L'Illustration, No. 0026, 26 Août 1843
Part 8
«Voici un de ces livres qu'il faut lire comme il a été écrit, avec la foi,» dit M. Alexandre Dumas, au début de son introduction. Que l'auteur des _Demoiselles de Saint-Cyr_ nous permette de donner au lecteur de _Jeanne d'Arc_ un avis tout contraire. Si M. Alexandre Dumas raconte avec esprit, en revanche, comme historien, il ne doit inspirer aucune confiance. Non-seulement il n'étudie pas l'histoire, mais quand il la connaît par hasard, il la défigure à plaisir, il en fait des feuilletons plus ou moins spirituels, et comparables, pour la véracité, aux fameuses _Impressions de Voyage_. Au lieu de lire son roman de _Jeanne d'Arc_ avec une foi entière, il faut le lire avec la plus prudente méfiance. Les éditeurs l'ont si bien senti, qu'ils ont eu le soin de mettre l'antidote à côté du poison. Aux lecteurs qui ne demandent qu'un récit animé et intéressant, la _Jeanne d'Arc_ de M. Alexandre Dumas; à ceux qui veulent s'instruire en s'amusant, l'introduction de M. Charles Nodier et l'appendice de M. Buchon. Cet appendice contient, en effet, une analyse raisonnée des documents anciens et de nouveaux documents inédits sur la pucelle d'Orléans. Il forme les deux tiers de ce volume, dont il devient ainsi la partie principale. Les curieux documents que publie M. Buchon renferment toute l'histoire de Jeanne d'Arc, car ils se divisent en neuf chapitres: 1º enfance de Jeanne d'Arc; 2° ses premières inspirations avant son départ de Greux; 3º sa présentation au roi et son admission; 4° ses services jusqu'au couronnement de Reims; 5° ses services après le couronnement et sa prise à Compiègne; 6º son emprisonnement et sa remise aux Anglais; 7º son procès et ses interrogatoires; 8º sa condamnation et son exécution; 9º la réhabilitation de sa mémoire.
_Des Sociétés civiles et commerciales_, commentaire du Titre IX du Livre III du Code civil; par M. TROPLONG, conseiller à la Cour de cassation, membre de l'Institut (ouvrage qui fait suite à celui de M. Touillier). 2 vol. in-8,--Paris, 1843. _Charles Hingray_. 15 fr.
Le zèle et l'activité de M. Troplong ne se ralentissent pas. Il continue, avec une persévérance égale à son talent, l'important ouvrage que Touillier n'avait pas eu le temps de terminer. Quelques années encore, et il aura l'honneur de poser la dernière pierre de ce vaste et colossal édifice élevé à la science du droit. Aujourd'hui il publie le commentaire du Titre IX du Livre III du Code civil, _du Contrat de Société_. Ce commentaire, qu'il ne nous est pas donné d'apprécier ici, obtiendra sans aucun doute, alors même qu'il leur serait inférieur, un succès plus grand que ceux de la Prescription, de la Vente, des Hypothèques, etc.; car les matières qu'il traite ont un intérêt plus actuel et plus général, M. Troplong y a réuni en effet la société civile et la société commerciale, et à cette époque ou l'association a pris et s'apprête à prendre des développements si imprévus, un pareil travail a tout à la fois pour but de résoudre la grave question que fait naître la législation existante et de préparer les réformes nécessaires de l'avenir. Peut-être cependant, nous devons l'avouer, M. Troplong montre-t-il, en divers passages, une affection trop vive pour le présent. «Convaincu, dit-il, que notre loi sur les sociétés civiles et commerciale est le fruit d'une longue expérience; qu'elle a été mûrie par les épreuves les plus décisives, par les combinaisons pratiques les plus variées et les plus ingénieuses; qu'elle est la formule de tout ce que le passé a accumule de faits considérables en économie et en industrie, j'ai foi en sa sagesse; et quoique je reconnaisse en elle quelques défauts secondaires, je ne me laisse pas aller à des désirs de changements plus rétrogrades que progressifs; je me contente d'en appeler à la jurisprudence pour tous les cas où il est permis de corriger des contours vicieux, des traits sans harmonie.»
A l'appui de cette opinion, M. Troplong a réimprimé, en tête de ces deux volumes, une savante et curieuse dissertation qu'il avait lue jadis à l'Académie des Sciences morales et politiques, et dans laquelle il a fait l'histoire de l'esprit d'association depuis les Romains jusqu'à nos jours. Nous n'analyserons pas cette remarquable dissertation, qui, selon les propres expressions de son auteur, renferme quelque chose de plus sérieux qu'un ornement scientifique. Qu'il nous suffise, pour donner une idée de son importance et de son but, d'en citer un court fragment: «La vérité est, dit M. Troplong, que le législateur du Code civil et du Gode de commerce, en réglant les conditions des sociétés par actions, ne s'est pas aventuré dans une région inconnue; qu'il n'a pas hasardé une innovation dont l'avenir seul a pu révéler les avantages ou les inconvénients. L'expérience avait été faite; depuis des siècles l'institution marchait; elle avait eu ses moments de crise à côté de ses heures de prospérité; elle était passée par les principales épreuves qui peuvent éclairer la prudence du législateur. Il est utile de constater ces précédents, qui mettent nos codes dans leur véritable cadre, parce que naguère, après certaines surprises de l'agiotage, les esprits émus s'en sont pris trop légèrement à la loi des erreurs des hommes. Au lieu de faire le procès aux intrigants devant la police correctionnelle, on a fait le procès au Code devant les Chambres... Dans tout cela on oubliait bien des choses, mais surtout l'histoire, dans laquelle on aurait vu que le passé n'est pas aussi petit, aussi dépourvu de grandes tentatives commerciales et de grands faits économiques que l'on se l'imagine... Chez ce peuple romain qui avait remué l'univers, dans ce Moyen-Age qui créa tout par l'association, dans cette Europe d'autrefois qui sut coloniser le Nouveau-Monde, sillonner les mers les plus lointaines de sa marine marchande, trouver l'assurance et le crédit, défricher, dessécher, canaliser; dans tout ce passe, si riche d'entreprises et de découvertes, soyons convaincus que la jurisprudence fut sans cesse alimentée par de grandes applications de l'esprit d'association; qu'elle en a connu l'importance et le but économique, et que, par une généralisation savante de faits industriels très-nombreux et très-compliqués, elle est arrivée à asseoir le contrat de société sur ses véritables rapports intérieurs et extérieurs, à calculer avec exactitude la force relative des valeurs que ce contrat met en action, à donner au personnel une organisation sagement étudiée, et qui, se prêtant avec souplesse aux exigences de tous les cas, réunit tour à tour les avantages de l'égalité et ceux de la hiérarchie.»
_Souvenirs d'un Voyage à Munich_, ou Description des principaux monuments de la ville nouvelle; par AL. LUSSON, architecte des travaux publics, ancien commissaire-voyer de la ville de Paris. 1 vol. in-8 de 112 p.--Paris, 1843. M. Al. Lusson est un fanatique admirateur du roi de Bavière. Pendant son séjour à Munich, il a pris un vif plaisir à contempler et à étudier les innombrables monuments élevés «par les soins de ce prince artiste et poète, qui a compris que les sciences et les arts «ennoblissent les peuples et achèvent de les polir.» A son retour à Paris, il a publié sur Munich une brochure de 112 pages, dans laquelle les artistes et les architectes trouveront une description claire, exacte et détaillée de toutes les merveilles de cette ville que les Bavarois appellent l'Athènes du Nord.
Modes.
COSTUMES CE CHASSE.
On ne s'occupe en ce moment que de costumes de chasse. La mode, qui ordinairement ne permet presque pas de variétés dans les toilettes d'homme, est plus tolérante pour celles qui sont destinées à la chasse.
Ce dessin représente un chasseur à courre; son habit est rouge; le fouet qu'il tient à la main et le couteau de chasse fixé à son ceinturon de cuir verni sortent des magasins Verdier; sa culotte de daim et ses bottes à revers complètent un costume irréprochable de grande chasse.
Qu'on ne suit pas étonné de voir une dame en habit de chasse à pied. Autrefois les hommes brodaient au tambour, faisaient de la tapisserie, en un mot, s'occupaient d'ouvrages de femmes pour se rapprocher d'elles; de nos jours, les élégantes se livrent aux exercices de la gymnastique et de la natation, à l'enivrement de la cigarette et aux fatigues de la chasse. Il faut bien que nous cherchions à partager les plaisirs de nos maris et de nos livres, jusqu'à ce qu'il leur plaise de revenir aux nôtres. Chaque sexe fait à son tour un pas vers l'autre, et il y a longtemps que le symbole de la mode est, comme celui de la fortune, une roue.
Amusements des Sciences.
SOLUTIONS DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE DERNIER
NUMÉRO.
I. Puisque la marchande est arrivée au marché avec trois douzaines d'oeufs ou 36 oeufs, c'est qu'en passant au troisième corps-de-garde elle en avait le double de 36 augmenté de 1, ou 73; car elle en a laissé la moitié 36 et demi plus la moitié d'un, ou 37. De même, avant le second guichet, elle avait 147 oeufs; et avant le premier 295. Tels sont les nombres qui satisfont à la question.
II. Adossez à la face inférieure du linteau de la fenêtre un miroir que vous inclinerez un peu du côté de l'appartement, en sorte qu'il réfléchisse, à quelques décimètres de l'appui de la croisée, ou sur cet appui même, les objets placés au-devant et près de l'ouverture de la porte du rez-de-chaussée. En vous plaçant près de cet appui et en regardant dans le miroir, vous pourrez voir les personnes qui se présentent à l'entrée de la maison. Mais comme vous ne verriez, de cette manière, que l'image renversée de l'objet, ce qui le rendrait assez difficile à reconnaître; comme d'ailleurs il est fatigant et incommode de regarder de bas en haut, il sera mieux de placer sur l'appui de la croisée, à l'endroit où le premier miroir renvoie l'image, un second miroir plan à peu près horizontal, dans lequel on cherchera. On y apercevra l'image redressée de l'objet, presque comme si on le fixait de haut en bas en se mettant à la fenêtre; seulement il paraîtra à une distance un peu plus grande. Notre figure représente cet arrangement de miroirs et leur usage mis en action.
Le célèbre astronome Hévélins avait inventé, en 1657, un instrument ayant quelque analogie avec l'appareil que nous venons de décrire. Comme cet instrument, destiné à faire apercevoir par réflexion des objets qui auraient été invisibles directement, semblait à son auteur devoir être utile à la guerre, il avait reçu le nom de _polémoscope_ (_polemos_, combat; _scopéô_, je vois); mais le polémoscope n'a probablement été jamais beaucoup employé à cet usage, et on y a renonce peut-être plus vite encore qu'aux aérostats, qui avaient eu pourtant quelque influence, au moins morale, comme chacun sait, sur le gain de la bataille de Fleurus.
NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.
I. Tirer par-dessus l'épaule un coup de pistolet aussi sûrement que si l'on couchait en joue.
II. Un homme est sorti de chez lui avec une certaine quantité de napoléons pour faire des emplettes. A la première, il dépense la moitié de ses napoléons et la moitié d'un; à la seconde, il dépense aussi la moitié de ses napoléons et la moitié d'un; à la troisième pareillement, et il rentre chez lui ayant dépensé tout ce qu'il avait emporte, et sans avoir jamais changé de l'or pour de l'argent. On demande combien il en avait.
III. Même question, en supposant que c'est seulement à la quatrième, à la cinquième, à la sixième emplette, etc., que tout a été dépensé.
Problème de Dessin.
SOLUTION.
La solution de ce problème est facile.--Placez le journal de côté, joignez le cou du chien dont la tête est en haut avec la queue de celui qui a la tête en bas; tracez une autre ligne parlant du coude de la patte de devant, et prolongez-la jusqu'à la patte de derrière; retournez le papier, et faites de ce côté la même opération.
Erratum.
Quelques erreurs se sont glissées dans l'article que nous avons consacré au statuaire Cortot. Sans attendre qu'on nous les signale, nous nous empressons de les rectifier, et nous les expliquons par la difficulté de réunir en peu de jours les matériaux nombreux et épars d'une biographie inédite. Parmi les oeuvres que nous avons citées, nous avons omis de dire que les unes avaient été exécutées et placées, mais que d'autres étaient seulement à l'état de modèles. De ce nombre sont: la _Justice_, composée pour l'une des assises du grand escalier de la Bourse; _Louis XVI_ et quatre figures, pour le monument expiatoire de la place Louis XVI. Nous avons confondu à tort cette dernière statue avec celle que M. Bosio a faite pour la chapelle expiatoire de la rue d'Anjou; Cortot n'a exécuté pour cet édifice que le groupe en marbre de _Marie-Antoinette soutenue par la Religion_.
La _Ville de Paris_, figure de 8 mètres (vingt-quatre pieds), fut commandée à J.-P. Cortot en même temps qu'un fleuve de 5 mètres (quinze pieds), en bronze, à M. Pradier, pour la fontaine de l'Éléphant; les modèles seuls ont été exécutés.
L'_Immortalité_ a figuré à la porte de la Chambre des Députés, le jour de la translation des cendres de l'Empereur; mais le bronze n'en est pas encore fondu. La _statue de Charles X_, que plusieurs artistes nous ont dit n'avoir jamais vue, avait été faite par Cortot en 1827, avec la collaboration de M. Caillouette; elle était, avant 1850, à l'Hôtel-de-Ville. Dans notre liste des travaux de Cortot, nous avons oublié de comprendre un _bas-relief pour l'arc du Carrousel_, exposé en 1824, et deux villes de la place de la Concorde, _Nantes_ et _Brest_.
Ce fut aux eaux de Vichy que Cortot éprouva les premières atteintes d'une hydropisie symptomatique déterminée par une autre affection dont il souffrait depuis longtemps. M. Drolling, peintre, abandonna ses travaux et ses élèves pour aller donner des soins à son ami mourant, et le ramena à Paris.
A la cérémonie funèbre, le 16 août, les coins du poète étaient tenus par MM. Raoul-Rochette, Bosio, Blondel et Jarry de Maney, professeur d'histoire à l'École des Beaux-Arts. M. Émery représentait la famille. Nous avons donné une analyse fidèle des discours que nous avons entendus et que nous avons sous les yeux, imprimés par Firmin Dudot pour être distribués aux membres de l'Institut.
Ces rectifications prouveront à nos lecteurs que nous n'épargnons rien pour être d'une rigoureuse exactitude.
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.
Un effet de lune.
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