L'Île du Levant

Part 2

Chapter 23,491 wordsPublic domain

De retour de ce petit voyage je tâchai de trouver partout des renseignements sur le passé de l'île du Levant.—Voici le résumé de mes résultats:

«La rangée des _îles d'Hyères_[1], dit Adolphe Joanne dans son guide d'Hyères, est composée de trois îles principales et de quelques îlots[2]. Ce sont les anciennes Stœcades des Grecs. A l'époque de la Renaissance, on désignait l'archipel par le nom poétique d'_Îles d'or_, très probablement parce que sous l'influence des études classiques et par une allusion instinctive au groupe des terres Fortunées, on plaçait dans les îles d'Hyères les orangers qui entouraient la ville. C'est d'ailleurs là une idée qui n'a pas encore été dissipée complètement souvent on attribue par erreur le climat et les productions de la campagne d'Hyères à cet archipel exposé à toutes les fureurs du mistral. Elles sont très faiblement peuplées, bien qu'elles possèdent d'excellents ports, des vallons fertiles, des emplacements favorables à l'établissement d'usines diverses; elles sont rarement visitées, en dépit de leurs sites charmants.

»L'île de _Porquerolles_« la plus connue et la plus peuplée des trois grandes îles, tire son nom des sangliers qui peuplaient autrefois ses forêts. C'est l'ancienne _Porté_ (première). Elle a 8 kil. de longueur sur 2 kil. de largeur et compte environ 300 habitants. Porquerolles est presque entièrement couvert de bois de pins et de chênes, et n'offre guère de clairières que sur le versant septentrional de l'île. Les maisons du hameau principal (hôtel restaurant du Progrès) sont groupées au pied de la citadelle, sur les pentes d'un monticule qui domine une petite crique semi-circulaire exposée au vent du nord. Le phare, dont le feu fixe à éclat brille jusqu'à 36 kil., est situé sur une autre colline (83 mètres) presque directement au sud. Les constructions de la fabrique de soude, où travaillent plus d'une centaine d'ouvriers, occupent un charmant vallon près de la pointe occidentale de l'île[3].

»L'île de _Port-Cros_ (Port creux), l'antique _Mezé_ (île du milieu) est située exactement en face du cap Bénat; sa longueur est de 4 kil., sa longueur de 2 kil. 1/2. C'est la plus sauvage des trois îles de l'archipel. La colline du vieux sémaphore qui porte une vigie fortifiée, s'élève à 197 mètres. La population ne dépasse pas 20 à 25 habitants. Il s'y trouve aussi à l'est une fabrique de soude.[4] Le gibier abonde à Port-Cros ainsi que dans l'îlot de Bagaud, à l'Ouest, que l'on a récemment fortifié.

»L'île du _Levant_ ou du _Titan_, appelée aussi _Cabaros_ dans les anciens titres, est l'antique Hypœa (inférieure) des Grecs. Ses dimensions sont à peu près les mêmes que celles de Porquerolles. Les collines dont la plus haute, les Pierres Blanches, s'élève à 129 mètres, sont presque entièrement couvertes de bois. Une colonie de plus de 100 jeunes détenus y a été fondée. A l'extrémité orientale de l'île se trouvent un phare à feu fixe de troisième ordre, d'une portée de 27 kil., et les restes de l'ancienne _tour du Titan_. L'île du Levant est la plus remarquable de l'Archipel par ses curiosités minéralogiques: grenats, tourmaline, asbeste, etc.»

Nous citerons maintenant quelques passages tirés du remarquable ouvrage d'Amédée Aufauvre, intitulé Hyères et sa Vallée, édité chez Hachette, et dans lequel il parle de l'île du Levant en ces termes:

«Son nom indique sa situation. Autrefois cette île portait le nom de la tour antique dont les vestiges gardent encore le nom primitif de Tour du Titan. Sa longueur est de 8 kilomètres sur une largeur moyenne de 1 kilomètre et demi.

»L'île du Levant dispute à Porquerolles l'honneur d'avoir servi de retraite à Théodore, évêque de Fréjus, après avoir été moine dans le couvent de Saint-Honorat de Lérins. C'est aussi dans l'île du Levant que se réfugia le _Monge_ des îles d'Or.

Quoique la plus grande, quoique son sol soit moins accidenté que celui de ses voisines, l'île du Levant possède encore moins d'habitants que Port-Cros bordée d'écueils, moins fertile que Porquerolles. Cette île est celle qui présente le plus d'intérêt au point de vue zoologique et végétal.

»Elle fut celle sur laquelle les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem paraissent avoir eu des projets d'établissement.

»Entre l'île du Levant et Port-Cros il n'y a pas plus de 3 kilomètres[5], mais de la plage d'Hyerès la distance est évaluée à 25 kilomètres.[6]

»A l'île du Levant on trouve à peu près tous les sols et toutes les végétations particulières à l'Archipel, les oiseaux et les quadrupèdes n'offrent pas beaucoup de variantes. Mais, ce qui donne un intérêt particulier à ce territoire, c'est la présence des roches granatifères, de l'andalousite, de toutes les variétés de la tourmaline, gisements d'amiante, de titaniate de fer etc., et surtout la collection complète de la flore particulière au climat de la contrée.»

Nous trouvons encore à l'île du Levant les ruines d'un ancien château maure, construit pendant l'occupation des montagnes de Provence de 889 à 975 par les Maures. Donc le _Castellas_ remonte au moins au Xe siècle. Ce château est bâti sur la crête d'un rocher escarpé, situé à peu près au milieu de l'île du côté nord. On y trouve encore des oubliettes.

Les Bénédictins occupèrent l'île du Levant au XVe siècle et en défrichèrent une grande partie.

Au vallon du Javieu on voit encore leur couvent en ruines.

On retrouve près de la tour du Titan une aire construite par eux pour battre le blé.

Sous Louis XIV, les îles d'Hyères furent érigées en marquisat des îles d'or.

En 1835, l'Etat vendit les trois îles à un particulier qui, lui les revendit séparément.

M. le comte de Pourtalès acheta plus tard l'île du Levant, et obtint l'autorisation d'y installer un pénitencier de jeunes détenus, y planta 65 hectares de vignes et construisit énormément. Ce fut lui qui fit de l'île du Levant une véritable colonie. A sa mort en 1878, l'île fut mise en vente et M. Philippart l'acheta avec l'intention d'y faire des primeurs et de la vigne.

Nous ne pouvons mieux faire ici, que de citer quelques passages d'un article que l'honorable M. Nardy, horticulteur à Hyères, inséra, en 1878, dans les colonnes du _Littoral méditerranéen_.

»Au sud-est de l'immense rade d'Hyères surgit l'île du Levant, la plus étendue de quatre formant le groupe des îles d'Hyères.

»Sa surface est de 1,300 hectares environ. De l'est à l'ouest dans sa traversée qui est de beaucoup la plus longue, une crête partage l'île en deux versants nord et sud. Ce dernier est heureusement plus étendu que l'autre. Des vallonnements en pentes douces presque partout, accidentent les versants. Quelques-uns de ces vallonnements courent d'un versant à l'autre. L'âme de l'île est généralement le schiste tendre et et friable comme il en est pour les côteaux du continent voisin.

»Partout, même au haut des côtes, ce schiste est recouvert d'une bonne couche de terre. Cette couche est très profonde au fond des vallonnements où les siècles ont accummulé l'humus. Sur une grande partie du sud-est de l'île, la terre des pentes et des fonds est heureusement mêlée d'argile, ce qui la rend plus consistante et plus favorable encore à la végétation. Celle-ci au reste est partout belle.

»L'île du Levant est depuis peu passée des mains de M. le comte de Pourtalès en celles de M. Philippart.

»Sous la possession de M. le comte de Pourtalès, une colonie pénitentiaire de jeunes garçons existait à l'île du Levant. Loin du contact des habitants du continent, cette colonie n'en était pas moins paraît-il, le repaire du vice croissant avec l'âge. Elle eut, il y a quelques années, une révolte sinistre. C'est que, soit dit en passant, quoique ses jeunes habitants fussent quelque peu occupés aux travaux des champs, travaux des plus moralisateurs pour les jeunes êtres dévoyés, ces êtres mal guidés, subissaient de plus une direction arbitraire, sans fermeté, l'opposée de celle qui, inspirée des sentiments élevés et généreux du père de famille, fait de l'enfant un homme et non un forçat de l'avenir.

»Il n'y a plus de colonie pénitentiaire à l'île du Levant.

»Nous y venions en promeneurs: nous avions ouï dire que le nouveau propriétaire comptait faire sur ce vaste domaine d'importantes cultures de primeurs. Il faut l'avouer, nous avions les oreilles quelque peu pleines de récits sur l'aridité de l'île, sur le peu d'abris qu'elle présenterait, etc. Nous nous étions dit toutefois: A l'île du Levant comme partout ailleurs, un bon cultivateur saura trouver bonnes les terres. Aujourd'hui, après avoir vu, nous disons:

»La végétation indigène, pins d'Alep, arbousiers très forts bruyères en arbre, lentisques, chênes-verts, cistes etc., qui luxuriante, couvre partout le sol, prouve la bonté de celui-ci. Les quarante à cinquante hectares de vignes plantées par M. de Pourtalès ont jadis, quoique insuffisamment soignées et fumées, émis une vigoureuse végétation. Aujourd'hui le phylloxera les a partout envahies, et si elles ne sont mortes encore, nous ne croyons pas cependant qu'elles se rétablissent.

»L'honorable directeur de la colonie agricole commencée à l'île du Levant par le nouveau propriétaire, a bien voulu nous accompagner dans notre excursion à travers l'île. L'excursion est longue, mais elle est intéressante; aussi, malgré une chaleur tropicale, la mer, très calme, nous envoyait à peine une bien légère brise, le charme éprouvé par les yeux empêchait de songer à la fatigue. Le terrain se prépare déjà à la culture au fond de nombreux vallons sur le versant sud. Les uns sont inclinés aux sud-est et les autres au sud-ouest mais tous sont dominés par des crêtes boisées abritant des vents du nord-ouest et de l'est, seuls violents et nuisibles dans l'île. Chaque vallon possède de l'eau de source, et les travailleurs qui préparent le sol à diverses cultures n'oublient point de préparer en même temps la captation et l'emmagasinage des eaux qui servent déjà à l'homme et qui arroseront plus tard les cultures.

»Les vallonnements des versants, de celui du sud surtout, qui, nous le répétons, est heureusement bien plus étendu en surface que le versant nord, se prêtent admirablement aussi à la création de barrages élevés, d'où l'eau, emmagasinée en hiver, pourra fertiliser, en été, de bien intéressantes cultures sur de considérables surfaces. Nous ne croyons pas exagérer en disant que l'eau des sources et celles des barrages qui peuvent être successivement établis, viendraient, étant intelligemment distribuée, à arroser au moins 150 hectares. Combien une telle surface, sous un tel ciel, ne produirait-elle de beaux et d'intéressants produits primeurs, plus précoces encore que ceux des côtes si privilégiées pourtant du continent voisin! Nous disons plus précoces, et cela nous semble pouvoir être affirmé. Sur la côte, les vents du nord, et aussi les courants venant des contreforts des Alpes ou des cimes neigeuses de l'Esterel, amènent parfois en hiver, des refroidissements nuisibles à la végétation. À l'île du Levant, comme il en est au reste aux autres îles de la côte, ces refroidissements sont moins sensibles. L'eau qui entoure le sol de toutes parts d'un élément à température uniforme, empêche ou modifie très heureusement dans toutes les îles, les brusques passages de la chaleur au froid, passages venant du continent, et que nous subissons. Du reste, des cultures de primeurs commencées depuis quelques années à l'île de Porquerolles, voisine de l'île du Levant, nous montrent une précocité avantageuse sur celle obtenue sur nos côtes. Nous parlerons un jour aussi de l'île de Porquerolles, non moins intéressante que celle du Levant.

»Les cultures arrosées de l'île du Levant devront être toutes complantées d'arbres fruitiers, des espèces abricotier, cerisier et pêcher, en se bornant bien entendu et à peu près exclusivement aux variétés précoces. Le produit de ces plantations sera assurément très rémunérateur. Sous les arbres viendront bien les cultures de petits pois et de pommes de terre, cultures rarement arrosées, et celles du haricot de printemps et d'automne, qu'il faut toujours arroser. Partie de ces terres arrosées pourra aussi, mais sans autres cultures sur le sol, dès que les arbres commenceront à produire, être couverte de plantations d'orangers et surtout de citronniers. Les produits assurément vaudront ceux de l'Italie et de l'Espagne.

»Les plateaux et les sols pentifs de l'Ile du Levant sont tous très propices à la culture de la vigne. Il y a un certain nombre d'années, alors que l'île appartenait à M. le comte de Pourtalès, des vignes à vin furent plantées au nord-ouest et à peu de distance de la colonie pénitentiaire et d'exploitation; cette partie de l'île n'est pas la mieux abritée et d'autre part le sol particulièrement schisteux n'a point été profondément défoncé. Cependant nous avons vu une bonne partie de ces vignes montrer encore des preuves d'une végétation jadis belle; malheureusement le phylloxera, cet infiniment petit qui se moque si bien des prohibitions émanées du cerveau des savants de cabinet, a pénétré dans l'Ile du Levant et toutes les vignes sont envahies. Le sulfure de carbone, la panacée officielle qui devait anéantir à jamais le nouvel ennemi de nos vignes a été appelé à l'Ile du Levant. Là, comme ailleurs il a fait merveille. Il a été appliqué par des travailleurs, officiels comme lui, délégués, à cet effet, par la compagnie P. L. M. Armés de leurs instruments connus, ils ont pendant tout l'hiver dernier et jusqu'en mars et avril, administré le sulfure de carbone dans toute l'étendue des vignes.

»Le principal résultat obtenu est la suppression de toute récolte; nous avons pu voir, en promenant longuement dans les vignobles, des parties étendues où les ceps relativement vigoureux encore portent, à la base de leurs sarments, les vestiges de formes de raisins; mais, à l'époque de la floraison et même avant, ces formes ont été annihilées.

»Un autre effet de l'application du sulfure de carbone ne se montre que trop largement sur les surfaces où le remède a été employé en fin de saison; là, les ceps les plus malades ont été tués par le remède. Au moment de l'élan de la végétation, ils ont commencé d'émettre quelques nouvelles pousses bientôt mortes en roussissant comme si elles eussent été atteintes par un corrosif. Quand nous les voyions, courant juillet, quelques-uns de ces ceps montraient toutefois de naissants et bien chétifs bourgeons. Assurément le volatile poison commençait à disparaître du sol et les ceps vivants encore s'empressaient de le constater.

»M. le Directeur de l'Ile du Levant avait eu soin de donner aux vignes sulfurées la distribution d'engrais religieusement recommandée au reste par les hauts et savants patrons du sulfure. Comptant sur la richesse apportée au sol par cette distribution, le directeur a essayé, ça et là, dans les parties où les ceps sont, entre lignes, largement espacés, des semis de pommes de terre, petits pois et haricots. Partout ils ont germé, mais, malgré les bienfaisantes pluies exceptionnellement prolongées, cette année, dans nos régions, c'est à peine si quelques-uns ont continué leur végétation. Là encore le sulfure a fait merveille.

»Jamais il ne nous avait été donné de rencontrer une constatation aussi irréfutable des dangers de l'emploi de cet insecticide qui, ainsi que d'autres que nous avons connus, réduit l'insecte à la famine en détruisant la plante qui le nourrit.

»Jusqu'à quand demanderons-nous encore ou serons-nous même forcés de demander la guérison de nos vignes à des insecticides? Les plus vantés, les plus officiels non plus que les prohibitions administratives n'empêchent point le phylloxera de continuer ses ravages et de les étendre chaque année en de nouvelles régions. Bien plus, comme nous venons de le constater dans les vignobles de l'Ile du Levant, ainsi que l'ont fait ailleurs des praticiens autorisés, l'un de ces insecticides, le plus vanté, le plus officiel de tous tue la vigne plus sûrement que le phylloxera.

»Jusqu'à quand voudra-t-on, sur trop de parties des régions viticoles, s'obstiner à repousser les vignes américaines qui, elles, nous sont offertes par la nature comme la base sûre de la reconstitution des vignobles détruits par le phylloxera.

»Nous voudrions qu'il fut donné aux vignerons, aux bons paysans de certaines régions viticoles où règne le phylloxera, régions où l'on impose le sulfure comme remède, tout en interdisant l'entrée des cépages américains, de voir, dans l'Hérault, dans les Bouches-du-Rhône, dans le Var et autres départements voisins, des vignobles splendides reconstitués avec les vignes américaines. Nous croyons bien que protecteurs des insecticides et prohibiteurs des cépages américains auraient fort à faire à se justifier ensuite auprès de ces paysans.

»Dans les départements dont nous parlons, l'insuffisance, nous dirons presque l'innocuité des insecticides n'est plus contestée par personne; la résistance, la luxuriante végétation de beaucoup de cépages américains, la belle production directe de quelques-uns sont prouvées, depuis plusieurs années, par d'importantes plantations en pleines régions phylloxerées. Des viticulteurs des plus autorisés, membres honorables de nos Parlements, remplissent un patriotique devoir en présentant au gouvernement les cépages américains comme le moyen à la fois unique et sûr de reconstituer nos vignobles. Espérons que leur voix qui est celle de la vérité ne tardera plus à être entendue. Espérons aussi que la Compagnie P. L. M. qui, croyant jadis à la puissance insecticide du sulfure de carbone, s'est dévouée à en propager l'emploi, voudra bien, aujourd'hui que l'inefficacité du sulfure est prouvée, accorder aide à la propagation des cépages américains. De la largeur et de l'activité de cette propagation dans les départements méridionaux partout phylloxerés dépend la prompte et indispensable reconstitution d'une triple source de richesse pour la France, pour ces départements, et pour les entreprises de transport. Il faut que les plants de Jacquez et de quelques autres variétés américaines bien connues de cépages à vin, dits à production directe, et que ceux d'autres variétés également américaines, précieux porte-greffes pour nos vignes françaises, puissent non-seulement être répandues partout où besoin est, mais aussi que leur prix d'achat soit mis à la portée de toutes les bourses.

»Au gouvernement, aux assemblées départementales, aux associations diverses, et aux compagnies de transport intéressées incombe la mission de poursuivre la propagation et l'abaissement des prix des cépages américains.

»A l'île du Levant, que nous quittons, nous recommandons particulièrement de planter des cépages américains porte-greffes, tels que _Taylor_, _riparia_ et quelques autres également rustiques sur lesquels il faudra greffer le chasselas de Fontainebleau et le Lignan blanc ou Joanenc charnu pour la production du raisin de primeur à exporter. Sur les terrains de l'île, sous son climat et à ses expositions si favorisées, ces vignes de raisins de table donneront un revenu exceptionnellement rémunérateur.»

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Plus récemment, l'_Illustration horticole_ publiait la notice suivante de notre célèbre botaniste J. Linden.

NOTICE SUR L'ILE DU TITAN OU DU LEVANT.

L'île du Titan est la plus orientale et la plus grande des îles d'Hyères, les _Stœchades_ des anciens. PLINE raconte qu'on y faisait depuis la plus haute antiquité la pêche du corail, dont les Gaulois ornaient leurs épées et leurs boucliers. DIOSDORIDE les appelait _Stichades insulae_ du nom d'une herbe aromatique très abondante dans ces îles, le _Sticha_, qu'il indique comme étant une espèce de Thym; probablement le _Lavandula υπο Stœchas_. A la renaissance, les trois îles principales de Porquerolles, Port-Cros et Titan étaient connues sous le nom poétique _d'îles d'or_, sans doute à cause de l'éclat que jettent leurs rochers de mica-schiste. Quelques auteurs modernes leur ont maintenu cette dénomination.

Avant l'ère chrétienne, ces îles étaient visitées par les Phéniciens et les Phocéens, qui y formèrent des établissements. Les Romains s'y installèrent à leur tour. Pendant les premiers siècles du christianisme, les pieux cénobites de Lérins cherchèrent un refuge à l'île du Titan.

Les Maures vinrent ensuite s'installer dans cette île, d'où ils ravagèrent toute la côte provençale. Ils en furent définitivement chassés sous le règne de FRANÇOIS I. En 1549, HENRI II érigea l'île du Titan en marquisat, en faveur de CHRISTOPHE, comte de Roquendorf, baron de Molemburg. NAPOLÉON y fit construire le fort des Arbousiers aujourd'hui déclassé. Depuis, l'île a appartenu à divers propriétaires dont un des derniers, le comte DE POURTALÈS y fit exécuter de grands travaux et y établit un pénitencier et des plantations de vignes d'une grande étendue. Un seul clos entouré de murs a une contenance de cent hectares. L'île appartient depuis quelques années à M. ÉDOUARD OTLET, gendre de l'auteur de cette notice.

L'île du Titan a une superficie d'environ 1,400 hectares, son sol est montagneux, très élevé dans les parties septentrionales et s'étendant en pente vers le midi. Dans la partie orientale, on rencontre, sur les hauteurs, des dépressions de terrain qui se transforment plus bas en vallons parfaitement abrités et couverts d'une épaisse végétation, tels sont les vallons du Serpent, du Javieu, du Cagnet et du Titan. À l'abri du mistral et du vent d'est, qui sévissent avec violence sur les crêtes de l'île, ces localités jouissent d'une température semi-tropicale, particulièrement propice à la culture des Palmiers et autres plantes des régions chaudes du globe. Ce sont ces vallons, où jamais le thermomètre n'est descendu à zéro, qui ont été choisis pour y établir les grandes cultures que la Compagnie Continentale d'Horticulture se propose de créer dans le midi. Au fur et à mesure que les terrains seront défrichés et défoncés à une certaine profondeur, ils seront livrés à la culture et de grandes plantations de Palmiers appartenant aux genres Areca, Brahea, Chamaerops, Cocos, Kentia, Livistona, Phoenix, etc., y remplaceront la végétation primitive. Quelques parties particulièrement chaudes seront réservées pour l'acclimatation de certains arbres fruitiers exotiques et dans les dépressions des hauteurs s'établiront les grandes cultures de Rosiers, de Gardenia et autres plantes à fleurs destinées à alimenter le nord pendant les périodes d'hiver. Les fleurs n'y seront pas exposées, comme à Cannes et à Nice, aux gelées qui font manquer si fréquemment leur récolte.