L'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine
Chapter 2
Autant l'apparition de Confucius, à la même époque qui fut celle de Çàkya-mouni et de Pythagore[31], semble une résultante logique des faits qu'on nous rapporte sur les siècles antérieurs au sien, autant la présence dans cette même région d'un génie aussi pénétrant et aussi original que le fut Lao-tse me paraît difficile à comprendre avec les données que nous possédons jusqu'à présent sur l'état évolutif de la Chine antique.
J'avais, en conséquence de cette considération, supposé à priori durant la première période de mes études sur le Taoïsme, l'existence en Chine d'une philosophie absolument distincte de l'enseignement moral et socialiste de Confucius, philosophie qui aurait vu le jour aux époques dites préhistoriques de la civilisation chinoise. De patientes recherches dans les textes originaux et dans les écrits de plusieurs sinologues autorisés ont eu pour résultat de me convaincre que mon hypothèse relative aux origines du Céleste-Empire répondait à une réalité historique. Je n'ai donc plus aucune hésitation à soutenir désormais que la philosophie taoïste a été la conséquence d'un labeur intellectuel dont les premières manifestations se perdent dans la nuit des temps ou ont été du moins fort antérieures au VIe siècle avant notre ère.
De longs développements et l'énumération d'une foule de petits faits qui ne peuvent guère intéresser que les spécialistes seraient nécessaires pour établir la doctrine que je professe aujourd'hui sur les débuts du Taoïsme et sur les efforts de pensée qu'il a fallu accomplir en Chine pour rendre possible l'apparition dans ce pays d'un homme de la trempe de Lao-tse. On me pardonnera de ne pas entreprendre un tel déploiement d'érudition dans une conférence où je ne me suis proposé en somme qu'un seul but, celui de démontrer que non seulement les Chinois croyaient en Dieu, mais en plus qu'ils avaient énoncé sur l'existence de Dieu des idées d'une remarquable portée et dignes à tous égards de la respectueuse sollicitude des chercheurs du monde contemporain.
Je ne m'occuperai donc point ici des précurseurs de Lao-tse sur lesquels on commence seulement à réunir quelques indices qui ont besoin d'être examinés de très près et discutés avec connaissance de cause avant qu'on soit en droit d'en faire un usage sérieux pour l'histoire de la philosophie chinoise. Je me bornerai à parler du Taoïsme tel qu'il résulte de l'étude de son livre canonique, le _Tao-teh King_. Cet ouvrage d'une valeur considérable, mais dont l'intelligence présente d'énormes difficultés, a été déjà l'objet de plusieurs traductions en langues européennes. Toutefois, si le proverbe _traductore traditore_ est souvent vrai, je n'hésite pas à déclarer qu'il l'est d'une façon tout à fait exceptionnelle lorsqu'on l'applique à l'oeuvre de Lao-tse. Malgré le profond respect que je professe pour les connaissances sinologiques de mon ancien maître Stanislas Julien, l'un des deux premiers traducteurs du _Tao-teh King_[32], j'ai le devoir de dire qu'il n'a pas compris les parties essentielles de la grande oeuvre de l'illustre contemporain de Confucius, de cet homme extraordinaire qu'un savant orientaliste anglais, M. Chalmers, n'a pas hésité à placer au premier rang des philosophes de la Chine antique[33].
Pauthier, le concurrent malheureux de Stanislas Julien, qui avait traduit quelques années avant celui-ci le livre fondamental du Taoïsme[34], connaissait insuffisamment la langue chinoise, mais il n'était pas à beaucoup près un homme sans talent, et en maintes circonstances il suppléa par son esprit éclairé à l'insuffisance de son savoir, au point de vue philologique. S'il n'a pas compris lui non plus dans son ensemble l'oeuvre de Lao-tse, il a su du moins lui donner une apparence acceptable en certains endroits dont l'énoncé semble révoltant dans la version de son savant rival. De graves divergences ont déjà été formulées sur les essais de ces deux érudits[35]. Toutefois la valeur exceptionnelle du texte antique qu'ils avaient eu l'intention de faire connaître au monde européen et qui est encore aujourd'hui assez médiocrement connu, mérite que ces critiques soient reprises en sous-oeuvre et même longtemps discutées avant qu'une traduction acceptable puisse enfin être mise au jour.
Un orientaliste de mérite, Abel-Rémusat, maître de Stanislas Julien, s'était lui aussi occupé du _Tao-teh King_[36] sur lequel les travaux des anciens missionnaires de Péking[37] avaient appelé tout particulièrement son attention. Faute de pouvoir lire et comprendre les nombreux commentaires composés d'âge en âge par les Chinois pour faciliter l'intelligence de ce livre, il s'était trouvé hors d'état d'y découvrir les importantes idées qu'il renferme. Il se livra donc à des observations enfantines sur quelques passages où l'on avait cru découvrir des rapports entre l'enseignement taoïste et la religion juive. Parmi ces observations, l'une d'elles provoqua avec raison les remontrances de son élève Stanislas Julien, qui en fit justice dans la préface de son livre. Je veux parler de l'identification du nom de _Jehovah_ avec trois particules contenues dans un des chapitres du _king_ ou texte traditionnel de Lao-tse[38].
On me pardonnera, je l'espère, si j'ai cru utile de donner ici ces explications presque exclusivement bibliographiques, avant de parler des passages du _Tao-teh King_ qui nous permettent de discuter la question de savoir si les adeptes de la doctrine du _Tao_ doivent être considérés comme des athées, ou bien comme des déistes. Dans ce dernier cas, dont j'ai la prétention d'établir l'exactitude, il y aura lieu de déterminer à quel genre de déistes appartenait Lao-tse. J'insiste sur cette déclaration, car je tiens essentiellement à soutenir que les prétendus sectateurs de ce puissant génie n'ont plus que quelques rares rapports logomachiques avec l'enseignement de celui qu'ils appellent leur Maître. C'est pour ce motif que j'ai jugé indispensable de faire usage du mot _Taosseisme_ pour désigner la religion de ces derniers et ne pas la confondre avec la philosophie originale et si remarquable du _Tao_ que je nomme _Taoïsme_.
La question que je désire discuter dépend du sens qu'il convient d'attribuer au _Tao_, expression fondamentale sur laquelle repose la doctrine de Lao-tse. J'ai consacré à l'examen de ce mot un chapitre entier d'un ouvrage que j'ai publié sur cette antique doctrine de la race Jaune[39]. Je résumerai mes recherches aussi brièvement que possible pour arriver aux conclusions que j'ai en vue, sans abuser outre mesure de votre bienveillante attention.
Si l'on cherche le sens de ce mot _Tao_ dans les dictionnaires chinois composés pour l'usage des Européens, on trouve qu'il en a plusieurs et de fort distincts, ce qui en rend l'interprétation difficile lorsqu'il s'agit de son emploi dans le langage philosophique. Les principaux de ces sens,--ou du moins les plus habituels, sont, «route», «parler» et «doctrine». Stanislas Julien a cru devoir choisir celui de «voie»[40]. Pauthier s'est beaucoup plus rapproché de la vérité en employant celui de «Raison primordiale» ou «Principe suprême»[41]. La signification en langue vulgaire de «parler», l'a fait identifier par quelques auteurs au [Grec: logos] des Néo-platoniciens et celle de «lumière» à la _Bôdhi_ ou «Connaissance absolue» des Bouddhistes. Plusieurs orientalistes[42], et je suis du nombre, n'ont pas hésité à le rendre par «Dieu», dans l'espoir que cette traduction serait, tout bien calculé, moins obscure que celle qui résulterait de longs considérants aussi difficiles à comprendre que le mot «Dieu» lui-même. On doit néanmoins tenir compte, mais avec de grandes réserves, de l'explication suivant laquelle le Tao serait la Raison éternelle, antérieure à Dieu, et sans laquelle Dieu n'aurait jamais pu exister[43]. J'aurais sans doute des remarques intéressantes à vous faire sur cette singulière explication qui révoltera non sans motif plus d'un penseur; mais ces remarques m'entraîneraient trop loin et je dois revenir, sans plus de parenthèses, à la formule de l'idée de Dieu, suivant la doctrine de Lao-tse, telle qu'elle s'est présentée à mon esprit après plusieurs années d'étude du _Tao-teh King_ et des travaux de ses commentateurs les plus autorisés. Faute de pouvoir vous présenter aujourd'hui mes idées avec tous les développements voulus, je me bornerai à vous dire que je ne puis pas admettre que le _Tao_ de Lao-tse soit quelque chose d'autre que Dieu et qui ait précédé la manifestation de la divinité. Seulement il s'applique à la conception d'un Dieu d'une nature non seulement immatérielle, mais indéfinissable. Lao-tse s'exprime à cet égard de la façon la plus formelle: «Le Dieu qu'on peut définir, dit-il, n'est pas le Dieu absolu (en chinois: _Tao ko tao, feï Tchang Tao_.)»
En d'autres termes, nous ne pouvons avoir qu'une simple intuition du Dieu véritable. L'enseignement bouddhique des écoles les plus avancées, en adoptant la même manière de voir au sujet de Dieu, ajoute toutefois que cette intuition peut être de plus en plus complète, de plus en plus suggestive, suivant la mesure dans laquelle nous parvenons par nos efforts à anéantir en nous le sentiment égoïste, le sentiment de notre personnalité, pour nous associer et nous confondre avec le Grand-Tout.
Sans la crainte d'abuser outre mesure de votre bienveillante attention, je vous aurais entretenu d'un autre terme fondamental du Taoïsme, à savoir de la _Teh_ dont le nom figure dans le titre du _Tao-teh King_ de Lao-tse, titre que Stanislas Julien, comme je l'ai dit, a rendu par «le Livre de la Voie et de la Vertu», interprétation que je me refuse absolument à accepter. Je vous ai fourni tout à l'heure quelques explications sommaires au sujet du mot _Tao_. Le mot _King_, qu'on traduit d'habitude par «Livre sacré» signifie, simplement «un écrit traditionnel». Quant au mot _Teh_, il veut bien dire «vertu» dans le langage ordinaire, mais dans celui de la philosophie taoïste, il a une bien autre portée: il y exprime l'élément muable, qui est la seconde caractéristique de Dieu, dont la première est l'immuabilité. En d'autres termes, il désigne l'Activité sélective et le Devenir. C'est seulement, je crois, en raisonnant de la sorte, et nullement avec les arguments dont ont fait usage à ce propos plusieurs orientalistes, que nous pouvons établir l'existence en Chine, dès le VIe siècle avant notre ère, de la notion théologique trinitaire qui nous représente Dieu tout à la fois créateur de l'univers et en voie de se créer lui-même par l'appoint _indispensable_ de l'universalité de ses créatures. Dans une autre occasion, je me propose de démontrer la valeur tout à fait exceptionnelle de cette idée qui se retrouve dans l'antiquité orientale non seulement chez les Indiens (la _trimourti_), mais encore chez d'autres peuples, notamment chez les Japonais, au sein de leur Sintauisme primitif[44].
Malgré l'admirable puissance de sa théorie philosophique, Lao-tse ne devait obtenir d'écho dans les masses ignorantes que lorsque sa doctrine aurait été matérialisée de fond en comble et abâtardie de façon à devenir intelligible pour la foule inculte et à satisfaire ses instincts grossiers. A ce point de vue, il a eu la destinée de tous les grands instituteurs religieux: rien dans la pratique n'a survécu de son oeuvre qu'une grossière et mercantile contrefaçon de son enseignement. N'hésitons pas à le reconnaître avec tristesse: tel est le sort des penseurs qui espèrent trop de la pauvre humanité ou qui, du moins, devancent avec trop de génie le travail lent et sans cesse interrompu de son émancipation. Du moment où la souffrance a été l'apanage de tout ce qui vit, il était inévitable que l'homme qui souffre ait la velléité de croire à un être de sa propre nature, mais plus puissant que lui, auquel il puisse demander de mettre un terme à ses maux et parfois même de lui accorder des jouissances ici-bas. Quelque soit l'état de son esprit, il ne peut s'abstenir d'invoquer pour son service et ses besoins un ou plusieurs magots fabriqués à son image. De grands progrès intellectuels devront être accomplis avant qu'on puisse retirer aux malheureux la douce illusion de la prière et le droit de pousser le cri qui échappe sans cesse, aussi bien aux savants qu'aux ignorants, aux forts et aux faibles d'esprit: «Ah! mon Dieu.»
Au début de cette conférence, j'ai signalé les graves inconvénients qui résultent de l'emploi insuffisamment réfléchi du mot «athée» pour désigner un individu et bien plus encore pour qualifier une race ou une fraction quelconque de l'humanité. Il n'est pas moins fâcheux de soutenir qu'un peuple est supérieur ou inférieur parce qu'on l'a qualifié plus ou moins à la légère de monothéiste, de polythéiste, de panthéiste, de fétichiste ou d'idolâtre. Le monothéisme est parfois la conséquence d'un puissant et splendide travail intellectuel; parfois aussi, il n'est rien de plus que la résultante d'un défaut d'imagination. Le Déisme est, sans aucun doute, une très haute conception de l'homme supérieur, mais alors seulement qu'il répond à la culture d'une idée intuitive dont chaque être a le devoir de provoquer la naissance dans son organisation intime.
Si le temps ne m'avait pas manqué pour soutenir devant vous cette manière de voir, je vous aurais entretenu de l'état déplorablement rudimentaire de l'idée déiste chez de nombreuses populations du globe. Je vous aurais parlé notamment des Coréens qui sculptent à plaisir de petits dieux grotesques sur des bûches de bois et qui les entourent de fleurs et de parfums lorsque le hasard leur fait croire qu'ils leur doivent les faveurs dont ils leur ont adressé la demande en prière. En revanche, lorsque par malheur ces petits dieux de bois ne leur sont pas propices, ils se font une fête avec leurs amis de les démolir à coups de pierre. On ne peut cependant pas dire que ces Coréens sont des athées, puisqu'ils rendent un culte à une foule de divinités de leur invention; mais il me répugne de les compter parmi les déistes pour lesquels toutes les créatures honnêtes et intelligentes doivent professer des sentiments de haute estime et d'inépuisable admiration.
Il est temps de m'arrêter. Je me crois autorisé, en terminant, à soutenir que la civilisation chinoise ne professe pas plus l'athéisme qu'_aucune_ autre des grandes civilisations du monde, et que le Déisme de la Chine, dès la haute antiquité, a même atteint à une hauteur de conception que notre orgueilleuse Europe ne peut guère prétendre avoir sérieusement dépassée. C'est là ce que je tenais surtout à vous dire dans cette petite improvisation.
1: _Taï-kih_, litt. «le grand terme, le grand extrême».
2: En chinois: _pen tchoung_.
3: En chinois: _tchi hoa tchi tchi ye_; _wouh kih hoeï tchi pien_.
4: En chinois: _Taï-Yih ye_.
5: En chinois: _Taï-kih oeï tien-ti weï-fen i-tsien youen-ki oell weï yih_. (Voy. _Peï-wen-yun-fou_, t. CII, _a_, p. 158.)
6: _Tien ti wan-wouh tchi li._ (Voy. _Peï-wen yun-fou_, loc. cit.)
7: Le système des _Leang-i_ se rencontre dans toutes les manifestations religieuses de l'antiquité asiatique. Je crois qu'il y aurait un grand intérêt à l'étudier dans ses rapports avec l'idée trinitaire que j'ai rencontrée jusque dans les îles de l'Extrême-Orient.
8: D'après le _Taï-kih tou-choueh_.
9: Voy. Kouh-liang, Commentaire du _Tchun-tsieou_ «le Printemps et l'Automne» de Confucius, cité par le _Youen-kien loui-han_, t. XII, p. 24, et la mention de ce passage dans ma traduction de _Ni-hon-Syo-ki_, publiée dans la collection des travaux de l'École des Langues Orientales, t. II, p. XXIX.
10: En chinois: _Taï-kih tien ye_.
11: En chinois: _Tien-ki ye_.
12: En chinois: _Tien tchi teh_.
13: En chinois: _Tien tchi kouan_.
14: Voy. le _Tcheou-li mouh-loh_.
15: En chinois: _Tien-tche chi-seng_.
16: Voy. Ho-kouan-tse, _Tien-kouan_.
17: Voy. _Li-ki_, chap. Kioh-li, part. 1.--L'abbé Callery traduit les mots _koueï-chin_, litt. «les Démons et les Génies», par «les Esprits et les Dieux». Il croit pouvoir, de la sorte, constater l'existence du polythéisme dans le Grand-Rituel de l'École dite des Lettrés, et mentionne, sans en indiquer clairement la différence, deux sortes d'êtres surnaturels qui ont droit au culte des hommes. Ce fameux Rituel nous apprend d'ailleurs comment nous devons chercher à obtenir la solution de nos doutes. Il suffit pour cela «de les soumettre au sort; on ne sera jamais induit en erreur(!)». (Voy. _Mémorial des Rites_, p. 5.)--Je ne crois pas aller trop loin en disant que pour bien saisir l'idée des Chinois sur les _chin_ et les _koueï_, il serait nécessaire de produire les définitions des indigènes les plus autorisés relatives à ces deux classes de personnifications métaphysiques de leur panthéon, travail qui ne me paraît pas encore été accompli d'une façon quelque peu satisfaisante.
18: En chinois: _ti_.
19: Suivant l'antique dictionnaire _oell-ya_.
20: Voy. _Peï-wen yun-fou_, t. LXVII, part. II, p. 7.
21: _Li-ki_ (Grand Rituel), chap. _Ming-ling_.
22: En chinois: _Teh hoh tien tche, ching ti_.
23: En chinois: _Teh peï tien-ti, tsaï tching, pouh tsai sse, youeh ti_.
24: En chinois: _Ti tien-chin ye_.
25: En chinois: _Chou-king_ (Bible de l'antiquité chinoise), chap. _Chun-tien_.
26: En chinois: _Youen-tien_.
27: _Taï-yih_, expression que Wells Williams traduit par «the primordial Cause; the ground or reason of». C'est aussi le nom d'une étoile dans la constellation du Dragon.
28: Terrien de la Couperie.
29: _The Sacred Books of China_, part II, Introduction, p. 51.
30: Legge, dans les _Sacred Books of the East_, de F. Max Muller, t. XVI, pp. 1-2 et pass. de l'Introduction jointe à cet ouvrage. Ajoutons que quelques auteurs chinois ont été jusqu'à prétendre qu'on rencontrait dans le _Yih-king_ des traces manifestes de plusieurs grandes vérités scientifiques découvertes depuis par les savants du monde occidental. (_Oper. supr. cit._, p. 54.)
31: Inutile de dire que ces synchronismes ont fait rêver bien des savants et même des penseurs. Je crois néanmoins qu'on ne saurait montrer trop de réserve à adopter les suppositions de quelques orientalistes au sujet de ce siècle considérable dans les fastes de l'humanité intellectuelle, comme par exemple celle qui résulte des ressemblances de noms signalées par le Dr Leitner, de Woking, entre le bouddhiste _Bouddhagoras_ et le philosophe _Pythagore_; etc., etc. (Voy. _Congrès international des Sciences Ethnographiques_, session de Paris, 1878; compte-rendu, p. 307.)
32: Stanislas Julien, _Le Livre de la Voie et de la Vertu_, composé dans le VIe siècle avant l'ère chrétienne par le philosophe Lao-tseu. Traduit en français, et publié avec le texte chinois et un commentaire perpétuel. Paris, 1842; in-8o.
33: Cette opinion est d'ailleurs celle de quelques-uns des plus célèbres écrivains de la Chine. Le grand historiographe Sse-ma Tsien, par exemple, avait plus d'estime pour _Hoang-tao_ (Lao-tse) que pour les six _King_, communément désignés comme les livres sacrés par excellence de l'Ecole de Confucius. (Voy. le P. Prémare, dans les _Annales de Philosophie Chrétienne_ de Bonnetty, sixième série, t. VIII, p. 19.)
34: G. Pauthier, _Le Livre révéré de la Raison suprême et de la Vertu_, par Lao-tseu, traduit en français et publié pour la première fois en Europe, avec une version latine et le texte chinois en regard, accompagné du commentaire complet de Sie-hoëi, d'origine occidentale, et de notes tirées de divers autres commentateurs chinois. Paris, 1838; in-8o (ouvrage dont la publication n'a pas été terminée).
35: Voy. notamment le Dr James Legge, _The Religions of China_, p. 220; Mayers, _The Speculations of the Old Philosopher Lao-tse_, Introduction, p. XI; G. de Harlez, dans les _Mémoires couronnés par l'Académie Royale de Belgique_, 1884; Balfour, _The Divine Classic of Nan-hua_, Excursus, p. xxxv; Callery, dans les _Memorie della R. Accademia delle Scienze_, de Turin, Sciences morales, série II, t. XV, p. 45; Carlo Puini, _Il Buddha, Confucio e Lao-tse_, p. 473; Fr. Neumann, de Munich, _Das Buch von der Kraft und Wirkung_; Chantepie de la Saussaye, _Lehrbuch der Religionsgeschichte_, t. I, p. 253.
36: Abel-Rémusat, _Mémoire sur la vie et les opinions de Lao-tseu_, philosophe chinois du VIe siècle avant notre ère qui a professé les opinions communément attribuées à Pythagore, à Platon et à leurs disciples. Paris, 1823; in-4o.
37: Notamment le P. Amyot, dans les _Mémoires concernant les Chinois_, t. I.
38: Abel-Rémusat, _Libr. cit._, p. 42; Stanislas Julien, _Le Livre de la Voie et de la Vertu_, introduction, p. V.
39: Voy. dans mon _Taoïsme_, chap. V, la définition du Tao et mon article sur la Philosophie du Tao-teh-king, dans les _Mémoires de la Société Sinico-Japonaise_, 1887, t. VI, p. 5.
40: Voy. les motifs allégués par Julien pour traduire le mot _tao_ par «voie», dans son _Livre de la Voie et de la Vertu_, introduction, p. XIII.
41: Voy. Pauthier, _Le Tao-te-king_, p. 5.
42: Notamment M. Victor von Straus, _Lao-tse's Tao-te-king_, 1870.
43: _Lao-tzes Tao-teh-king_, trad. Carus, Introd., p. 13.
44: J'ai réuni les éléments d'un mémoire étendu sur la question de la _Teh_ dans le taoïsme: je diffère cependant sa publication, parce qu'il me reste à lire et à étudier plusieurs ouvrages chinois, notamment l'oeuvre de Sou Tse-yeou, auxquels j'attache la plus sérieuse importance.--Quant à la Trinité du Sintauisme primitif, j'en ai découvert l'existence en préparant ma traduction du _Ni-hon Syo-ki_ (la Bible de l'antiquité japonaise, accompagnée d'un commentaire que j'ai cru devoir rédiger en langue chinoise, ouvrage dont le second volume est sous presse). J'espère avoir le temps d'en exposer un jour le caractère et la haute portée philosophique qui font le plus grand honneur à la civilisation originelle des insulaires de l'Extrême-Orient.