L'Illustration, No. 0020, 15 Juillet 1843
Part 2
--Que voulez-vous dire, mon oncle?--Écoute bien; si tu n'étais pas venue dans ma voiture, tu aurais pris le coupé de la diligence; pour aller jusqu'à Saint-A.... c'est soixante-dix francs qu'il t'en aurait coûté; tu vas m'en donner trente-cinq, et tout sera dit: je te tiens quitte du reste.--Et la nièce fut obligée de payer.
Voici une recette que C.....avait inventée pour se nourrir à bon marché: il entrait chez un restaurateur, s'attablait et demandait un potage; le potage servi, C.... en mangeait la moitié, puis, frappant avec violence sur la table:--Garçon! s'écriait-il. A ce grand éclat le garçon d'accourir: «C'est horrible, ajoutait C....; ce potage n'est pas mangeable! Quelle gargote!» Et il se levait brusquement, prenait sa canne, son chapeau et sortait d'un air furieux. Un peu plus loin, chez le restaurateur voisin, c'était le vin qu'il trouvait détestable, après en avoir bu deux ou trois gorgées; puis le bifteck chez celui-ci, et le poisson chez celui-là; C... allait ainsi de cuisine en cuisine, et finissait, à force de prendre un morceau ici et là une bouchée, par se faire un dîner complet sans avoir besoin de payer la carte.
C....., au moment de rendre le dernier soupir, a trouvé un reste de force pour se mettre sur son séant et éteindre une bougie allumée, que la garde-malade avait oubliée sur la table de nuit: «Ces gens-là brûlent la chandelle à deux bouts, murmura-t-il d'une voix affaiblie; ils finiront par me mettre sur la paille.» C..... laisse un héritage de six millions.
Les nouvelles de Vienne retentissent des bravos obtenus par madame Pauline Viardot-Garcia: partout des couronnes et 'partout des vivat! C'est une ovation méritée et complète. Madame Pauline Viardot a dû partir pour Prague, où les mêmes succès l'attendent.
Saint-Cyr.
A-PROPOS RÉTROSPECTIF.
Le Théâtre-Français annonce pour la semaine prochaine une comédie nouvelle intitulée: _Les Demoiselles de Saint-Cyr_, et le nom seul de l'auteur suffirait pour éveiller l'attention publique. M. Alexandre Dumas est peut-être celui de nos auteurs dramatiques qui, à l'apparition d'une de ses oeuvres, excite le plus la curiosité, et cela, non par l'appât de nouveaux arguments littéraires fournis à l'une ou à l'autre des deux écoles, mais simplement parce que l'on est presque sûr de rencontrer toujours, au moins dans quelques scènes, des passions ou des feux d'artifice d'esprit.
Quoique à propos de cet ouvrage, nous nous proposions de dire quelques mots sur les lieux ou doit se passer la scène et sur quelques-uns des personnages, il faut reconnaître tout d'abord que l'auteur est nécessairement forcé de s'éloigner de la vérité historique; s'il avait voulu la suivre dans les détails de l'établissement de Saint Cyr, nous n'aurions certainement pas eu un premier acte aussi gai, aussi fou que celui qu'on nous promet.
Une femme qu'au théâtre il faudrait bien se garder de peindre autrement que sèche, froide et impassible, parce que ce n'est pas au théâtre qu'on redresse les préjugés, madame de Maintenon, qui nous apparaît tout autre quand on l'étudie dans sa correspondance, était devenue le point de mire de tous les solliciteurs; c'était chez elle que pleuvaient tous le, placets, et surtout ceux de la noblesse ruinée par la guerre, le désordre ou l'insouciance, qui avaient à réclamer des secours pour de jeunes filles sans dot et sans appui A la sympathie naturelle qu'un tel malheur devait rencontrer chez la veuve de Scarron, se joignait aussi un penchant à l'éducation, et sans doute le souvenir des premières fonctions auxquelles elle avait dû l'avantage d'être connue du roi et l'occasion de s'élever. Elle avait donc formé déjà le projet d'un établissement en faveur des jeunes filles de condition sans fortune, lorsque le hasard lui offrit une ursuline, madame de Brinon, qui, forcée de quitter un couvent endetté, remplissait dans le monde le voeu d'instruction qu'elle avait fait en rassemblant les domestiques, les enfants du château de Montchevreuil, où elle s'était réfugiée. En 1682, madame de Maintenon réunit à Rueil, sous la direction de madame de Brinon, une soixantaine de jeunes personnes qu'elle entretenait dans divers établissements; bientôt le nombre des pensionnaires s'accrut, et madame de Maintenon, qui prenait grand goût à cet oeuvre et la visitait tous les jours, voulut la rapprocher d'elle; elle obtint du roi la maison de Noisy, qui se trouvait enfermée dans le parc de Versailles. Là commence toute l'organisation d'un grand établissement formé avec une libéralité qu'on regrette de voir disparaître plus tard. A Noisy, les filles de bourgeois étaient admises comme les _demoiselles_ et même près du château était une maison où, sous le nom de _filles bleues_, étaient élevés les enfants des paysans habitant les domaines de la fondatrice.
Noisy fut bientôt le sujet de toutes les conversations à la cour; on voulut y faire visite; les demandes d'admission se multiplièrent; il fallut que la munificence du roi vint en aide à la charité de madame de Maintenon; on résolut d'établir une maison qui contint 250 élèves, 30 professes et 21 converses. L'architecte Mansard choisit l'emplacement de Saint-Cyr, à proximité de Versailles. Le 1er mai 1685 commencèrent les travaux; l'ardeur de voir réaliser les projets formés était telle que les ouvriers ordinaires ne parurent pas suffire: on y employa des troupes campées à Versailles, et 2,000 travailleurs élevèrent les bâtiments avec une telle précipitation, que plus tard, on fut obligé de faire de grandes et nombreuses réparations.
L'édit d'érection fut enregistre au Parlement, le 18 juin 1686; il fut pourvu à la dotation de la maison; on interdit à la communauté toute faculté d'acquérir; s'il y avait des épargnes, elles devaient être employées à doter les élèves qui voudraient se marier; à défaut d'épargnes, le trésor royal fournirait à cette dépense. Rien de plus prévoyant, de plus paternel que les règlements et constitutions des _Dames de Saint-Louis_, auxquels madame de Maintenon donna tous ses soins et toute son étude; mais, hélas! on ne put plus être admis qu'en faisant preuve de quatre degrés de noblesse.
Madame de Brinon fut nommée supérieure; mais la renommée de la maison, les bénédictions données partout à cette fondation, troublèrent la tête de la pauvre dame, qui, par sa vanité, compromit un moment rétablissement, et fut destituée en 1688. Le chagrin de cette erreur dans un premier choix ne ralentit en rien le zèle de madame de Maintenon; pendant toute sa vie on la vit présider à tous les exercices, faire elle-même des classes, surveiller même les offices, et encourager par son exemple les soeurs converses. Un jour qu'elle sortait d'une cuisine pour aller à une grande cérémonie: _Vous ne sentirez pas le musc_, lui dit-on. Oui, répondit-elle; _mais qui croira que c'est moi?_ Les pensionnaires de Saint-Cyr devinrent la famille de madame de Maintenon, qui écrivait à la supérieure: _Quand me verrai-je à cette grande table, où, environnée de toutes mes filles, je me trouve plus à mon aise qu'au banquet royal!_
Madame de Maintenon, effrayée sans doute de l'orgueil qui avait perdu madame de Brinon et qui avait pénétré plus loin qu'elle dans la maison, voulut combattre en toute occasion ce vice chez ses élèves: _Mes enfants_, leur disait-elle, _ne soyez pas glorieuses; je le suis assez pour tous_. Un jour qu'elle se plaignait encore et insistait sur la nécessité de ne pas faire de rhétoriciennes: _Soyez tranquille, madame_, lui dit une maîtresse de classe, _nos rubans jaunes_ (la grande classe) _n'ont pas le sens commun._
Madame de Maintenon ne tarda pas sans doute à se rassurer, puisqu'elle permit et approuva bientôt qu'on apprit et jouât des dialogues moraux d'abord, puis des pièces de vers, et enfin des tragédies. Les succès des pensionnaires recommencèrent encore à l'effrayer, car elle écrivit à Racine: «Nos petites filles viennent dc jouer votre _Andromaque_, et l'ont si bien jouée qu'elles ne la joueront de leur vie, ni aucune autre de vos pièces.» C'est pour échapper à cet arrêt que Racine composa _Esther_, qui fut jouée par les élèves de Saint-Cyr, le 8 février 11689. Le succès fut prodigieux; il n'y avait que deux cents places dans la salle, et de toutes parts venaient des demandes pour assister à ce spectacle: hauts personnages, pieuses dévotes, ministres, évêques, tous briguaient l'honneur d'une invitation; le roi faisait une liste, et se tenant à sa porte, la feuille à la main, la canne levée, comme pour former une barrière, il y restait jusqu'à ce que toutes les personnes inscrites fussent entrées. Malgré la piété du sujet, il paraît que les actrices attiraient bien des regards profanes, et beaucoup des passions citées plus tard dans cette cour, qui renonçait difficilement à être galante, datèrent des représentations d'_Esther_.
C'est là sans doute ce qui servit de prétexte à la calomnie qui plus d'une fois, présenta Saint-Cyr comme un sérail de Louis XIV; mais la conduite constante de madame de Maintenon et la sévérité des, règlements, qui augmenta encore lorsqu'en 1691 on exigea que toutes les dames fissent des voeux, ont donné à tout jamais un hardi démenti à ces infâmes accusations.
Le couvent subsista jusqu'en 1793; plus tard on y transféra l'école militaire qui avait été établie, en 1802, à Fontainebleau.
L'action des _Demoiselles de Saint-Cyr_, que va nous offrir la Comédie Française, se passe, dit-on, en 1701 Le sujet est tout d'imagination; cependant, parmi les, personnages créés par l'auteur, paraît une figure historique, celle du duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, qui vient d'être appelé au trône d'Espagne. Le duc d'Anjou est bien jeune, et M. Alexandre Dumas n'aura pu, nous l'espérons presque, se résigner à lui donner le caractère fâcheux que peint le duc de Saint Simon; ce n'est pas sous ces formes roides et silencieuses qu'un jeune prince peut se produire au théâtre; et si dans une pièce qui ne vise à aucune prétention historique, M. Dumas a fait une infidélité à l'histoire, il trouvera dans les plus beaux succès des dernières années plus d'une heureuse excuse.
Concours aux Écoles spéciales.
SÉANCES SOLENNELLES D'OUVERTURE A L'HOTEL.-DE-VILLE.
Dans quelques jours, les séances solennelles d'ouverture des concours pour les écoles spéciales vont être terminées. Ces séances, bien que publiques, attirent peu d'autres spectateurs que les professeurs et les élèves; cependant, c'est un spectacle qui ne manque pas d'intérêt. Cette jeunesse studieuse qui se presse dans la salle d'apparat du vieil hôtel-de-ville parisien, ces épaulettes, ces habits brodés qui brillent devant le bureau on l'on voit aussi le costume modeste des savants examinateurs, tout attire l'attention: car c'est là que va se décider l'avenir de bien des familles. Dans ces séances préparatoires on tire au sort le nom des concurrents, et l'ordre que le hasard leur donne, leur indique celui dans lequel ils se présenteront au concours. C'est un grave moment, et bien des coeurs battent: dans cette lutte qui va ouvrir ou fermer une carrière, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus.--Or, il a fallu déjà bien du temps et bien de fortes études pour oser affronter l'honneur de concourir, et même d'échouer dans cette lice devenue si difficile.
C'est un honneur brigué maintenant par l'élite de la jeunesse française. Dans ce millier de noms jetés tous les ans dans l'urne, on retrouve les noms les plus distingués dans la noblesse, les sciences, l'armée, les finances, le barreau; on dirait que chaque famille veut avoir son représentant aux Écoles spéciales.--Aussi avons nous cru faire plaisir à ceux de nos lecteurs qui ne pourront assister à ces séances, en leur donnant quelques détails sur le concours de cette année, ou va se décider l'avenir de leurs amis, de leurs parents, de leurs frères ou de leurs fils.
Les Écoles spéciales, dont les examens commencent ou vont commencer, sont les Écoles Polytechnique, Forestière, Navale et de Saint-Cyr. La séance d'ouverture pour l'École Navale a eu lieu le 5 juillet; celle des autres Écoles est remise au 20 de ce mois. C'est Paris qui ouvre la lice. Les autres villes qui sont centres d'examen ne commenceront leurs séances que plus lard.
Les concours seront sans doute brillants cette année: on peut le présumer d'après le nombre des athlètes qui se présentent pour la lutte. Ce nombre augmente chaque année dans une progression telle qu'on ne saurait prévoir où elle s'arrêtera. C'est l'indice que l'étude des sciences exactes est cultivée avec une ardeur croissante dans les collèges royaux et les institutions de Paris. Un simple rapprochement de chiffres suffira pour le prouver..
En 1839, le nombre des candidats pour l'École Polytechnique, inscrits à Paris, fut de 112 En 1840, il n'atteignit que 123 En 1841, il fut de 148 En 1842, il s'éleva jusqu'à 389 En 1843, il a dépassé 470
Il a donc presque quadruplé en quatre ans.
Pour l'École de Saint-Cyr, il a positivement quadruplé. En 1839, le nombre des candidats inscrits à Paris était de 62 En 1840, de 75 En 1841 (1er concours en février, motivé par les événements de 180), de 196 En 1841 (2e concours normal, en juillet), de 199 En 1842, de 261 En 1843, de 300
Pour l'École Navale la progression est la même.
En 1839, le nombre des candidats inscrits à Paris était de 41 En 1843, il est de 140
Les collèges Saint-Louis, Louis-le-Grand, Charlemagne sont toujours ceux qui fournissent le plus de candidats. L'aristocratique, le léger et spirituel Bourbon y compte à peine quelques représentants: la Chaussée-d'Antin se charge d'alimenter l'École de Droit. Parmi les institutions particulières, l'institution Sainte-Barbe, MM. Barbet, Parchappe, Debains, Loriol, envoient les plus nombreuses phalanges.
Sans doute on ne peut que se féliciter pour la force des études de cette concurrence, qui pousse tant de jeunes gens sur le seuil des Écoles du gouvernement. Mais n'y aurait-il pas un regret de voir s'encombrer ainsi la carrière qui offre en perspective les emplois salariés par l'État, et n'y aurait-il pas un danger dans le désappointement des concurrents malheureux dont l'avenir doit changer après de si dignes études spéciales?--Or il faut s'attendre que le nombre en soit grand; si les concurrents se multiplient, les places ne se multiplient pas dans la même proportion.--Il faut donc le répéter: Il y aura beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.
La Chapelle Saint-Ferdinand, à Sablonville
ANNIVERSAIRE DU 13 JUILLET.
Paris se rappelle encore la commotion produite, l'an dernier, par cette nouvelle inattendue: «Le duc d'Orléans n'est plus!» On sut la mort en même temps que l'accident, tant ce coup de foudre avait été rapide. Les partis furent unanimes dans leur sympathie; on se redit avec amertume cette mort d'un prince dans une arrière-boutique, cette mort d'un capitaine oin du champ de bataille, ce brancard sanglant porté par des sous-officiers de l'armée d'Afrique, et la famille royale, des maréchaux de France, des ministres, suivant à pied le corps d'un fils, d'un compagnon d'armes, d'un héritier plein d'avenir.
Tous les détails des funérailles, après une année d'intervalle, sont encore présents à la mémoire. Nous voyons l'immense cathédrale voilée de noir; le catafalque dressé entre les deux nefs latérales sous un baldaquin de velours doublé d'hermine; les cinq cents cierges flamboyants; les cariatides argentées, et la foule se succédant pendant quatre jours entiers, pour venir dire au prince royal un dernier adieu. La duchesse douairière d'Orléans avait fait construire, au château de Dreux, sur l'emplacement de l'église collégiale, une chapelle sépulcrale pour les princes des maisons de Toulouse et du Maine. C'est là que le duc d'Orléans repose, à côté de la princesse Marie, sa soeur. C'est là aussi qu'un service funèbre a été célébré, le 13, en présence de sa veuve et de ses parents désolés; mais, quoique son cercueil eût été placé dans les caveaux de Dreux, la reine a voulu qu'un monument consacrât le lieu où il a rendu le dernier soupir. La maison de M. Cordier a été achetée par la liste civile pour la Minime de 110,000 francs; elle a été démolie, et, il y a six mois, M. Fontaine et M. Lefranc, architectes-inspecteurs, ont jeté les fondements d'une chapelle qui vient d'être inaugurée le 11 juillet.
Cette cérémonie s'est accomplie sans éclat; Pares n'y a pas été convié; la douleur de la famille royale n'a pas voulu de nombreux témoins. Le roi, la reine, la duchesse d'Orléans, le duc et la duchesse de Nemours, madame Adélaïde, les ducs d'Aumale et de Montpellier, ont assisté à la bénédiction donnée par l'archevêque de Paris. Les seules personnes admises à célébrer avec eux le fatal anniversaire, ont été les ministres, les maréchaux Gérard et Sébastiani, le comte de Montalivet, les généraux Aupick, Marbot et Baudrand, les présidents des deux Chambres. M. Bertin de Veaux, officier d'ordonnance de S. A. R., le duc d'Elchingen, aide-de-camp du prince, les aides-de-camp, officiers et écuyers de la maison militaire du roi, M. de Boismilon, secrétaire des commandements, les membres du conseil de l'instruction publique, et quelques autres dignitaires, dont la plupart avaient été présents à la catastrophe du 13 juillet.
L'édifice, formant une croix grecque, s'élève au milieu d'un enclos planté d'arbres. Il est d'un style byzantin, mitigé par quelques détails d'architecture antique; une croix en pierre domine le point d'intersection des nefs. Le bras droit est occupé par une chapelle dédiée à saint Ferdinand, le bras gauche par un cénotaphe et le choeur par l'autel de Notre-Dame-de-Compassion, dont la statue décore une niche extérieure pratiquée dans l'abside. Les trois portails s'arrondissent à plein cintre, et sont ornés de rosaces, où sont peintes la Foi, la Charité et l'Espérance.. Dix fenêtres cintrées, qui répandent dans l'enceinte un jour mystérieux, sont enrichies de vitraux fabriqués à la manufacture de Sèvres, d'après les compositions de M. Ingres. Ils représentent saint Philippe, Saint Louis, Saint Robert, saint Charles Borromée, saint Antoine de Padoue. Sainte Rosalie, saint Clément d'Alexandrie, sainte Amélie, saint Ferdinand, sainte Hélène, saint Henri, saint François, sainte Adélaïde et saint Raphaël.
La sacristie est derrière le choeur, en dehors de la croix. Devant le portail principal, on a réservé un hémicycle à la circulation des voitures; en face sont les salles destinées au service, de l'église et le logement du desservant.
Le cénotaphe élevé au duc d'Orléans a été exécuté dans les ateliers du Louvre, par M. Triquetti, d'après les dessins de M. Ary Scheffer. Un piédestal de marbre noir porte la figure du prince, étendu sur un matelas, et revêtu du costume d'officier-général; sur un socle qui forme le prolongement du piédestal, à droite, est un ange en prière, l'une des dernières oeuvres de la princesse Marie. Qui eût dit à cette royale artiste, si prématurément moissonnée, que son frère lui survivrait si peu de temps, et qu'elle travaillait à lui compléter un mausolée?
Les deux statues sont en marbre blanc de Carrare. Un enfoncement semi-circulaire, ménagé dans le piédestal, renferme un bas-relief d'un beau caractère; la France, sous la forme d'un ange, étreint du bras gauche une urne qu'elle arrose de larmes, et tient de la main droite un drapeau tricolore renversé.
Revue algérienne.
PLAN FIGURATIF ET DESCRIPTION DE LA ZMALA.--ARRIVÉE DES PRISONNIERS À ALGER.--RENVOI DES UNS À ORAN ET DES AUTRES EN FRANCE,--PORTRAIT DE MARABOUT SIDI-EL ARADJ--DRAPEAUX DE LA ZMALA DÉPOSÉS AUX INVALIDES.
Nous avons fait connaître le hardi coup de main qui a dispersé la zmala d'Abd-el-Kader (V. l'_Illustration_, n° 16, page 253). Aujourd'hui, des renseignements recueillis en grande partie par le directeur des affaires arabes à Alger nous permettent de donner, avec le plan figuratif de la zmala, quelques détails sur son origine, sa composition, sa manière de vivre, ses moyens d'accroissement.
Une loi générale présidait à la formation de tous les campements d'Abd-el-Kader, loi en quelque sorte organique, à laquelle il n'a jamais été dérogé: c'était de placer, autour de la tente de l'émir, toutes les tribus dans la même orientation que celle de leur territoire par rapport à Mascara, son ancienne capitale et centre de son autorité. Cet ordre avait été scrupuleusement observé dans l'organisation de la zmala, qui n'était autre chose qu'un grand campement militaire, avec infanterie, artillerie, mais avec accompagnement de vieillards de femmes et d'enfants.
Abd-el-Kader avait vu, de retraite en retraite, tous ses établissements militaires, Jughar, Thaza, Saida, Tafreoua, Tagdemt, successivement envahis et détruits par nos soldats. Pressé entre le Désert et nos colonnes, il comprit que pour sauver les plus précieux débris de sa puissance, il ne lui restait plus qu'à les rendre aussi mobiles que les tribus elles-mêmes, et à dérober à nos armes, par la fuite, ce qu'il ne pouvait leur disputer par le combat. Il organisa donc la zmala: il y rassembla tout ce qu'il tenait à conserver: sa famille, celle de ses principaux lieutenants, son trésor; il la plaça sous la garde de ses plus braves et de ses plus fidèles partisans, et l'envoya sur les limites du désert, ou, en cas d'approche de l'ennemi, elle trouvait toujours un asile assuré.
Le campement de cette population nomade était presque constamment le même, sans avoir toutefois la forme régulière que le compas lui a donnée dans le plan figuratif que nous publions, et que ne comportaient pas les accidents inévitables du terrain. Ainsi, quand la zmala a été enlevée et surprise le 16 mai 1843, la tête du campement était près de la source Ain de Taguin, tandis que le reste des tribus se développait en forme d'éventail, ou plutôt de patte d'oie, dans une vallée d'une étendue de douze à seize kilomètres.
La zmala se divisait, sinon, en quatre enceintes, du moins en quatre groupes principaux.
Le premier groupe renfermait les douars (cercles de tentes) et les familles de l'émir; de son beau-frère, Mustapha-ben-Thami, ex-khalifah de Mascara; de Bouheli-kha, ex-kaïd des Shama; de Miloud-ben-Arrach, ex-agha du cherk est, son ancien envoyé à Paris et son conseiller intime, et de Bel-Khérouby, son premier secrétaire.
Le deuxième groupe était formé par les douars et les familles de Mohammed-ben-Allal-ben-Embarch, ex-khalifah de Milianah, de Ben-Jahia-el-Djenn, agha de la cavalerie régulière; de Hadj-el-Habib, ex-consul à Oran pendant la paix ainsi que des chaoucks (gardes attachés particulièrement à la personne des chefs).
Dans le troisième groupe se trouvaient exclusivement les Hachem-Cheraga (de l'est) et Gharaba (de l'ouest), qui, peu nombreux dans les premiers temps, s'étaient considérablement accrus au moment de la prise de la zmala, parce que l'émir venait de les enlever à peu près tous dans la plaine d'Eghris. Le quatrième, groupe, plus ou moins rapproché des autres, suivant les difficultés du terrain, l'eau, les bois ou les pâturages, réunissait les tribus du Désert qui s'étaient attachées à la fortune de l'émir. Ces tribus n'étaient véritablement maintenues que par la volonté des chefs les plus influents, attirés pour la plupart eux-mêmes par l'appât du pillage, des cadeaux, de l'argent, et quelques-uns par le mobile de la religion.