L'Illustration, No. 0025, 19 Août 1843
Part 8
Après avoir exposé en ces termes les caractères principaux de ces trois époques, M. Hoefer, entrant immédiatement en matière, étudie d'abord toutes les civilisations de l'antiquité pour y trouver les éléments constitutifs de la science dont il entreprend d'écrire l'histoire. Si depuis les temps les plus reculés jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, la chimie n'eut pas de nom, elle existait cependant et ou parvient à la retrouver, après de longues et patientes recherches, dans les ateliers du forgeron et de l'orfèvre, du peintre et du vitrier, dans le cabinet du médecin et du naturaliste, dans les systèmes des philosophes.
Toutes les sciences humaines viennent de l'Orient. En remontant vers leur origine, on arrive naturellement jusqu'à ces plages éloignées, qui, les premières, sur notre hémisphère, sont éclairées par les rayons du soleil levant. C'est donc en Chine que M. Hoefer a commencé l'histoire de la chimie. De la Chine, il conduit son lecteur dans l'Inde, et de l'Inde chez les Égyptiens chez les Phéniciens et chez les Hébreux. La _première section_ de la PREMIÈRE ÉPOQUE ne dépasse pas l'Asie et l'Afrique, et s'arrête 620 ans avant Jésus-Christ.
La _deuxième, section_ nous amène en Europe, dans la Grèce et dans l'Italie. Consacrée exclusivement aux Grecs et aux Romains elle se divise en deux parties: la partie théorique et la partie pratique.
M. Hoefer jette d'abord un coup d'oeil rapide sur cette partie de l'histoire de la philosophie qui se rattache plus spécialement aux doctrines spéculatives des sciences physiques et naturelles; puis il rassemble et classe sous des titres divers toutes les connaissances positives disséminées çà et là dans les ouvrages des auteurs grecs ou latins; il nous apprend tout ce que le siècle de Périclès et le siècle d'Auguste savaient sur les minéraux, les végétaux, les sels, la chimie organique, les métaux, les poisons, etc.
La _troisième section_ embrasse une période de 600 ans; elle s'étend du troisième au neuvième siècle après Jésus-Christ. Au début de cette section, M. Hoefer révèle à ses lecteurs les principaux mystères de l'_art sacré_ autrefois pratiqué dans les temples de l'Égypte, sujet entièrement nouveau que personne n'avait traité avant lui, source à laquelle les alchimistes ont puisé presque toutes leurs théories. D'abord il donne une foule de renseignements du plus haut intérêt sur les personnages qui exerçaient l'art sacré, la pratique et la théorie de cet art, l'initiation, les peines infligées aux parjures, les mystères des nombres, des lettres, des plantes, des animaux, des planètes, etc., la pierre philosophale, les doctrines mystiques des philosophes néoplatoniciens de l'école d'Alexandrie, la magie, la cabale, Hermès Trismégiste, etc.; puis la précieuse collection des manuscrits grecs de la bibliothèque royale lui permet de remplir, au moins en partie, la promesse faite, il y a plus de deux siècles, par Léon Allatius, célèbre bibliothécaire du Vatican. Parmi les documents inédits qu'elle lui a fournis, nous mentionnerons les noms de ceux qui ont cultivé l'art sacré, les substances métalliques consacrées aux sept planètes, les lexiques chimiques, l'analyse des principaux ouvrages concernant l'art sacré, de Zozime le panopolitain, de Pelage le philosophe, d'Olympiodore, de Democrite de Synèsius, de Marie la Juive et d'Isis, reine d'Égypte, etc. Dans les derniers paragraphes de cette section, M. Hoefer redresse et rectifie diverses assertions admises jusqu'à présent sans contestation. Il démontre qu'un grand nombre de faits importants, la distillation, la poudre à canon, la coupellation, sont des inventions grecques ou égyptiennes, longtemps connues avant Albucasis, Roger Bacon et Arnaud de Villeneuve. Enfin, il publie en entier le texte du livre des feux de Marcus Grachus, d'après deux manuscrits de la Bibliothèque royale.
La _deuxième époque_ de l'Histoire de la Chimie (depuis le neuvième siècle jusqu'au seizième siècle) comprend tout le Moyen-Age. Durant cette longue période, la science ne fait presque aucun progrès; à peine si elle ose profiter des travaux des anciens. D'une part, la prison et le bûcher, deux arguments irrésistibles, attendaient le trop hardi penseur, et, d'autre part, on croyait que tous les phénomènes physiques, les plus simples comme les plus extraordinaires, étaient produits par dss causes invisibles et fantastiques, par des agents mystérieux et surnaturels. Aussi les sciences physiques s'appelaient-elles occultes, et la chimie, _art hermétique, science noire, alchimie._
La deuxième époque comprend deux sections: la _première section_ (du neuvième au treizième siècle) est consacrée aux chimistes arabes, les dignes héritiers des néoplatoniciens; à quelques Grecs bysantins et à deux ou trois Italiens, Français, Allemands, plutôt médecins ou astronomes qu'alchimistes proprement dits. Trois paragraphes sur l'exploitation des mines, la culture du pastel et la peinture sur verre terminent cette première section. L'époque comprise dans la _deuxième section_ (du treizième siècle jusqu'au commencement du seizième siècle) est l'Age d'or de l'alchimie. Les physiciens comme les philosophes récusaient le témoignage des sens; la méthode, la seule reconnue vraie et légitime, était celle qui parlait de l'absolu, de la cause suprême, pour y revenir après de longs détours. Clercs et laïques se livraient à l'envi à l'étude de l'alchimie. On compte des moines, des rois, des évêques, et même un pape, au nombre des adeptes. Pour quelques-uns d'entre eux, l'amour du grand oeuvre était dégénéré en une véritable passion qui entraînait parfois des excès déplorables. La science ne s'était enrichie que d'un petit nombre de faits nouveaux pendant le douzième et le treizième siècle. Mais au quatorzième et au quinzième siècle, l'application de la poudre à canon aux instruments de guerre, la découverte de l'imprimerie, de la boussole, la fabrication des verres de couleur, la préparation à la fois plus simple et plus scientifique des acides minéraux et de certains composés métalliques, la fabrication des papiers de chiffon, etc., lui font déjà faire d'immenses progrès. Avant de donner des détails sur ces applications ou ces découvertes nouvelles, M. Hoefer raconte la vie, analyse ou traduit les ouvrages des alchimistes les plus célèbres, tels qu'Albert le Grand, Roger Bacon, Arnaud de Villeneuve. Raymond Lulle, Ortholain, Flamel, Basile Valentin, etc. «La tâche était rude, dit-il; car, indépendamment des difficultés que présente la lecture des ouvrages de ce genre, écrits pour la plupart dans un langage barbare, j'avais à déchiffrer le sens des expressions allégoriques et obscures dont les alchimistes sont si prodigues.»
La _troisième époque_, divisée en trois sections, comprend trois siècles: le seizième, le dix-septième et le dix-huitième. C'est une époque incomparable, unique dans les annales de l'humanité. L'esprit de l'homme, en quelque sorte mort pour la science pendant un long espace de temps, s'est réveillé tout à coup à la voix de l'expérience et à l'appel de la raison. Les découvertes du seizième siècle servent à entretenir le zèle du siècle suivant, et le dix-huitième siècle découvre ce que le dix-septième a cherché. L'idée d'opposer la raison à l'autorité rationnelle, l'expérience à la spéculation, s'était déjà, à diverses reprises, manifestée dans les siècles précédents, mais, à chaque manifestation, elle avait été aussitôt réprimée; maintenant son règne était venu. A la tête du mouvement qui donne une direction nouvelle à la chimie, se placent, au seizième siècle, Paracelse, Georges Agricola et Bernard Palissy. Le premier, violent et emporté comme tous les réformateurs, est le chef de l'école _chemiatrique_, dont le mérite principal fut de détourner les médecins de la route battue des anciens, et de leur faire, comprendre l'importance et la nécessité de l'étude de la chimie des êtres vivants et de la chimie appliquée à la médecine (_chemiatrie_). Georges Agricola, plus modeste et surtout plus familiarisé avec l'antiquité que Paracelse, mais dépourvu de tout talent de réformateur, fonde, avec des éléments épars, tout le système de la _métallurgie_, partie fondamentale de la chimie. C'est le chef de la chimie métallurgique.--Bernard Palissy, tenant tout à la fois de Paracelse par sa franchise et sa persévérance, et d'Agricola par la solidité de son savoir, représente la _chimie technique_, c'est-à-dire la science appliquée à l'agriculture, aux arts du potier, du vitrier, de l'émailleur, etc. Dans l'opinion de M. Hoefer, Bernard Palissy est le véritable inventeur de la méthode expérimentale dont on a toujours attribué à tort la découverte au chancelier Bacon. Enfin _l'alchimie_, qui va toujours en déclinant, subit elle-même l'influence de cette révolution générale. La chemiatrie, la chimie métallurgique, la chimie technique et l'alchimie forment donc les quatre chapitres de la _première section_ de la troisième époque. Le dix-septième siècle continue dignement l'oeuvre de reforme commencée dans les sciences au siècle précédent. Le dogmatisme absolu est détrôné: les péripatéticiens ont du céder la place aux philosophes expérimentateurs. Désormais on ne cherchera plus la vérité dans les ouvrages d'Aristote, mais dans le grand livre de la nature. Au nombre des observateurs qui, en brisant le joug de l'autorité scolastique, fraient au dix-septième siècle, par la méthode expérimentale, une route nouvelle à la science, M. Hoefer place avec raison en première ligne Van Helmont, Robert Hoyle, Glauber et Kunckel. Van Helmont, disciple de Paracelse, bien supérieur à son maître, eut la gloire immortelle de révéler scientifiquement l'existence des corps invisibles, impalpables, quoique matériels, jusqu'alors vaguement entrevus; il leur donna même le nom de _gaz_. Robert Boyle, l'illustre fondateur de la Société royale de Londres, «découvrit, s'écriait un jour Boerhaave, les secrets du feu, de l'air, de l'eau, des animaux, des végétaux, des fossiles; de sorte que de ses ouvrages peut être déduit le système entier des sciences physiques et naturelles.» Robert Fludd, Glauber, Becher, etc., etc., s'exercent avec succès à décomposer et à recomposer des corps et se livrent à d'importants travaux. Kunckel découvre le phosphore, etc.--Des détails curieux sur la chimie pharmaceutique, la chimie des gaz, la fondation des sociétés savantes et les chimistes compilateurs, la chimie technique, la chimie métallurgique, l'alchimie et les rose-croix complètent la _deuxième section_ de la troisième époque, c'est-à-dire l'histoire de la chimie au dix-septième siècle.
Dans la troisième section, ou au dix-huitième siècle, M. Hoefer analyse successivement les découvertes ou les théories de Moitrel d'Elemont, qui trouva le premier le moyen de manipuler les gaz avec autant de facilité que tout autre corps solide ou liquide; de Hales, de Venel, de Black, de Boerhaave, des deux Geoffroy, de Louis Lemery, de Bellot, de Boulduc, de Macquer de Rouelle, de Baron, de Stahl, de Pott, de Eller, du Neumann, de Marggraf, de Bergmann, de Scheele et de Priestley. Parvenu à Lavoisier, il s'arrête et termine son second volume. «Bergmann, Scheele et Priestley, qui remplissent les dernières pages de ce volume, étaient, dit-il, les derniers partisans d'une théorie entièrement tombée dans le domaine de l'histoire, Stahl n'a plus aujourd'hui de disciples; mais il n'en est pas ainsi de Lavoisier. Sur les ruines du phlogistique, ce hardi réformateur éleva une école qui dure encore; tous les chimistes actuels sont ses élèves. Lavoisier, Berthollet, Klaproth, Davy, etc., se placent naturellement à la tête de la chimie moderne; il n'aurait pas été convenable de leur faire prendre rang à côté des chimistes phlogisticiens. Il y a de ces périodes qu'il est défendu à l'historien de scinder, sous peine d'intervertir l'ordre naturel. Resterait donc un dernier volume à faire pour conduire l'histoire de la chimie jusqu'à nos jours. C'est là une tâche difficile, délicate même, qui exige beaucoup de temps et beaucoup d'expérience. Quoi qu'il en soit, tout en ajournant à un temps plus éloigné la publication d'un troisième volume, je ne reculerai devant aucun obstacle, et rien ne m'empêchera, je l'espère, de tenir ma promesse et de donner un jour l'histoire des chimistes de l'époque actuelle.»
Si le style et la méthode ce M. Hoefer égalaient sa patience et son érudition, l'_Histoire de la Chimie_ ne mériterait que des éloges; mais on éprouve plus d'une fois, en la lisant, le désir que la forme en soit plus correcte, le plan plus déterminé, et le développement plus philosophique et plus rationnel. Veut-il construire un édifice qui fasse honneur à son talent? un bon architecte ne se contente pas d'entasser sur l'emplacement qu'il a choisi une masse énorme d'excellents matériaux. Dans le livre de M. Hoefer, l'ensemble est trop souvent sacrifié aux détails. Si nombreux et si curieux qu'ils soient, les documents qu'il est parvenu à réunir ne satisfont pas complètement le lecteur, car ils manquent parfois d'un lien général qui les rattache tous les uns aux autres. Nous croyons devoir signaler à M. Hoefer ces défauts qui nous ont frappé, parce que son livre, évidemment destiné à avoir plusieurs éditions, facile à corriger d'ailleurs, est vraiment digne de devenir parfait.
_Poésies_, par madame BAYLE-MOUILLARD 1 vol. in-8.--Paris, 1843. _Paulin_.
Madame Bayle-Mouillard est déjà connue dans le monde savant et littéraire par un ouvrage intitule _du Progrès social et de la Conviction religieuse_, que l'Académie des Sciences morales et politiques et la Société de la morale chrétienne ont couronné en 1840. Trois ans auparavant, c'est-à-dire en 18377, M. Bayle-Mouillard avocat-général à Riom, avait, de son côte, obtenu un prix de l'Institut pour son beau traité de _l'Emprisonnement pour dettes_ Aujourd'hui, madame Bayle-Mouillard, se reposant de travaux plus sérieux, publie un recueil de vers qu'elle a composés, dit-elle, «dans les champs et dans les villes, sur la mer, sur les montagnes, dans les vallées riantes ou sauvages, et qui ont été produits par l'observation des états si divers des hommes, de leurs sentiments, de leurs douleurs, de leurs hautes et secrètes consolations. Une sorte d'inspiration les lui a donnés contre son attente; seule elle l'encourage à les offrir au public, puisqu'elle lui permet au moins d'espérer que la vérité et la sincérité des impressions pourront lui faire goûter ce recueil poétique.»
Ces espérances de madame Bayle-Mouillard ne seront pas trompées. Ses vers, tour à tour gracieux ou touchants, trouveront encore, malgré l'antipathie ridicule de notre époque pour la poésie, de nombreux lecteurs, qui sauront les apprécier à leur juste valeur. Mais lui procureront-ils la gloire qu'elle avait pu rêver dans ces moments d'enthousiasme ou, selon ses propres expressions, elle sondait les plus secrètes profondeurs de l'avenir.
Avenir, mot puissant qui charme ou désespère, Que la bouche en tremblant commence sur la terre, Que ta pensée achève aux cieux.
Aura-t-elle le bonheur de voir tous ses souhaits exaucés? Nous n'oserions pas l'affirmer; elle-même a paru en douter dans une des pièces de vers intitulée _Poésie et Sommeil:_
Quand de sa main séduisante et naïve, La jeunesse, en riant, penchait mon front rêveur, De l'avenir, pour moi, l'image la plus vive Etait le bouton d'une fleur. S'écartant par degrés, les voiles qui te couvrent Laissaient voir le bonheur à mon regard charmé, Comme les pétales s'entr'ouvrent Pour montrer de la fleur le disque parfumé. Ce bonheur, c'était la tendresse: Je rêvais un amour par l'hymen couronné, Amour profond, pur, plein d'ivresse! Cet amour. Dieu me l'a donné. Je rêve encor!... Plus ardent, plus austère, L'avenir, de la gloire est pour moi le flambeau. La gloire! et je suis femme!... Ah! fuis! noble chimère... Mais que ton prestige était beau!
Si la noble chimère a cru devoir obéir à cet ordre, qu'elle se hâte de revenir; madame Bayle-Mouillard--nous en prendrions au besoin l'engagement pour elle--ne la forcera pas une seconde fois à s'éloigner.
Et fugit ad salices, et se cupit ante videri.
Mais aussi n'aurait-elle pas raison de désobéir?
Orfèvrerie.
Les arts charment nos moments de loisirs.--Parler des arts, les rechercher, s'y connaître, est devenu de nos jours une prétention généralement répandue. Je dirai plus, c'est un besoin; aussi avons-nous vu bien des réputations imméritées avant que des hommes de goût et des apôtres des arts aient sacrifié leurs veilles et leur fortune à éclairer le public. Honneur au commerçant qui ne craint pas d'affronter les préventions de la mode et qui force le pays, malgré lui, à s'enrichir de chefs-d'oeuvre! honneur à l'artiste qui sait plier son génie aux détails des objets de commerce! honneur enfin à l'ouvrier qui a su se rapprocher de l'artiste ou devenant plus habile! Toutes ces réflexions nous ont été suggérées au simple aspect d'un dressoir du salon de la maison Morel. On va voir des bazars, ou court à des expositions pour y chercher des choses curieuses, des chefs-d'oeuvre: là, chaque chose est curieuse, chaque objet est un chef-d'oeuvre.
Prenons pour exemple ce vase commandé par l'empereur de Russie pour être offert comme prix de course. Quelle perfection de ciselure! quelle richesse d'ornementation! Un génie tenant un écusson sur lequel doit être gravé le chiffre du vainqueur, me paraît une idée neuve et préférable à l'antique Renommée offrant une palme ou une couronne. D'ailleurs ici la gloire doit être modeste: ce n'est pas un éclatant fait d'armes, ce n'est pas un travail savant et pénible que le monarque doit récompenser; c'est tout simplement un cavalier qui, grâce à son sang-froid et à sa hardiesse, stimule la vigueur de son cheval et atteint le but désigné avant ses concurrents. C'est un art utile que celui de l'équitation, et les souverains l'ont encouragé dans tous les temps de la même manière. Nous trouvons dans l'antiquité que les prix de course étaient des vases ou des coupes sculptés par les artistes les plus célèbres de l'époque. Les anses, qui s'élèvent des deux bras du génie et qui vont se recourber à l'orifice du vase où elles s'attachent par deux têtes de chimères; les serpents qui ornent la portion supérieure et les têtes de chevaux qui rappellent sa destination, tout cela forme un gracieux ensemble, sans nuire au galbe élégant et sévère du vase. A la vue de ce beau travail, on croirait presque Benvenuto revenu parmi nous.
Voici une épée sortie des mêmes ateliers, et dédiée au corps diplomatique. Tout en admirant le fini du travail du pommeau, l'heureuse idée de la légende: «Dieu protège la France!» qui enlace les trois écussons rappelant trois époques chères au pays. Ou pourra ne pas approuver complètement l'auteur d'avoir mis le chiffre du roi sur la plaque de la garde. C'est trop personnel. Les représentants de la France ne doivent porter que les armes de la France.--Quant à la garde, ce serait une très-jolie anse pour un vase; mais le dessin nous semble trop tourmenté et trop léger pour une épée.
Amusements des Sciences.
SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE DERNIER NUMÉRO.
1. Ce problème est fort ancien. On le proposait déjà dans les écoles grecques vers le commencement de l'ère chrétienne, et il nous a été transmis en vers grecs parmi les épigrammes du recueil connu sous le nom d'_Anthologie_. Voici la traduction en vers latins de l'énoncé que nous avons donné précédemment en français;
Una cum mulo portabat asella, Atque suo graviter sub pondere pressa gemebat, Talibus at dietis mox inerepat ipse gementem: Mater, quid luges, tenerae de more puellae? Dupla tuis, si des mensuram, pondera gesto; At si mensuram accipias, aqualia porto. Die mihi mensuras, sapiens geometer, istas?
L'analyse raisonnée du problème a aussi été exprimée en vers latins que voici?
Unam asina accipiens, amittens mulus et unam, Si fiant aequi, certè utrique antè duobus Distabant a se. Accipiat si mulus at unam, Amittatque asina ubam, tune distantia fiet Inter eus quatuor. Muli at cùm pondera dopla Sunt asinae, huic simplex, mulo est distancia dopla, Ergo habet haec quatuor tantùm, mulusque habet octo. Unam asinae si addas, si reddat mulus et unam Mensuras quinque haec, et septem mulus habebunt.
C'est-à-dire:
Puisque, le mulet donnant une de ses mesures à l'ânesse, ils se trouvent également chargés, il est évident que la différence des mesures qu'ils portent est égaie à deux. Maintenant, si le mulet en reçoit une de celles de l'ânesse, la différence sera quatre; mais alors le mulet aura le double du nombre des mesures de l'ânesse: conséquemment le mulet en aura huit et l'ânesse quatre. Que le mulet en rende donc une à l'ânesse, celle-ci en aura cinq et le premier en aura sept. Ce sont les nombres de mesures dont ils étaient chargés, et la réponse à la question.
II. Rangez les 21 cartes en trois paquets de 7 chacun, en plaçant successivement ces cartes sur les trois paquets, de manière que si l'on suppose les cartes portant des numéros qui expriment leurs rangs primitifs, le premier paquet renferme les numéros 1, 4, 7, 10, 13, etc.; le second, les numéros 2, 5, 8, 11, 14, etc.; le troisième, les numéros 3, 6, 9, 12, etc.
Demandez à la personne qui a pensé une de vos 21 cartes, dans quel paquet se trouve cette carte, et placez ce paquet au milieu des deux autres; puis, rangeant de nouveau les cartes sur une table en trois paquets, de la même manière que la première fois, faites-vous désigner le paquet on sera tombée la carte pensée. Réunissez, comme précédemment, les trois tas en un seul, en mettant au milieu celui qu'on vous a désigné; puis, distribuant de nouveau les cartes en trois paquets, demandez une dernière fois celui où se trouve la carte pensée. Cette carte occupera le quatrième rang: il vous sera donc facile de la trouver.
Pour dissimuler votre procédé, vous pourrez, intercaler entre les deux autres le tas désigné en dernier lieu; puis jetant successivement vos cartes sur la table avec rapidité, vous saurez que la onzième est celle qu'on vous demande.
Il est facile de se rendre compte de ce procédé. En effet, lorsque l'on a mis une première fois au milieu le tas où se trouve la carte pensée, comme chacun des 3 tas est de 7, elle ne peut occuper qu'un rang marqué par un des nombres
8, 9, 10, 11, 12, 13, 14.
Or, si on range de nouveau les cartes en trois paquets, en leur assignant des numéros déterminés par les rangs qu'elles occupent après leur première réunion, la composition des paquets sera représentée dans le tableau ci-dessous:
Premier paquet. Second paquet. Troisième paquet.
1 2 3 4 5 6 7 8* 9* 10* 11* 12* 13* 14* 15 16 17 18 19 20 21
La carte pensée ne pourra donc occuper que le quatrième ou le cinquième rang dans le premier paquet; que le troisième, le quatrième ou le cinquième rang dans le second paquet; que le troisième, le quatrième rang dans le troisième paquet. Nous marquons par des astérisques ces diverses positions.