L'Illustration, No. 0015, 10 Juin 1843

Part 4

Chapter 43,561 wordsPublic domain

L'Académie propose, pour le concours de 1844, _l'éloge de Dante Alighieri_ A l'oeuvre donc, prosateurs et poètes taillez vos plumes et grattez-vous le front. Animez-vous au souvenir des hommes célèbres qui ont conquis à diverses époques, les fleurs rémunératrices; Ronsard, Baif, Maynard, le président Hainault, La Monnoye, La Motte Houdard, Fayard, Marmontel, Mallevoye, Chenedullé, Mollevant, d'Avrigny, Victor Hugo!

Quel concours a de plus favorables conditions? Point de sujets donnés, sauf ceux du discours en prose et de l'hymne; rien qui gêne l'élan poétique, rien qui entrave l'essor de la pensée: il faudrait avoir l'imagination bien stérile pour ne pas risquer au moins une ode à cette glorieuse loterie des Jeux floraux.

Les plaisirs des Champs-Elysées.

I.

Dans quelle catégorie les rangerons-nous? Les plaisirs des Champs-Elysées sont-ils forains, champêtres ou urbains? N'aperçois-je point les pénates roulants des directeurs de phénomènes? Polichinelle ne dresse-t-il point son théâtre nomade entre un Hercule du nord et un lion de Némée, bête farouche qui a laissé les poils de sa crinière aux mains des gamins de nos quatre-vingt-six département? Décidément nous sommes dans une foire. Mais non, regardez là-bas ces joueurs de boules et de mail, et, plus loin, cet individu étendu sur l'herbe fraîche à la manière de Corydon, et cet autre, qui parcourt lentement les longues allées, un volume de vers à la main. Les boules, le mail, un sommeil sur l'herbe, la lecture sous les arbres verts, tout cela ne fait-il pas naître dans l'imagination des idées champêtres et bucoliques? On se croirait à vingt lieues de Paris, si tout à coup le passage d'un omnibus ou d'une brillante calèche, le bruit de la foule devant la porte d'un théâtre, la présence des sergents de ville et des gardes municipaux ne vous tirait brusquement de votre erreur. Foire bruyante, retraite silencieuse, rendez-vous du monde élégant, les Champs-Elysées sont tout cela à la fois. Ou y trouve tout, même la solitude. Il y a là de quoi défrayer tous les âges, tous les états, tous les goûts, l'enfance, la jeunesse, l'âge mur, la vieillesse; l'artisan, l'homme de lettres, fashionable s'y rencontrent à la fois. Là, viennent se résumer les mille variétes de l'existence parisienne; là, s'étalent les notabilités, les excentricités, les prodiges, les phénomènes de tous les pays. Nous avons vu passer tour à tour sur la chaussée, espèce de voie romaine qui mène à l'Arc-de-Triomphe, des Chinois, des Persans, des Arabes, et jusque des naturels des Sandwich. Le monde entier traverse perpétuellement au trot ou au galop cette longue avenue de Paris. Dites-moi ce qu'on ne fait pas et ce qu'on ne voit pas aux Champs-Elysées? On y mange, on y joue, on y danse, on y dort. On y voit Moscou en flammes, des chevaux qui valsent, des chiens qui font tourner le roi à l'écarté, des géants et des nains, et mille autres choses encore dont l'éloquence et les poumons de Bilboquet pourraient seuls entreprendre la nomenclature.

Il n'est personne qui n'éprouve de temps en temps le besoin de redevenir enfant. Souvent les longs voyages de la pensée ramènent l'homme, de circuits en circuits, parmi la verdure et les fleurs des impressions premières. On cherche à ressaisir le rêve évanoui de l'enfance. Comme le bon Pérégrinus, du conte d'Hoffmann, il est inutile d'attendre la veille de la Noël pour satisfaire ce désir. N'achetez pas des bonbons et des joujoux, n'allumez pas vos bougies, ne vous enfermez point dans votre salon, ne jouissez pas dans la solitude de ces plaisirs rétrospectifs, mais prenez le chemin des Champs-Elysées, vous y retrouverez toutes les émotions enfantines de votre printemps. Choisissez pour accomplir ce pèlerinage une de ces belles journées d'été pendant lesquelles le crépuscule, en se prolongeant, fait pour ainsi dire un jour nouveau dans le jour; mêlez-tons à tous les jeux, arrêtez-vous devant tous les spectacles, écoutez la parade de Pierrot et la chanson du troubadour nomade, achetez pour un sou votre avenir renfermé dans une coquille de noix, et vous redeviendrez enfant pendant quelques heures. Le souvenir rajeunit.

Je suppose que votre première station sera pour Polichinelle: à tout seigneur tout honneur. Hélas! s'il faut en croire un de ses plus grands admirateurs, Polichinelle, qui avait déjà de si grands défauts, est allé en empirant: aujourd'hui il fait parade de sa violence comme d'une vertu, il est devenu l'effroi de ses voisins, il a tué les gardiens de la paix publique, les soldats, les magistrats, les juges, et bien plus que cela, les femmes et les enfants! M. Polichinelle a porté ses défis jusqu'au diable qui l'inspirait, mais qui savait le punir, et dont il ne reconnaît plus le pouvoir. Polichinelle est odieux!

Qui oserait regarder Polichinelle, après avoir appris que c'est son Plutarque, son ami, Charles Nodier enfin, qui a fulminé contre lui cet anathème?

Il faut donc reporter votre esprit et vos yeux sur des idées et des spectacles plus riants. Entre deux rangs de chaises, s'avance une calèche en miniature traînée par des chèvres; le capricieux animal a subi enfin le joug de l'homme. Ces chèvres indociles que Virgile aimait tant à voir pendantes, _pendentes_ au sommet des roches moussues, posent maintenant un pied réglé sur le sable lin des allées. Une petite fille blanche et rose s'étale comme une duchesse sur les coussins de la voiture; sur le siège, son frère, armé d'un long fouet, tient les rênes et fait semblant de guider le fringant attelage. L'automédon de dix ans n'ose tourner son regard ni à droite ni à gauche, tant il comprend la gravité et les périls de sa mission. Les deux amalthées cheminent cependant paisiblement, et se résignent à leur abaissement en songeant qu'en amusant des enfants elles sont encore dans leur rôle de nourrices. L'équipage enfantin attire à lui toutes les sympathies. Involontairement on se souvient de cet autre enfant, qui se promenait ainsi, ses beaux cheveux blonds dénoués, sur la terrasse des Tuileries, souriant à la foule, et saluant les vieux grenadiers de son père qui lui portaient les armes. L'idée du roi de Rome est liée à celle de ces voitures qui furent inventées pour lui. Les deux chèvres marchent ordinairement au pas, mais quelquefois, à un coup de fouet intempestif du jeune cocher, elles se lâchent, s'emportent, et se mettent à cabrioler au milieu de la promenade. Il faut alors entendre les cris des mères épouvantées! Heureusement le danger n'est jamais considérable; le loueur retient d'une main son attelage par les cornes, de l'autre il soutient la calèche qui commence à loucher, et les enfants descendent, après avoir subi toutes les péripéties d'une chute qui n'a pas eu lieu; les mères se remettent de leurs émotions, et le public, qui a fait tout de suite cercle autour de l'accident, se retire après s'être donné gratis la distraction de voir des chèvres prendre le mors aux dents.

Seuls les enfants du riche peuvent se permettre cette distraction à tant l'heure; les autres enfants contemplent de loin la calèche coquette ou la suivent d'un pas envieux. Que ne donneraient-ils pas, eux aussi, pour s'asseoir sur ces coussins de soie! Quel que soit votre désir de redevenir enfant, il n'est pas probable que vous le poussiez jusqu'à vouloir vous donner le plaisir de la locomotion par les chèvres. Ce plaisir que vous n'osez prendre, procurez-le à un de ces pauvres enfants dont le coeur palpite rien qu'en entendant sonner les grelots qui pendent au cou des chèvres Plus tard, il se souviendra qu'il a eu aussi son jour de fortune, qu'il a guidé des chevaux et roulé carrosse à son tour.

Mais tous les plaisirs des Champs-Elysées ne sont pas destinés à l'enfance, il en est qui peuvent piquer la curiosité de l'âge mur. Voici d'abord le dynamomètre, invention toute philanthropique, au moyen de laquelle l'homme peut faire l'essai de ses forces de la façon la plus pacifique, un simple coup de poing, appliqué sur un plastron rembourré, devient le témoignage irrécusable de votre vigueur ou de votre faiblesse. Le dynamomètre a pris naissance à Tivoli. Dans les premières années qui suivirent 1820, les femmes récemment émancipées par les romans à la mode, recherchaient toutes les occasions de déployer les qualités qui appartiennent à un autre sexe. Le dynamomètre, sans cesse entouré d'athlètes féminins, répondait continuellement par zéro à tous ces efforts qui n'aboutissaient qu'à rompre la couture fragile de quelques gants parfumés. Aujourd'hui les femmes semblent avoir compris que le pugilat n'est point de leur domaine, s'il faut s'en fier à l'état d'abandon dans lequel elles laissent le dynamomètre des Champs-Elysées, qui n'attire plus que les coups de poing distraits des rares amateurs de cette boxe innocente.

Si vous vous êtes livré par hasard aux fatigues de cette gymnastique, asseyez-vous sur ce fauteuil surmonté d'un dais, et placé sur une estrade comme un trône oriental. Tout en goûtant les douceurs du repos, vous mettrez en pratique la maxime du sage; _Connais-toi toi-même._ Tout à l'heure vous vous rendiez compte de votre force, maintenant vous allez connaître votre poids. Le fauteuil sur lequel vous êtes assis est une balance. D'une semaine, d'un mois, d'une année à l'autre, vous pouvez mesurer les progrès de votre maigreur ou de votre embonpoint, et par suite mobilier votre régime. Cette consultation hygiénique coûte cinq centimes, et elle en vaut bien une autre.

Maintenant la science nous réclame. Les secrets de la physique vont nous être dévoilés par un profiteur en plein vent. Les auditeurs sont nombreux, les appareils déployés sur une grande table. La machine électrique fonctionne; pour un sou on se fait électriser, on assiste à la formation de la foudre, les phénomènes de l'électricité n'ont plus de secret pour personne, la bouteille de Leyde éclate pour tout le monde. Qui voudrait pour la bagatelle de cinq centimes refuser de se donner l'innocente frayeur de l'étincelle électrique? Ce cours de physique ambulant est aussi suivi que ceux de la Sorbonne et du Collège de France. Tout ce qui est mystérieux intéresse vivement les masses; aussi la physique serait-elle sans rivale dans l'empressement de la foule, si la musique n'existait pas.

Autrefois les chanteurs nomades pullulaient, pour ainsi dire, dans Paris; pas de rue, pas de place publique, pas de carrefour qui ne retentit des accents de ces bohémiens de l'art. La poésie populaire avait en eux d'infatigables interprètes. Malheureusement ils ne se sont pas contentés de chanter les refrains inspirés par la muse familière, ils ont voulu aborder la cavatine, le nocturne, la romance et même le _lied_. Leur ambition les a perdus. Chassés des cafés, des restaurants, sous prétexte qu'ils offensaient l'oreille délicate des habitués, à peine si les lointains établissements du faubourg Saint-Jacques et du quartier latin leur offrent encore de temps en temps une hospitalité humiliante et pleine de périls. Nulle part ils ne sont reçus, les malheureux ne sont que tolérés; de n'est plus avec l'audace triomphante des anciens jours qu'ils se présentent avec leur guitare fêlée et leur redingote en lambeaux. Leur air est modeste, et leur allure timide. Ils ne chantent pas, ils fredonnent.

Pauvres chanteurs ambulants, rapsodes du pauvre, chaque jour voit disparaître une de vos illustrations. Ce n'est pas l'âge, ce n'est pas la misère, ce n'est pas l'indifférence populaire qui cause votre perte, c'est l'avidité barbare de ceux qui exploitent les oeuvres de la pensée. Il y a un au à peine nous avons vu traîner sur les bancs de la police correctionnelle ce doyen des chanteurs en plein vent, ce représentant de la gaie science, ce troubadour en haillons, ce fameux musicien qui, tour à tour basse ou baryton, ténor grave ou doux, a charmé les échos de tous les carrefours, de toutes les barrières, de tous les villages, de tous les hameaux, ce père Aubert enfin dont la réputation est universelle. Quel crime, direz-vous, avait donc pu commettre le père Aubert?

Sa voix chevrotante l'aurait-elle trahi? l'obole du peuple aurait-elle cessé de remplir son escarcelle? Chaste poésie, voile ta face, muse, remonte au cieux! Le père Aubert aurait-il mendié?

Rassurez-vous le père Aubert n'est ni un mendiant ni un vagabond. Ou l'accuse d'avoir violé les lois sur la propriété littéraire.

Les éditeurs patentés prétendent qu'en vendant leurs chansons aux ouvriers, aux bonnes d'enfants, aux paysans, aux grisettes, le père Aubert nuit essentiellement à la vente, et leur avocat conclut à 500 francs de domages-intérêts contre le délinquant. Où diable le père Aubert aurait-il pu prendre 500 francs?

Le tribunal a eu pitié de la musique nomade. Euterpe n'a été condamnée qu'à 25 francs d'amende. Le père Aubert laissera plus d'une brillante recette aux buissons du fisc, si le fisc parvient jamais à l'attraper: car qui pourrait dire où est le père Albert? Peut-être chante-t-il la _Marseillaise_ dans les villages des frontières, peut-être dort-il au bord de quelque fossé du sommeil du juste et du ménestrel, ou bien encore charme-t-il de la Champagne avec les refrains de la grâce de Dieu. Ses petits cahiers se vendent à foison, les sous pleuvent autour de lui. Père Aubert, vous êtes heureux, vous recommencez la ritournelle, vous mettez une chanterelle neuve à votre violon, tremblez, malheureux troubadour, un huissier vous guette et va saisir votre recette parce que vous vous êtes permis de chanter _Cinq sous! cinq sous!_ sans la permission d'un éditeur.

Cette jurisprudence éloigne de Paris tous les chanteurs ambulants. Ils ne veulent pas s'exposer aux dangers de faire la contrebande lyrique. Voilà donc une nouvelle puissance qu'on enlève au peuple. Chassé des théâtres par la cherté des places il avait les chanteurs nomades, les trouvères de l'atelier, on les lui enlève; il ne lui reste plus que les joueurs d'orgue. Nous nous attendons un de ces jours à voir une coalition d'éditeurs réclamer 1000 francs de dommages-intérêts à des montreurs de singes sous prétexte qu'il font voir leurs animaux sur des airs de Meyerbeer ou de Loïsa Pujet.

En attendant cette recrudescence de persécution, la musique instrumentale triomphe. Le violon, la basse, la clarinette, retentissent aux Champs-Elysées, bien plus que la voix humaine. L'orchestre a tué les choeurs. C'est à peine si de loin en loin on entend une basse ou un soprano modulant _le feu de Tolède_ ou _Adieu, mon beau navire_. Plus de sûreté d'intonation, plus d'audace dans les fioritures, plus de liberté dans le point d'orgue. Et comment le virtuose pourrait-il donner un libre essor à ses inspirations, quand il lui faut tendre l'oreille, non pas à la mesure, mais au pas d'un huissier qui les guette au milieu de leurs roulades, et attend le moment de les surprendre en flagrant délit de contrefaçon?

Cette première excursion aux Champs-Elysées ne serait pas complète si nous ne jetions un rapide coup d'oeil sur la gastronomie locale. Nous ne parlerons pas des pommes de terre frites dont la renommée est reconnue dans le monde entier, nous laisserons les détails de côté, ce sujet nous entraînerait trop loin. Entrons dans le restaurant Ledoyen, non point pour y commenter la carte, mais pour y évoquer les souvenirs de notre histoire. Nous sommes dans un restaurant politique. C'est ici que tous les ministères tombés viennent oublier leur chute le verre à la main Nous ne savons ce qui a valu à Ledoyen l'insigne et difficile honneur de consoler les estomacs déchus du ministère. Que de secrets renfermés dans ce cabinet particulier, qui a vu passer tour à tour MM. de Villèle, de Martignac, Molé, Thiers, et bien d'autres encore dont le nom n'est pas moins illustre! Que de confidences échangées entre la poire et le fromage! Que de fois les ministres déchus auraient pu en sortant de chez Ledoyen se donner le plaisir de commander la carte de leurs successeurs!

La nuit est venue. Renvoyez votre promenade à demain, à moins que vous ne préfériez courir la bague ou tourbillonner en carrousel, si vous êtes assez heureux pour que les révélations de la balance publique ne vous aient point interdit ces jeux.

Académie des sciences

COMPTE-RENDU DES TRAVAUX DU PREMIER TRIMESTRE DE 1843.

(Suite.--Voir page 217.)

II.--Zoologie.

_Animaux phosphorescents_.--M. de Quatrefages a continué ses recherches sur l'anatomie des animaux inférieurs qui habit eut les côtes de la France. Ses études sur la phosphorescence de quelques-uns d'entre eux l'ont conduit aux conclurions suivantes: 1º Il y a chez ces animaux production de lumière sous forme d'étincelles dans l'intérieur du corps à l'abri du contait de l'air; 2º cette production de lumière est indépendante de toute sécrétion matérielle; 3º elle se rapproche sous ce point de vue de la sécrétion de lumière observée chez plusieurs poissons; 4º cette lumière se montre uniquement dans le tissu musculaire et au moment de la contraction; 5º la production de cette lumière épuise rapidement l'animal. Ces observations sont intéressantes en ce qu'elles tendent à lier deux ordres de phénomènes dont l'analogie n'avait été qu'entrevue auparavant: savoir la phosphorescence et l'électricité animales.

_Foie des insectes._-M. L. Dufour, l'un des plus habiles entomologistes dont s'honore la France, a fait une étude approfondie de la structure et des fonctions du foie dans les insectes. On avait cru que dans ces animaux cet organe sécrétait à la fois la bile et l'urine; mais il a prouvé qu'on s'était laissé abuser par des apparences, et que dans ces animaux comme dans l'homme le foie sécrète seulement de la bile. Ces recherches sont d'autant plus intéressantes que les fonctions du foie étant encore mal connues, ou s'était élevé de cette double fonction chez les insectes pour établir entre la sécrétion de la bile et celle de l'urine une analogie qui n'exista pas.

_Lézard d'Afrique._-H. Guyon a découvert à Alger l'animal connu des Romains sous le nom de _Jaculus_ et à la côte Barbaresque sous celui de Zureig, qui exprime la même idée. Cet animal avait été entrevu par Desfontaines, qui raconte qu'il le vit courir avec une rapidité telle qu'il ne put s'en faire une image exacte; il le prit pour un serpent. M. Guyon vient de constater qu'il appartient à l'ordre des sauriens (lézards), et au genre _seps_. Sa course est d'une rapidité dont rien ne saurait donner l'idée.

III.--MÉTÉOROLOGIE.

_Incendies allumés par des aréolithes_.--Lorsque des granges ou des meules de blé sont consumées par le feu, il arrive quelquefois que les recherches les plus minutieuses ne peuvent faire découvrir l'origine de l'incendie, que l'on attribue en général à la malveillance. Le juge de paix de Moutierender a remarqué que ces incendies commençaient toujours dans les combles et les bâtiments où il n'y a point de foyer. En comparant les circonstances qui ont accompagné quatre incendies dans le voisinage du lieu qu'il habile, ce magistrat fait voir que les incendies ont été accompagnés ou précédés de chutes de globes de feu, qui ne sont rien autre chose que des aréolithes, ou étoiles filantes en ignition. Ainsi, le 18 novembre 1842, à onze heures du soir, une jeune fille entrant dans sa chambre, ayant jour sur un jardin clos, vit une forte lueur passer et frapper les vitres de sa fenêtre. Elle pensa que quelqu'un traversait le jardin, portant un falot ou une chandelle allumée; ayant ouvert la fenêtre, elle ne vit plus rien et n'entendit personne. Le lendemain à deux heures du matin, le grenier de cette chambre et ceux de quatre maisons étaient enflammés avant qu'aucun secours eût pu être porté. Dans les premiers jours de décembre, entre cinq et six heures du matin, on vit un globe lumineux jetant une si grande lumière que plusieurs personnes sortirent de la maison. Suivant le rapport de plusieurs individus, ce globe alla descendre dans une forêt. L'auteur de la lettre cite encore d'autres exemples qui ne sont pas moins probables. M. Arago accepte pleinement cette explication, qui doit être connue des magistrats, afin que on ne cherche pas de coupable là où il n'y en a point.

IV.--SCIENCES PHYSIQUES ET CHIMIQUES.

_Nouvel acide du soufre._--La découverte de ce composé est la plus intéressante dont l'Académie ait eu à s'occuper. MM. Furdos et Gélis, en examinant avec soin l'action de l'iode sur les hyposulfites et plus particulièrement sur ceux de soude et de baryte, ont reconnu ce nouvel acide, qui peut être appelé acide hyposulfurique bisulfuré. Il est incolore et sans odeur, d'une saveur acide très prononcée, il n'a que peu de stabilité, et même, à la température ordinaire, ses éléments subissent peu à peu une dissociation de laquelle résulte du soufre, de l'acide sulfureux et de l'acide sulfurique. La série des combinaisons oxygénées du soufre, à laquelle M. Langlois a ajouté, il y a deux ans, l'acide hyposulfurique, vient donc de s'accroître d'un nouveau composé qui est aujourd'hui le sixième connu. Le rapport de M. Pelouze, sur le travail de MM. Fordos et Gélis, a été très favorable: «L'Académie, a-t-il dit, voudra encourager les efforts de deux jeunes chimistes qui, dans une position modeste, cultivent les sciences avec tant d'ardeur et de succès.»

_Chimie moléculaire_-M. Pelouze avait lu un mémoire sur l'acide hypochloreux, suivi de quelques observations sur les mêmes corps considérés à l'état amorphe et à l'état cristallisé. Cet académicien avait conclu de ses expériences qu'il était important d'établir une distinction, même au point de vue purement chimique, entre des corps qui ne diffèrent que par un état particulier d'agrégation, tels que l'oxyde de mercure précipité d'une dissolution mercurielle, et l'oxyde obtenu par la calcination du nitrate, ou encore la craie et le spath d'Islande. M. Gay-Lussac, «tout en s'associant pleinement aux éloges que mérite la première partie du mémoire de M. Pelouze,» a critiqué les conclusions de la seconde partie. Il a donné le détail de nouvelles expériences desquelles il semble bien résulter que l'on ne saurait voir dans la différence d'action du chlore, sur les deux oxydes de mercure, autre chose que l'effet d'une cause purement mécanique. Il a rappelé aussi que MM. Dumas et Stas ont fait brûler le diamant dans l'oxygène plus facilement que l'anthracite et aussi bien que le carbone ordinaire.