L'Illustration, No. 0011, 13 Mai 1843
Part 7
Nous ne parlons pas ici des autres végétaux qui contiennent en eux le principe saccharin, et pourraient facilement être convertis en sucre, tels que le mais, le melon, la citrouille. Nous ne dirons rien non plus du sucre de l'érable. Nous nous contenterons de quelques mots sur le sucre de pomme de terre ou de fécule, dont la fabrication a pris depuis quelque temps une extension considérable pour que l'on évalue de 4 à 5 millions de kilog. la production de 1842. Ce sucre s'obtient par le traitement des fécules, mais on n'a pu lui donner la consistance des autres sucres. Aussi est-il principalement livré aux distillateurs et aux épiciers, qui l'emploient surtout dans la confection des liqueurs, des confitures et autres préparations analogues. La pharmacie peut aussi s'en servir pour édulcorer des breuvages ou des potions. Quant aux sucres produits par les végétaux que nous avons cités plus haut, ils n'ont donné que des essais, mais il n'en est pas entré dans la consommation. Nous ne devons donc point nous en occuper.
Caricatures par Bertal.
M. Bertal est un jeune artiste qui doit, je ne dirai pas donner de brillantes espérances, mais inspirer des craintes sérieuses à ses concitoyens; car il se moque impitoyablement de tout: hommes, bêtes ou choses. Ce redoutable critique n'écrit pas, il dessine; mais ses victimes n'en sont que plus à plaindre; il les fait si ressemblantes, qu'il leur est impossible de ne pas se reconnaître. Malheur aux ridicules que rencontre M. Bertal! ils sont aussitôt signalés à la risée publique.--Souvent même,--comment peut-on avoir un semblable courage?--le cruel jeune homme,--cet âge est sans pitié,--nous fait rire malgré nous aux dépens des individus les plus inoffensifs et les moins comiques qui se puissent voir.
Quelquefois, mais rarement, il se contente de nous représenter, d'après nature, un père de famille lisant, pendant sa promenade, un délicieux numéro de _l'Illustration_,
et contemplant la machine aérienne de M. Henson, qui transporte rapidement de Paris à Saint-Cloud une cargaison de touristes; mais bientôt le naturel reprend le dessus, et M. Bertal est sans pitié: nous n'oserions ajouter sans remords.
N'a-t-il donc jamais pris plaisir à entendre Duprez chanter son bel air: _Asile héréditaire_, qu'il nous le montre courant à perdre haleine après son _ut_ de poitrine?
Si ressemblantes qu'elles paraissent, mademoiselle Rachel et mademoiselle Georges ne sont réellement ni aussi maigres, ni aussi grasses que ces deux caricatures:
Que M. Bertal se moque de certains tableaux exposés au Salon, je le lui pardonne,--surtout lorsqu'il nous représente une vue de la Hougue (effet de nuit), par M. Jean-Louis Petit (n° 958).
ou Napoléon en raccourci, par M. J.-B. Mauzaisse (n° 844), et le portrait de madame la marquise de......., par Lehmann.
_Les Buses-Graves_, je les lui abandonne encore; car ces infortunés vieillards, au lieu de se retirer dans leur burg, persistent à se faire siffler jusqu'à la 40e représentation par un auditoire de moins en moins géant.
Mais est-il juste de traiter avec la même sévérité que ces vieillards stupides, la noble et chaste Lucrèce et la pâle Judith?--La caricature, me répondra M. Bertal, a le droit de se moquer de tout, du laid, du beau et du médiocre. Heureusement pour lui nous n'avons pas le temps de discuter,--et nous reconnaissons, après tout, que notre critique a fait des charges fort spirituelles des plus belles scènes de la remarquable tragédie de M. Ponsard. Voyez Valére et Brute causant politique:
Lucrèce racontant son songe à sa nourrice, pendant
que celle-ci, qui possède la clef des songes, lui tire les cartes à l'instar de mademoiselle Lenormand, et qu'une jeune esclave joue un air varié sur un instrument fort peu éolien,
Sextus faisant une déclaration d'amour à Lucrèce,
et la grande scène finale, que nos lecteurs trouveront à la 7e page de cette livraison:
M. Bertal a été moins bien inspiré par Judith que par Lucrèce. Cependant, nous avons remarqué dans son feuilleton la scène où la veuve Manassé fait mettre à genoux Mindus. Achion et Crioch:
et son repas de noce avec Holopherne.
Terminons cet examen critique des Omnibus comme un numéro de _l'Illustration_.--par une gravure de mode qui
nous donne des échantillons de nos costumes les plus élégants.
Bulletin bibliographique.
Storia universale de CESARE CANTÙ.. Quinta edizione.--Torino. _Pomba et Comp._ 1843.
Histoire universelle de CESARE CANTÙ. Cinquième édition.--Turin. _Pomba et Comp._ 1843.
Constatons d'abord, en l'honneur de l'auteur de cet ouvrage et en l'honneur de l'Italie trop souvent calomniée, le grand succès que la _Storia universale_ a obtenu au delà des Alpes. Quatre éditions, dont trois de luxe et une populaire, entièrement épuisées en moins de cinq années, prouvent que M. César Cantù a fait un livre vraiment remarquable, et que ses compatriotes s'intéressent encore aux travaux de l'esprit sérieux et utiles.
Quoique à peine âgé de trente-huit ans, M. Cesare Cantù est un des écrivains les plus féconds de la jeune Italie; outre un nombre considérable d'articles de journaux, il a publié plusieurs ouvrages d'histoire ou d'imagination, qui lui ont valu une réputation méritée. Il y a quinze ans environ, il était professeur de littérature à Sondrio, dans la Valteline, lorsqu'il fit paraître une nouvelle en quatre chants, intitulée _l'Algiso_, suivie bientôt (en 1829), de _l'Histoire de la ville et des diocèses de Come_, et, deux années plus tard (1831), de la _Révolution de la Valteline_, épisode de la réforme en Italie. La même année, comme pour se délasser de ces travaux sérieux, il s'amusait à rédiger un _Itinéraire_ du lac de Come et des routes du Stelvio et du Splügen, et à composer quelques pièces de vers imprimées dans le premier numéro de la _Streuna del Vallardi_. Peu de temps après, le retard si incompréhensible que mettait Alessandro Manzoni à publier son _Histoire de la Colonne infâme_, détermina le jeune auteur de _l'Histoire de Come_ et de la _Révolution de la Valteline_ à écrire ses _Ragionamenti sulla Storia Lombarda_, destinés à servir de Commentaires au roman des _Promessi Sposi_. Ce petit livre, rempli de faits curieux, n'eut pas moins de douze éditions. Son _Aperçu critique sur Victor Hugo et sur le romantisme en France_, son beau roman intitulé _Margherita Pustella_, ses _Hymnes sacrés_. ses _Letture Giovanili_, ses traductions du _Voyage en Orient_ de Lamartine; _De la Décadence de l'Empire romain_ de Sismondi; _Des Arabes en Espagne_ de Marlés, etc..., l'occupèrent presque entièrement depuis 1832 jusqu'en 1837.
Le 14 décembre 1837, M. Cesare Cantù annonça pour la première fois, dans l'appendice de la _Gazette de Milan_, la publication prochaine de son _Histoire universelle_, à laquelle il a déjà consacré cinq années de sa vie, et dont le succès va toujours croissant. Au mois de mars suivant, il fit paraître en effet son introduction, qui contenait, en 96 pages, une exposition large et nette du plan de cet ouvrage. A partir du mois d'avril 1838, M. Cesare Cantù s'engageait à livrer chaque semaine à ses souscripteurs deux feuilles d'impression. Jusqu'à ce jour il a tenu parole.
Cette introduction produisit une certaine sensation en Italie. Quelques écrivains reprochèrent, il est vrai, à M. Cesare Cantù de s'être montré trop sévère envers les historiens qui l'avaient précédé:--mais il se justifia sans peine de ces accusations. D'ailleurs on loua généralement son érudition déjà connue et appréciée, son style élégant et clair, bien que trop facile, son zèle infatigable, et surtout le but de ce nouveau travail. En effet, ce n'était pas l'histoire des faits, c'était l'histoire des idées et des moeurs qu'il se proposait d'écrire, l'histoire du développement intellectuel et moral île tous les peuples du globe; en un mot, l'histoire de la civilisation humaine. Pour juger les progrès de l'humanité, il s'est placé au point de vue chrétien. Dans son opinion, le christianisme relève l'histoire et la rend universelle: en proclamant l'unité de Dieu, il proclame celle du genre humain; en nous enseignant que nous devons invoquer _il padre nostro_, il nous apprend que nous sommes tous frères.' Alors seulement, dit-il, peut naître l'idée d'une fusion entre toutes les époques et entre toutes les nations, et l'observation philosophique et religieuse des progrès perpétuels et indéfinis de l'humanité vers la grande oeuvre de la régénération et le règne de Dieu.»
M. Cesare Cantù divise l'histoire universelle en dix-huit parties qu'il appelle époques, et qui portent les titres suivants I. Jusqu'à l'an 770 du monde.--II. De la dispersion des peuples jusqu'aux olympiades.--III. Des Olympiades à la mort d'Alexandre.--IV. Guerres puniques.--V. Guerres civiles depuis la cent trente-quatrième année avant Jésus Christ jusqu'à la quatrième année après Jésus-Christ.--VI. Les Empereurs jusqu'à Constantin.--VII. De Constantin à Augustus.--VIII. Les Barbares.--IX. Mahomet.--X. Charlemagne.--XI. Les Croisades.--XII. Les Communes. XIII. Chute de l'Empire.--XIV. L'Amérique.--XV. La Reforme. XVI. Louis le Grand et Pierre le Grand.--XVII. Le dix-septième siècle.--XVIII. La Révolution.--Chaque volume comprend une époque. 12 volumes sont publies; ils contiennent l'histoire ancienne (7 vol.) et l'histoire du Moyen-Age (5 vol.). M. Cesare Cantù va commencer prochainement la publication de l'histoire moderne.
M. Cesare Cantù ne se contente pas d'affirmer les faits qui loi paraissent évidents, il essaie de les prouver. Son ouvrage se compose de deux parties distinctes: 1º le _Racconto_, ou le récit; 2º les Documenti, ou documents. Les documents sont classes et coordonnés dans des volumes séparés, ainsi que les discussions scientifiques, les biographies, les passages les plus remarquables des prosateurs ou des poètes, relatifs aux événements exposés dans le texte. L'auteur donne aussi pour appendice une illustration très-variée des monuments et un traité assez étendu de chronologie.
Nous n'admettons pas sans faire quelques réserves toutes les opinions exprimées par M. Cesare Cantù; mais, bien que nous différions parfois de principes avec lui, nous nous empressons de joindre nos éloges sincères à ceux que lui ont prodigués déjà ses compatriotes et plusieurs journaux français. Qu'il ne se laisse pas décourager, qu'il continue à marcher dans la voie glorieuse qu'il parcourt depuis cinq années avec tant de bonheur, et en moins de deux années il atteindra son but, il achèvera un des plus importants ouvrages qu'aura produits le dix neuvième siècle. Nous sommes heureux, quant à nous, d'annoncer que la _Storia universale_, vient d'être traduite en français Cette traduction revue, corrigée et augmentée par M. Cantù, qui est en ce moment à Paris, ne doit point tarder à paraître.
_Loi salique_, ou Recueil contenant les anciennes rédactions de cette loi et le texte connu sous le nom de _Lex emendata_; par J.-.M. PARDESSES, membre de l'Institut.--Paris. 1843. Imprimerie Royale. 1 vol. in-4º de 844 payes. Prix: 35 fr.
Ce volume commence par une préface de 80 pages qui contiennent la description de toutes les éditions et de tous les manuscrits connus de la loi salique, il renferme en outre huit textes différents, d'après les manuscrits, avec, variantes; quarante titres qu'on ne trouve point dans la _Les emendata_, d'après le manuscrit 4404 de la Bibliothèque royale de Paris et le manuscrit 119, in-4, de Leyde; les prologues, l'épilogue et les récapitulations, d'après divers manuscrits; un commentaire de 824 notes, et enfin quatorze dissertations, dont la première sur les diverses rédactions de la loi salique, et les autres sur les points les plus remarquables du droit privé des Francs sous la première race.
Les dissertations comprennent 309 pages, et sont suivies d'une table alphabétique des matières.
_Mémoire sur l'Irlande indigène, et saxonne_; par DANIEL O'CONNELL, membre du Parlement. Traduit de l'anglais et augmenté d'une notice biographique sur l'auteur; par ORTAIRE FOURNIER. Tome 1er, 1172-1660.--Paris, 1843. _Charles Warèe._ 7 fr. 50 c.
A peine cet ouvrage eut-il paru à Londres, nous nous empressâmes d'en annoncer la publication, d'exposer le plan de l'auteur, et de résumer en quelques lignes le contenu du 1er volume,--le seul qui ait été mis en vente jusqu'à ce jour.--Nous le répétons, O'Connell ne pouvait pas écrire une histoire réfléchie, sérieuse, logique, bien ordonnée. Tous les hommes habitués à improviser ne mènent jamais à bonne fin,--en supposant qu'ils se sentent le courage de l'entreprendre,--un travail qui exige une attention froide, calme et soutenue. D'ailleurs le tribun irlandais est trop fougueux et trop passionné pour ne pas se laisser emporter souvent, dans ses écrits comme dans ses discours, au delà des bornes de la justice et de la raison. Il a oublié qu'il y avait une grande différence à établir entre l'écrivain et l'orateur. On écoute plus facilement et plus volontiers qu'on ne lit. Si long, si diffus, si fatigant qu'il soit, l'orateur politique est presque toujours sûr de conserver son auditoire, obligé, sinon de prêter l'oreille à son discours, du moins d'attendre, sans pouvoir quitter sa place, qu'il l'ait terminé. Mais, loin de s'imposer au public, l'écrivain reste entièrement sous sa dépendance; il est si facile de fermer un livre qui ennuie, et quand une fois on l'a fermé, il est si difficile de le rouvrir.
Le premier volume du _Mémoire sur l'Irlande indigène et saxonne_ comprend toute la période de temps qui s'étend depuis l'année 1172 jusqu'en 1660. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il se compose de 50 pages de texte et de 400 pages d'observations, de preuves et d'explications. Les volumes suivants ne seront même que la suite de cette seconde partie; car le texte proprement dit ou la première partie renferme dans les neuf chapitres de ses 50 pages toute l'histoire d'Irlande, depuis l'année 1172 jusqu'en 1840. La conclusion qui suit le chapitre IX se termine par ces mots: «La dernière demande de l'Irlande est dégagée de toute alternative, c'est le rappel de l'Union.»
Nous doutons que cet ouvrage étrange soit plus favorablement accueilli en France qu'en Angleterre; mais, malgré ses énormes défauts, nous devons savoir gré à M. Ortaire Fournier d'avoir songé à le traduire, car il contient une foule de documents curieux qui pourront servir un jour aux historiens futurs de la malheureuse Irlande.
_Essai sur l'Éducation du peuple_, ou sur les Moyens d'améliorer les Écoles primaires populaires et le sort des Instituteurs: par J. WILLM, inspecteur de l'Académie de Strasbourg.--Strasbourg. _Veuve Levrault._--Paris, _Bertrand._ 1843. I vol. in-8º. 7 fr. 50 c.
L'auteur de cet _Essai_ a reçu sa première instruction dans une école de village; il a été ensuite aide-instituteur, avant que d'heureuses circonstances lui permissent de se livrer à des études supérieures. Depuis, après avoir professé pendant dix années dans un collège important, il a été, comme inspecteur de l'Académie de Strasbourg, chargé de visiter une grande partie des écoles primaires des deux départements du Rhin. Comme on le voit, il n'est pas étranger à la matière sur laquelle il écrit, et il la traite avec connaissance de cause.
L'Essai qu'il vient de publier s'adresse à tous ceux qui s'intéressent à l'éducation populaire, et spécialement à ceux à qui la loi et le gouvernement ont donné part à l'administration, à la surveillance et à la direction des écoles primaires Ils y trouveront bien des choses connues que l'auteur a voulu seulement leur rappeler; il ne revendique pour lui que le mérite de les avoir classées et groupées autour d'un principe fondamental, d'une idée générale, exposée dans l'introduction et formulée dans la conclusion générale du livre. Du reste, loin d'aspirer à la nouveauté, M. J. Willm évite surtout,--c'est lui qui le déclare,--«de proposer des améliorations qui ne se rattacheraient pas naturellement à ce qui existe, et qui ne découleraient pas de la nature même des choses, de la constitution politique du pays et de la loi organique de l'instruction primaire. Les propositions qu'il fait, il a voulu qu'elles fussent légales, nationales, françaises et surtout praticables.»
M. J. Willm a divisé son travail en trois parties: dans la PREMIÈRE PARTIE, il recherche le principe et le but de l'éducation en général. Selon lui, le vrai _principe_ de l'éducation doit être _universel_, exclusif de tout intérêt particulier, de tout but spécial qu'on voudrait poursuivre aux dépens de tout le reste, bien que servant tous les intérêts légitimes et tout but raisonnable, embrassant tous les sentiments, toutes les dispositions essentielles et pouvant s'appliquer à tous les états, à toutes les classes de la société et à tous les genres d'écoles et d'éducation.--Son _but_ est de former l'homme d'abord, puis le citoyen, puis l'artiste, le soldat, le laboureur ou l'artisan; de jeter les fondements d'une oeuvre que toute la vie, quels qu'en soient d'ailleurs les accidents et les destinées particulières, sera consacrée à continuer, à perfectionner: d'appeler au jour tous les germes de raison, de vertu, de grandeur qui constituent la vraie nature humaine, et de les développer assez pour leur assurer la victoire sur toutes les dispositions contraires. Cette éducation _générale_ doit être la base et la condition de toute éducation particulière. Si, a raison des diverses conditions de la société et de la destination présumée des élèves, elle était diversement appliquée, il ne saurait y avoir de différence que sous le rapport de la quantité et non sous celui de la qualité: mais cette éducation générale, une dans son principe et dans son but, se compose d'éléments divers. Pour être complète, il faut qu'elle soit tout à la fois _morale, intellectuelle, esthétique et religieuse_;--car l'homme aspire naturellement au _bien_, au _vrai_, au _beau_, à l'_infini_--et en même temps _sociale_ et _nationale_, puisque l'homme n'est rien que par la société.
Ces principes posés, M. J. Willm cherche à les appliquer, à montrer ce que peut et ce que doit être dans les écoles primaires populaires cette éducation générale dont il a tracé le plan. Il traite successivement, dans la SECONDE PARTIE de son _Essai_, de _l'organisation des écoles primaires_ et de la _construction des maisons d'école, ainsi que du mobilier_; de _l'éducation_ et de l'_instruction_ dans ces mêmes écoles; de la _méthode_ et de la _discipline_, de _l'administration_ et de la _surveillance_ de ces écoles. Il termine par l'examen de ces deux questions; _Faut-il rendre la fréquentation de l'école primaire obligatoire?_ et _l'instruction primaire doit-elle être gratuite?_ M. J. Willm demande que tous les enfants qui ont atteint l'âge de six ans soient annuellement soumis à une sorte de conscription scolaire et tenus de payer la rétribution mensuelle, si leurs parents sont assez aisés pour cela, ou amenés à l'école, s'ils sont pauvres, par tous les moyens dont peut disposer l'administration.
Le sort des écoles populaires dépend principalement du dévouement éclairé, du zèle et de l'habileté des instituteurs. Pour que les écoles soient bonnes, il ne suffit pas de les placer dans des maisons parfaitement appropriées, dans des salles vastes, saines, bien éclairées et munies de tout ce qui est nécessaire à l'enseignement, il faut surtout qu'elles soient dirigées par des maîtres habiles et dévoués. Or, pour que les maîtres soient habiles, il faut leur fournir les moyens d'acquérir les connaissances nécessaires a leur état, et pour soutenir leur zèle, il faut travailler à rendre leur position aussi bonne et aussi honorable que possible. M. J. Willm s'est donc occupe successivement, dans la TROISIÈME PARTIE de son _Essai_, des moyens de former les instituteurs, et spécialement des écoles _normales primaires_: des moyens de leur faire continuer leur instruction après leur entrée en fonctions, et spécialement des _conférences_ et des _bibliothèques_ de l'école; enfin des moyens matériels d'améliorer leur condition, et des _encouragements_ qu'il convient de leur offrir pour soutenir leur zèle.
M. J. Willm achève la conclusion de son ouvrage en demandant qu'il soit créé au sein de l'Académie des Sciences morales et politiques une section de pédagogie, et que quelques chaires soient consacrées, à Paris et dans les départements, à cet art, le plus important de tous, puisqu'il a pour but de former les hommes.
_Bluettes_; par EUGÈNE DE LONLAY. I vol. in-18.--Paris. 1843. _Amyot_.
Comment ne pas accueillir avec intérêt un charmant volume bien imprimé sur du papier satiné, qui se présente sous un titre si modeste et vous demande humblement un regard et un sourire bienveillants? Quel reproche le critique le plus dur aurait-il le courage d'adresser à des _Bluettes_, surtout lorsque Béranger déclare les avoir lues avec infiniment de plaisir, lorsqu'elles ont déjà eu deux éditions, et engin lorsque leurs grâces naïves et leur tournure originale méritent réellement le succès qu'elles ont obtenu? Ce qu'il faut au poète, a dit M. E. de Lonlay dans sa première _Bluette._
Ce qu'il faut au poète, C'est l'amour!...
L'auteur des _Bluettes_ est-il poète? Bien qu'il fasse des vers charmants, nous attendrons, pour lui décerner un si beau titre, la publication du _Trappiste_; mais, poète ou compositeur d'agréables romances, il a ce qu'il lui faut, il est amoureux; ne nous étonnons donc pas s'il ne chante que sa passion. Jetez les yeux sur la table générale des _Bluettes_, qu'y voyez-vous: «Avoir tout à t'offrir.--Es-tu fille des cieux?--Ne m'oubliez pas.--Tes yeux ont pris mon âme.--Que peut-elle faire?--Je me souviens toujours.--Tout un jour sans te voir.--Loin des yeux, près du coeur, etc.» Aussi M. E. de Lonlay donne-t-il ses vers à celle qui seule, en les lisant, pourra dire: C'est moi; il les lui donne «comme aux vertes savanes, la rosée abandonne ses perles limpides, connue sur les sentiers l'aubépine épand ses débris embaumés, comme à la terre endormie l'aube jette ses rayons d'or, comme aux coquettes plantes de ses rives le lac prête son miroir mouvant, comme la fleur à l'abeille donne son miel, comme au pèlerin l'étoile donne sa clarté, comme à l'Éternel le croyant donne sa prière, comme à la mère l'enfant donne ses premières caresses, la vierge à son amant le parfum de son premier baiser.»
_Océanie_, ou Cinquième partie du Monde, revue géographique et ethnographique de la Malaisie, de la Micronésie, de la Polynésie et de la Mélanésie; par M. G.-L. DOMENY DE RIENZI. 3 vol. in-8º, ornés de gravures et cartes. Paris. Firmin Didot. 1843.