L'Illustration, No. 0008, 22 Avril 1843

Part 8

Chapter 81,827 wordsPublic domain

Deux volumes seulement des mémoires de Lang ont paru. Ils s'arrêtent à la fin de l'année 1825. Bien qu'ils ne répondent pas entièrement aux espérances qu'avait fait naître la réputation littéraire de leur auteur, ils ne peuvent manquer d'obtenir un grand succès, non-seulement en Allemagne, mais en France et en Angleterre. On y trouve, en effet, une foule d'anecdotes piquantes, racontées avec cet esprit satirique qui a rendu si populaires les _Hammelburger Reisen_. Le secrétaire du prince Wallerstein et de l'ambassadeur du Wurtemberg, _l'employé secret_ du comte Hardenberg, n'a pas révélé sans doute tous les secrets dont il était le dépositaire; mais ses mémoires nous font mieux connaître que les ouvrages historiques les plus estimés l'état intellectuel et moral d'une certaine classe de la société en Allemagne, depuis la révolution de 89 jusqu'à nos jours. En terminant cette notice, nous ne pouvons résister au désir de citer une anecdote qui nous paraît caractéristique.

Une nuit, à deux heures du matin, un domestique vient réveiller Lang, qui dormait profondément. «Levez-vous de suite, lui dit-il, son excellence désire vous parler.» Lang s'habille à la hâte et court auprès de son excellence. «Monsieur Lang, lui dit le baron Buhler (l'ambassadeur du Wurtemberg), j'ai depuis longtemps remarqué que dans vos lettres vous ne placez jamais les points au-dessus des i. Vous les mettez toujours tantôt trop à droite, tantôt trop à gauche. J'ai souvent eu l'intention de vous faire ce reproche. Tout à l'heure en m'éveillant, j'y ai songé de nouveau, et pour ne plus l'oublier, j'ai jugé à propos de vous envoyer chercher. Tenez-vous pour averti.»

_Précis de l'histoire de l'Hindoustan,_ contenant l'établissement de l'empire mongol, ses progrès et sa décadence; l'invasion et les établissements successifs des Européen; la coalition des princes de l'Afghanistan contre les Anglais; l'examen des diverses religions établies chez les Hindous, ainsi qu'un tableau de leurs lois primitives, de leurs moeurs, usages et coutumes, et un résumé des lois qui régissent les établissements français; par L.-M.-C. PASQUIER, ancien magistrat à Pondichéry. 1 vol. in-8 de 534 pages.--Paris, 1845. _Paulin et Ledentu_.

Cet ouvrage se divise en deux parties parfaitement distinctes: l'une consacrée aux Européens, l'autre aux indigènes.

Dans la première partie, l'auteur raconte l'histoire de l'Hindoustan depuis l'expédition d'Alexandre jusqu'à nos jours. Il donne principalement des détails curieux sur les établissements successifs des Portugais, des Hollandais, des Anglais et des Français, et sur l'administration actuelle de la justice dans nos comptoirs de l'Inde.

La deuxième partie, beaucoup plus longue que la première, renferme un grand nombre de chapitres intéressants concernant la religion des Hindous, leur mythologie, leurs lois, leurs moeurs, leurs coutumes, la division de leurs castes et leur chronologie.

_État de la question d'Afrique_. Réponse à la brochure de M. le général Bugeaud, intitulée _l'Algérie_; par M. GUSTAVE DE BEAUMONT.--Paris. 1843. _Paulin_. Brochure in-8 de 32 pages.

Dans le courant du mois de septembre dernier, M. le général Bugeaud, gouverneur-général de l'Algérie, publia une brochure intitulée: _l'Algérie; des moyens de conserver et d'utiliser cette conquête_. M. Gustave de Beaumont pensa que cette oeuvre, à laquelle le poste et le caractère de son auteur donnaient tant de gravité, contenait un certain nombre de propositions, les unes contestables, les autres dangereuses, qu'il importait de combattre avec la plus grande publicité possible. Dans cette conviction, il adressa au rédacteur en chef d'un journal quotidien une série de lettres qu'il vient de réunir en brochure et de publier à la librairie Paulin. Cette brochure ne peut manquer d'attirer l'attention au moment où la Chambre va, par la discussion des crédits supplémentaires et extraordinaires, être saisie de nouveau de la grande affaire de notre établissement en Algérie, «la plus grosse affaire de la France, dit M. Gustave de Beaumont au début de sa première lettre; la plus belle, mais aussi la plus difficile, et sur laquelle s'amassent des orages dont, au lieu de détourner ses regards, il serait plus sage de sonder l'épaisseur.»

Modes.

(Amazone de Humann.--Ombrelle-Cravache de Verdier.)

AMAZONE.

Notre dessin d'amazone est sévère, simple et correct. C'est l'amazone des courses: un habit fermé, sans dentelle et sans fantaisie.

A sa main elle, tient _l'ombrelle-cravache_, nouveauté dont Verdier a fait un ravissant bijou.

Longchamp n'a fait connaître que des chapeaux de paille à rubans frisés, à plumets, et des chapeaux de crêpe délicieusement chiffonnés. C'est chez Alexandrine que j'ai vu ces coquetteries du matin, comprises avec le plus de recherche jeune et distinguée.

Les mantelets noirs sont les premiers qui aient paru. Voici que viennent des mantelets pareils en taffetas de couleur foncée; puis on dit que la dentelle noire, la dentelle blanche et la mousseline blanche viendront comme autant de variétés.

Les taffetas rayés, les grands carreaux, résument la mode des étoiles: des raies plus ou moins larges, des carreaux écossais et des carreaux matelas. Ces derniers sont souvent très-négligés.

Quant au mélange des nuances, il est plus ou moins harmonieux. Les combinaisons les plus heurtées sont approuvées sans paraître bizarres.

TOILETTES D'ENFANTS.

Partout où nous appelle l'enfance, nous trouvons un spectacle pour les yeux, un attrait pour le coeur. Partout les émotions de cette foule naïve nous impressionnent vivement, et l'on ne sait plus où chercher la grâce quand on quitte tous ces visage frais et riants, auxquels on ne demande que de la finesse ou de la bonhomie.

J'assistais un de ces jours derniers à une solennité dont je veux vous rendre compte. Élèves et visiteurs apportaient une égale émotion, car cette fête intéressait tous les assistants, et le coeur des lauréats battait moins fort peut-être que celui des mères glorieuses ou inquiètes.

Tout est disposé pour que le jour d'une, distribution de prix soit solennelle entre tous les jours. L'assemblée, le bruit, les chants, tout doit graver dans ces petits coeurs agités le jour faste ou néfaste où les plus studieux ont été distingués d'entre leurs camarades.

La demi-heure qui précéda le _lever de rideau_ fut employée sans ennui. Moi, futile, j'étudiais _la mode des enfants_ pour venir vous la dire; j'ai pris note de quelques innovations conçues par les mères, pour que la petite fille fût la plus belle comme son frère devait être le plus heureux. Ces jours-là Cornelie se pare de tous ses bijoux!...

La vanité d'une mère, c'est si naturel, si louable! c'est la seule qu'on avoue, dont presque, on se vante; aussi, je devinai les mères à leur émotion, au regard tremblant qui suivait le vainqueur recevant sa couronne; couronne que le temps n'attaque pas, triomphe que l'envie ne conteste pas, succès que ne suit pas la chute. La belle gloire, enfants, que celle du travail! les beaux lauriers que ceux du collège! gloire sans déception, lauriers sans poison.

La douce joie que celle des mères!

On n'espère jamais si bien en l'avenir qu'au moment où l'on sort d'une distribution de prix.

Jetons un coup d'oeil d'examen, non pas sur les combattants, mais sur la galerie. Fête de famille, les enfants de deux ans n'y étaient pas déplacés. Une jolie créature, habillée de cachemire blanc, avec des manches courtes et un corsage décolleté, étalait ses petites grâces, en agitant des bras potelés et une tête d'ange pour animer une éloquence inintelligible. Son frère, âgé de cinq ans, placé près d'elle, prenant en pitié son ignorance du monde, lui imposait silence, tout en réclamant sa part d'un sac de friandises avec lequel la mère avait espéré acheter leur silence.

Deux jolies petites filles de sept à huit ans avaient des pardessus en taffetas écossais, des robes de mousseline blanche et des pantalons de batiste. Elles étaient coiffées de chapeaux de paille à rubans écossais.

Une jeune fille de douze ans, en robe de barège lilas, avait un camail de mousseline blanche et un chapeau en paille de riz, en capote, avec la coiffe et des brides blanches.

Deux enfants très-beaux, frère et soeur, avaient, dans leurs toilettes différentes, tout le rapport que l'on peut conserver entre l'habit d'un garçon et une robe. Leur taille, exactement semblable, faisait présumer que leur âge était le même; dans cette similitude de costume, on devinait la complaisance maternelle à confondre deux jumeaux. La petite fille avait une robe de nankin, serrée à la taille par une cordelière; ses manches plates jusqu'un peu au-dessus du poignet, laissaient sortir une manche de mousseline, qui s'échappait en plis nombreux jusqu'à la main, où la retenait un poignet brodé. Une guimpe de mousseline couvrait sa poitrine au-dessus de la blouse demi-décolletée. Son frère portait un petit habillement en nankin, également attaché autour de la taille par une cordelière; mais ses manches, au lieu d'être plates, étaient fendues à la grecque et sa chemisette entourait le cou d'un col de batiste rabattant. Sur le chapeau de la petite fille était posée une guirlande de petites fleurs; son frère avait un chapeau de bateleur en paille cousue.

Nous donnerons dans notre prochain numéro un costume d'enfant que nous sommes obligés d'ajourner faute d'espace.

Omnibus nouveau modèle.

Sous aucun rapport les omnibus ne peuvent rester stationnaires; ils circulent et se perfectionnent toujours. Depuis leur première apparition sur les boulevards, que de pas, que de progrès n'ont-ils pas faits! D'abord lourds, massifs, durs, traînés péniblement par trois chevaux, ils se sont ensuite rétrécis, amincis, en devenant plus élégants et plus doux, ils approchaient de la perfection, mais ils ne l'avaient pas encore atteinte, Grâce à M. Malen, le public n'aura plus désormais aucune amélioration à leur demander. Pendant de nombreuses années, ils auront beau courir, qu'on nous permette cette innocente plaisanterie, ils ne pourront plus avancer.

En effet, le nouveau modèle qui est sorti des ateliers de cet habile carrossier, et qui circule depuis quelques mois sur les boulevards, semble remédier à tous les inconvénients passés, présents et futurs; il est moins lourd et, par conséquent, plus _roulant_ que les anciennes voitures. Des ressorts à pincettes, d'invention récente, donnent à la caisse une élasticité qui empêche les cahots de se faire si cruellement sentir. Les banquettes, partagées en stalles, ne permettent plus aux voyageurs mal élevés et méchants (pourquoi le nombre en est-il si grand?) de tourmenter leurs infortunés compagnons de route. Cependant il n'y en a que dix. On a eu le soin de laisser de chaque côté, près de la porte d'entrée, un espace vide pour les personnes dont le poids dépasse 150 Kilog. Les lanternes ont été placées de manière à mieux éclairer l'intérieur de la voiture. Enfin, on y entre en marchant debout, sans avoir besoin de se baisser, de se plier en deux, ce qui est toujours aussi disgracieux qu'incommode; par conséquent, on n'y court plus le risque d'y casser à chaque voyage son chapeau ou sa tête.

Vers la fin de ce mois, dix voitures semblables au modèle qui circule sur les boulevards, et dont les deux planches ci-jointes représentent, l'une le profil et l'autre l'entrée, desserviront la ligne de la barrière Blanche à l'Odéon. Espérons, dans l'intérêt général, que les autres administrateurs des voitures de transport en commun, ne tarderont pas à suivre l'exemple que viennent de leur donner M. Feuillant et Moreau, gérants de l'entreprise des Omnibus.

Rébus

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS. Chacun s'abonnera, j'en suis sûr, à _l'Illustration._

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