L'Illustration, No. 0009, 29 Avril 1843

Part 7

Chapter 73,438 wordsPublic domain

Jérôme Paturot est le Gil Blas du dix-neuvième siècle. Ces deux victimes de l'organisation sociale de leur époque se ressemblent, du moins sous tant de rapports, qu'il n'est pas permis de nier leur parenté; leur esprit seul le prouverait au besoin; ils appartiennent à la même famille, ils descendent du même père... Le bon sens français, ayant pour organe Le Sage, au siècle dernier, et, de nos jours, un écrivain célèbre, dont nous respecterons provisoirement l'anonyme, mais que les contrefacteurs belges persistent, malgré de justes réclamations, à désigner sous le nom de Rolle.

Jérôme Paturot n'avait d'abord publié que la première moitié de sa vie le récit de sa lutte contre la destinée pendant qu'il cherchait' avec tant d'ardeur et de simplicité une position sociale. Il complète aujourd'hui ses confidences et nous raconte les instructives vicissitudes d'une autre phase de son existence aventureuse. Qui n'a lu le premier volume de ses curieux mémoires? Qui ne connaît l'histoire touchante de sa jeunesse? son mépris pour le commerce des bonnets de coton, sa suite de la maison de son oncle, dont il ne veut pas être le successeur, sa passion pour la gloire, ses amours avec Malvina, ce représentant si fidèle de la grisette française? Comme tant d'autres de ses semblables, Jérôme manquait de réputation et d'argent..... Il voulait devenir célèbre et riche. Quels moyens n'employa-t-il pas pour conquérir la fortune et la gloire! Il fut tour à tour poète chevelu, rédacteur en chef d'un journal qui paraissait quelquefois, feuilletoniste, administrateur-fondateur de la société des bitumes du Maroc, écrivain ministériel, philosophe (et quel philosophe!) etc., etc. Enfin, ayant échoué dans toutes ses entreprises, ne pouvant pas se créer la position sociale qu'il avait rêvée, il se décide à s'asphyxier, en faisant des adieux poétiques à ce monde qui ne l'a pas compris... Mais Malvina l'arrache à la mort, son oncle lui pardonne, et l'heureux Jérôme, guéri de sa folie, revient de ses illusions, épouse sa maîtresse et devient marchand de bonnets de coton dans la rue saint-Denis.

Après tant d'orages, le pauvre Jérôme avait trouvé un port. Malheureusement pour lui, il n'y resta pas long-temps à l'ancre. Dès qu'il se fut suffisamment reposé, il déploya de nouveau ses voiles et s'élança une fois encore sur l'océan du monde. Comme il l'avoue lui-même avec une candeur charmante, son exemple eût été incomplet et son expérience insuffisante, s'il n'eût pas frayé tous les Capitoles et gravi tous les Calvaires.

Jérôme Paturot est homme, c'est tout dire. Il a de la fortune, il lui faut des honneurs; des flatteurs trouvent qu'il ressemble, sous le rapport physique, à Napoléon: il se fait nommer successivement capitaine d'une compagnie modèle, commandant, député; il aspire même à devenir ministre, quand il apprend qu'il est ruiné... Ses créanciers l'enferment à Clichy; mais le dévouement de sa femme lui ouvre les portes de la prison pour dettes. Rapprochés par le malheur, Jérôme et Malvina se pardonnent leurs fautes mutuelles, car ils sont tous deux coupables, et, réunissant les débris de leur fortune détruite, ils vont s'établir au fond d'une province, dans une petite et charmante maisonnette, où ils vivent en paix en élevant leurs enfants, où tous leurs jours, qui se ressemblent, s'écoulent sans surprise comme sans douleur.

Ce cadre ingénieux a permis à l'auteur de _Jérôme Paturot_ de fustiger tous les vices, de fronder tous les ridicules de notre époque, si féconde en vices et en ridicules. Ainsi, madame Paturot devient dame patronnesse, elle donne des festivals, elle va se faire voir le samedi à l'Exposition des tableaux, elle a l'honneur de recevoir les trois dixièmes Muses; elle place chez un instituteur chevelu un de ses fils, qui a la bosse du thème grec. Quant à son mari, ses diverses transformations politiques l'élèvent jusqu'aux plus hautes régions. Il défend devant la commission d'enquête industrielle la cause du bonnet de coton national. Veut il faire construire une maison moyen âge, il apprend à connaître le prix d'un alignement. Tantôt, se rappelant ses aucuns triomphes littéraires, il aide à faire un succès chevelu; tantôt il nous révèle les mystères des sociétés philanthropiques et savantes, de la haute science et de la haute politique. Nous assistons d'abord à une élection dans les montagnes; puis, revenant de lu province à Paris, nous pénétrons avec le nouveau _représentant 'du peuple_ dans l'intérieur de la Chambre des Députés, Paturot est bientôt arrêté par un instructeur parlementaire, qui lui donne une leçon de politique, pour se consoler des petites misères de la députation, il prépare, pendant plusieurs semaines, une improvisation; et il fait imprimer dans le _Moniteur_ le discours que l'hilarité générale l'a empêché de prononcer. Dès-lors Paturot a atteint l'apogée de sa fortune et de sa puissance: car il reçoit la confession d'un ministre; mais une crise ministérielle renverse toutes ses espérances. La débâcle financière suit de près la débâcle politique. De la Chambre, Paturot passe à la Bourse, où il perd des sommes considérables; les escompteurs achèvent sa ruine. La prison pour dettes, les philanthropes, le Mont-de-Piété, une faillite, les créanciers, tels sont les derniers orages de cette vie agitée, les types et les institutions dont se moque avec autant d'esprit que de bon sens l'auteur de cette satire sociale et politique, M. ***, à qui l'Académie des Sciences morales et politiques réserve le premier de ses trente fauteuils qui deviendra disponible.

Lettres de Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre, soeur de François 1er, publiées d'après les manuscrits de la Bibliothèque du Roi; par F. GÉNIN, professeur à la Faculté des Lettres de Strasbourg. 1 vol. in-8, de 485 pages.--Paris, _Jules Renouard_. (Publication de la Société de l'histoire de Fiance.)

_Nouvelles lettres de la reine de Navarre, adressées au roi François Ier, son frère_, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque du Roi; par F. GÉNIN. 1 vol. in-8, de 300 p.

Le premier volume contient cent soixante-onze lettres, datées de 1521 à 1549, et adressées à Anne de Montmorency, grand-maître, puis connétable de France, à François Ier ou à d'autres personnages célèbres du temps, tels que Mélancthon, Érasme, l'évêque de Meaux, Guillaume Briconnet, un certain comte de Hohenlohe, doyen du grand chapitre de Strasbourg, ardent schismatique, qui s'efforçait d'introduire en France la réforme de Luther, etc, etc. Les époques et les événements qui tiennent le plus de place dans cette correspondance sont: la captivité de François Ier à Madrid, après la bataille de Pavie, en 1525; la réforme, la persécution contre l'hérésie nouvelle, qui fit brûler Berquin en 1529, Alaman, en 1530, la grande affaire des placards, la mort de Louise de Savoie (1531), l'empoisonnement du dauphin François par Montécuculli(1536), la guerre contre Charles-Quint, dont la Provence et la Picardie furent le théâtre (1530 et 1537).

L'éditeur a classé les lettres dont les originaux, autographes pour la plupart, ne portaient aucune date. Il y a joint des notes nombreuses, soit pour éclaircir les passages obscurs, soit pour relever les erreurs historiques que dément la correspondance de Marguerite.

Parmi les pièces justificatives inédites, on remarque une épître de Marot à la reine de Navarre.

La notice sur Marguerite d'Angoulême est un essai biographique assez étendu (100 pages), dans lequel l'auteur, s'appuyant sur des témoignages contemporains et sur des preuves irrécusables, présente sous un nouvel aspect le caractère de cette princesse vertueuse et savante, calomniée par les romanciers et les commentateurs de Marot. M. Génin fait voir que les amours de Marot avec la reine de Navarre sont une chimère ridicule sortie du cerveau de l'abbé Lenglet du Fresnoy, et accueillie avec une confiance aveugle par des éditeurs tels que M. Auguis, qui sont tombés, sans s'en apercevoir, dans les contradictions et les impossibilités les plus grossières. Marguerite, la reine de Navarre, soeur de François Ier, a payé injustement pour Marguerite, reine de Navarre, femme de Henri IV.

Le second volume renferme cent cinquante lettres à François 1er et un supplément à la _Notice_ (24 pages), où l'auteur discute un document mystérieux fourni par cette nouvelle correspondance. Il s'agit de savoir s'il a existé entre Marguerite et François 1er une tendresse _plus que fraternelle_. Le secret de cette nature, après trois siècles d'intervalle, est bien difficile à découvrir, surtout dans une lettre dont les phrases sont voilées d'une obscurité calculée. Cette seconde correspondance, toute confidentielle et adressée au roi exclusivement, offre un intérêt plus vif et plus serré que la première.

L'_Avertissement_ de ce second volume porte une accusation très-grave contre M. Champollion-Pigeac, conservateur en chef des manuscrits de la Bibliothèque royale. Lorsque M. Génin travaillait à son premier volume, il découvrit par hasard l'indication de cette correspondance dont les catalogues ne parlaient pas. M. Champollion nia audacieusement pendant plusieurs mois l'existence de ce manuscrit, lequel, après l'impression du volume, fut, grâce à un second hasard, trouvé caché _dans l'armoire où M. Champollion-Pigeac serre ses papiers (p. VIII.) Encore, M. Champollion ne voulait-il pas se dessaisir du volume! Il fallut que, sur la plainte de M. Génin, le ministre de l'Instruction publique donnât un ordre formel. Cet _avertissement_ fut réimprimé tout du long dans un journal, avec le défi à M. Champollion de répondre. M. Champollion en effet garda le silence. Mais il vient de solliciter et d'obtenir pour son fils, M. Aimé Champollion, la commission de publier un choix de pièces inédites du règne de François Ier. L'abus d'autorité que lui reproche M. Génin se réduit donc à un trait de prévoyance paternelle; mais il est bon que le public studieux qui fréquente les bibliothèques soit mis sur ses gardes et sache à qui il a affaire.

_Histoire et description des voies de communication aux États-Unis, et des tracaux d'art qui en dépendent_; par MICHEL CHEVALIER. 2 gros vol. in-4º, avec un atlas in-fol. renfermant 25 gravures sur acier.--Paris, 1840, 1841 et 1843. _Gosselin_.

M. Michel Chevalier a divisé cet important ouvrage en six parties. Dans la première il jetait un coup d'oeil rapide sur la topographie et sur le climat des États-Unis; puis, traitant des premiers essais de travaux publics, il donnait un aperçu général des divers plans qui ont été proposés pour un système général de communications.--La seconde partie était consacrée à l'étude des lignes tracées de l'est à l'ouest au travers des Alleghanys, ou entre le littoral de l'Atlantique et la vallée centrale de l'Amérique du Nord.--La troisième comprenait les communications entre le bassin du Mississipi et celui du Saint-Laurent. Avec cette troisième partie se terminait la première moitié du second volume, publié en 1841.

La seconde moitié du tome deuxième, mise en vente le mois dernier, complète la troisième partie, et traite en outre des communications du nord au midi, le long de l'Atlantique (quatrième partie), des lignes qui rayonnent autour des métropoles (cinquième partie) et des lignes établies autour des mines de charbon (sixième partie). A une récapitulation générale des canaux et des chemins de fer de l'Amérique du Nord succède enfin un intéressant appendice sur la construction des ponts en Amérique.

Le plus grand éloge que l'on puisse faire d'un pareil travail, c'est d'essayer de prouver son importance et son utilité. Or si, pour se rendre compte de la richesse comparative de l'Union-Américaine en voies de communication perfectionnées, on rapproche les nombres exposés dans la récapitulation générale de M. Michel Chevalier des chiffres qui représentent la superficie territoriale et la population du pays, on arrive aux résultats ci-après:

L'étendue territoriale de l'Union-Américaine étant de 26,700 myriamètres carrés, et la population, telle que l'a constatée le recensement de 1840, de 17,069,453 habitants, la longueur des canaux et des chemins de fer, qui correspond à un myriamètre carré et a un million d'habitants, sera exprimée par les chiffres suivants:

1º En comptant les 24,794 kilom. 50 que possédera l'Union après l'achèvement des travaux en cours d'exécution:

Canaux. Chem. de fer. Totaux.

Kilom. par myriamètre carré. » 41 » 59 1 » Kilom. par million d'habitants. 597 » 836 » 1,453 »

2º En comptant seulement les lignes ou portions de ligne présentement achevées et livrées au commerce:

Canaux. Chem. de fer. Totaux.

Kilom. par myriamètre carré. » 26 » 28 » 54 Kilom. par million d'habitants 409 » 399 » 808 »

En tenant compte des canaux ou des chemins de fer pour lesquels, au 31 décembre 1842, avait été obtenu un vote législatif accompagné d'une allocation de fonds, la France possède 4,3.0 kilomètres de canaux achevés ou à achever, et 1.7.10 kilomètres de chemins de fer dont près de la moitié est terminée ou près de l'être. C'est un total de 6,075 kilomètres répartis sur une superficie de 5,277 myriamètres carrés que recouvrait, en 1840, une population de 34.500.000 âmes.

Le royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande est en possession de 8.500 kilomètres de canaux tous achevés, et de 3,600 kilomètres de chemins de fer, presque tous dans le même état, distribués sur une superficie de 3,120 kilomètres carrés, sur laquelle était répandue, en 1840, une population de 27,000,000 d'âmes.

Ainsi la proportion relative à la population, celle qui peut le plus exactement exprimer la puissance productive comparative de chacun des trois pays en voies de communication perfectionnées, représente aux États-Unis, pour les canaux, quatre fois celle de la France, et, pour les chemins de fer, dix-sept fois. Comparativement à la Grande Bretagne, où les voies perfectionnées ont acquis un beaucoup plus grand développement que chez nous, la richesse de l'Union-Américaine excède celle du Royaume-Uni, pour les canaux, dans le rapport de trois et demi à un, et, pour les chemins de fer, dans celui de six et demi à un.

Il est vrai qu'aujourd'hui les États-Unis sont arrêtés dans leur magnifique essor créateur, tandis que l'Angleterre et la France poursuivent imperturbablement leur oeuvre, et personne ne saurait prévoir en quel instant ils pourront le reprendre quand ils seront en mesure de terminer ce qu'ils avaient commencé avec un si admirable ensemble.

_Journal des Economistes_ revue mensuelle de l'économie politique, des questions agricoles, manufacturières et commerciales.--Paris, année 1842.--3 beaux volumes in-8. Prix: 30 fr. par an.--_Guillaumin_.

Le succès toujours croissant qu'obtient ce recueil prouve qu'il s'appuie sur une idée juste et qu'il satisfait à un besoin réel. A aucune époque, en effet, il ne fut plus utile d'étudier, avec une entière liberté d'esprit, les questions d'intérêt public livrées à la discussion quotidienne, et dans lesquelles il se mêle aujourd'hui tant de passion et de calcul personnel. Au milieu du choc et de la divergence des opinions, la voix de la science peut seule être prépondérante, et ainsi s'explique la faveur qui s'est attachée, dès son début, à une publication créée sous les auspices et avec le concours des plus éminents économistes que possède la France, dans l'Institut et hors de l'Institut.

Le _Journal des Économistes_ a commencé à paraître au mois de décembre 1842. Il forme déjà quatre beaux volumes in-8º, qui se vendent au prix d'abonnement. Ses rédacteurs habituels sont MM. Rossi, Blanqui, Louis Reyhaud. Horace Say, Wolowski, H. Passy, M. Pix, Moreau de Jonnès, Ramon de la Sagra. H. Dussard, etc. Comme on le voit par ces noms, il puise au sein même de l'Institut une partie importante de sa rédaction; mais il s'adresse en outre, sans esprit d'exclusion, à tous les hommes qui honorent et cultivent la science. Il a constamment tenu d'ailleurs plus qu'il n'avait promis. Chacune de ses livraisons voit se réaliser quelque amélioration nouvelle. Ainsi, une _chronique_ mensuelle résume maintenant le mouvement des faits économiques. On y trouve toutes les nouvelles qui peuvent intéresser le commerce l'industrie et l'agriculture, des détails sur les projets de loi à l'état d'élaboration; enfin une revue rapide et substantielle de ce qui s'est accompli ou préparé dans la région des affaires. La bibliographie et le bulletin ont également reçu des développements nouveaux.

_Fables_ de S. LAVALETTE, illustrées par GRANDVILLE.--Paris, _Hetzel_.

L'annonce d'un nouveau recueil de fables arrache toujours à ceux qui la lisent une exclamation involontaire. «Comment, s'écrie-t-on malgré soi, peut-on faire des fables après La Fontaine?» mais M. Viennet l'a dit avec raison: «Il y a bien long-temps qu'on n'écrirait plus en France si on avait peur d'aller se heurter contre un inimitable. Qui aurait osé prendre la plume après les grands auteurs du siècle de Louis XIV? Quel homme de talent, je ne dis rien de ceux qui n'en ont pas, ils osent tout, je parle de ceux dont le génie ou l'esprit n'étouffe point le sens commun, quel écrivain enfin eût osé faire des tragédies après Corneille et Racine, des comédies après Molière et Regnard, des sermons après Bossuet et Bourdaloue, des épîtres après Boileau, des fables après La Fontaine? Qui aurait osé imprimer ses lettres après madame de Sévigné?»

M. S. Lavalette a eu ce courage; il a osé faire des fables après La Fontaine, après Florian, et après M. Menuet. Il a publié un charmant recueil de cinquante apologues, écrits avec une pureté remarquable et pleins d'une malice charmante. Les portraits des principaux personnages de ces petits drames satiriques ont été dessinés par Grandville, qui, dans cette spécialité, laissera une réputation aussi effrayante pour ses successeurs que peut l'être celle de l'inimitable La Fontaine pour les fabulistes présents et futurs.

_Notice statistique sur la Guyane française_, avec une carte.--Paris, _Didot_, 1843.

La Société d'études pour la colonisation de la Guyane française vient de publier une _Notice statistique sur la Guyane française_, extraite de l'ouvrage général sur la statistique de nos colonies, imprimé en 1837-38 par le département de la Marine. Cette notice contient sur l'état présent, les ressources et les conditions climatériques de la Guyane, tous les renseignements désirables, on y a joint une carte où la circonscription de la Guyane française est tracée d'après les termes du traité d'Utrecht, sur lequel s'appuient les prétentions de la France dans la contestation des limites pendantes avec le gouvernement brésilien.

_Bruits du Siècle_, poésies, par LÉON MAGNIER.--Paris, 1843. _Comptoir central de la librairie_.--Se vend au profit des salles d'asile de Saint-Quentin.

L'auteur des _Bruits du Siècle_,--c'est lui-même qui le déclare,--n'a pas la prétention d'être l'écho de toutes les voix, de réfléchir tous les rayons; il n'a pas la présomption de se croire une voix ou un flambeau: seulement il a écouté quelques plaintes, il a écouté quelques chants, et, pendant de rares loisirs que lui laissait la rédaction d'un journal de province, il a écrit les pièces du recueil qu'il offre maintenant, avec assez d'indifférence à la publicité.

Les _Bruits du siècle_ sont agréablement varies: il y a des _chants_. des _satires_ et des _plaintes_, des _bruits guerriers_, des voix _philosophiques_ et _religieuses_, des _voix d'utopistes_, et enfin des _floscules_. Le tout réuni forme environ 6,000 vers. M. Léon Magnier termine ainsi:

Tout m'a manqué: le temps et le calme et l'étude. L'art qui n'éclaira pas ma sombre solitude, Et je ne puis, au front d'un monument coquet, M'en venir avec joie attacher le bouquet.

Pourquoi M. Léon Magnier se juge-t-il si sévèrement? Quelques unes des pièces de son nouveau recueil sont aussi remarquables par la pensée et le sentiment que par le style. Que M. Léon Magnier se défie surtout de son extrême facilité, qu'il élague les premiers jets de son inspiration, qu'il polisse ses vers, et il parviendra «à construire un solide édifice sur lequel il pourra graver son nom.»

Modes.

Comme mode nouvelle, les robes sont encore assez pauvres. Sinon les amazones à revers et les redingotes _à la vieille_, tout ce qui parait n'est qu'un essai incertain; et malgré l'impatience des innovateurs, nous sommes forcé de dire que la plupart des robes de ville se feront très-certainement à jupes unies.

Par jupes unies, je comprends la robe ronde, ouverte ou fermée; si on sort de cela, ce sera seulement par des garnitures connues: les volants ou les biais devant ou autour du jupon.

La redingote à la vieille a le corsage en coeur, garni d'un bouillon aplati, qui descend par-devant dans toute la hauteur de la jupe, tout droit ou en Mathilde. L'amazone à revers est fermée, à revers abattu, ou un peu décolletée, à revers à châle. La première tient de l'amazone de drap, l'autre est plus habillée.

La place nous a manqué dans notre dernier numéro, pour le dessin d'une toilette d'enfant dont nous donnions le détail: nous réparons aujourd'hui cette lacune, en y ajoutant une observation à propos de cette manche demi-longue. Les modes à deux fins sont commodes pour les enfants: cette manche, dont le bouffant figure une manche de dessous, peut devenir facilement une manche courte, et se porter avec des mitaines: robe de promenade et de dîner tout à la foi?

Rien n'est charmant comme cette opposition,--c'est l'esprit du travestissement.

Donc voici tout à la vieille:--mantelets, chapeaux, garnitures de robes, fichus. On dit aussi à la grand'mère. Puis encore,--autre manière de prendre date,--bonnet ou fichu Marie-Antoinette. Il faut tout le bon goût artistique d'Alexandrine pour donner à ces formes l'élégance de la jeunesse, et elle y réussit à ravir. Ses chapeaux de paille à ruban? froncés (modèle nº I) sont ce qu'une femme distinguée peut porter de plus joli.

Avec un héron, ou un esprit de deux couleurs, elle met des rubans également de deux couleurs; ceci n'est pas négligé, et cependant c'est assez simple pour être porté le matin à la ville.

Courses au Champ-de-Mars.