L'Illustration, No. 0028, 9 Septembre 1843
Part 2
On sait encore que la voûte peinte du choeur de Conrad représentait le ciel; qu'il était rempli de croix et d'images en or et en argent; que dans l'une de ces croix soixante pierres précieuses étaient incrustées. Les mêmes documents nous apprennent qu'en reconstruisant ce choeur incendié, si l'on en conserva les dispositions principales, ou changea, pour les embellir, presque tous les détails; les piliers furent allongés de douze pieds; leurs chapiteaux, simples autrefois, s'évidèrent sous le ciseau des sculpteurs; les arceaux, qui semblaient coupés à la hache, s'adoucirent et s'ornèrent. On remplaça les colonnes de pierre par des colonnes de marbre; les voûtes du choeur et de ses alettes étaient unies, on les broda de nervures délicates et de clefs adroitement sculptées. Un mur lourdement appuyé sur des piliers séparait les transepts du choeur, on détruisit ce mur; ou maria le choeur et les transepts; l'oeil circula librement de l'un aux autres, et monta sans obstacles vers l'énorme voûte qu'ils forment aujourd'hui. Cette voûte était revêtue de boiseries peintes, on y substitua la pierre taillée, le ciment, et cette espèce de stuc qu'on appelle toph, etc.
Nous n'insisterons pas sur toutes ces modifications, essentielles cependant aux jeux de quiconque étudie sérieusement l'histoire de l'art; mais nous serions entraînés trop loin si nous descendions à ces questions de détails. Avertissons seulement le lecteur superficiel qu'en traversant la cathédrale de l'est à l'ouest, il peut prendre une idée sommaire des variations de l'architecture ecclésiastique en Angleterre pendant plus de cinq cents ans. A l'orient, où les formes primitives se sont conservées, il trouve en abondance les piliers courts, trapus, solides, les arceaux ronds et ramassés de l'ère saxonne ou normande: l'édifice n'a pas encore pris son vol hardi, le temple tient encore à la terre. Mais à mesure que vous avancez dans le choeur, vous voyez s'allonger peu à peu l'arceau _Romanesque_. La transition se fait sentir; tout le choeur, ouvrage de Guillaume de Sens, et surtout la couronne de Becket, en portent la curieuse empreinte. Cette dernière partie de l'édifice, bâtie sous Henri II (1173-1175), est sans contredit une des plus remarquables comme échantillon des premières tentatives faites pour substituer les formes sveltes, les lancettes gothiques, l'ogive pointue, la flèche-fusée aux demi-cercles arrondis, aux supports circulaires, aux parastates romains. L'arceau aigu se marie, dans la couronne de Becket, à l'imitation normande des colonnes corinthiennes. Mans le transept du nord-est, vous trouvez l'ogive supportée par les mêmes piliers où posait naguère l'arceau _Romanesque_. Vous en trouvez, de ces piliers, dont le feuillage est conforme aux dessins que Palladio nous a conservés du temple au-dessous de Trévi; l'astragale romaine, le rouleau selon Vitruve, le tortis, etc., se retrouvent encore à chaque pas; mais à mesure que vous avancez vers l'admirable _screen_ qui sépare lu choeur de la nef, le vrai gothique, le gothique décoré, comme on l'appelle, semble ouvrir ses ailes et s'élancer. Guillaume l'Anglais,--le premier architecte national,--renchérit sur les leçons de Guillaume de Sens, son maître; la ligne se redresse, la colonne mincit et s'élève, l'ogive s'aiguise, les tours montent; rien n'arrête plus cet essor étrange qui ne compte pas avec les précédents, tient l'unité en mépris et semble n'avoir pour but que de résoudre, à force d'audace, les problèmes capricieux proposés par la fantaisie à la matière.
Le _screen_ avait été construit par le prieur Henri de Estria, sous Édouard 1er, en 1304. Il fallut soixante-dix-neuf ans pour y ajouter les transepts occidentaux et la chapelle de saint Michel; puis trente on quarante ans encore pour élever la nef, longue de deux cent quatorze pieds, haute de quatre-vingts, large de quatre-vingt-quatorze. Elle fut finie sous Henri IV. O. N.
_(La suite à un prochain numéro.)_
Les Régates du Havre.
27 AOÛT.
Ce n'est que depuis peu d'années que les régates, courses d'embarcations à la voile ou à la rame, se sont introduites dans nos ports. Leur origine est vénitienne, car il est d'usage immémorial, dans la cité-reine de l'Adriatique, que les gondoles et les barques dites _peote_ se disputent des prix de vitesse appelés _regates_. Les gondoliers sont habiles à cette lutte décrite avec tant de poésie par Fenimore Cooper dans son roman du _Bravo_. De Venise, les régates ont passé en Angleterre, et récemment en France, à la vive satisfaction des habitants du littoral.
Les régates du Havre sont sans contredit les plus brillantes et les plus suivies, grâce à la position de ce port. La proximité de la Grande-Bretagne permet aux Anglais d'y prendre part; la facilité des communications y attire bon nombre de riverains de la Seine, depuis Honfleur jusqu'à Paris. Une population flottante considérable, des étrangers de tous les coins du globe, des navires de toutes les nations, impriment à ces régates un caractère cosmopolite qu'on rencontrerait difficilement ailleurs, fût-ce à Venise on à Marseille. Nous doutons que l'une ou l'autre de ces villes offre aux chaloupes, concurrentes une lice aussi spacieuse, aussi commode, aussi pittoresquement encadrée. La plage, qui forme un hémicycle depuis la jetée jusqu'au cap de la Hève, peut recevoir d'innombrables spectateurs; ils ont en face d'eux la mer sans limites; derrière eux, le Havre, flanqué au nord par les villas d'Ingouville; à droite, les collines de Sainte-Adresse et le phare de la Hève; à gauche, dans un vaporeux lointain, les blanches falaises qui s'étendent entre l'embouchure de la Seine et celle de l'Orne. Il n'y a dans aucun port de France un site comparable à celui-ci, surtout quand l'amphithéâtre du rivage est garni d'une foule tumultueuse, quand des navires franchissent le goulet pour entrer ou sortir, quand des flottilles de canots circulent sur les vagues, quand des navires en panne, mouillés ça et là comme les sentinelles avancées d'un camp maritime, dessinent au bout de l'horizon leurs quilles ventrues et leurs mâtures anguleuses.
Les régates du 27 août 1843 ont dû une solennité inaccoutumée au patronage du contre-amiral prince de Joinville et du duc d'Aumale, A sept heures, l'artillerie du port a salué l'entrée en rade des corvettes à vapeur _le Pluton, l'Archimède_ et _le Napoléon_, dont la première portait les membres de la famille royale; ils sont descendus à terre une heure après, et ont été conduits par les autorités à l'église de Notre-Dame-de-Grâce. Puis ils ont pris place sur le dôme de la galerie des bains Frascati, près le pavillon aux signaux, déjà les bateaux à voiles qui devaient concourir étaient mouillés à leur place, les voiles appareillées; déjà les canots des juges commissaires couraient des bordées le long de la côte pour établir l'ordre entre les jouteurs. Aussitôt que les princes ont paru sur leur observatoire, _le Rôdeur_ a tiré deux coups de canon, et six bateaux pontés à voile, chacun d'environ douze mètres de longueur à la flottaison, se sont élancés dans la liquide carrière; ils étaient montés par des pêcheurs du Havre et de Honfleur, et quelques-uns avaient encore à bord leurs chaluts parés à mouiller; ils avaient à décrire un orbe à peu près régulier autour des bouées qui servaient de limites. Ils doublèrent facilement la première bouée, vent sous vergue, et la seconde grand large; mais la brise du sud-est qui les avait favorisés vint à mollir subitement. En vain ils poussèrent leur bordée au sud-est pour gagner le vent, un calme plat les laissa à la merci du courant, qu'il leur était imposable de refouler. Pendant que les autres courses commençaient, ils demeurèrent immobiles, et leurs voiles battirent inutilement les mâts; on ne songeait plus à eux, et le calme régnait encore à terre, lorsqu'une fraîcheur, s'élevant du nord-est, les ramena vers leur point de départ avec tant de vitesse qu'on eut à peine le temps d'apprécier leur marche et leur évolution. _La Victorine_, de Honfleur, patron Pollet, conservant l'avance qu'elle avait eue constamment, arriva au but la première, suivie de près par _les Deux-Cousins_, du Havre, patron Guilbert. Toutefois l'épreuve fut considérée comme nulle, parce que les vainqueurs n'avaient pas, disait-on, conformément aux règles prescrites, doublé la troisième bouée au vent.
Durant cette contestation, les canots à la rame, à six avirons, couraient parallèlement au rivage: cinq s'étaient inscrits, mais quatre seulement se présentèrent, et l'un d'eux, _l'Émulation_, cassa son gouvernail à la première bouée; la lutte s'engagea entre _l'Éclair, la Riposte_ et _la Fine_, et, dès le début, les distances furent marquées. _L'Eclair_, patron Riconard aîné, gagna le premier prix de 500 fr.; le second, de 100 fr., fut adjugé à _la Riposte_, patron Léopold Mazerat.
Les bateaux à voiles non pontés, courant d'abord vent arrière, doublèrent aisément la nouée du nord; mais comme leurs devanciers, ils furent longtemps retenus au large, et surpris inopinément par la brise du nord-ouest; cette variation plaça les derniers, ceux qui avaient obtenu l'avantage. _Le Vite_; qui avait dépassé les huit autres concurrents, se trouva sous le vent presque cap pour cap; _le Havre-et-Guadeloupe_ prit la tête et atteignit le premier le but; _le Général-Vandamme_ marchait le second; tous deux s'attendaient à une ovation, mais les juges-commissaires annulèrent la course, alléguant que le changement du vent, en nécessitant des combinaisons imprévues, avait jeté du doute sur quelques manoeuvres; que l'un des bateaux avait fait usage de l'aviron, et qu'un autre avait mouillé pour se soutenir, contrairement aux prohibitions établies.
Les trois dernières courses ont eu de plus complets résultats; quatre pirogues baleinières sont parties ensemble: _l'Hirondelle_, patron Alexandre Mauconduit, a pris la tête; _la Vaillante, le Petit-Eugène_ et _la Blonde_ suivaient à quelque distance. A une encablure du but, _l'Hirondelle_, trop rapprochée, aborda _la Vaillante_, et pendant que les nageurs s'efforçaient de dégager leurs avirons, le _Petit-Eugène_, aux acclamations des spectateurs, franchit rapidement le lieu de la collision. _L'Hirondelle_ ne perdit point courage; débarrassée de l'obstacle qui la retenait, laissant derrière elle _la Vaillante_ et _la blonde_, elle, poursuivit son concurrent, et parvint à le dépasser à la première bouée: elle a remporté le premier prix de 500 fr.; le prix de 10 francs n'a pas été disputé au _Petit-Eugène_, patron Morin.
Dans la course de canots de fantaisie, deux gigs anglais, _le Sphinx_ et _le Grand-Turc_, ont lutté contre _la Belle-Poule; la Sylphide_ et _Lustucru; le Sphinx_, monté par Robert Coombs et quatre mineurs expérimentés, l'a emporté sur _la Belle-Poule_; l'autre gig anglais n'est arrivé que le dernier; _la Sylphide_, embarcation de forme nouvelle, et construite en fer, n'a pu soutenir l'épreuve jusqu'au bout.
La dernière course, celle des amateurs, n'avait pour acteurs que des membres de _la Société des Régates; la Rouge, Lustucru, Gipsy, le Clown_, ont fait assaut d'adresse et d'agilité; le prix unique, qu'à obtenu _Gipsy_, à M. Cor, était une paire de magnifiques vases en porcelaine de Saxe.
Ainsi se sont terminées les cinquièmes régates du Havre. Les princes sont descendus sur l'estrade du grand salon de Frascati, où le maire a successivement appelé les vainqueurs. Le prince de Joinville a annoncé qu'il accordait à la ville une somme annuelle de 2,000 fr., destinée à fonder de nouveaux prix. Le soir, un feu d'artifice a été tiré en mer, et quoique les pontons fussent trop rapprochés de terre, c'était un beau spectacle que les bombes, dont la courbe se reproduisait dans les eaux, les serpenteaux et les fusées qui tombaient en pluie sur les vagues illuminées, et les flammes du Bengale, dont les reflets multicolores faisaient resplendir la haute mer.
Les deux courses déclarées nulles ont été recommencées conformément à la décision des juges-commissaires. _Les Deux-Cousins_, patron Sabolle, ont gagné le prix de 1,000 fr.; _le Bon-Père_, patron Berney, celui de 250 fr.; _la Victorine_, triomphante la veille, s'est échouée en allant prendre son mouillage. Le premier prix des bateaux à voiles non pontés a été décerné au _Vite_, appartenant à M. Barbe; le second à _La Lionne_, appartenant à M. Cor. _La Louise, la Mosquita, le Général-Vandamme_ et _l'Ariel_ ont renoncé. _Le Havre-et-Guadeloupe_ n'a pas couru.
Inauguration de la statue de Henri IV.
A PAU.
L'arrivée de la reine d'Angleterre a trop détourné l'attention publique de cette grande fête nationale, qui semblait justement destinée à avoir un grand retentissement dans toute la France.
Le 25 août, à onze heures et demie, une salve de vingt-un coups de canon a annoncé l'entrée de M, le duc de Montpensier dans la ville de Pau. Le Corps municipal s'est rendu au pont de Jurançon pour recevoir le prince, qui, bientôt après, mettait pied à terre au château où naquit son aïeul, le 15 décembre 1553. Des courses de chevaux, un concert, un bal, deux jours de fêtes préliminaires, ont précédé la grande solennité de l'inauguration, célébrée avec une magnificence digne de son objet. Ce jour-là, le département des Basses-Pyrénées était tout entier concentré dans son chef-lieu, et la population quadruplée ondulait aux abords de la place Royale. Le duc de Montpensier y est arrivé à dix heures, accompagné du conseil-général du département, de l'état-major de la division, des membres de la cour royale et des tribunaux, de M. le duc de Cazes, grand-référendaire de la Chambre des Pairs, du marquis de Lusignan, pair de France, et du lieutenant-général Harispe. A l'approche du cortège, un orchestre dirigé par M. Habeneck a exécuté la _Bataille d'Ivry_; des choeurs ont chanté d'une voix retentissante une ballade de circonstance dont M. Aube avait composé la musique, et M. Liadères les paroles. Après le dernier couplet, la statue de Henri IV était débarrassée des draperies blanches qui la dérobaient aux regards. Vingt-un coups de canon ont annoncé au loin que le Béarn possédait enfin ce monument tant désiré; les acclamations de vingt mille spectateurs se sont mêlées au bruit de l'artillerie; les choeurs ont fait entendre: _Vive Henri IV_, et l'orchestre, après avoir accompagné le vieux refrain français, a joué l'air béarnais _Là haut sur les montagnes_. Alors ont commencé les formes sacramentelles de l'inauguration. Le duc et les principaux fonctionnaires en ont signé le procès-verbal, que l'on a déposé dans un caveau pratiqué sous le piédestal, en y joignant l'histoire de Henri IV, par Pérétixe (édition elzévirienne), le recueil du ses lettres, publié par la Société de l'Histoire de France (2 vol. in-4º), _la Henriade_, des médailles, et diverses monnaies frappées au seizième siècle. Le comte de Saint-Grieq, président du conseil-général du département, le préfet, le duc de Montpensier, prenant tour à tour la parole, ont rappelé à l'envi les qualités d' Henri le Grand. L'impression produite par ces discours durait encore, quand le duc de Montpensier s'est approché du monument, a scellé la pierre du caveau, et a fait d'un pas lent le tour de la statue, pendant que la musique des régiments répétaient: _Vive Henri IV!_
Les journaux, en rendant compte du cette fête à la fois nationale et locale, ont parlé d'enthousiasme indéfinissable, de cris d'allégresse, de sentiments de bonheur débordant de toutes les âmes, si bien que le lecteur de sang-froid est naturellement tenté de les taxer d'exagération. Rien de plus réel cependant que les transports de joie des habitants de Pau, à la vue du marbre qui reproduit les traits de leur royal concitoyen. On a toujours aimé Henri IV dans toute la France; mais on lui a voué, une espèce de culte dans l'ex-province du Béarn. Là régna longtemps sa famille. Ce fut sa mère, Jeanne d'Albret, qui donna le titre de ville à la bourgade de Pau, le 4 novembre 1502. Les devises d'Henri d'Albret et de son épouse Marguerite sont encore visibles dans les appartements du château qu'ils ont fait bâtir. L'enfance de leur petit-fils Henri IV s'écoula sur les rives du Gave; il fit à Pau l'apprentissage de la vie et du pouvoir; et lorsque les destinées l'eurent appelé au trône de France, il n'oublia point ses chers compatriotes. Aussi écrivait-il, le 20 décembre 1593, en donnant à son lieutenant commission de tenir les états de son royaume de Navarre et du pays souverain de Béarn: «Vous avez déjà assez séjourné dans le pays pour avoir reconnu et observé les moeurs de mes sujets, lesquels je désire que vous mainteniez, en cette ferme créance, que, comme ils sont les premiers sur qui Dieu m'a donné autorité, je veux continuer envers eux ce soin et cette affection singulière que j'ai portés dès ma naissance.»
Les Béarnais ont répondu à ces protestations par un attachement inviolable, qui s'est perpétué d'âge en âge. Les paysans des environs montrent encore avec orgueil les lieux qu'il fréquentait de préférence, les rochers qu'il gravissait, les fontaines où il se désaltérait durant ses promenades. On voit, au château de Pau, pour les réparations duquel on a dépensé récemment plus de 500,000 francs, la chambre à coucher où Jeanne d'Albret enfanta en chanta le cantique national: _Nouste-Dame deii cap deii Pont, ajudat me d'aqueste hore_. On conserve religieusement son lit de bois sculpté, et l'écaille de tortue qui lui servit de berceau. Cette dernière relique, menacée par la Révolution, fut sauvée par M. de Beauregard, qui lui substitua une écaille à peu près semblable dont il était possesseur. L'écaille authentique est placée sur une espèce d'estrade, et surmontée de trophées, qui ne contribuent pas à l'embellir.
Les souvenirs du _Béarn_ peuplent toute la contrée. Au village de Billières situé à l'extrémité occidentale du parc du château, est la maison de Lassensaa, père nourricier de Henri IV. Par un arrêt du Grand Conseil, en l'an 1772, Louis XV accorda cent arpents, sur la plaine de Pont-Long, à la famille Lassensaa; le vieux bâtiment, qui tombait en ruines, fut réparé sous la Restauration. Quand la duchesse de Berri le visita, le 20 juillet 1828, les descendant du nourricier lui présentèrent le bâton sur lequel le jeune Henri s'appuyait dans ses excursions pédestres. Le duc de Montpensier n'a pas voulu quitter les Basses-Pyrénées sans aller en pèlerinage à Billières, et c'est le dernier rejeton de Lassensaa qui lui a fait les honneurs de l'habitation patrimoniale.
Voilà déjà un siècle que les habitants de Pau avaient eu la pensée de consacrer un monument à Henri IV. Les états-provinciaux en votèrent le fonds, et demandèrent une autorisation au gouvernement, qui, pour répondre à leurs voeux, s'empressa de leur envoyer une statue en bronze de Louis XIV. Les malins Béarnais s'en vengèrent en inscrivant sur le piédestal des vers patois qui débutaient ainsi: «_A ciou qu'ey l'arrahil den nouste gran Henri_ (à celui-ci qui est l'arrière-fils de notre grand Henri).» En 1793, ou fondit des canons avec l'image de _l'arrahil_, et comme on n'eût pas traité moins cavalièrement celle du trisaïeul, les Béarnais durent se féliciter de ne l'avoir pas obtenue. Le monument actuel a été érigé à la place du bronze détruit; il est l'oeuvre de M. Raggi, et a été exposé au Salon de 1842. Le statuaire a consigné sur le livret de cette année les intentions qui ont présidé à sa composition: «Henri IV témoigne à ses nobles guerriers sa volonté de marcher avec son armée au secours de Henri III, et les engage à rassembler autour de lui tous ses vassaux armés pour accomplir ce projet.» En accordant des éloges à l'exécution sévère de la statue, nous croyons qu'il est un peu ambitieux d'avoir voulu exprimer tant de choses complexes par les gestes et l'attitude d'une seule figure.
Il n'est pas sans intérêt de donner quelques détails biographiques sur un sculpteur que _Lapérouse_ et _Henri IV_ achèvent de mettre en évidence. M. Raggi (Nicolas-Bernard) est un Italien naturalisé Français depuis longues années. Né à Carrare, en 1791, il y remporta le second grand prix en 1809. Il étudia à Paris sous la direction de M. Bosio, et se fit remarquer, en 1817, par un _jeune discobole prêt à lancer son disque_: il obtint la médaille d'or au Salon de 1819, pour un groupe et deux statues, que le livret indique en ces termes: «L'Amour, s'approchant du lit de Psyché, entend soupirer cette, nymphe,» groupe en marbre.--Montesquieu méditant sur _l'Esprit des Lois_,--Henri IV, statue commandée par le comte Dijon, pour en faire hommage au roi. Ce prince, n'étant encore que roi de Navarre, manifeste à ses sujets le projet du reconquérir le trône de ses ancêtres; il les engage à se réunir autour de lui. La main droite qu'il leur tend exprime sa clémence, et la main gauche, portée sur son sabre, est l'emblème de sa puissance.
_L'Amour s'approchant du lit de Psyché_ est au Luxembourg, le _Henri IV_ à Nérac, et le _Montesquieu_ au Palais-de-Justice de Bordeaux. Nous connaissons de M. Raggi plusieurs travaux remarquables, répartis en divers édifices: à Saint-Étienne-du-Mont, _la Vierge tenant l'Enfant-Jésus_; à Grenoble, _Bayard mourant_, statue en bronze; dans la salle d'exposition des sculptures, au Louvre, _Hercule retirant de la mer le corps d'Icare_; à Versailles, _Hugues Capet_, statue en marbre; _Jean Boucicault_ et _Jacques de Bourbon_, en plâtre; à la Madeleine, _saint Vincent de Paule_ et _saint Michel_.
La fête de Pau a été une ovation pour cet honorable statuaire, que le préfet avait officiellement invité à y assister. Le duc de Montpensier s'est fait présenter M. Raggi ainsi que M. Latapie, qui, en qualité d'architecte de la ville, a coopéré à l'érection du monument.
De la Médecine chez les Arabes (3).
[Note 3: Extrait du Rapport officiel de M. le docteur Furnais _sur les Causes, la Nature et le traitement des Maladies des Yeux en Afrique._]
Malgré le fatalisme inhérent à leur religion, les Arabes accordent une grande confiance à la médecine; et c'est à tort que, certains auteurs ont avancé que les musulmans craignaient de tenter la divinité, en croyant à l'art de guérir.
Les bains sont la panacée universelle des indigènes de l'Algérie; ils les emploient dans toutes les maladies, quels que soient l'âge et le tempérament des malades.
L'application du feu joue un grand rôle dans leur thérapeutique chirurgicale; c'est à l'aide de ce moyen violent qu'ils prétendent guérir les engorgements du foie et de la rate, et une grande partie des maladies d'estomac.
Pour les blessures d'armes à feu, ils rougissent à blanc un anneau ou bague de fer qu'on applique à l'orifice de la plaie, et s'établit ainsi une suppuration et des bourgeonnements de bonne nature, l'introduction de l'air devient difficile, et la guérison est très-prompte.
Pour les foulures, les entorses, les tumeurs et les engorgements des articulations, leur médecine n'est pas moins violente.