L'Illustration, No. 0024, 12 Août 1843
Part 8
C'est le barreau de cette époque mémorable que M. Os. Pinard a choisi pour le sujet de ses études; ce sont ses principaux membres qu'il a peints d'après nature et dont il expose aujourd'hui les portraits.--Avocat lui-même, rédacteur en chef du journal judiciaire _le Droit_, M. Os. Pinard a vu souvent poser devant lui les grands orateurs qui lui servaient de modèles; chaque jour, pour ainsi dire, il pouvait retoucher, compléter, finir son travail; aussi ses premières esquisses, déjà si ressemblantes, ont-elles atteint peu à peu à un degré de perfection difficile à égaler. Pour parler un langage moins métaphorique, le livre qu'il vient de publier estl un de ces ouvrages que la critique se complaît à louer sans aucune réserve ni expresse ni tacite, car elle y trouve toutes les qualités que le goût le plus irréprochable pourrait désirer: beaucoup d'esprit, de bon sens, de profondeur, d'habileté et un style qui rappelle toujours la belle langue française du siècle dernier. Est-il un grand nombre de livres dont on puisse faire un pareil éloge?
Par sa naissance, par ses antécédents, par ses convictions, M. Os. Pinard appartient au parti démocratique. Cependant il n'est pas exclusif. Il a rendu aux avocats qui ont attaqué ou trahi la liberté la même justice qu'à ceux qui l'avaient constamment aimée et défendue. Peut-être même a-t-il été trop indulgent en s'efforçant d'être impartial;--peut-être, et c'est le seul reproche que nous lui adresserons, aimerait-on à voir éclater çà et là une indignation plus vive contre les trahisons et les apostasies, malheureusement si communes à notre époque? «Combien d'hommes, dit M. Pinard, entraînés par le courant, éblouis à l'aspect des rives nouvelles, ont oublié les rives qu'ils avaient parcourues? Est-ce un crime de changer, quand ce n'est ni la bassesse du coeur ni la séduction de l'intérêt personnel qui vous conduisent au changement? L'homme, afin de rester le même, doit-il rester muet, doit-il rester sourd, doit-il rester aveugle? Son esprit s'est-il construit d'avance une prison d'où il ne doive plus sortir? Changer, n'est-ce pas agir? agir, n'est-ce pas vivre?» Cette doctrine est spécieuse et spirituelle, mais on en a fait un si déplorable abus depuis plusieurs années, qu'il faut mieux, selon nous, la combattre même injustement, que de paraître lui donner une sorte d'approbation raisonnable. Il y a dans ce monde où nous vivons tant de consciences disposées à la mettre en pratique, qu'il est vraiment inutile de la prêcher.
_Le Barreau_ commence, par une vive et spirituelle introduction dans laquelle M. Os. Pinard a esquissé rapidement l'histoire du barreau depuis la révolution de 1789 jusqu'à nos jours.--Viennent ensuite des notices biographiques et critiques plus on moins longues, mais toujours complètes, de MM. Delamalle, Mérithou, Persil, Berryer, Laine, de Vatisménil, de Martignac, Chaix-d'Estange, Paillet, Hennequin, Berville, Bonnet, Tripier, Michel de Bourges, Philippe Dupin, Manguin, Bellart, Ferrère, Odilon-Barrot, Teste, Barthe, Dupin aîné, Marie, Romiguières.--Enfin M. Pinard a cru devoir ajouter à ces études et portraits cinq curieux articles déjà publies dans _le Droit_, et qui ont pour titre: _Omer Talon, le Parlement Meaupou, les Avocats à l'Assemblée nationale, Lepelletier de Saint-Fargeau, le Procès Baboeuf._
_Les Jésuites_; par MM. MICHELET ET EDGAR QUINET. 1 vol. in-18.--Paris, 1843. _Paulin_. 2 fr. (Troisième édition.)
L'histoire de ce petit livre n'est plus ignorée de personne. Les jésuites, dit M. Michelet, «étaient abattus, écrasés et aplatis en 1830; ils se sont relevés en 1843, sans qu'on s'en doutât, et non-seulement ils se sont relevés, mais, pendant qu'on demandait s'il y avait des jésuites, ils ont enlevé sans difficulté nos trente ou quarante mille prêtres, leur ont fait perdre terre et les mènent Dieu sait où! «Est-ce qu'il y a des jésuites?» Tel fait cette question, dont ils gouvernent déjà la femme par un confesseur à eux, la femme, la maison, la table, le foyer, le lit... demain ils auront son enfant...
«Tout cela s'est fait très-bien, très-vite, avec un secret, une discrétion admirables. Les jésuites ne sont pas loin d'avoir dans les maisons de leurs dames les filles de toutes les familles influentes du pays: résultat immense... seulement il fallait savoir attendre. Ces petites filles, en peu d'années, seront des femmes, des mères... Qui a les femmes est sur d'avoir les hommes à la longue...
«Une génération suffisait: ces mères auraient donné leurs fils. Les jésuites n'ont pas eu de patience; quelques succès de chaire ou du salon les ont étourdis. Ils ont quitté ces prudentes allures qui avaient fait leurs succès. Les mineurs habiles, qui allaient si bien sous le sol, se sont mis à vouloir travailler à ciel ouvert. La taupe a quitté son trou pour marcher en plein soleil.
«Il est si difficile de s'isoler de son temps, que ceux qui avaient le plus à craindre le bruit se sont mis eux-mêmes à crier...
«--Ah! vous êtes là... Merci, grand merci de nous avoir éveillés!... Mais, que voulez-vous?
«--Nous avons les filles, nous voulons les fils; au nom de la liberté, livrez vos enfants.»
«La liberté, ils l'aimaient tellement que, dans leur ardeur pour elle, ils voulaient commencer par l'étouffer dans le haut enseignement... Heureux présage de ce qu'ils feront dans l'enseignement secondaire!... Dès les premiers mois de l'année 1842, ils envoyaient leurs jeunes saints au Collège de France pour troubler les cours.»
Les premiers troubles dont parle M. Michelet furent promptement apaisés... L'indignation du public effraya ces braves; peu organisés encore, ils crurent devoir attendre l'effet tout-puissant du libelle _le Monopole universitaire_, que le jésuite D... écrivait sur les notes de ses confrères, et que M. Desgarets, chanoine de Lyon, a signé en avouant qu'il n'en était pas l'auteur.
Cette année, au mois d'avril, les troubles ont recommencé. Deux professeurs, MM. Michelet et Edgar Quinet, osaient se permettre de parler des jésuites dans leurs chaires. Les jésuites accoururent en masse, et essayèrent d'étouffer la voix des professeurs, non-seulement par des sifflets, mais par des _bravos_. Le véritable public s'empressa de jeter à la porte ces insolents perturbateurs; la presse entière (sauf le journal des jésuites) prit fait et cause pour la liberté de discussion. De nouvelles tentatives de désordre furent immédiatement réprimées par les amis et les élèves de MM. Michelet et Quinet, les deux éloquents professeurs purent continuer leurs leçons sur le jésuitisme, et «ces nouveaux missionnaires de la liberté religieuse se retirèrent, dit M. Edgar Quinet, la rage dans le coeur, honteux de s'être trahis au grand jour, et prêts à se renier, comme en effet ils se sont reniés dès le lendemain.»
Reproduites en partie par les journaux de toutes les opinions, les leçons de MM. Michelet et Edgar Quinet viennent d'être réunies et publiées en un petit volume in-18, du prix modeste de 2 francs. Trois éditions, épuisées en moins d'un mois, prouvent quel vif désir la France entière a d'apprendre à bien connaître les jésuites, pour être plus sûre de pouvoir en toute occasion les démasquer et les confondre, et les enfoncer seuls, selon les expressions de M. Michelet, dans cet enfer de boues éternelles où ils voudraient l'entraîner avec eux.
Depuis leur dernière défaite, la situation a changé: les jésuites ont publié à Lyon leur second pamphlet intitulé: _Simple coup d'oeil_. Ce pamphlet, tout autre que le premier, est plein d'aveux étranges que personne n'attendait. Il peut, dit M. Michelet, se résumer ainsi:
«Apprenez à nous connaître, et sachez d'abord que dans notre premier livre nous avions menti... Nous parlions de _liberté d'enseignement_, cela voulait dire que le clergé doit seul enseigner; nous parlions de _liberté de la presse_... pour nous seuls. «C'est un levier dont le prêtre doit s'emparer.» Quant à _la liberté industrielle_; «S'emparer des divers genres d'industrie, c'est un devoir de l'Église.» _La liberté des cultes_ «N'en parlons pas, c'est une invention de Julien l'Apostat... Nous ne souffrirons plus de mariages mixtes; on faisait de tels mariages à la cour de Catherine de Médicis, la veille de la Saint-Barthélémy!»
«Qu'on y prenne garde: nous sommes les plus forts. Nous en donnons une preuve surprenante, mais sans réplique: c'est que toutes les puissances de l'Europe sont contre nous... Sauf deux ou trois petits États, le monde entier nous condamne.»
«Chose étrange, ajoute M. Michelet, que de tels aveux leur soient échappés! Nous n'avons rien dit de si fort. Nous remarquions bien dans le premier pamphlet des signes d'un esprit égaré; mais de tels aveux, un tel démenti donne par eux-mêmes aujourd'hui à leurs paroles d'hier!... Il y a là un terrible jugement de Dieu... Humilions-nous.
«Voilà ce que c'est que d'avoir pris en vain le saint nom de la liberté; vous avez cru que c'était un mot qu'on pouvait dire impunément quand on ne l'a pas dans le coeur. Vous avez fait de furieux efforts pour arracher ce nom de votre poitrine, et il vous est advenu comme au saint prophète Balaam, qui maudit, croyant bénir; vous vouliez mentir encore, vous vouliez dire _liberté_, comme dans le premier pamphlet, et vous dites: _meure la liberté!_ Tout ce que vous avez nié, vous le criez aujourd'hui devant les passants!»
_De l'organisation et des attributions des conseils-généraux de département et des conseils d'arrondissement_; par M. J. DUMESNIL, avocat aux Conseils du roi et à la Cour de cassation, membre du conseil-général du département du Loiret; troisième édition, entièrement refondue et mise en rapport avec l'état actuel de la législation, de la jurisprudence et des instructions ministérielles. 2 vol. in-8.--Paris, 1843. _Charpentier_ (galerie d'Orléans, 7). 14 fr.
Le 22 décembre 1789, l'Assemblée constituante décréta une nouvelle division du royaume en départements, tant pour la représentation que pour l'administration. Chaque département fut partage en _districts_; chaque district en _cantons_; chaque canton en _Municipalités_. Cette nouvelle division du territoire entraîna nécessairement la création de nouveaux agents administratifs. En fondant les départements, le même décret établit au chef-lieu de chacun d'eux une assemblée administrative supérieure, sous le titre d'_administration de département_; une assemblée administrative inférieure fut également établie au chef-lieu de chaque district, sous le titre d'_administration de district_. Telle a été la première origine des _conseils-généraux_ et des _conseils d'arrondissement_, dont le savant commentaire publié par M. J. Dumesnil a pour but de nous faire connaître l'_organisation_ et les _attributions_.
Depuis 1789 jusqu'en 1838, les assemblées administratives créées par l'Assemblée constituante ont subi à plusieurs reprises des modifications importantes. Avant d'exposer les règles tracées par les lois du 22 juin 1833 et du 10 mai 1838 pour l'organisation des conseils-généraux de département et des conseils d'arrondissement, M. J. Dumesnil a donc réuni et analyse, dans un chapitre préliminaire, les dispositions législatives, les anciennes lois, les décrets et les arrêtés du gouvernement, qui se rattachent à l'existence de ces assemblées; en un mot, il a refait leur histoire théorique.
Les deux titres de l'ouvrage de M. J. Dumesnil indiquent sa division principale: la première partie comprend l'organisation des conseils-généraux de département et des conseils d'arrondissement; la deuxième partie, de beaucoup la plus longue, est entièrement consacrée à leurs attributions.
Dans la première partie, M. J. Dumesnil commente, article par article, la loi du 22 juin 1833; il expose, discute et résout les principales questions que son application peut faire naître; Il cherche les motifs des décisions dans l'exposé des motifs et la discussion aux Chambres, dans les arrêts, en forme d'ordonnances royales, du conseil d'État, dans les arrêts ou jugements des cours et tribunaux ordinaires, et enfin dans les circulaires ministérielles. Cette première partie se termine par le commentaire de la loi relative à l'organisation particulière du conseil-général et des conseils d'arrondissement du département de la Seine.
La seconde partie se divise en cinq titres. Le titre 1er traite des attributions des conseils de département. Or, ces attributions étant de deux sortes, c'est-à-dire sous l'autorité du pouvoir législatif et sous l'autorité du roi, le titre premier se subdivise lui-même en deux sections.
La première section du titre premier de la seconde partie énumère donc toutes les attributions que les conseils de département sont chargés d'exercer sous l'autorité de la puissance législative, et qui se rapportent à la répartition des contributions foncière, personnelle et mobilière, et des portes et fenêtres; au cadastre, au recensement des personnes et des propriétés; aux changements de circonscription des départements, arrondissements et communes; aux impôts et emprunts dans l'intérêt du département, etc.
La deuxième section comprend toutes les attributions placées sous l'autorité du roi, telles que celles que le conseil exerce dans l'intérêt du département, considéré comme personne civile; les règles d'administration du domaine départemental; les travaux d'utilité publique qui concernent, soit les bâtiments, soit les voûtes départementales, soit les chemins vicinaux de grande communication, et, en général, tous les travaux sur lesquels les conseils-généraux doivent délibérer ou donner un avis; les attributions relatives aux prisons départementales, aux enfants trouvés et abandonnés, aux dépôts de mendicité, aliénés et voyageurs indigents; le vote; du budget des diverses recettes et dépenses départementales; les règles applicables à la comptabilité de ces dépenses; les avis sur demandes d'établissements publics, etc.; les voeux sur l'état et les besoins du département, etc. Après ces attributions générales, viennent celles relatives à l'instruction primaire. Enfin, le dernier chapitre de cette importante section du titre premier est consacré à la tenue des assemblées, aux pouvoirs du président, aux fonctions du secrétaire, à la forme, à la rédaction et à l'impression des procès-verbaux, à l'analyse des votes, etc.
Le titre II explique les rapports du préfet avec le conseil-général, et l'autorité des ministres relativement aux actes de cette assemblée.
Le titre III ne traite que des attributions des conseils d'arrondissement.
Dans le titre IV, M. J. Dumesnil passe en revue les fonctions individuelles inhérentes à la qualité de conseiller de département et d'arrondissement; il se demande si ces conseillers sont fonctionnaires publics.
Le titre V et dernier règle le rang et la préséance des conseils de département et d'arrondissement dans les cérémonies publiques, et détermine les prérogatives attachées par les lois à la qualité de membre d'un conseil-général.
Cet important ouvrage, terminé par une table analytique et raisonnée des matières, a paru pour la première fois en 1837. A cette époque, le projet de loi sur les attributions des conseils-généraux et d'arrondissement n'avait pas encore été adopté. Dès que la loi du 10 mai 1838 fut promulguée, M. J. Dumesnil en fit paraître un commentaire avec la seconde édition. La troisième édition qu'il publie aujourd'hui est un ouvrage presque entièrement nouveau. D'une part, cinq années d'épreuves ont fixé définitivement la législation départementale; d'autre part, depuis 1838, des lois importantes ont étendu le cercle des affaires soumises aux conseils-généraux; enfin, une étude plus approfondie de la matière et dix années d'expérience acquise en prenant part aux travaux du conseil-général du Loiret, permettaient, à M. J. Dumesnil de faire à son travail primitif de notables améliorations.
_Vies des hommes illustres de Plutarque_, Traduction nouvelle, par ALEXIS PIERRON. 1 vol. in-18.--Paris, 1843. _Charpentier_, 3 fr. 50 c. (L'ouvrage complet, formera quatre volumes.)
Plutarque a été souvent traduit en français. Amyot s'est immortalisé par sa traduction; malheureusement, si naïf, si coulant, si élégant qu'il soit, son style a un peu trop vieilli pour être facilement entendu du vulgaire; et, d'ailleurs, Amyot, dont l'ouvrage restera comme un des grands monuments primitifs de la langue française, a souvent substitué, sans le vouloir, sa propre pensée à celle de Plutarque. Meziriae, qui comptait dans sa traduction 2,000 contre-sens, essaya de la refaire; mais il mourut au début de son travail. L'abbé François Tallemant, son contemporain, fut plus heureux, ou, si l'on veut, plus malheureux, car Boileau lui a fait une triste réputation. Dacier, qui lutta ensuite avec ce rude jouteur, était un homme d'un profond savoir, qui ne laissa rien ou presque rien à faire, pour l'interprétation du sens, à ses successeurs, mais qui ne savait pas écrire en français. L'abbé Ricard vint ensuite, et, bien qu'il se montrât fort inférieur à Dacier, et par la science et par le style même, sa traduction obtint un certain succès; elle a même eu plusieurs fois les honneurs de la réimpression. M. Alexis Pierron, le traducteur (couronné par l'Académie) d'Eschyle et de la métaphysique d'Aristote, a donc cru qu'une traduction nouvelle du grand ouvrage historique de Plutarque pouvait n'être pas de trop, même après quatre autres, surtout après celle qu'où estime le plus aujourd'hui. Le travail qu'il offre au public n'a, du reste, nulle pretenion scientifique; son dessein n'est pas d'inventer Plutarque, mais de le reproduire. C'est sur la traduction proprement dite qu'a porté principalement, presque uniquement son effort. Il n'a rien négligé «pour retracer aux yeux, autant qu'il était en lui, une image complète et fidèle, et qui put, non point tenir lieu de l'original, mais le rappeler suffisamment à ceux qui le connaissent et donner à ceux qui ne l'ont pas vu une idée vraie de son port et de sa physionomie.»
_Histoire civile, morale et monumentale de Paris_, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; par J.-L. BELIN ET A. PUJOL. 1 vol. in-18 de 600 pages.--Paris, 1843. _Belin-Leprieur_. 3 fr. 50 c.
Cette histoire de Paris est beaucoup plus monumentale que civile et morale. Peut-être serait-il à désirer que MM. J. Belin et A. Pujol eussent donné moins de détails sur les édifices publics et se fussent occupés plus longuement des coutumes, des moeurs et des événements politiques. Si incomplète qu'elle nous semble à cet égard, leur compilation pourra satisfaire, sous d'autres rapports, un grand nombre de ses lecteurs, et elle suppléera, dans certaines bibliothèques, le grand ouvrage de Dulaure.
Modes.
Si Paris, en ce moment, semble voué à la simplicité et presque à l'indifférence, en revanche, à Bade, Spa, Aix en Savoie, et en quelques autres lieux privilégiés, on mène élégante et joyeuse vie. Nous recevons des lettres qui ne parlent que de bals, de fêtes, promenades et toilettes.
Ces toilettes, nous avons pu les voir chez les habiles faiseuses; mais qu'est-ce qu'un costume, si charmant qu'il soit, si on ne le voit que dans la psyché d'un atelier? Ce n'est là qu'une apparence trompeuse, sans réalité et sans vie. Le caprice et le goût modifient, transforment et animent les plus heureuses intentions selon les lieux et les circonstances.
«Dans une promenade aux ruines du vieux château de B..., madame la comtesse de L.... portait une robe de batiste à raies bleues et blanches; le corsage était demi-décolleté en coeur, jusqu'à la ceinture; des pattes en étoile, bordées d'une petite passementerie, rattachaient en échelle et s'élargissaient en montant, laissant voir à demi un fichu de mousseline plissée à très-petit col de dentelle. Les manches, justes à jockey, étaient ornées de sous-pattes pareilles à l'ornement du corsage. Un chapeau de paille d'Italie avec une plume blanche couchée sur la passe, et un châle de mousseline tarlatane complétaient ce costume champêtre.»
Une dame russe, qui porte les modes parisiennes avec une grâce charmante, avait une robe de taffetas d'Italie glacé, caméléon, en forme de redingote ouverte, bordée d'un plissé en ruban, sur une robe montante en mousseline à deux volants très-peu froncés. Les manches de la redingote, demi-longues et bordées du même plissé, laissent passer les manches de la robe de mousseline. Ajoutez une écharpe de barége, imprimée à dessins de cachemire, et une fraîche capote de crêpe blanc, ornée d'une branche de fleurs. On voit aussi des robes de barége à grands plis, simulant deux ou trois jupes, des chapeaux de paille de riz avec plumes, beaucoup de capotes à passes de paille et fond d'étoffes ornées de guirlandes de fleurettes. Mais on ne porte plus de ces chapeaux enrubannés avec tuyautés, frisés et bordures de rubans; tout cela est passé à l'état de mode vulgaire. Les chapeaux simples en paille, ont un ruban croisé et la voilette d'Angleterre.
Comme on le voit, la mode n'est pas délaissée, et, pour changer de place elle n'en est pas moins brillante et moins suivie.
Ici nous avons vu à une représentation de _la Péri_ une charmante toilette, et nous savons trop bien ce qu'on doit à l'élégance parisienne pour la passer sous silence. La coiffure, en crêpe rose, était ornée d'une petite plume saule qui voltigeait autour du visage et l'accompagnait gracieusement. La robe de pékin d'été, feuille de rose, surmontée d'un corsage décolleté, avait un revers à châle bordé de biais en crêpe lisse; la même garniture était posée sur la jupe en tablier; les manches courtes étaient couvertes de biais. Un gros bouquet d'oeillets roses et blancs ornait le corsage, et venait ajouter sa fraîcheur naturelle à cette toilette déjà si fraîche.
Aujourd'hui notre dessin représente un costume qui peut être considéré comme type exact des modes de cette saison: c'est une robe de barége à deux grands volants brodés en laine, à festons mats. Le chapeau est en paille de riz, orné d'une guirlande de fleurs. C'est la toilette de promenade du matin à la ville.
Amusements des sciences.
SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE DERNIER NUMÉRO.
I. Faites retrancher 1 du nombre pensé, et multipliez le reste par un nombre quelconque; faites encore retrancher 1 du produit, et ajouter au reste le nombre pensé; enfin, demandez le nombre qui provient de cette opération et ajoutez-y votre multiplicateur augmenté de l'unité; le nombre cherché sera égal à la somme obtenue divisée par ce même multiplicateur augmenté de 1.
Supposons, par exemple, que 7 soit le nombre pensé et que 5 soit le multiplicateur dont on fait choix; 7 diminué de 1 donne 6, qui, multiplié par 3, produit 18. En diminuant 18 de 1, ce qui donne 17, et en augmentant le reste de 7, on a 24; 24 augmenté de 3 plus 1 donne 28, qui, divisé par 4, donne pour quotient le nombre cherché, 7.
II. Faites prendre une carte par une personne qui la gardera après l'avoir choisie sans vous la montrer. Ensuite, s'il s'agit d'un jeu complet de 52 cartes, donnez à chacune de ces cartes la valeur qu'elles marquent, en numérotant 11 le valet, 12 la dame et 13 le roi. Puis, comptant successivement les points de toutes les cartes, vous ajouterez les points de la seconde à ceux de la première, ceux de la troisième à ceux de la seconde, et ainsi de suite, en retranchant toujours 13 dès que vous arrivez à un nombre plus fort, et en gardant le reste pour l'ajouter à la carte suivante. On voit qu'il est inutile de compter les rois qui valent 13. S'il reste quelques points lorsque l'on a terminé, on ôte ces points du 13, et la différence marque le nombre des points de la carte qui a été enlevée du jeu. Ainsi, si le reste est 11, ce sera un valet qu'on aura tiré; si le reste est 12, ce sera une dame; s'il ne reste rien (ou 13), ce sera un roi.