais, pour se livrer à ce travail si pénible et d'un si mince résultat, il lui fallait laisser à découvert son fils, qui était en danger de se noyer. Découragée, Rosalia reprit sa première position, serra son enfant contre son sein, et recommença ses pleurs et ses prières; cependant la pluie ne diminuait point de violence, et le vent du nord chassait toujours la barque devant lui. De temps en temps elle levait la tête, et, à travers ce déluge, elle voyait passer sur la rive les chaumières et les plaines. Lorsqu'elle arriva au lieu où, à la Rabbia après Olginate, le lac prend un cours plus rapide, elle sentit la nacelle balancer et tourbillonner sur elle-même: elle se crut submergée, embrassa son fils, recommanda son âme à Dieu, l'âme et la vie de la faible créature qu'elle nourrissait.

Cependant le courant rapide reprit la barque avec force, et, bondissant sur la vague, elle descendit le fleuve de nouveau. Quelques cabanes de pêcheurs, quelques moulins s'offraient aux regards de distance en distance; çà et là un paysan, un bûcheron ou une lavandière, attentifs à leurs travaux sur la plage, voyaient cette barque de loin, la regardaient un moment, et quelqu'un d'entre eux s'écriait:

«Quel singulier plaisir d'aller ainsi sur le fleuve, grossi comme il est par l'orage!»

Mais un autre ajoutait: «Ne voyez-vous pas qu'elle n'a ni rame ni timon? c'est une barque qui se perd.

--Une barque qui se perd! courons la secourir! Maudite soit la guerre qui nous a enlevé nos bateaux!»

Ils couraient sans savoir où, et criaient vers la barque; d'autres se dirigeaient, en toute hâte vers les postes occupés par les sentinelles et les vedettes mais, avant qu'ils les eussent atteints, l'onde déchaînée avait emporté la nacelle; ils ne pouvaient plus que la regarder dans le lointain, et s'écrier: «Les pauvres gens qui sont dans cette barque! Que les âmes du purgatoire leur soient en aide!»

Toutefois, après diverses alternatives de périls qui eussent inspiré plus d'une fois à Rosalia désespérée la pensée d'en finir d'un seul coup, en se jetant elle-même aux eaux du fleuve, si l'espoir de sauver son enfant ne l'eût retenue, l'Adda, s'étendant dans un lit plus large, emporta la nacelle avec moins de fureur. La tempête, avait cessé, et, par un de ces changements subits, ordinaires dans la saison, le ciel, se dégageant de ses nuages, resplendissait maintenant des feux d'un brûlant soleil. Dans le voisinage de Vaprio, le flot portait même insensiblement la nacelle vers le rivage, et un rayon d'espérance brilla aux regards de Rosalia; elle fut entraînée tout près d'un rocher, qui, creusé à sa base par le battement de la vague, formait une sorte de grotte, d'où pendaient les racines et les tortueux rameaux d'un figuier sauvage. Rosalia parvint à saisir l'un de ces rameaux, et, l'étreignant avec tout ce qui lui restait de force: «Grâces soient rendues au Seigneur! s'écria-t-elle; mon fils est sauvé!»

Elle respira. D'un oeil consolé elle regarda son fils, et il se fit sur son visage un changement pareil à celui que la matinée avait vu dans l'atmosphère. Le flot tentait bien d'arracher la barque de son asile; mais Rosalia, tenant l'arbre à deux mains, neutralisait l'effort du flot. Elle se prit alors à regarder autour d'elle: le rocher sous lequel elle était arrêtée était étroit et escarpé; de quelque côté qu'on l'envisageât, on ne trouvait point d'endroit praticable. Sur la gauche de l'Adda, la plaine s'étendait verdoyante et fleurie; de vigoureux paysans, d'actifs Bergamasques, s'y livraient joyeusement à leur travail champêtre; mais l'éloignement était si grand, si tumultueux le bruit du fleuve, qu'elle ne pouvait espérer que ses cris arrivassent jusqu'à eux. Cependant le soleil, qui avait atteint le milieu de sa course, dardant ses rayons sur la tête de Rosalia, lui infligeait ainsi un nouveau suppliée, comme si elle eût dû les éprouver tous dans cette journée. Et les heures passaient, et, dans leur fuite, elle s'aperçut que sa position avait changé, mais qu'elle ne s'était pas améliorée. Isolée en cet endroit, loin de tout secours, elle un voyait aucun moyen de se tirer d'une position si affreuse. Peut-être le désespoir lui aurait-il encore prêté assez de force pour se hisser de branche en branche, de racine en racine, jusqu'au sommet du rocher; mais son fils? l'abandonner ne pouvait pas se présenter à sa pensée, et il ne fallait pas songer qu'elle pût, en le portant à son cou, tenter cette périlleuse voie de salut; et, pour son enfant seul, elle embrassait étroitement le rameau sauveur.

Bientôt il se réveilla; il prit à crier, blessé dans ses membres délicats par le contact des planches, pressé par la faim, brûlé par le soleil jusque sous les voiles que Rosalia avait arraches de sa poitrine pour l'en couvrir. Chaque cri de l'enfant enfonçait un poignard dans le coeur de la mère, et d'autant plus avant qu'elle s'était crue désormais délivrée de tout péril et en sûreté. Comment l'apaiser? Quitter la racine qui retenait le bateau, c'était courir de soi-même au devant des angoisses du premier danger. «Peut-être, se disait-elle, y a-t-il un village près d'ici; on me verra; on me portera secours. Mais, hélas! si on n'arrivait pas à temps!» Alors elle tremblait que le rameau ne se brisât, et le serrait avec toute la fureur dont celui qui se noie enserre sa dernière chance de salut. Des frissons et des sueurs parcouraient tout son corps, lorsque étourdie par l'influence du soleil, elle voyait la roche fuir et se balancer devant elle, ou sentait ses forces s'amoindrir, et s'énerver les jointures de ses doigts agités par des pulsations convulsives.

Enfin, elle restait dans la même position, et ne pouvait caresser son fils, ni le presser sur son sein, ni calmer ses cris par des baisers et en le berçant sur ses genoux, entre ses bras. Il ne lui restait donc que la voix, et elle s'en servait pour l'encourager, l'inviter à la patience, à se taire, à dormir: il ne fallait plus craindre; le secours viendrait bientôt; il reverrait son père, son toit natal; enfin, elle entonnait l'air accoutumé pour l'endormir: elle chantait sur le bord de l'abîme, au sein de cette agonie!!

Mais l'enfant n'écoutait point et ne cessait pas ses gémissements: ses cris mettaient en lambeaux le coeur de l'infortunée. En vain elle s'ingéniait pour l'approcher, pour le toucher au moins avec les pieds et les genoux, pendant que ses bras étaient suspendus aux racines du figuier Plus d'une fois elle fut sur le point d'allonger les doigts et de se laisser encore emporter par le fleuve; mais elle n'osa pas, et éclata en une plainte désespérée qui formait, avec les cris plaintifs de son enfant, l'harmonie désolante de la douleur. De temps en temps, reprenant haleine, elle poussait un cri, le plus fort qu'elle pouvait: elle l'écoutait répéter par l'écho, l'écho, insensible comme l'âme de l'avare. Les oiseaux, abrités parmi les broussailles, en sortaient avec bruit et se dispersaient dans les airs; mais rien ne répondait: un moment après, tout rentrait dans un profond silence, à peine interrompu par le clapotement des flots, qui, se brisant contre les pierres, faisaient chanceler la nacelle.

Cependant le soleil descendait derrière l'horizon; la brûlante chaleur qui s'était exhalée pendant les longues heures du jour faisait place à cette agréable brise qui rafraîchit les soirées sur la rive des fleuves. Déjà, sur la plage opposée, Rosalia voyait, oh! avec quel sentiment d'envie! les laboureurs, s'arrachant à leurs travaux, cheminer vers leurs paisibles chaumières; les bouviers ramener leurs troupeaux du pâturage; la petite fille, la baguette à la main, chassant vers le poulailler la troupe d'oisons. C'était l'heure du crépuscule, l'heure des souvenirs pour qui a joui, souffert, aimé. Mais pour Rosalia, elle n'était que le prélude de nouvelles souffrances. La nuit s'épaississait; si la fortune ne lui avait envoyé personne pour la secourir pendant le jour, que serait-ce quand les ténèbres seraient descendues sur la terre? Cependant il lui sembla entendre au-dessus de sa tête comme un bruit, une agitation vague: «Oh! se dit-elle, si je pouvais réussir à me faire entendre!» Elle poussa un cri, le répéta, crut avoir été entendue, parce qu'on fit silence; elle redoubla l'effort de sa voix, et quelqu'un, en effet, se pencha sur le bord du rocher.

«Qui est là-dessous? cria une voix.

--Moi!... une infortunée!... Secours! secours! répondît la triste Rosalia.

--Mais comment êtes-vous là?» reprit la voix.

Elle ne répondit rien que: «Secours! secours! Prenez mon enfant!»

C'étaient des passants qui l'avaient entendue, et comme ils purent comprendre que c'était une femme en péril de la vie, ils avisèrent à la secourir; mais il fallait en trouver les moyens. L'escarpement du rocher empêchait non-seulement d'approcher de Rosalia, mais même de voir si elle était dans l'eau, dans une nacelle, ou sur un écueil. Aller chercher un bateau jusqu'à Vaprio était un long voyage, d'autant plus long qu'il aurait fallu lutter contre le courant, et cependant elle aurait le temps d'être noyée.

«Voulez-vous une corde? lui cria-t-on.

--Oui! oui!--une corde!... secours! secours!.... bien vite! mon enfant se meurt!»

Ils prirent donc en toute hâte une corde de chanvre qui, par un hasard, se trouvait la sur une charrette, et ils la lui descendirent. Mais, tant parce qu'ils ne savaient point en quel endroit Rosalia était placée, que parce que les saillies du rocher éloignaient la corde de la barque, la malheureuse ne la voyait que trop loin d'elle pour qu'elle osât abandonner son rameau de figuier; elle criait; «A droite!.... A main gauche!.... Je ne puis la prendre.... secours! secours!....»

Enfin la corde vint raser les vêtements de Rosalia. Sûre désormais de pouvoir la tenir, elle lâcha le rameau pour la saisir... Hélas! à peine eut-elle ouvert la main, que l'eau repoussa la barque, et la corde toute glissante s'échappa de ses doigts qui n'avaient plus la force de la retenir. Elle vit encore une fois fuir la rive, elle vit sur le haut du rocher les personnes qui avaient essayé de la sauver se la montrant entre eux, en remplissant l'air de leurs cris de compassion et appelant à l'aide. Elle s'écria: «Au secours!» et souleva vers eux son enfant. Elle les émut de pitié, mais ils ne savaient plus comment la secourir. Le fleuve l'avait déjà entraînée loin d'eux et l'emportait avec impétuosité. Le dernier regard que Rosalia tourna vers le rivage lui montra un vénérable prêtre, qui lui parut crier à haute voix la formule de l'absolution des péchés pendant que sa main droite se levait pour la bénir. Tous les assistants avaient plié les genoux, et récitaient pour elle les prières des agonisants. Elle étendit son enfant sur l'escabeau de la proue, et se laissa tomber au fond de la barque perdue.

Au milieu de tant et de si diverses souffrances, le jeûne, la peine, la douleur, l'espérance tant de fois née, tant de fois disparue, l'amour maternel avait seul soutenu ses forces. Maintenant le désespoir prévalait. Sa vue s'obscurcit; elle ne vit plus, elle n'entendit plus rien. Puisse, dans ce moment suprême, sa pensée s'être unie à celle des fidèles pieusement agenouillés sur le rivage, pour demander avec eux au ciel le remède que la terre ne pouvait plus lui donner!

Modes.

L'industrie parisienne n'aurait point redouté la présence de la reine d'Angleterre à Paris; on peut même soupçonner qu'elle l'espérait. Déjà toute la ruche était en éveil: le génie de la mode inventait et exécutait en même temps. Les uns préparaient de coquettes parures, les autres des bijoux. Les coiffures Victoria se montraient aux étalages rivalisant de grâce et de fraîcheur. Parmi ces apprêts, nous avons remarqué des bracelets sur une; imitation de l'ordre du la Jarretière. Le travail en est fin et la forme élégante. La reine Victoria, qui portait au concert du château d'Eu le grand-cordon de l'ordre, aurait sans doute approuvé la pensée qui a fait choisir ce modèle.

Quelques toilettes ont été envoyées de Paris au Tréport. Nous citerons une robe de moire rose, garnie de deux rangs de volants en point d'Angleterre; une autre, forme tunique brodée en desseins de guipures; puis des coiffures avec des barbes en dentelles mêlées de fleurs, de petits turbans sans fond composés aussi d'une écharpe en dentelles avec une seule rose (coiffures Péri), et un chapeau d'une forme, Montpensier, orné d'une seule plume couchée de côté.

Moeurs algériennes.

On s'imagine assez généralement que le calme imperturbable, le flegme impassible, l'indifférence la plus profonde, forment le fond général du caractère des Orientaux. Ce que nous avons vu des Turcs, dans les relations très superficielles que notre monde occidental a eues avec eux, nous a paru devoir naturellement être commun à toutes les races musulmanes. C'est une erreur d'autant plus grande qu'elle est très-répandue, et qu'elle tend à établir plus de différences, plus de contrastes, plus d'oppositions qu'il n'en existe réellement entre les Orientaux et nous.

Il est vrai que le turc est d'une impassibilité majestueuse; c'est l'homme plus ou moins juste qu'Horace avait rêvé. Le ciel peut s'écrouler, il ne décroisera pas plus vile pour cela ses jambes entrelacées, et il ne rejettera pas avec moins d'indolence et de volupté la fumée de son _tchibouck_. Mais ce n'est pas seulement chez lui l'effet du fatalisme, comme on l'a cru exclusivement jusqu'ici; il y a aussi du parti pris, un genre, une mode nationale en quelque sorte dans cette pose solennelle, dans cet air grave et sérieux. Bien que la race turque soit parvenue à imprimer son cachet à toutes les populations qu'elle à subjuguées, il est facile de reconnaître cependant que ce fait n'est que le résultat d'une influence violente, mais momentanée: on n'est pas toujours très-tenté de rire avec des gens qui sont constamment sérieux, et qui ne connaissent pas d'autre moyen de répondre à une plaisanterie qu'en vous faisant étrangler ou en vous coupant la tête. Il n'est donc pas étonnant qu'avec de semblables conditions les Turcs soit parvenus à donner une apparence très-grave à tous les peuples qu'ils avaient conquis; mais il est curieux de remarquer avec quelle élasticité merveilleuse de caractère, le génie particulier à chaque race se redresse dans sa forme primitive à mesure que toute compression brutale disparaît.

Ainsi les Grecs n'ont pas perdu un iota de la verve, de la gaieté populaires qui en fait une des nations les plus curieuses à observer de près.

Depuis que la France a pris possession de l'Algérie, les populations qui furent si longtemps soumises au sabre turc ont repris leurs allures naturelles; et à part quelques vieux Maures qui croiraient se compromettre en se déridant, on peut remarquer combien de points de contact, combien de rapports mystérieux existent entre le génie, le caractère, les moeurs, l'esprit des deux races. Les Arabes sont généralement très-gais; ils aiment le chant, les exercices gymnastiques, les courses à cheval; ils sont impressionnables, ardents, passionnés, et c'est dans leurs foudoucks, dans les bazars ou sous leurs tentes, qu'on peut surtout juger de cette face presque française de leur caractère; leurs conversations sont animées, bruyantes, spirituelles, et il faut avoir assisté à ces réunions pour se faire une juste idée de ce que nous voulons bien appeler la gravité orientale. Ils adorent le luxe, mais c'est surtout pour leurs femmes et pour leurs chevaux qu'ils aiment à prodiguer l'argent.

Une femme européenne peut se mettre très-élégamment et très-proprement à peu de frais. Nos tissus de toute espèce, notre bijouterie, sont descendus à des prix si bas, que la toilette élégante et recherchée est accessible à presque toutes les femmes. Chez les Orientaux, il n'en est pas encore de même; les femmes n'y ont pas la prétention de se mettre avec élégance, ni même, il faut bien le dire, avec propreté; mais la richesse, les diamants, les broderies lourdes et sans goût, les paillettes, les tissus de fil d'or, les colliers, les bracelets massifs, voilà ce qui les séduit. Les Arabes enfouissent ainsi des sommes considérables dans les coffrets de leurs femmes, et on a peine à comprendre la passion des femmes arabes pour ces merveilles de leur toilette, quand on les voit enveloppées de leur haïck, ne laissant briller de tous ces mystérieux trésors que deux yeux noirs et ardents. C'est que les femmes orientales, si elles n'ont pas des spectacles, des promenades, des soirées où elles puissent faire parade de leur beauté et de leurs richesses, ont du moins un lieu de réunion qui vaut tous les nôtres, une fête qui les résume toutes: c'est le bain. Le bain maure, voilà leur Longchamp, à elles; c'est là qu'elles se rencontrent, c'est là que se font les causeries et les médisances, c'est là qu'elles viennent déployer tout leur luxe, toutes leurs plus belles étoffes; elles y arrivent, sinon parées, du moins chargées de tous leurs vêtements précieux; des négresses les suivent portant des tapis, toute leur garde-robe enfin, et c'est là qu'elles s'admirent; qu'elles se dénigrent, qu'elles se jalousent, ni plus ni moins que les Européennes. Voilà en quelque sorte les réunions publiques; mais elles se visitent entre elles aussi, et c'est invariablement et toujours la toilette qui fait le sujet des conversations. Dès qu'une femme musulmane reçoit une visite, elle n'a rien de plus empressé que d'ouvrir ses bahuts, ses coffres, ses tiroirs, et d'en tirer toutes ses parures. Elles ne sauraient parler d'autre chose que de toilette, étrangères comme elles le sont à toute vie extérieure, et ignorantes au delà de toute expression. Elles ne savent ni lire ni écrire, et beaucoup même ne connaissent aucun ouvrage d'aiguille.--Il est une cérémonie qui est pour elles une occasion de parure qu'elles saisissent très-avidement, c'est un mariage. On comprend, en effet, que ce doive être la une grande et solennelle affaire, un événement de la plus haute importance pour des femmes dont la vie est si monotone. Un mariage, dès qu'il est projeté, les met en émoi; c'est un horizon nouveau dans leur existence, il les absorbe, c'est le but vers lequel elles tendent de tous leurs désirs. Assister à un mariage est une joie ineffable qui n'est connue, qui n'est partagée peut-être avec le même enthousiasme que par les jeunes filles de nos classes ouvrières: sous ce rapport, toutes les femmes orientales sont des jeunes filles, ou peut-être encore est-ce trop dire, ce sont des enfants.

Mais il serait injuste de ne parler que de leur futilité ou de leur ignorance. Elles sont généralement bonnes femmes, pleines de coeur et de sensibilité. Les exemples d'adoption d'orphelins, sont très-fréquents. Une Mauresque algérienne qui avait adopté un jeune garçon et une petite fille fut pour ces deux enfants pleine de soins, d'affection et de tendresse. La petite fille, nommée Aischa, le plus commun des noms arabes, était d'une gentillesse, d'une vivacité adorables; leur mère adoptive avait formé le projet de les unir un jour. Le mari partit pour le pèlerinage de la Mecque, et le fils adoptif devint en quelque sorte le chef de la maison qui lui avait été si hospitalière, le jeune homme était d'un caractère jaloux, violent, emporté, et il tyrannisa sa mère et sa soeur adoptives, au point de les empêcher de recevoir toute visite; souvent même il leur défendit d'aller au bain: mieux eût valu sans doute les priver de manger.

Cette pauvre femme se désolait; elle n'aurait eu qu'un mot à dire pour faire sortir de chez elle cet ingrat qui lui devait l'existence, mais elle préféra supporter ses caprices, ses injustes défiances. Le mari ne revint pas de son pèlerinage; il mourut en Égypte. La pauvre femme, réduite à la misère, n'eut qu'à souffrir de plus en plus de la brutalité de son fils d'adoption, qui lui-même tomba un jour dangereusement malade. La mère vendit ses bijoux, ses vêtements pour soigner cet enfant qu'elle aimait d'un amour de mère; elle alla jusqu'à mendier, et, brisée de fatigues et de douleurs, elle se coucha un jour pour ne plus se relever; sa dernière parole fut pour bénir ces deux enfants, qu'elle allait quitter pour toujours, et sa dernière prière fut pour le bonheur de sa pauvre Aischa.

Ces exemples de résignation patiente et courageuses sont très-fréquentes chez les femmes orientales.

Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

Aucun homme dans le monde n'est grand comme Napoléon.