L'Illustration, No. 0017, 24 Juin 1843
Part 7
Toute l'opération se fait en moins de temps qu'il n'en faut pour la décrire. Les voyageurs ne quittent pas leur voiture. Ils ne courent aucun danger, puisqu'ils sont suspendus seulement à quelques décimètres au-dessus du train; d'ailleurs, la force des chaînes de suspension ne laisse aucune chance de rupture.
C'est donc la décomposition de la diligence en deux parties, caisse et train, dans l'ensemble des moyens mécaniques employés pour l'opérer et pour recomposer le véhicule complet, enfin dans la forme particulière donnée au truck, que consiste la solution de M. Arnoux. Cette forme est telle, que la caisse, étant placée très-bas, n'offre plus que peu de prise à l'air, et est douée de la plus grande stabilité; ainsi, les voyageurs sont assis dans les diligences sur chemins de fer à 50 centimètres plus bas que dans les voitures du chemin lui-même. Ils y sont aussi plus doucement portés, parce que les ressorts de la caisse y restant fixés celle-ci se trouve munie d'une double suspension très-propre à adoucir les secousses.
Arrivées à Orléans, les voitures sont soumises à une manoeuvre inverse. Les voyageurs ne les quittent pas plus qu'ils ne l'ont fait au départ de Paris; de sorte que, sans aucun transbordement appréciable pour eux, ils poursuivent rapidement leur course vers leur destination, avec la même voiture, sans se séparer de leurs bagages.
La même opération est pratiquée sur les diligences qui, de différents points de la France, convergent sur Orléans pour arriver à Paris. C'est au centre même de Paris, et non plus seulement à l'embarcadère du chemin, que l'on est conduit avec ses malles et ses effets.
Six voitures de chacune des deux grandes entreprises de messageries partent actuellement tous les jours des deux extrémités du chemin de fer; ce nombre sera bientôt porté à huit. Ce sont donc vingt-quatre diligences qui circulent aujourd'hui, et trente-deux qui vont bientôt circuler sur ce chemin. Elles ne font que des trajets directs, les seuls qui soient établis sur le chemin. Ces trajets s'accomplissent en trois heures vingt-cinq minutes; l'administration du chemin de fer s'est engagée à les réduire à trois heures dans un délai rapproché.
Pour donner une idée de l'importance du service rendu par cette combinaison, il suffira de dire que le nombre des voyageurs qui profiteront de ce mode de transport entre Paris et Orléans est assez considérable pour procurer à la compagnie du chemin de fer un prélèvement annuel d'au moins 1,400,000 à 1,500,000 fr., d'après les évaluations les plus modérées.
Bulletin Bibliographique
_Notices et Mémoires historiques_: par M. Mignet, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques et membre de l'Académie française. 2 vol. in-8.--Paris, 1843. _Paulin_, 15 fr.
Né à Aix en Provence, en 1796, M. Mignet étudia le droit à la Faculté de sa ville natale. A vingt-deux ans, il se fit recevoir avocat; mais après avoir prêté le serment imposa aux membres du barreau, il renonça à la profession qu'il venait d'embrasser. Entraîné par une véritable passion vers l'étude de L'histoire, il concourut pour les prix académiques. Son _Éloge de Charles VII_ et son _Panégyrique de saint Louis_ furent couronnés le premier par l'Académie d'Aix et le second par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ce dernier succès détermina le jeune lauréat provençal à prendre un parti. Il quitta Aix pour Paris à la même époque où M. Thiers, son compatriote, son condisciple, son ami, et déjà son rival, se dirigeait, lui aussi, du côté de la grande métropole.
«Unis entre eux du triple lien de l'amitié, de l'opinion et du talent, MM, Thiers et Mignet, a dit M. de Chateaubriand, se partagèrent sous la Restauration le récit des fastes révolutionnaires; seulement, M, Mignet resserra dans un ouvrage court et substantiel le récit que M. Thiers étendit dans de plus larges limites,--M. Mignet, ajoute-t-il plus loin, traça une esquisse vigoureuse, M. Thiers peignit le tableau.»
Ces deux ouvrages remarquables à des titres divers fondèrent la réputation et la fortune de leurs auteurs. La Révolution de 1830 donna en même temps des fonctions publiques aux deux historiens qui avaient défendu la Révolution de 1789 sous la Restauration. M. Thiers devint ministre. M. Mignet fut nommé conseiller d'État et directeur des archives de la chancellerie au ministère des affaires étrangères, puis élu successivement membre de l'Académie des Sciences morales et politiques et de l'Académie française. Heureusement pour lui et pour la Science, ces dignités et ces fonctions, qu'il prit au sérieux et qu'il exerça consciencieusement, l'obligèrent à continuer ses études favorites. Une fois seulement il accepta, dans une circonstance difficile une mission diplomatique en Espagne; mais son absence fut de courte durée, et il ne tarda pas à venir reprendre les importants travaux qu'il avait un moment interrompus; son _Histoire de la Réformation_, commencée depuis 1825 et celle des _Négociations relatives à la Succession d'Espagne_.
En sa qualité de secrétaire perpétuel, M. Mignet a dût lire chaque année à ses collègues, à dater du 28 décembre 1836, l'éloge d'un académicien récemment décédé. De plus, il leur a communiqué à diverses époques d'importants mémoires, historiques. La réimpression de ces notices et de ces mémoires, auxquels il a ajouté les discours qu'il a prononcés à l'Académie Française en y remplaçant M. Raynouard et en y recevant MM. Flourens et Pasquier, et une introduction à l'histoire de la succession d'Espagne, forme deux forts volumes in-8. Tous ces travaux sont déjà connus et ont été appréciés comme ils méritent de l'être; mais, en même temps qu'elle les place à la portée de toutes les bibliothèques, leur réunion permet à la critique d'en mieux saisir l'ensemble et d'en constater avec plus de certitude les résultats.
Les _Notices_ proprement dites sont consacrées aux huit académiciens dont les noms suivent: Sieyès, Roederer, Livingston, Talleyrand, Broussais, Merlin, Tracy et Daunou. En retraçant la vie et en apprenant les travaux de ces hommes considérables dans la politique, la science, les lettres, M. Mignet a eu l'occasion de passer en revue la Révolution et ses crises, l'Empire et ses établissements, la Restauration et ses luttes, de rattacher les événements publics à des biographies particulières, et de montrer le mouvement général des idées dans les oeuvres de ceux qui ont tant contribué à leur développement. «En effet, dit M. Mignet, membre de nos mémorables assemblées, la plupart d'entre eux figurent parmi les fondateurs de notre système social. Ils ont concouru à la destruction de tout un ancien ordre de choses et à l'établissement d'un nouveau. Le changement des diverses classes de la vieille monarchie en une seule nation; la division des provinces en départements; l'abolition du régime féodal privé, lequel avait survécu au régime féodal politique; l'organisation de l'impôt sous la Constituante; la création des écoles publiques et de l'institut national sous la Convention; la forme donnée à l'administration moderne sous le Consulat; la fondation de la jurisprudence civile sous l'Empire: la marche des sciences sociales ou philosophiques, rappellent le souvenir des hommes que je me suis efforcé de faire connaître en peignant leur caractère et en signalant la part qu'ils ont prise aux grands actes de l'histoire contemporaine.»
Les _Mémoires_ sont supérieurs, peut-être, sous tous les rapports, aux _Notices_. Chacun d'eux, en effet, est un ouvrage complet certain fabricant trop fameux de livres historiques n'eût pas manqué de faire au moins quatre volumes in-8.--Comme on voit que M. Mignet possède bien son sujet! avec quelle clarté, avec quel art il l'expose et le développe! Quelle confiance il inspire! quelle impression il produit! Ce n'est pas qu'il nous révèle des vérités complètement ignorées avant lui; mais il les éclaire d'une si éclatante lumière, qu'on croit les apercevoir pour la première fois; il les résume avec tant de bonheur, qu'on les comprend comme si on avait eu la peine de les découvrir soi-même.
Les Mémoires historiques; qui composent le second volume sont au nombre de quatre. Voici leur titre et leur ordre: 1° La Germanie au huitième et au neuvième siècle, sa conversion au christianisme et son introduction dans la société civilisée de l'Europe occidentale; 2º Essai sur la formation territoriale et politique de la France depuis la fin du onzième siècle jusqu'à la fin du quinzième; 3º Établissement de la reforme religieuse et constitution du calvinisme à Genève; 4º Introduction à l'histoire de la succession d'Espagne, et tableau des négociations relative à cette succession sous Louis XIV, «Je me suis proposé, dit M. Mignet dans sa préface, de traiter des sujets qui ont un intérêt historique grave, mais que l'histoire, dans la rapidité de ses récits, n'a dû présenter ni sous cette forme ni avec cette étendue.»
Bien que différents, ces Mémoires ont des rapports entre eux. M. Mignet indique dans une courte introduction le lien qui les rattache et leur donne une sorte d'unité. Ils forment une Histoire de France presque complète, depuis les invasions des Barbares dans la Gaule jusqu'à la révolution de 1789, car on y trouve tous les grands éléments qui ont servi à constituer la nation française avant l'avènement et le triomphe du peuple: les Barbares et le Christianisme, la Féodalité et la Royauté, la Réforme, la Monarchie absolue. Cette histoire, le premier volume la continue et la complète, puisqu'il contient les biographies de quelques-uns des principaux acteurs de la Révolution, de l'Empire et de la Restauration, ces trois premières parties du grand drame social dont le dénoûment fatal doit être tôt ou tard la victoire définitive de la démocratie.
_La transformation sociale de l'ancienne Germanie_ est un événement du premier ordre; elle a exercé l'influence la plus décisive sur les destinées de l'Europe et dès lors du monde. La race belliqueuse qui a renversé l'empire romain, plié sur son ancien territoire même au joug de la civilisation offre le spectacle d'une conquête morale exécutée par des hommes à la fois pieux et héroïques» dont les aventures ont parfois l'intérêt du roman. Mais ce n'est pas seulement le tableau des changements opérés dans la croyance, dans les sentiments, dans les idées, dans la distribution territoriale de toute une vaste famille humaine que M. Mignet a l'intention de retracer: il a voulu surtout résoudre un problème de haute géographie sociale; il a cherché à déterminer quelles avaient été jusque-là les forces respectives de la barbarie et de la civilisation sur notre continent; comment les vastes espaces occupés par la première, étant beaucoup plus considérables que la zone étroite où s'était développé la seconde, les peuples nomades du Nord avaient successivement envahi et culbuté les établissements des peuples beaucoup plus avancés du Sud: enfin, quelles étaient les conditions qui, changeant cet état de choses, devaient amener le triomphe définitif de la civilisation, permettre ses progrès continus, et lui donner les moyens de repousser désormais ces débordements de Barbares dont l'histoire est remplie jusqu'au Moyen-Age, et l'aurait été, sans cela, jusqu'à nos jours.
_La société politique_ a revêtu en France, après la longue période des invasions germaniques, deux formes d'organisation; la forme féodale et la forme monarchique.--La transition de l'une à l'autre a marqué, pour elle, le passage de la décomposition à l'unité. Cette révolution lente, qui a produit la réunion des provinces, le rapprochement des peuples, la communauté des lois et la centralisation de l'autorité, M Mignet en retrace la marche dans son second Mémoire; il en indique les phases, il en montre les résultats; il la conduit depuis Louis le Gros jusqu'à Louis XI, c'est-à-dire depuis le moment où elle a sérieusement commencé jusqu'à celui où la France a été assez compacte et assez forte pour déborder sur l'Europe, et où le pouvoir central et régulateur de la royauté, devenu tout à fait dominant, est parvenu à fonder territorialement et politiquement la France nouvelle.
_La réforme religieuse_ a été l'une des crises les plus dangereuses que l'oeuvre de l'ancienne monarchie ait eues à surmonter. Tout en apprenant au monde moderne le grand bienfait de la liberté de conscience, tout en ménageant à l'esprit humain les ressources fécondes de l'indépendance et de la force philosophique, elle compromit un moment l'unité en France, en y amenant le désaccord des croyances, le morcellement du territoire, la désorganisation.
Elle dut rencontrer des lors des adversaires prononcés dans les rois de France, qui, durant quarante années, s'efforcèrent d'abord de prévenir son apparition, puis d'empêcher ses progrès.
M. Mignet n'a raconté qu'un épisode de cette grande lutte, dont il a fait sentir d'ailleurs l'importance et les résultats, celui où le protestantisme français, persécuté et condamné en France à une existence secrète, va chercher un asile en Suisse, et établir à Genève la principale de ses églises et le centre de ses opérations religieuses.
Si la reforme religieuse arrêta pendant le seizième siècle le développement de la monarchie française, celle-ci reprit sa marche vers l'unité dans le dix-septième siècle, et parvint au comble de la grandeur. C'est ce que montrent avec éclat le ministère du cardinal de Richelieu et le règne de Louis XIV.--Dans son _Introduction à la succession d'Espagne_ M. Mignet a tracé le tableau de la politique de cette importante période. En comparant les destinées réciproques de la France et de l'Espagne, d'après la position géographique et le rôle des deux pays, le caractère et l'esprit des deux peuples, il s'est attaché à donner les causes générales et politiques qui expliquent les phases et l'issue d'une lutte poursuivie pendant deux siècles, et termine par l'avènement d'un petit-fils de Louis XIV au trône de Philippe II.
_Essai d'histoire littéraire et Cours de Littérature_; par E. GÉRUSEZ, professeur suppléant d'éloquence française à la Faculté des Lettres de Paris. 2 vol. in-8.--_Hachette et Delalain_, deuxième et troisième édition.
M. Gérusez, le spirituel suppléant de M. Villemain à la Faculté des Lettres, est un des écrivains les plus heureux de notre époque. Son _Cours de Littérature_ a été adopté par l'Université pour les collèges; ses _Essais d'histoire littéraire_ ont obtenu le prix Montyon à l'Académie française; un nombreux auditoire va écouter et applaudir le cours qu'il fait à la Sorbonne, dans cette chaire où jadis M. Villemain obtenait de si grands triomphes: à peine une nouvelle édition de ses ouvrages a-t-elle paru qu'elle est épuisée. Un pareil succès serait trop extraordinaire s'il n'était pas mérité. Ce bonheur en apparence surnaturel dont il jouit, M. Gérusez le doit à toutes ces qualités aimables, solides et brillantes, qui ont fait sa fortune actuelle et qui lui ouvriront un jour les portes de l'Académie française. Il est instruit, il a beaucoup d'esprit et de bon sens; Il écrit des livres honnêtes et utiles avec un style malheureusement trop rare aujourd'hui; doit-on donc s'étonner qu'il réussisse? et le public ne fait-il pas preuve de discernement et de bon goût en allant l'applaudir à son cours et en lisant ses ouvrages?
Les _Essais d'histoire littéraire_, dont la deuxième édition a été tout récemment mise en vente, se composent de diverses études critiques, qu'on se rappelle avoir lues jadis dans les meilleures revues, mais qu'on relit encore avec autant de profit que de plaisir. Les écrivains célèbres auxquels ces études sont consacrées appartiennent pour la plupart aux siècles qui ont précédé le règne de Louis. XIV. Ce sont saint Bernard, Rabelais, Jodelle, d'Aubigné, Malherbe, Balzac, Sarrazin, Saint-Amant, Scudery, Scarron, Pascal, Corneille, Larochefoucauld, madame de Lafayette. Outre ces portraits, les _Essais d'histoire littéraire_ contiennent encore des articles intéressants sur la prédication de la première croisade, l'Hôtel de Rambouillet, l'élégie, la satire politique, la poésie et John Flaxman.
«Je me suis déterminé à réunir ces divers fragments, dit M. Gérusez dans sa préface, parce qu'ils se rapportent tous à notre histoire littéraire, et qu'ils peuvent répandre sur quelques points de nouvelles lumières. Sans doute il eut mieux valu concentrer mes études sur une seule époque et présenter le tableau complet d'une période; en un mot, donner un livre au lieu d'un recueil; mais, dans le siècle où nous vivons, on n'a guère le libre emploi de son temps et de ses forces. Comment, en effet, se soustraire au vasselage de la presse?--. Il faut reconnaître cette puissance et s'en accommoder, puisqu'on ne gagne rien à lutter contre le cours des choses. Pour ma part, je regrette médiocrement d'avoir dispersé mes efforts et disséminé mes rares écrits et je me félicite que le rapport naturel des sujets que j'ai traités me permette de les réunir, et d'en former, sinon un ensemble, du moins une série dont les anneaux peuvent facilement se rattacher les uns aux autres.»
Le _Cours de littérature_ n'a qu'une année d'existence, et il est déjà à sa troisième édition. Un pareil fait n'en dit-il pas plus que tous les éloges? Composé tout exprès pour remplir un programme de l'Université, ce nouvel ouvrage de M Gérusez ne sera pas moins utile aux gens du monde qu'à la jeunesse des écoles, car on y trouve non-seulement les théories générales de la poésie, de l'éloquence et de la rhétorique, mais une histoire complète, bien qu'abrégée, de ces trois branches principales de la littérature dans l'antiquité grecque et romaine, et en France, dans les temps modernes.
_L'Allemagne agricole industrielle et politique_ voyages faits en 1840, 1841 et 1843; par EMILE JACQUEMIN. 1 vol-in-8, de 430 pages.--Paris, 1843. _Librairie étrangère_. 7 fr. 50.
Ce nouvel ouvrage de l'auteur de _l'Agriculture de l'Allemagne_ se compose de onze chapitres consacrés à des sujets différents.--Dans le premier, M. Emile Jacquemin trace le tableau des progrès généraux qu'ont faits l'agriculture et l'industrie en Allemagne; le second traite des voies de communication, de la navigation à vapeur et des chemins de fer; le troisième passe en revue les richesses minérales; le quatrième s'occupe principalement des communes rurales, de l'instruction agricole, du morcellement des terres et des subhastations forcées. L'industrie minière et l'industrie vinicole forment les sujets des chapitres V et VI. Le chapitre VII a pour dire la question des bestiaux; le chapitre VIII renferme des détails intéressants sur le congrès annuel des économistes et des cultivateurs de l'Allemagne; le chapitre IX est consacré aux sucres; enfin, dans les deux derniers chapitres, M. Emile Jacquemin examine de nouveau les progrès agricoles de l'Allemagne, et il fait assister ses lecteurs aux séances du congrès des naturalistes et des médecins allemands, qui eut lieu à Fribourg en Brisgaw.
Si Emile Jacquemin ne se contente pas de nous révéler une foule de faits curieux et utiles. Ces prémisses posées, il en tire lui-même la conclusion; à la fin de chaque chapitre, il montre quels résultats certains doivent avoir pour la France, dans son opinion, les divers progrès agricoles ou industriels de l'Allemagne. Son intention n'est pas de proposer à ses compatriotes l'agriculture et l'industrie germaniques comme des modèles accomplis, mais il croit «qu'ils y trouveraient beaucoup à prendre, et qu'elles présente une ample moisson d'améliorations dignes d'être connues.»
_Les Rues de Paris_, Paris ancien et moderne, 358-1843. Origines, histoires, monuments, costumes, moeurs, chroniques et traditions. Ouvrage rédigé par l'élite de la littérature contemporaine, sous la direction de M. LOUIS LURINE; illustré de 300 dessins par les artistes les plus distingués, 60 livraisons à 50 centimes.--Paris, 1843. _Kugelmann_. (13 livraisons ont paru.)
Heureuse idée! heureux titre! et si et si beau livre continue comme il a commencé, nous y ajouterons bientôt: grand et légitime succès. Nous ne pouvons pas encore juger l'ensemble d'un ouvrage qui doit former gros volume in-8 et dont treize livraisons seulement ont paru, mais les fragments que nous avons sous les yeux méritent l'approbation. Jules Janin, Eugène Guinot, le Bibliophile Jacob, Roger de Beauvoir, Taxile Delort, Etienne, Arago, Eugène Brillaut, Albéric Second, ont écrit l'histoire de la place Royale, de la rue Laffite, de la Cité, de la rue de ta Harpe, de la rue Pierre-Lescot, de l'allée et de l'avenue de l'Observatoire, de la place de l'Hôtel-de-Ville, de la rue Notre-Dame-de-Lorette, et ces intéressantes et spirituelles monographies sont illustrées par Gavarni, Célestin Nanteuil, Daumier, Baron, Jules David, Français, etc.
«Le livre des _Rues de Paris_, a dit M. Louis Lurine dans son introduction, intitulée _A travers les Rues_, s'adresse à l'historien, par le récit des événements oubliés; au penseur, par les enseignements de l'histoire; au philosophe, par le souvenir du travail, de la lutte et du progrès; à l'artiste, par l'étude et la reproduction exacte des monuments; à l'antiquaire, par l'esquisse rétrospective des ruines et des reliques nationales; aux femmes, par la curiosité du roman et de la mode; à l'homme du monde, par le charme d'une science facile; à l'homme du peuple, par les chroniques et les traditions populaires; à l'étranger, au voyageur, par les indications les plus complètes et les plus magnifiques sur la cité moderne qu'il viendra voir.»
Ce sont là de bien belles et bien séduisantes promesses! Espérons, pour l'éditeur des _Rues de Paris_ et pour le public, qu'elles seront consciencieusement tenues.
_Étrusques_; poésies par _Philippe Busoni_. 1 vol. in-18.--Paris, 1843. _Paul Masgana_. 3 fr. 50.
Notre spirituel collaborateur, _le Courrier de Paris,_ a déjà annoncé la publication de ce charmant petit recueil de vers qui a pour titre _Étrusques_ et pour poète M. Philippe Busoni. _L'Illustration_ avait-il dit, y reviendra; c'était, en effet, son désir et son devoir; mais un modeste _bulletin_ bibliographique relégué à l'arrière-garde, en face de la page d'annonces, peut-il essayer de lutter d'esprit, de grâce et de gentillesse avec un puissant _Courrier_ qui, fier d'une réputation méritée, accapare chaque semaine la plus belle place du numéro? Oserait-il critiquer ce que seigneur et maître aurait pris la peine de louer? et qu'ajouterait-il aux éloges si mérités et si complets que contient la première colonne de la page 243 de ce volume? Il n'a qu'une chose à faire, c'est de citer un fragment des _Étrusques_--Il choisit donc une pièce intitulée _l'Amitié_, et dédiée à M. Hippolyte Rolie;
Elle va souriant et sans voile; avec grâce Elle tend une main qu'une autre main embrasse; La douce bienveillance éclate dans ses yeux; Elle est active et bonne en tous temps, en tous lieux; Elle nous a grondés comme gronde une mère ....................................................... Heureux, trois fois heureux l'homme sensible et fier, Se trouve son ami dans un âge de fer, S'il sait le coeur fidèle où déposer sa peine, Et qui, la partageant, ne l'éprouve pas vaine, Qui loin de vous se sent comme vous alarmé, Et dont le bonheur est d'aimer et d'être aimé!
Les _Étrusques_ sont remplis de nobles et grandes pensées, exprimées avec un rare bonheur dans un langage élégant et pur: c'est une véritable oeuvre d'art digne d'un succès aussi brillant que durable.
Modes