L'Illustration, No. 0018, 1 Juillet 1843
Part 7
M. Charles de Massas est un modeste employé de l'administration des douanes. Épris dés son enfonce d'un vif amour de la poésie, à peine a-t-il su écrire, il a fait des vers. Il était à Grenoble, sa ville natale, quand Napoléon revint de l'Ile d'Elbe; au Havre, quand ses restes mortels furent rapportés de Sainte-Hélène. «A Grenoble, il se trouvait parmi la foule qui, après l'entrée de l'Empereur, vint déposer à ses pieds les débris des barrières que l'on avait inutilement fermées devant lui, et qui lui dit: Nous n'avons pu te donner les clefs, voilà les portes.» Au Havre, il fut l'un des spectateurs «de l'imposant tableau que présentèrent la plage, la mer et le ciel, alors que le navire chargé de la tombe impériale toucha les eaux du fleuve de Paris, alors que des milliers de regards se voilèrent d'irrésistibles larmes, et que des deux points opposés d'un horizon devenu subitement limpide, descendirent à la fois sur cette magique scène les premiers rayons du jour et les dernières clartés de la nuit.»
Après avoir été témoin de ces deux grands spectacles, un poète français ne pouvait pas se dispenser de prendre sa lyre et de chanter. C'est ce qu'a fait M, Charles de Massas, et aujourd'hui il publie un poème en quatre chants: _l'Ile d'Elbe, le Retour, Waterloo, Sainte-Hélène_ intitulé: _les Derniers Jours de l'Empire_. Cet ouvrage, enrichi de curieuses notes historiques et orné d'un portrait de l'Empereur et de deux belles gravures, se recommande par diverses qualités. Non-seulement M. Charles de Massas fait très-bien les vers, mais il est toujours animé de sentiments nobles, touchants et élevés, qu'il sait revêtir d'une forme heureuse. Les strophes suivantes,--et nous choisissons au hasard,--prouvent mieux que tous nos éloges quel est le véritable mérite de l'auteur des _Derniers Jours de l'Empire_.
A l'heure où, languissent sur la terre embrasée, L'arbuste se ranime au souffle de la nuit. Où la fleur tend sa feuille à la fraîche rosée. Où l'infortune implore un sommeil qui la fuit, Napoléon a vu des enfants, une mère, De leurs tendres baisers couvrir le front d'un père Et souffrant des plaisirs qui lui furent ravis, Il a frappé les airs de ses plaintes funèbres, Et seul, dans les ténèbres, A longtemps appelé son épouse, son fils!
Ne les verra-t-il plus? Toi que sa voix appelle. Toi, le seul voyageur qui passe en son séjour, Dis, rapide aquilon, n'as-tu pas sous ton aile De ces objets chéris un message d'amour? Que devient-il, ce fils dont le premier sourire D'un superbe espoir fit tressaillir l'Empire? Privé de son appui quels seront ses destins? Dis-lui si quelquefois, sur la terre étrangère, Le doux portrait d'un père. Loin d'hostiles regards, est permis à ses mains ...
M. Charles de Massas n'a réellement qu'un défaut: il manque d'originalité. Si parfaits qu'ils soient, ses vers ressemblent à beaucoup d'autres; ses idées et ses sentiments,--irréprochables d'ailleurs,--n'ont pas le caractère distinctif qui les fasse aisément reconnaître. Que M. Charles de Massas tâche donc, s'il publie jamais un second poème de dominer d'une plus grande hauteur cette foule vulgaire de rimeurs au-dessus de laquelle il commence à s'élever.
Modes.
Les changements continuels de notre température, presque aussi capricieuse que la mode, font plus que jamais rechercher les cachemires. L'argent qu'une femme destinait à l'acquisition de mille fantaisies est employé à l'achat d'un châle de l'Inde. Aussi voyons-nous, avec une toilette d'une légèreté tout aérienne, des drôles carrés fond blanc ou orange abriter de leurs tissus fins et moelleux les épaules de nos élégantes.
Pour l'hiver, les cachemires longs à riches dessins sur fond noir seront le complément indispensable de toute élégance. Nous avons dit que les robes de soie ouvertes sur un jupon de mousseline étaient fort à la mode; aujourd'hui nous donnons le dessin d'une toilette de ce genre; la robe est en soie glacée gris et rose; le jupon de mousseline blanche, garni d'un haut volant, doit être sans apprêt, de manière à bien draper: des bouillons d'étoffe pareille sortent des manches; une garniture de dentelle tombe sur la mains. Le bonnet, fait avec un morceau de dentelle, élevé des côtés, à l'Italienne, est orné de roses.
La soie est ce qui se porte le plus: on fait de charmantes robes avec des demi-pèlerines décolletées, qui laissent en haut dépasser la chemisette de mousseline.
Les jours de chaleur on a, le matin, des peignoirs en mousseline blanche ou de couleurs entourés de petites garnitures à tuyaux fins et bordés de valenciennes. C'est un joli négligé.
La lingerie possède de délicieuses coquetteries pour les soirées d'été: ce sont des robes de tarlatane de deux nuances, par exemple une jupe rose sur une bleue. Ce mélange vaporeux d'étoffes légères d'un effet charmant aux lumières.
Chez Alexandrine, c'est le même mélange: les capotes de deux couleurs en crêpe lisse bouillonné, avec des fleurs cachées dans ces nuages légers, sont une de ses créations les plus heureuses. Ses chapeaux de paille ornés de rubans, ses pailles de riz avec plumets russes en marabouts noués, toutes ces modes ont un cachet qui rend le nom d'Alexandrine célèbre dans le monde élégant.
Les voilettes de dentelles qui voltigent autour du visage vont très-bien sur les chapeaux, un peu secs, de crêpe à passes tendues. Ainsi la mode et la coquetterie sont d'accord. On porte toujours beaucoup de mantelets la vieille et d'écharpes en barège, puis des par-dessus en soie garnis de passementerie ou en mousseline, doublés de taffetas rose, paille, lilas et entourés de dentelle, qui commencent à prendre faveur. Ils se fixent à la taille par un ruban et ont de larges demi-manches. C'est une mode élégante et qui n'aura pas, comme telle, le succès populaire des mantelets.
On a fait, dans ces derniers temps, de grandes provisions de laines à broder, car maintenant la tapisserie est devenue l'ouvrage indispensable à la ville comme à la campagne. Les vieux dessins sont copiés; puis on fait, pour économiser l'ouvrage, un mélange de bandes de velours et de bandes de tapisseries, qui est fort en vogue; cela fait surtout de belles portières. Le lambrequin est tout en tapisserie pareille aux bandes qui entourent le rideau ou qui forment rubans.
Nous devons encore recommander les mouchoirs brodés au plumes points de chaînettes de couleur; les voilettes imitant l'Angleterre par de légères applications de mousseline; enfin tous les ouvrages qui aident à passer les longues heures de la campagne.
Inauguration d'une nouvelle Église Luthérienne à Paris.
La nouvelle église luthérienne, dont l'inauguration a eu lieu dimanche dernier, est située rue Chauchat, près la rue de Provence. Cette cérémonie avait attiré un grand concours de personnes qui remplissaient l'église bien avant l'heure indiquée pour le service.
Peut-être est-il convenable de dire deux mots de la différence entre les protestants luthériens et les protestants réformés. Les premiers se rattachent à la confession d'Augsbourg: ce sont, en grande majorité, les protestants d'Allemagne, ceux de la Suède, de la Norwége, du Danemark, et ceux qui sont dispersés dans les pays slaves. Les protestants réformés sont ceux de France, de Suisse, de Hollande, d'Angleterre, d'Écosse. Les réformés de chaque nation ont une confession de foi particulière. Entre les luthériens et les réformés, il n'y a de différence que dans quelques points du dogme, aujourd'hui considérés connue très-secondaires, et dans les formes du culte, les luthériens n'excluent pas les images et les autres ornements que l'Église réformée a sévèrement proscrits.
En France, il y a des luthériens dans cinq départements: dans les deux départements du Rhin, où ils forment un grand tiers de la population; dans les départements du Doubs et de la Haute-Saône, qui comprennent aujourd'hui l'ancienne principauté de Montbéliard toute luthérienne et enfin à Paris.
Avant la Révolution et jusqu'à l'Empire, les luthériens de Paris suivaient leur culte dans les chapelles des ambassades de Suède et de Danemark. Ce fut l'Empereur qui, en 1809, leur fit donner l'église des Billettes et établit à Paris un Consistoire luthérien. Les luthériens de Paris étaient alors au nombre d'environ cinq mille.
Ou en compte aujourd'hui plus de douze mille, et depuis longtemps réalise, des Billettes ne pouvait contenir les fidèles. Sous la Restauration déjà, des fonds furent volés par le Conseil municipal pour la fondation d'une nouvelle église, et plusieurs édifices furent successivement désignés pour cette destination.
Enfin, en 1841, la ville offrit au Consistoire de faire disposer pour le culte luthérien une partie de l'ancienne halle de déchargement, située rue Chauchat. Cette halle avait été construite il y a peu d'années à grands frais pour servir d'entrepôt central; mais le commerce de Paris n'ayant pas trouvé davantage dans cet établissement, et n'en ayant pas profité, la halle était restée sans usage. La partie de l'édifice qui n'a pas été consacrée au culte, va être détruite pour prolonger la rue Grange-Batelière. Les travaux du nouveau temple ont été dirigés par M. Cau, architecte de la ville, qui a tiré tout le parti possible du bâtiment qu'il devait modifier. Le temple est d'une simplicité grave et élégante. Il y a place pour environ douze cents personnes. Le fronton porte cette inscription: _Église évangélique de la Rédemption._
Par une coïncidence intéressante, le jour de la consécration de la nouvelle église était aussi l'anniversaire de la présentation de la confession de foi devant l'empereur Charles-Quint et les princes réunis à la diète d'Augsbourg.
Amusements des sciences.
SOLUTIONS DES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER NUMERO.
I. Soit ABC la planche de bois donnée. Le charpentier divisera d'abord les côtés en deux parties égales, aux points D, E, F. Ces trois points seront les points de contact de l'ovale géométrique ou ellipse avec les côtés du triangle. On tirera aussi les trots droites AE, BD, CF, qui se coupent en G; ce sera le centre de l'ellipse. En prenant alors les distances GL, GM, GN, respectivement égales à GE, à GD et à GF, on aura six points E, M, F, L, O, N, qui suffiront pour tracer la courbe cherchée à vue, avec une approximation suffisante.
Ce tracé sera facilité, si l'on a soin de mener par les points L, M, N, des droites respectivement parallèles aux côtés BC, CA, AB, de manière à achever complètement le polygone RSTOVX, circonscrit à l'ovale.
II. Il y a deux solutions représentées dans les deux petits tableaux ci-dessous:
Tonneaux Tonneaux Tonneaux pleins, vides, demi-pleins 1ere solution: 1ere Personne. 2 2 3 2e Personne. 2 2 3 3e Personne. 3 3 1 2e solution: 1ere Personne. 3 3 1 2e Personne. 3 3 1 3e Personne. 1 1 5
Il est manifeste que dans ces deux combinaisons, chaque personne aura sept tonneaux, dont trois et demi de vin.
NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.
I. On donne un carrelet à régler le papier, une petite aiguille bien également calibrée dans toute sa longueur, une feuille de papier et un crayon; ou demande de se servir de ces objets pour trouver, par expérience, le rapport de la circonférence du cercle à son diamètre.
II. Partager entre trois personnes vingt-quatre tonneaux, dont huit pleins, huit vides et huit demi-pleins, en sorte que chacune ait la même quantité de vin et de tonneaux.
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER REBUS. Tout le monde court, cette année, danser au grand bal de Sceaux.