L'Illustration, No. 0021, 22 Juillet 1843

Part 8

Chapter 82,665 wordsPublic domain

_Guide pittoresque portatif et complet du Voyageur en France_, contenant les relais de poste, dont la distance a été convertie en kilomètres, et la Description des villes, bourgs, villages, châteaux, et généralement de tous les lieux remarquables qui se trouvent tant sur les grandes routes de poste que sur la droite ou sur la gauche de chaque route: par GIRAULT DE SAINT-FARGEAU. 3e édition, ornée d'une belle carte routière et de 30 gravures en taille-douce.--Paris, 1843. 1 vol. in-18. _Firmin Didot frères_.

Les _Guides Richard_ ont joui longtemps en France d'une réputation dont ils ne furent jamais dignes. Tous les voyageurs qui s'en sont servis ont appris à leurs dépens que cette collection ne contenait pas un seul ouvrage exact et complet. Cependant elle continuait à s'imposer tyranniquement au public trompé par des réclames payées. Malgré ses nombreuses erreurs, malgré ses inconcevables lacunes, elle se vendait toujours, car elle n'avait pas de rivale. Heureusement pour les touristes, plusieurs libraires de Paris ont, depuis quelques années, édité des guides ou itinéraires qui méritent à divers litres une préférence marquée. Parmi ces ouvrages nouvellement publiés, nous recommandons surtout le _Guide pittoresque, du Voyageur en France_ par M. Girault de Saint-Fargeau. Sans doute ce livre n'est pas encore parfait--un pareil ouvrage ne peut jamais l'être,--mais il est bien supérieur, sous tous les rapports, au _Guide Richard_. Mieux imprimé, beaucoup mieux écrit, plus exact, plus complet, il n'a plus qu'un petit nombre d'omissions à réparer et de fautes à corriger pour devenir irréprochable. Son succès est assuré: deux éditions, tirées à 4,500 exemplaires et épuisées en moins de trois ans, ont enlevé au _Guide Richard_ toute espérance de pouvoir soutenir avec avantage une lutte désormais inutile. La 3e édition, dont nous annonçons la mise en vente, contient, entre autres additions importantes: 1° la conversion en kilomètres de toutes les distances précédemment indiquées en lieues de poste, conversion qui ne se trouve jusqu'à présent dans aucun autre guide du voyageur en France; 2º l'indication, pour chaque localité importante, des voitures publiques, des chemins de fer et des bateaux à vapeur: 3° l'indication des buts d'excursion intéressants situés à proximité de chaque ville; la biographie locale, indiquant les titres des ouvrages les plus remarquables publiés sur la topographie, l'histoire ou la géographie de chaque département, de chaque ville, bourg ou village; addition des plus importantes, qui a nécessité de grandes recherches, et qui comprend les titres de plus de 1,800 ouvrages anciens et modernes.

_Histoire et description naturelle de la commune de Meudon_; par le docteur L.-EUGÈNE ROBERT, membre des commissions scientifiques du Nord. 1 vol in-8.--Paris. 1843. _Paulin_.

«A quoi bon, s'écrie le docteur L.-Eugène Robert dès le début de son avant-propos, adressé aux naturalistes voyageurs, à quoi bon s'éloigner de son pays, traverser les mers orageuses ou hérissées de glaces, parcourir les contrées les plus sauvages, s'enfoncer dans les forêts vierges, escalader les chaînes de montagnes ou les cimes neigeuses des volcans? A quoi bon, en un mot, abandonner ses parents, ses amis, tout ce que l'on a de plus cher, pour aller au bout du monde chercher du nouveau, lorsque autour du toit paternel il y a tant d'éléments susceptibles de remplir le même but?... Ne vaut-il pas mieux rester près de ses pénates, employer son temps d'une manière quelconque là où l'on respire l'air natal, ne fût-ce qu'à _planter des choux?... Experto crede Roberto._»

Convaincu de la justesse de ces réflexions, M. le docteur L.-Eugène Robert s'est pris de passion, comme il l'avoue lui-même, «pour un humble village dont la colline ne répète pas le cri de la mouette, mais au pied de laquelle coule paisiblement un fleuve et vient mourir le bruit d'une immense cité.» Considérée historiquement et physiquement, la commune de Meudon offre plus de faits intéressants qu'on ne se l'imagine. M. le docteur Robert n'a publié qu'un volume, mais, à l'en croire, son travail eût pu être beaucoup plus long; il a rejeté tous les détails trop minutieux, et il s'est contenté d'appeler l'attention de ses lecteurs sur les points principaux de son sujet; il a toujours tâché d'être concis, exact et vrai, ne voulant pas que ses chers compatriotes, les Meudonnais, confondissent son livre avec les contes de _Robert son oncle_.

_L'Histoire et la description naturelle de la commune de Meudon_ se divisent en sept chapitres. Le 1er, intitulé _Statistique_, contient tous les renseignements désirables sur la situation, la population, les édifices, les établissements publics, l'industrie et le commerce de cette commune, la constitution physique et morale des habitants. Dans le 2e, consacré aux _Détails historiques_, M. Robert raconte l'histoire du Village et du Château depuis leur fondation jusqu'à la catastrophe du 8 mai 1842. Le 3e a pour titre et pour sujet _la Forêt_; le 4e, le 5e et le 6e traitent de l'_Agriculture_, de la _Zoologie_ et de la _Géologie_. Enfin le chapitre 7e et dernier s'occupe de la _Météorologie_, des _Maladies_ et de _divers phénomènes physiques_ qui ont eu lieu sur le territoire de la commune.

Comme on le voit par cette analyse rapide, cet ouvrage de M. le docteur Robert s'adresse non-seulement aux habitants du village de Meudon et des villages voisins, mais à toutes les personnes qui voudront faire une promenade instructive sous les beaux ombrages si justement renommés de leurs magnifiques forêts.

_Leçons élémentaires de Botanique_, fondées sur l'analyse de 50 plantes vulgaires et formant un traité complet d'organographie et de physiologie végétale, à l'usage des étudiants et des gens du monde; par M. EMM. LE MAOUT, docteur en médecine, ex-démonstrateur de botanique à la Faculté de Médecine de Paris. 1 beau vol. in-8, divisé en deux parties, illustré d'un atlas de 50 plantes et de 500 figures intercalées dans le texte.--Paris, 1843. _Fortin-Masson_.

Cet ouvrage, destiné aux gens du monde et aux étudiants qui veulent s'instruire seuls, n'est pas un essai de méthode; c'est, si nous en croyons son auteur, «un enseignement confirmé par l'expérience et le succès, mis en pratique depuis plusieurs années dans des leçons orales, appliqué à de nombreux élèves des deux sexes, dont l'esprit, débarrasse dès l'abord de la nomenclature et des études microscopiques, est promptement devenu capable d'aborder les plus hautes questions de la science.»

M. Emm. Le Maout emploie, pour enseigner la botanique, le système suivant: il choisit, comme sujets d'études, cinquante végétaux croissant partout, végétant, fleurissant, fructifiant pendant les trois mois de la belle saison, depuis le milieu de mai jusqu'au milieu d'août. Ce sont des espèces offrant toutes les modifications de formes, dont l'étude philosophique, savamment approfondie dans ces derniers temps, a jeté de si vives lumières sur l'_organographie végétale_; puis, prenant tour à tour pour type celle de ces cinquante plantes qui offre sous le point de vue le plus favorable la partie qu'il veut faire connaître, il la compare avec les autres, et observe ainsi chaque organe dans ses dégradations insensibles, depuis le plus haut degré de développement jusqu'à l'état rudimentaire.

Ces premières études achevées, M. E. Le Maout met entre les mains de l'élève un instrument d'optique plus grossissant que la loupe commune; puis, après quelques recherches d'anatomie fine, il étudie les phénomènes physiologiques, et se trouve ensuite amené naturellement à l'exposition des préceptes généraux de l'agriculture et de l'horticulture. Enfin il arrive aux principes de la classification. «Or, on conçoit sans peine, dit-il, que celui qui connaît dans leurs plus minutieux détails cinquante plantes différentes, appartenant aux groupes les plus tranchés du règne végétal, connaît parfaitement _cinquante familles, cinquante genres, cinquante espèces,_ et qu'avec ce fonds de connaissances acquises, il lui suffira d'ouvrir la première _Flore_ pour s'apercevoir que les déterminations les plus difficiles ne sont plus qu'un jeu pour lui.»

Les _Leçons élémentaires de Botanique_ sont illustrées par un atlas de 50 plantes et de 500 gravures sur bois intercalées dans le texte--Ce n'est pas aux lecteurs de l'_Illustration_ que nous aurons besoin d'énumérer et d'expliquer, pour les leur faire comprendre, les nombreux avantages d'un si indispensable accessoire.

_Guide auprès des Malades_, ou Précis des connaissances nécessaires aux personnes qui se dévouent à leur soulagement; par le docteur C. SAUCEROTTE, médecin en chef de l'hôpital civil et militaire de Lunéville. Paris, chez Poussielgue-Rusand, rue Hautefeuille, 9. Lunéville, chez madame George. 1843. 2 fr. 75 c.

Qui n'a eu des malades à soigner? qui, en attendant l'arrivée du médecin, n'a regretté vivement, dans certaines circonstances, de ne pas savoir quel remède il fallait appliquer, quelles précautions il était nécessaire de prendre? Que de fois un malade a succombé, si ce n'est faute de soins, du moins victime de l'ignorance ou de l'imprudence des parents ou des amis qui se pressaient avec un zèle mal dirigé autour de son chevet!--Le _Guide auprès des malades_, que vient de publier M. le docteur Saucerotte, donnera désormais aux gens du monde les connaissances nécessaires pour soigner les malades dans tous les cas où leur manque d'instruction pourrait entraîner des suites fâcheuses. C'est un petit livre d'une utilité incontestable, qui devra désormais faire partie de toutes les bibliothèques de famille.

Réouverture du Musée royal.

Les galeries de peinture et de sculpture ont été rendues aux études, le 8 juillet, après une intervalle de cinq mois. Pendant cinq mois entiers les élèves avaient été privés de la vue inspiratrice des vieux chefs-d'oeuvre; ils étaient réduits à copier l'école de l'empire dans la galerie du Luxembourg.

Leur exil vient enfin de cesser, et il était beau de voir avec quelle honorable ardeur ils se précipitaient vers leurs tableaux de prédilection: _la Belle Jardinière, l'Archange saint Michel, les Noces de Cana, la Kermesse flamande, les Bergers d'Arcadie_ ou _Saint Paul à Éphèse_. Le public aussi s'est hâté d'aller redemander un peu de poésie aux splendeurs du Musée. Le Parisien aime le Louvre; il souffre de le voir fermé, et chaque année, renouvelant ses doléances, il s'écrie avec amertume: «Pourquoi ne pas destiner un local spécial aux expositions? Pourquoi masquer notre riche collection par de lourds échafaudages, et encombrer de peintures modernes des salles rétrécies, où elles manquent d'air et de soleil? A quoi bon bouleverser le Musée, quand les fonds consacrés depuis tant d'années à de fâcheux dérangements auraient pu suffire à la construction d'un magnifique palais? Ne touchez pas au sanctuaire des écoles anciennes; abattez la galerie de bois qui déshonore la façade intérieure du Louvre, et ménagez un emplacement spacieux, commode, monumental, aux compositions annuelles de nos artistes contemporains.» Puisse-t-il en être ainsi!

Durant ces dernières vacances, le Musée s'est enrichi de trois statues chinoises et du cabinet légué au roi des Français par M, Franck Hall Standish (de Londres). Les trois Chinois, rapportés de leur pays natal par un officier de marine, sont, dit-on, _un mandarin_ et _deux hommes du peuple_ en bois sculpté, doré et peint. Il est, au contraire, hors de doute que ce sont trois divinités. Ou les a placés dans la salle du Globe, au Musée Charles X, où ils excitent plus d'étonnement que d'admiration. Le prétendu mandarin, corpulent personnage, la tête inclinée, les mains jointes, assis sur une chaise, est doré de la tête aux pieds, à l'exception du dos, que recouvre une couche d'argent. Sa mitre orientale est enrichie de perles blanches et bleues; sa barbe se compose de quatre ou cinq mèches de crin blanc, qui flottent sur sa poitrine; sa taille est celle d'un homme adulte surcharge d'embonpoint. Lesdeux prolétaires ou plutôt les dieux inférieurs placés à ses côtés sont de moindre dimension; ils ont la peau verte et brune, les habits teints de plusieurs couleurs éclatantes, le corps demi-nu, et d'affreuses physionomies. Ces trois échantillons de la sculpture chinoise ne sauraient donner une grande idée des beaux-arts du Céleste-Empire; mais on ne peut du moins leur contester le mérite de la singularité.

La collection de M. Franck Hall Sandish a remplacé le Musée de Marine, et occupe sept salles entre les galeries des dessins et le Musée espagnol. Le legs de cet amateur anglais est un témoignage d'estime dont on doit assurément lui savoir gré, mais qui n'a guère de valeur intrinsèque. M. Franck, comme la plupart des amateurs, s'abusait sur le mérite des oeuvres d'art qu'il avait recueillies; sa collection, qui émerveillait les visiteurs de Sandish-Hall, dépare presque le royal palais du Louvre. Les rédacteurs du catalogue ont dû substituer aux affirmations audacieuses, les: _attribué à, école de, imitation de, genre de_, formules équivoques, équivalentes à une négation. Néanmoins, au milieu des copies et des peintures apocryphes, on remarque dans le cabinet Standish plusieurs tableaux de la possession desquels nous pouvons nous féliciter: _un paysage avec figures_, d'Antoine Watteau; _quatre dessus de porte du château de Belle-Vue_, par Carle Van Loo; des tableaux de fruits et d'animaux, par Suyders; un portrait de Velasquez, quelques toiles de Murillo et une dizaine de dessins. Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé.

La bibliothèque qui fait partie de la collection renferme d'excellentes éditions des classiques grecs et latins, de la Bible et des Pères de l'Église: les savants ouvrages de L.-A. Muratori, le _Monasticon_ de William Dugdale, _la Britannia_ de Cariden, _the Costumes of the Ancient_ de Hope, _les Monuments de la Monarchie_ de Bernard de Montfaucon et autres précieux recueils qui figureraient plus utilement à la Bibliothèque Richelieu que dans les galeries de peinture et de sculpture du Musée royal.

SOLUTIONS DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE DERNIER NUMÉRO.

I. Sur la surface de votre bille décrivez, avec un compas muni d'un crayon, un arc de cercle d'une grandeur quelconque, que vous pourrez effacer ensuite facilement, de sorte que la bille ne sera pas endommagée. Cet arc de cercle ABC est représenté sur la figure 1. A E est l'ouverture de compas employée, et est le _pôle_ que l'on a pris à la surface de la sphère pour y faire ce tracé. Marquez ensuite trois points quelconques, A, B, C, sur la circonférence ainsi décrite. Construirez à part (figure 2) un triangle A, B, C, dont les sommets soient précisément à des distances mutuelles respectivement égales à celles des trois points A, B, C. Partagez deux des angles C'A'B' A'B'C' en deux parties égales par deux droites A' D', B' D', qui se couperont en un certain point D'. Ce point sera le centre d'un cercle circonscrit un triangle, c'est-à-dire que la circonférence passera par les trois sommets de ce triangle. Menez F' D' E' perpendiculaire à A' D', et prenez le point E' par la condition que la distance A' E' soit égale à l'ouverture de compas A E que vous avez employée pour le tracé de votre cercle sur la bille. Enfin, achevez l'équerre E' A' F' de manière que l'angle E' A' F' soit droit. E' F' sera le diamètre demande de la sphère. Le rayon sera la moitié de ce diamètre.

Pour faciliter à nos lecteurs l'intelligence des motifs de cette construction, nous l'avons indiquée sur la figure 1 comme si elle était exécutée dans l'intérieur de la sphère, et nous avons désigné, dans les deux ligures, les mêmes points par les mêmes lettres, en ajoutant seulement des accents à celles de la seconde.

Rien n'est plus facile d'ailleurs que de construire le triangle A' B' C', dont on connaît les trois côtés A' B', B' C', A' C', respectivement égaux à A B, B C, A C. Il faut prendre A' B'. égal à A B: puis les extrémités A' et B' comme centres, avec des rayons égaux à A C et à B C, décrire des arcs de cercle qui se coupent au point C, et déterminent ainsi le troisième sommet du triangle.

II. Les nombres les plus simples qui satisfassent à la question sont 11 pièces de 5 francs et 4 demi-ducats; car 11 pièces de 5 francs font 55 francs et les 4 demi-ducats font 24 francs; le Français paie donc au Hollandais 51 francs de plus qu'il ne reçoit.

On trouvera une infinité d'autres solutions en augmentant le nombre des pièces de 5 francs d'un multiple quelconque de 6 et celui îles demi-ducats du même multiple de 5. Les couples de valeurs que voici donneront donc des solutions.

17 pièces de 5 francs et 9 demi-ducats. 23 » et 14 » 29 » et 19 »

Et ainsi de suite

NOUVELLES QUESTIONS A RESOUDRE.

I. On demande de déterminer le diamètre d'une bille d'ivoire sans l'endommager, et même sans employer de compas, comme nous l'avons fait dans la solution donnée aujourd'hui.

II. Deviner le nombre que quelqu'un aura pensé.

Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:

Abeilard, ô martyr de l'amour, une plume éloquente a tristement dépeint ta douleur atroce.