L'Illustration, No. 0014, 3 Juin 1843
Part 5
«L'analyse de la farine des céréales, disent ces auteurs, nous apprend à y reconnaître; 1º l'albumine; 2º la librine; 3º la caséine; 4º la glutine; 5º des matières grasses; 6º de l'amidon, de la dextrine et du glucose ou sucre.
«Nous regardons comme démontré que tout aliment des animaux renferme sinon les quatre premières substances, c'est-à-dire les matières azotées neutres, du moins quelques-unes d'entre elles.
«Nous admettons que dans les cas où l'amidon, la dextrine et le sucre disparaissent de l'aliment, ils sont remplacés par des matières grasses, comme cela se voit dans l'alimentation des carnivores.
«Nous voyons enfin que l'association des matières azotées neutres avec les matières grasses et les matières sucrées ou féculentes constitue la presque totalité des aliments des animaux herbivores.
«Ne ressort-il pas de là ces deux principes fondamentaux de l'alimentation:
«1º Que les matières azotées neutres de l'organisation sont un élément indispensable de l'alimentation des animaux;
«2 Qu'au contraire les animaux peuvent, jusqu'à un certain point, se passer de matières grasses; qu'ils peuvent se passer absolument de matières féculentes ou sucrées, mais à la condition que les graisses seront remplacées par des quantités proportionnelles de fécules ou de sucres et réciproquement.»
Enfin, le 13 février dernier, M. Payen lut en son nom et en celui de MM. Dumas et Boussingault un Mémoire du plus haut intérêt, intitulé; _Recherches sur l'engraissement des bestiaux et la formation du lait_. Ce mémoire contient les propositions suivantes:
Les matières grasses ne se forment que dans les plantes; elles passent toutes formées dans les animaux, et là peuvent se brûler immédiatement pour développer la chaleur dont l'animal a besoin, ou se fixer plus ou moins modifiées dans les tissus pour servir de réserve à la respiration.
Les animaux carnivores contiennent des matières grasses, et ils n'en rejettent par aucune de leurs excrétions. C'est dans ces animaux, par conséquent, qu'il est facile de reconnaître d'où viennent ces matières et comment elles disparaissent.
Chez les chiens, le chyle qui se forme sous l'influence d'une alimentation riche en fécule ou en sucre, celui qui provient de la digestion de la viande maigre, sont également pauvres en globules, translucides, et n'abandonnent que peu de chose à l'éther.
On observe des caractères tout opposés dans le chyle résultant de la digestion d'aliments gras.
Les substances grasses de nos aliments passent donc, sans altération profonde, dans le chyle et de là dans le sang.
La matière grasse toute faite est donc le principal, sinon le seul produit à l'aide duquel les animaux puissent régénérer la substance adipeuse de leurs organes, ou fournir le beurre de leur lait.
Pour les herbivores, l'origine de la graisse n'est pas aussi facile à déterminer que pour les carnivores. Trouve-t-on dans les plantes assez de matière grasse pour expliquer à son aide l'engraissement du bétail et la formation du lait, ou faut-il, avec Hubert et M. Liebig, admettre que les graisses animales sont les produits de certaines transformations du sucre ou de l'amidon des aliments?
Cette dernière opinion se trouve appuyée par des observations de M. Dumas, et se fonde d'ailleurs sur des principes très admissibles en chimie; toutefois, les auteurs du Mémoire que nous analysons adoptent une opinion contraire.
Suivant eux, c'est dans ses aliments que le boeuf à l'engrais trouve toute faite la graisse qu'il s'assimile, que la vache trouve le beurre de son lait.
Dans leur opinion, les matières grasses se formeraient principalement dans les feuilles des plantes, et elles y affecteraient souvent la forme et les propriétés des matières cireuses. En passant dans le corps des herbivores, ces matières, forcées de subir dans leur sang l'influence de l'oxygène, y éprouveraient un commencement d'oxydation, d'où il résulterait l'acide stéarique ou oléique qu'on rencontre dans le suif. En subissant une seconde élaboration dans les carnivores, ces mêmes matières oxydées de nouveau produiraient l'acide margarique qui caractérise leur graisse. Enfin, par une oxydation plus avancée, ces divers principes pourraient produire les acides gras volatils du sang et de la sueur, et, par une combustion complète, se changeraient en acide carbonique, et seraient éliminés de l'économie.
En des points sur lesquels s'appuyait M. Liebig pour attribuer aux fécules et aux sucres l'origine des matières grasses, c'était l'analyse faite par lui de substances végétales comme le maïs, par exemple, qui, suivant le célèbre professeur de Giessen, ne renfermerait pas un millième de graisse ou de matières semblables.
De nouvelles analyses faites par MM. Payen, Dumas et Boussingault ont fait reconnaître dans le maïs 7, 5 à 9 pour 100 de matières grasses; dans le foin sec, 2 pour 100 (Mémoire du 13 février); dans la paille d'avoine, 5 pour cent; dans la luzerne, 3, 5 pour 100, et dans le son, 5 pour 100 de ces matières liquides ou solides.
D'expériences longues et faites avec soin il résulte que, pour produire une quantité de beurre qui s'élève 67 kilog., une vache mange une quantité de foin qui renferme au moins 69 kilog., et probablement 70 kilog., ou même plus encore de matières grasses» c'est-à-dire que la vache extrait de ses aliments presque toute la matière grasse qu'elle y trouve pour la convertir en beurre.
De plus, la vache prend encore à ses aliments les matières azotées neutres qu'ils contiennent et les converti! en lait, tandis que le boeuf n'en assimile qu'une partie; d'où l'on peut conclure que, sous le rapport économique, la vache laitière mérite la préférence, s'il s'agit de transformer un pâturage en produits utiles à l'homme.
D'autres expériences ont prouvé: 1º que la pomme de terre, la betterave et la carotte n'engraissent que quand on les associe à des produits renfermant des corps gras, comme les pailles, les graines des céréales, etc.; 2º qu'à poids égal, le gluten mêlé de fécule et la viande riche en graisse produisent un engraissement qui, pour le porc, diffère dans le rapport de 1 à 2.
Aux propositions émises dans ce Mémoire M. Liebig fit l'objection suivante (séance du 6 mars):
On a dit qu'une vache trouvait dans ses aliments la matière grasse de son beurre; mais on n'a pas parlé de ses excréments, qui contiennent une quantité de graisse presque égale à celle des aliments. Si en six jours une vache reçoit dans sa nourriture 736 grammes de graisse, et qu'elle en rende dans ses excréments 717 g. 56, d'où proviennent les 3 k. 116 g. de beurre qu'elle produit dans ce même espace de temps?
M. Magendre crut devoir ajouter à cette objection de M. Liebig que ses propres observations comme membre de la commission chargée d'expériences pour l'alimentation des chevaux de l'armée l'avaient conduit, ainsi que ses collègues, à des résultats analogues à ceux du professeur de Giessen.
M, Dumas, opposant à l'objection de M. Liebig une argumentation habile, établit que ce professeur a raisonné d'après des faits observés, non sur un même animal, mais sur des animaux différents, de manière à présenter, non pas une expérience, mais l'hypothèse suivante: Si l'on suppose qu'une vache qui a mangé un foin très pauvre en matière grasse ait donné beaucoup de lait très riche en beurre et produit beaucoup d'excréments très riches en matière grasse, ne deviendra-t-il pas bien vraisemblable que la graisse des aliments ne produit pas le beurre?
M. Dumas ajoute que ce n'est plus 2 pour 100 de graisse qu'il faut compter dans le foin, mais bien 4 ou 5 pour 100, ainsi qu'il résulte de nouvelles expériences qui sont venues fortifier encore l'opinion émise par les chimistes français et par Tiedemann et Gemelin.
Dans la séance du 6 mars et flans celle du 13, MM. Payen et Boussingault ont démontré que les résultats obtenus par la commission citée par M. Magendre avaient une signification précisément contraire à celle qui était restée dans les souvenirs de l'honorable académicien.
M. Liebig, dans une note adressée à l'Académie, et lue à la séance du 3 avril, a repris la discussion avec une énergie nouvelle. Le chimiste allemand semble piqué au vif des arguments quelque peu ironiques du professeur français, et il cherche à lui rendre la pareille en termes qui seraient fort amers s'ils étaient justes.
M Dumas fait remarquer qu'au point où cette discussion est amenée, il faut s'en rapporter aux faits, et laisser de côté les raisonnements; c'est nue question d'agriculture pratique, et qui ne peut être résolue définitivement que par des expériences bien combinées.
L'honorable président de l'Académie réfute ensuite, avec beaucoup de dignité et de la manière la plus claire, les insinuations de M. Liebig, et, arrivant à la partir de sa lettre où ce chimiste assure avoir fait une expérience réelle sur la production du lait, il déclare qu'en présence de cette affirmation il croit devoir se borner à dire que, si l'expérience de M Liebig est réelle, elle est en pleine contradiction avec celle qui a servi de contrôle aux vues des chimistes de Paris.
Après quelques explications données par M. Boussingault, pour établir qu'on ne peut tirer de ses anciennes recherches aucune conclusion qui soit applicable à la question actuelle, M. Dumas, répondant à M. Ray-Lussac, qui est chargé de la défense de M. Liebig, rappelle que ce dernier a fait parvenir à Paris, sur la question dont il s'agit, un article en allemand, une lettre le 6 mars, enfin sa lettre de ce jour; et, citant une traduction textuelle de l'article en allemand, M. Dumas termine en démontrant que, d'après l'identité des nombres que renferme cet article avec ceux qui résultent des expériences de M. Boussingault et ceux des lettres de M. Liebig, on devait conclure qu'il n'y avait pas eu de nouvelle expérience jusqu'à ce que M. Liebig eût assuré le contraire.
Dans cette même séance M. Dumas présente, de là part de M. Lewy de Copenhague, une _Note sur la cire des abeilles_. Ce jeune médecin y prouve que la potasse concentrée et bouillante dissout la cire et la transforme en acides gras, contrairement à l'opinion reçue et soutenue notamment par M. Liebig, qui, reconnaissant que les matières grasses des végétaux se rapprochent de la cire, se refuse à admettre qu'une matière grasse non saponifiable comme la cire puisse, sous l'influence de l'organisme, se transformer en acides stéarique et margarique. M Lewy conclut de ses expériences qu'il n'y a entre les principes de la cire et ceux des corps gras ordinaires d'autre différence que celle qui résulte d'une oxydation plus ou moins avancée.
Enfin, dans la séance du 17 avril. M. Payen, qu'une indisposition avait forcé à s'absenter le 3, oppose des faits positifs à quelques assertions de M. Liebig. Ainsi, cet habile chimiste a dit que la chair des carnivores, qui sont de tous les animaux ceux qui mangent le plus de graisse, ne contient pas de graisse et n'est pas propre à l'alimentation; et pourtant ce sont des carnassiers, les baleines, cachalots, phoques, etc., qui accumulent et nous fournissent les plus énormes masses de graisse. Les chats contiennent souvent des proportions considérables de graisse, et sont au moins aussi gras que les lapins, etc. M. Payen termine en disant qu'il n'existe probablement pas de graines de monocotylés ou de dicotylés, pas une spore de champignon, pas une sporule microscopique de cryptogame, qui ne renferme en quantité notable des matières grasses.
Cette immense question est loin d'être éclairée complètement. Quoique en lisant les Mémoires des chimistes français, on se sente entraîné vers leur opinion par la manière claire et logique dont elle est exposée et par les expériences nombreuses qui en sont la base; quoiqu'on souhaite vivement que de nouveaux travaux viennent sanctionner cette loi posée par un esprit essentiellement juste et grand dans ses vues, cependant on reste encore en suspens; M. Liebig n'est pas homme à abandonner si facilement le terrain, et l'on attend que de nouvelles preuves amènent la conviction.
_Recherches sur la quantité d'acide carbonique exhalée par le poumon de l'espèce humaine_. Tel est le titre d'un Mémoire lu par MM. Andral et Gavarret. Des expériences faites par ces auteurs il résulte:
Que la quantité d'acide carbonique exhalée par le poumon dans un temps donné? varie en raison de l'âge, du sexe et de la constitution des sujets.
Chez l'homme, la quantité d'acide carbonique exhalée va croissant de huit à trente ans, puis décroît à partir de cet âge, et surtout après quarante ans. Cette quantité va de 5 grammes 12 g. 2 de carbone par heure de huit à trente ans, et de 10 g. 1 à 5 g. 8 de quarante à cent deux ans.
Chez la femme, la quantité d'acide carbonique exhalée va en croissant jusqu'à la puberté, puis s'arrête au moment où les menstrues s'établissent, et demeure au chiffre de 6 g. 1 de carbone pour une heure, comme chez les enfants, jusqu'à l'époque où les menstrues cessent; elle augmente alors pendant quelque temps, et parvient à 8 g. 1 de carbone, puis de nouveau décroît sous l'influence de l'âge.
La suppression des menstrues par maladie ou par grossesse amène aussi l'augmentation de la quantité d'acide carbonique exhalé par le poumon.
Enfin, dans les deux sexes, cette quantité est d'autant plus grande que la constitution est plus forte et le système musculaire plus développé.
M. Perry a présenté un Mémoire intéressant sur la part qu'on doit, suivant lui, accorder à la rate dans l'étiologie et la _thérapeutique des fièvres intermittentes_.
Plusieurs Mémoires de chirurgie et d'anatomie ont été lus par MM. Velpeau, Bégin, Hubert de Lamballe, Amussat et Leroy-d'Etiolles.
Ou croyait en avoir fini avec l'arsenic, mais point du tout; il a fallu que l'ancienne commission nommée vers l'époque d'un procès fameux s'occupât de nouveau de cette substance redoutable.
M. de Gasparin avait communiqué à l'Académie une note d'où résultait ce fait, que les moutons et les boeufs semblaient peu sensibles aux effets toxiques de l'arsenic, et que l'acide arsénieux à haute dose était, chez ces animaux, un moyen thérapeutique fort utile dans certaines affections de la poitrine.
La commission ne s'est pas encore prononcée; mais, au milieu des notes et des mémoires que cette communication a fait pleuvoir sur le bureau de l'Académie, un travail de MM. Plandin et Danger semble établir que l'acide arsénieux est très peu absorbé par la muqueuse des voies digestives chez les moutons; que ces animaux supportent généralement assez bien l'ingestion de cette substance, mais qu'elle est inévitablement funeste pour eux quand on l'introduit dans l'économie en la plaçant sous la peau.
Revue algérienne
PORT D'ALGER--COLONISATION DE L'ALGÉRIE.
_Port d'Alger_--Le port d'Alger est situé à l'ouest et à l'entrée d'une rade entièrement ouverte aux vents du large; il a été construit en 1530 par Khaïr-Eddin, frère de Barberousse. A 300 mètres en mer, existait un banc de roches, ou îlots, en arabe Al-Djézaïr, d'où Alger a pris son nom. Les Espagnols y avaient fait un fort; Khaïr-Eddin les en chassa, et réunit ces îlots à la ville par une jetée: c'est la jetée appelée Khaïr-Eddin Plus tard, on forma une petite darse de 3 hectares, au moyen d'un môle construit à l'extrémité sud de l'île, et lancé vers le sud à 150 mètres dans la mer. Ce môle, duquel dépend la conservation de la darse, était en 1830, époque de l'occupation d'Alger par l'armée française, dans un état de délabrement complet et de ruine imminente, malgré les travaux considérables des Turcs. C'était sur ce point qu'ils portaient toutes les ressources dont ils pouvaient disposer en esclaves et en argent; cependant l'ouvrage de chaque campagne était sans cesse détruit pendant la saison du gros temps. Il en fut de même des premiers travaux exécutés par les ingénieurs français, qui ne purent réussir à se rendre maîtres de la violence des flots, sur un point où ils ont des effets d'une puissance extraordinaire, qu'en recourant à des moyens de construction plus puissants que ceux qu'on avait employés jusqu'ici. Tandis que les blocs les plus forts employé dans la digue de Cherbourg ne pèsent pas plus de 5 à 6 mille kilogrammes, on entassa dans la jetée à Alger des blocs de 22 mille kilogrammes. Mais comme l'extraction et le transport de blocs aussi considérables eût été à peu près impossible, M. Poirel, Ingénieur, chargé en chef de la direction des travaux, eut l'heureuse idée de les fabriquer artificiellement, au moyen du béton, matière connue de tous les constructeurs, et qui a la propriété de durcir dans l'eau. Grâce à cette invention, le môle a pu être reconstruit tout entier à neuf, en quelques années, et avec une solidité désormais l'épreuve des plus grosses mers.
Le système généralement employé de nos jours pour la construction des jetées à la mer est celui que l'on connaît sous le nom de _jetées à pierres perdues_. Il était pratiqué chez les Romains, ainsi qu'on le voit par les restes du port de Civita-Vecchia. La dimension des matériaux employés à la composition de ces anciennes jetées est généralement de 3 mètres cubes au plus, encore sont-ils remués par la mer, et éprouvent-ils toujours quelque dérangement par les mouvements les plus violents des vagues. Il a été reconnu qu'à Alger un volume de 10 mètres cubes était nécessaire pour que le bloc fût immuable, et ceux que M. Poirel a fabriqués artificiellement en béton dépassent même ce volume.
Ces blocs sont faits de deux manières différentes: les uns se construisent dans l'eau, sur la place même qu'ils doivent occuper; les autres sont fabriqués à terre, pour être ensuite lancés à la mer.
Les premiers se font en immergeant du béton dans des caisses échouées sur l'emplacement des blocs. Ces caisses sont de grands sacs en toile goudronnée, dont les parois sont fortifiées par quatre panneaux en charpente, sur lesquels la toile est étendue et fixée. La masse de béton qui la remplit peut donc se mouler parfaitement sur le terrain» et se lier avec lui par les aspérités mêmes qu'il présente. Ces caisses-sacs sont préparées sur le chantier et lancées dans le port, d'où elles sont remorquées par des pontons, et amenées en flottant sur la place qu'elles doivent occuper. On les y fixe au moyen de petites caisses en bois, amarrées tout autour de la caisse-sac, et remplies de boulets. La caisse-sac une fois mise en place, on y établit une machine à couler, qui pose sur un échafaudage volant, communiquant avec la terre par un pont de service.
La deuxième espèce de blocs, qui se fait à terre, est fabriquée dans des caisses sans fond, formées de quatre panneaux à assemblage mobile. Cinq à six jours après le remplissage, on enlève ces panneaux, qui servent pour un autre bloc. Le béton, ainsi mis à nu, a acquis, au bout d'un mois ou deux au plus, suivant la saison, une consistance suffisante pour que le bloc puisse être lancé à la mer. Les blocs sont préparés sur des chariots qui roulent sur des chemins de fer. On emploie deux modes d'immersion: le premier, en faisant poser le bloc sur deux planches suiffées, et en donnant au chariot une légère inclinaison, qui suffit pour que le bloc glisse par son propre poids; dans le second mode d'immersion, le bloc, placé sur une cale inclinée, est d'abord descendu dans l'eau jusqu'à ce qu'il plonge d'un mètre à l'avant; dans cette position, il est saisi par une machine composée de deux flotteurs, entre lesquels il est symétriquement placé. Ces flotteurs le saisissent au moyen de chaînes passées en dessous du bloc, et le transportent en le maintenant sur l'eau, à l'instar des chameaux dont les Hollandais se servent pour alléger les vaisseaux et les faire passer sur les hauts-fonds.
Les travaux exécutés pour la consolidation de l'ancien môle, et les 150 métrés de nouvelle jetée construits jusqu'en 1812 avaient eu pour résultat d'augmenter un peu l'étendue du port d'Alger et d'ajouter beaucoup à la sécurité des navires. La rade d'Alger, comme on le voit sur la carte, forme à peu près un demi-cercle» ouvert du côté du nord. Son extrémité orientale se termine au cap Matifou; la ville d'Alger est presque à son extrémité occidentale. Ainsi la rade est garantie des vents d'ouest par le massif d'Alger; des vents du midi, par les hauteurs qui se rattachent à ce massif, et, plus loin, par le petit Allas; et, des vents d'est, par le promontoire qui finit au cap Matifou; mais elle reste ouverte à tous les rhumbs de vent qui viennent du nord, et qui sont d'autant plus dangereux qu'ils poussent les bâtiments à la côte. A l'est de la porte Bab-Azoun, extrémité méridionale de la ville, et à 300 mètres environ du rivage, est une roche, couverte de 2 mètres d'eau seulement, qu'on nomme la roche _Algefna_. A l'est de cet écueil en est un autre, couvert de 5 métrés d'eau, dit _Roche-Écueil_ ou _Écueil-sans-nom._
L'utilité de l'établissement d'un grand port à Alger, dans l'intérêt de la marine militaire comme de la marine marchande, et approprié aux besoins de l'une et de l'autre, a été unanimement reconnue par les partisans de l'occupation restreinte, aussi bien que par ceux de l'occupation étendue. Un bon port est, pour les uns, le principal, sinon le seul profit qu'on peut retirer de notre possession africaine; pour les autres, une condition indispensable du développement de notre puissance. Mais l'importance même de cet établissement maritime, l'étendue à lui donner, le temps et la dépense à consacrer à sa création, toutes ces graves questions à résoudre, expliquent les lenteurs qui ont fait ajourner jusqu'en 1812 l'adoption d'un plan définitif.
De nombreux projets ont été soumis à l'appréciation du gouvernement. Le plus ancien, qui remonte à 1835, est de M. de Montluisant, ingénier en chef, directeur des travaux hydrauliques à Toulon. D'autres ont été successivement présentés par MM. Rang, capitaine de corvette; Delassaux, capitaine de vaisseau; Lainé, contre-amiral; Poirel, ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées; Raffeneau de Lile, inspecteur général des Ponts-et-Chaussées, et Bernard, également général divisionnaire attaché à la marine.