L'Humanité préhistorique

Chapter 8

Chapter 83,180 wordsPublic domain

Au-dessus de deux lits nettement caractérisés de l'industrie magdalénienne séparée de ces dépôts par une bande de limon fluvial jaune, se trouvaient les restes d'une culture à laquelle Piette a donné le nom d'_époque azilienne_. Là se trouvaient des foyers, des amas de peroxyde de fer, de nombreux os de cerf, aucun de renne, des silex taillés du type magdalénien, en grande abondance, petits racloirs arrondis, outils en «lame de canif», des harpons aplatis et perforés en bois de cerf, des poinçons et lissoirs en os, des os brisés constatant la présence dans la région du cerf commun, du chevreuil, de l'ours, du sanglier, du castor, du blaireau, du chat sauvage, etc... Piette rencontra de nombreux galets de schiste portant des marques tracées à l'ocre rouge. Ce dernier fait, bien que très étonnant, se trouve confirmé par des découvertes analogues dans d'autres cavernes, entre autres dans celles de Cousade[108], près de Narbonne, et de la Tourasse[109].

[Note 108: I (1895), 262.]

[Note 109: D'après l'abbé Breuil. Cf. XXVI, 1, 319.]

Dans cette même couche étaient deux squelettes dont nous aurons à parler plus loin, au sujet des usages funéraires.

Au-dessus de la couche azilienne, l'explorateur a rencontré un dernier niveau archéologique renfermant, entre autres instruments, des outils en pierre polie. L'industrie azilienne est donc intermédiaire entre celle des Magdaléniens et la culture néolithique.

Ce n'est pas seulement au mas d'Azil qu'on rencontre les restes de cette industrie; bien des grottes de l'Ariège, de la Haute-Garonne, en contiennent, et si l'on s'en rapporte à la forme des harpons, on retrouve cette même forme dans la Dordogne, et même en Écosse, dans la caverne d'Oban (Argyllshire); mais il serait téméraire d'établir des similitudes reposant seulement sur la forme d'un instrument.

_Industrie tourassienne_.--Parmi les industries mésolithiques, il convient de citer, en passant, l'industrie nommée _tourassienne_, par G. de Mortillet[110], que ce savant archéologue considérait comme l'étape marquant la dégénérescence et l'extinction de l'industrie quaternaire. Il y voyait une époque spéciale dont il croyait retrouver les traces dans toute l'Europe, dans le bassin méditerranéen et jusqu'aux Indes. En réalité, cette industrie ne semble pas correspondre à une culture particulière, mais bien à des besoins spéciaux, mal définis encore, communs à une foule de pays, probablement à des époques diverses, comprenant, semble-t-il, la fin des industries mésolithiques et le commencement de celles de la pierre polie.

[Note 110: _Évolution quaternaire de la pierre_, dans VIII (1897), 24. A. DE MORTILLET, _Les petits silex taillés à contours géométriques_, VIII, VI (1896).]

_Industrie des kjoekkenmoeddings[111] danois_.--Les kjoekkenmoeddings, ou débris de cuisine, sont des buttes de détritus laissés par le populations à proximité de leurs habitations, parfois sur le site même de leur campement. Ces buttes sont de tous les temps et de tous les lieux; en Europe occidentale et septentrionale, au Japon, au Brésil, au Chili, en Patagonie, dans l'Amérique du Nord, on les rencontre sur les côtes; en Égypte ils sont situés dans le désert, à quelques centaines de pas de la zone qu'atteint le Nil dans ses crues. Envisagés dans leur acception la plus large, ces restes de campements appartiennent à toutes les époques, même aux temps modernes.

[Note 111: En danois _kjoekken_ signifie «cuire» et _moedding_ (au pluriel _moeddinger_) «débris».]

En Danemark[112], les kjoekkenmoeddings renferment les restes de la plus ancienne civilisation de la pierre connue dans les régions scandinaves. Ces buttes se sont formées aussitôt que, le pays étant débarrassé de glaces, l'homme en a pu prendre possession. Elles sont, en général, larges de cinq à six mètres, hautes de deux ou trois et leur longueur varie entre vingt et quatre cents mètres; elles se composent d'un amas de coquilles et d'os, restes des produits de la chasse et de la pêche, renferment des silex taillés d'un type spécial, racloirs, tranchets, nuclei, couteaux, perçoirs, etc., des os, des bois de cerf travaillés, et des fragments de poterie grossière. La hache polie fait complètement défaut dans ces gisements qu'on juge être synchroniques de nos campements campigniens du nord de la France. Dans ces buttes on trouve fréquemment les foyers d'antan, encore en place, et parfois les squelettes des hommes qui habitaient ces villages, formés probablement de huttes de branchages recouvertes de mottes de terre et alignées en une longue file sur le côté.

[Note 112: Cf. LXXV.]

_Industrie campignienne_.--Cette industrie, localisée au nord de la Gaule, semble avoir, dans cette région, immédiatement précédé l'industrie néolithique; son outillage se compose de racloirs, couteaux, lames à encoches, perçoirs, des temps précédents, auxquels viennent s'ajouter les tranchets, en grand nombre, et les pics.

Les stations de cette industrie se rencontrent principalement dans les départements de la Somme et de la Seine-Inférieure, sous forme de fonds de cabanes où, parmi les cendres, sur une hauteur de 0 m. 60 à 0 m. 80 et une largeur de 3 à 6 mètres se trouvent les foyers et les objets divers les accompagnant: silex taillés, éclats, fragments de poterie généralement grossière, mais dont quelques-uns sont parés d'ornements géométriques gravés à la pointe dans la pâte molle, meules à bras et molettes. On rencontre très rarement dans ces fonds de cabanes la hache polie; toutefois la présence de cet instrument dans cette industrie est encore discutée[113]. Les têtes de flèches lancéolées ou barbelées, si abondantes dans l'outillage néolithique, font complètement défaut.

[Note 113: XXVI, I, 326.]

C'est en 1872 qu'a été découverte par Eugène de Morgan[114] la station du Campigny, près de Blangy-sur-Bresles (Seine-Inférieure), et en 1886 Ph. Salmon proposa de créer une «époque campignienne».

[Note 114: LIV.]

Bien que beaucoup d'autres campements de cette nature aient été reconnus en ces dernières années, les opinions sont encore partagées au sujet de cette industrie qui n'a pas été rencontrée jusqu'ici en gisements stratifiés, superposés à des industries plus anciennes, ou supportant d'autres plus récentes. «Ces stations, très pauvres en haches polies, disait G. de Mortillet[115], ont un cachet tout particulier; elles pourraient bien représenter, en France, le commencement de l'époque néolithique.»

[Note 115: XL, 2e edit., 518.]

Les industries mésolithiques, très nombreuses, assurément, ont été jusqu'à ce jour fort mal étudiées, aussi bien dans notre pays qu'à l'étranger; la raison en est que les gisements sont toujours isolés, sans relations stratigraphiques avec les autres industries, que les sépultures néolithiques sont le plus souvent des ossuaires où se mélangent squelettes et mobiliers des époques diverses; dès lors on ne peut savoir si déjà elles étaient en usage aux temps de l'industrie mésolithique enfin que les types appartenant à ces industries qui se trouvent dans les collections ont été, la plupart du temps, ramassés à la surface du sol. Peut-être convient-il de ranger dans les industries mésolithiques certains types de l'Afrique du Nord et de la Syrie. Tout ce qu'il est possible d'affirmer à leur égard est qu'elles ne renferment plus que très rarement des formes spéciales archéologiques, et que la pierre polie ne se montre pas communément dans leurs gisements.

J'ai souvenir d'avoir, moi-même, en 1873, trouvé dans un fond de hutte au Campigny, une hache néolithique en silex, polie et retaillée, au tranchant, mais non repolie. Cette observation permettrait de supposer que l'industrie campignienne aurait existé dans le nord de la France, alors que le néolithique avait déjà pris son essor dans d'autres régions, peut-être peu lointaines, et que les haches polies, très rares, qu'on rencontre parfois dans les mobiliers campigniens parvenaient par le commerce en Picardie. On peut opposer cependant à cette découverte l'opinion que les villages campigniens n'ont pas cessé d'être habités lors de l'apparition dans le pays de l'industrie néolithique et que, par suite, la présence de haches polies dans les fonds de cabanes peut être due à l'occupation postérieure du village par des hommes connaissant le polissage du silex.

CHAPITRE IV

LES INDUSTRIES NÉOLITHIQUES

Avec l'industrie néolithique, nous voyons, dans le monde entier, surgir des innovations sans nombre; il apparaît clairement que cette phase du développement de l'intelligence humaine fut celle qui ouvrit au progrès ses véritables voies. Le polissage des matières dures qui, nous l'avons vu, était appliqué à l'os et à l'ivoire, dès le pleistocène, dans les industries solutréenne et magdalénienne, est alors général; il devient d'usage pour aiguiser les roches les plus dures, le silex, le jade, la diorite, la syénite, etc., et leur donner une forme reconnue pour être la mieux adaptée à la destination des instruments. L'homme, toujours chasseur et guerrier, façonne les pointes de ses flèches de mille manières; mais le plus souvent, il s'inspire du harpon d'antan, et les munit de barbelures (_fig. 28_). Il ne se contente plus des peaux de bêtes pour se vêtir, mais tisse la laine et les fibres des plantes, perfectionne ses arts céramiques, asservit les animaux à ses volontés, élève le bétail, se construit des demeures sur terre et sur les eaux, creuse des pirogues, enfin cultive les céréales. Les portes sont grandes ouvertes pour qu'il entre véritablement dans le progrès; il lui suffira de développer ses connaissances, d'améliorer ses moyens de fabrication et, le jour où paraîtra le métal, il sera définitivement sorti de la barbarie.

En même temps qu'il améliore sa vie, sa pensée se développe, il cherche le pourquoi des choses et, de ses méditations en présence des phénomènes de la nature, des incidents de l'existence, s'affirment des idées religieuses ou superstitieuses, ses sépultures témoignent d'une croyance à la seconde vie, l'architecture commence avec les pierres levées et les dolmens, les allées couvertes. L'ouvrier devient mineur, va chercher dans le sein de la terre de belles matières afin d'en faire ses outils et ses armes, il creuse le sol, attaque les bancs géologiques, et cette matière première, ce silex devient un objet de commerce très étendu, parce qu'il manque dans bien des régions. De vastes ateliers se créent pour alimenter l'exportation de la pierre taillée. Les beaux silex de Spiennes et du Grand Pressigny vont jusqu'en Suisse et l'ambre arrive en Gaule de pays lointains. Enfin l'homme protège ses agglomérations au moyen d'enceintes fortifiées, s'établit dans des Acropoles.

Les arts glyptiques, disparus avec les Magdaléniens, leurs auteurs, sont remplacés par de grossières représentations de l'homme lui-même, de ses armes, et par des ornements géométriques indignes de la perfection qu'atteint la taille de la pierre. En Égypte, en Scandinavie, grâce à l'abondance et à la belle qualité du silex dans ces pays, cette pierre se transforme en véritables oeuvres d'art, sous forme de couteaux, de poignards, de têtes de javelots et de lances, de pointes de flèches, et les ouvriers deviennent si habiles qu'ils taillent même des bracelets légers et minces comme s'ils étaient faits de métal. Dans la vallée du Nil, dans les pays élamites, en Syrie, en Crète, dans l'Hellade d'aujourd'hui, la poterie peinte se montre, semblant n'être que la descendance d'arts plus anciens, dont les origines sont encore mystérieuses.

Mais, suivant les régions et suivant les peuples qui les habitent, il s'établit une foule de foyers de la culture néolithique, chacun possédant ses qualités propres, ses caractéristiques. Les types des instruments diffèrent d'un pays à un autre[116], au point que, pour un ethnologue accoutumé à manier les silex travaillés, il est aisé de distinguer, à première vue, la provenance de chacun d'eux.

[Note 116: Cf. HANS HILDEBRAND, Sur la subdivision du nord de l'Europe en provinces archéologiques, pour l'âge de la pierre polie (Congrès de Bruxelles, 479-485).]

La multiplicité des foyers néolithiques ne fait aucun doute; mais il nous serait impossible de fixer la position géographique d'un seul d'entre eux et, bien certainement aussi, ces divers centres ont souvent réagi les uns sur les autres. Les peuples, dans le monde entier, étaient, après les temps quaternaires, fort mélangés; aussi leurs industries s'enchevêtrent-elles d'une manière désespérante pour celui qui s'efforce de trouver les origines même d'un seul des groupes humains.

La propagation de l'ambre, matière nordique, jusque dans notre occident, montre combien étaient étendues les relations d'alors, et bien des preuves viennent nous convaincre que dans ces temps encore de grands mouvements de peuples vinrent, à bien des reprises, changer la face des choses en Europe. L'histoire légendaire nous entretient de quelques-uns de ces mouvements.

Si le milieu recevant était compliqué par le fait de migrations antérieures, le flot envahisseur ne l'était pas moins. Il y eut sûrement une multitude de mouvements qui, ne touchant que les voies naturelles, se recouvrirent, se croisèrent, laissant entre eux de vastes espaces indemnes de leur action directe. Il semble, en effet, certain que ce ne sont pas les mêmes hommes qui élevèrent les monuments mégalithiques, et qui bâtirent les villages lacustres; que les divers types de l'industrie néolithique, répondant à des tendances différentes, impliquent la diversité des origines ethniques. Et, côte à côte, on rencontrait alors, comme parfois encore de nos jours, des cultures très diverses comme développement. L'examen des diverses tribus Peaux-Rouges de l'Amérique méridionale en fournit aujourd'hui même de frappants exemples, et les colonies hollandaises de la Malaisie montrent pour le moins trois degrés d'avancement continuant à persister, quoique les trois classes d'hommes vivent côte à côte. Pour ne parler que de l'Occident européen, n'est-il pas concluant de constater qu'en France et en Angleterre la hache néolithique polie est arrondie sur les côtés, que dans les pays scandinaves et la Finlande, le nord de l'Allemagne, les îles de la mer Baltique, elle est taillée et polie carrément sur ses bords, que dans les palafittes son tranchant seul est poli, et qu'en Italie elle porte une large rainure?

En se généralisant, le problème devient plus insoluble encore; car le monde entier, ou presque entier, a connu la hache en pierre polie, comme il a connu le coup de poing de type acheuléen: mais, alors que le coup de poing est à peu de chose près du même type dans toutes les régions, il n'en est pas de même pour la hache polie dont la forme varie à l'infini, tout en conservant les mêmes principes statiques.

De même que pour l'étude des industries quaternaires, celles relatives aux cultures néolithiques sont encore cantonnées dans les pays européens, asiatiques de l'Ouest et africains du Nord; car ce que nous savons du reste des vieux continents et du Nouveau Monde (_fig. 29_) est encore bien imprécis. En Amérique, toutes ces civilisations, si compliquées dans certaines régions, si primitives dans d'autres, toutes comprises sous la vague appellation de pré-colombiennes, ne nous sont connues ni par leur étendue géographique, ni par leur époque, alors que pour celles de l'Ancien Monde, nous commençons à voir plus clair non seulement dans leur étendue, mais aussi dans leur succession pour chaque région.

Dans les pays scandinaves (_fig. 30_), on constate aux débuts l'existence d'une industrie dans laquelle la hache est entièrement polie, ou polie seulement sur son tranchant; puis vient l'apparition de la hache percée, ou hache-marteau, dénotant une habileté consommée dans le travail de la pierre; enfin l'établissement d'une phase de transition répondant à l'apparition du métal (industrie énéolithique).

En Espagne[117], on distingue trois époques: une industrie locale, d'aspect archaïque, avec quelques objets polis, probablement importés, répondant à l'époque des kjoekkenmoeddings portugais (industrie mésolithique?), mais non pas à celle de la civilisation analogue en Scandinavie; ensuite, le plein développement du travail de la pierre polie et de la poterie ornée, cette industrie rappelant beaucoup comme art et comme technique, celle des premières villes d'Hissarlik; enfin vient l'apogée de la taille du silex et le commencement des métaux (énéolithique).

[Note 117: LXIII.]

En Suisse, l'industrie lacustre comprend trois périodes successives: tout d'abord celle des haches, petites, à peine polies, fabriquées en roches indigènes; les os sont alors travaillés d'une façon rudimentaire et la poterie, grossière, n'est pas ornée (_fig. 31_); puis vient l'industrie des haches plus grandes, simples ou perforées, de matière souvent étrangère à la Suisse; la poterie, moins grossière, est alors simplement ornée. Enfin paraissent les haches-marteaux perforées, qui abondent dans certaines stations; le travail de la pierre, de l'os, de la corne est dès lors à son apogée; on ne voit plus de roches étrangères, la poterie s'orne de plus en plus; le métal fait son apparition (énéolithique).

En Italie, où l'on ne rencontre jamais de haches polies en silex, où toutes sont façonnées dans des roches dures, il semble que dans cette péninsule, deux courants néolithiques se soient réunis: l'un venant du Jura et de la Suisse, qui, traversant les Alpes, serait descendu dans la vallée du Pô et du Tessin, sans dépasser le Pô; l'autre arrivant du bassin du Danube, par l'Istrie, l'Émilie et la Vénétie, se serait avancé, en longeant les côtes adriatiques, jusque dans l'Apulie.

Pour la France, le sud de l'Angleterre et la Belgique[118], il semble que nous devons adopter trois divisions: tout d'abord une industrie très voisine du Campignien, mais possédant la hache polie et la tête de flèche caractéristique du néolithique; ensuite celle de la hache-marteau, correspondant à l'introduction des roches étrangères et à l'apogée dans la taille du silex; enfin l'emploi du métal concurremment avec l'industrie précédente; la poterie s'améliorant au cours de ces trois phases.

[Note 118: Pour la Belgique, Rutot, LXII, divise le mésolithique et le néolithique en cinq phases: 1° Tardenoisien; 2° Flénusien; 3° Campignien; 4° Robenhausien; 5° Omalien.]

En Égypte (_fig. 32_ et _Fig. 33_)[119], il n'y aurait eu que deux phases, celle de la hache polie du type européen, dans laquelle le silex fait seul tous les frais de l'outillage[120], et la période énéolithique dans laquelle le travail du silex atteint son apogée. Alors se trouve en même temps l'emploi des roches dures et du métal; la poterie ornée de peintures à l'ocre rouge atteint sa plus grande perfection. Nous verrons plus loin que l'usage du métal dans la vallée du Nil et les arts semblent être venus de l'Asie.

[Note 119: XXXIX.]

[Note 120: L'existence de cette phase dans la vallée du Nil est douteuse.]

En Élam (_fig. 34_) et dans la Chaldée (_fig. 35_ et _36_), on rencontre également deux phases, celle de la hache polie du type européen[121], quoique plus plate, et l'industrie énéolithique, avec son admirable céramique peinte déjà très stylisée, ses instruments variés, ses haches-marteaux, ses pointes du type solutréen et ses armes et ustensiles métalliques très primitifs.

[Note 121: Même observation que pour l'Égypte (note 2).]

Le Sahara et la Tunisie (_fig. 37_) montrent une industrie qui offre beaucoup d'analogie avec celle de l'Égypte, mais on n'y rencontre pas ces grandes lames merveilleusement ouvrées de la vallée du Nil. L'industrie de la Palestine est plus proche parente de celle de l'Égypte (_fig. 38_) que celle du Nord de l'Afrique.

Là, à peu de chose près, se bornent nos connaissances quant à la division des industries néolithiques dans les pays explorés jusqu'à ce jour. Comme on le voit, l'évolution de chaque pays a été indépendante dans ses grandes lignes; mais aussi les différences constatées sont souvent dues à des influences étrangères.

Quant à l'âge que l'on peut assigner à l'industrie néolithique, il est naturellement variable suivant les pays. O. Montelius, s'appuyant sur la stratigraphie du Tell de Suse et sur les observations de même ordre faites en Égypte, accorde vingt mille ans à l'apparition de la hache polie en Élam et dans la vallée du Nil. Cette estimation est beaucoup trop élevée, car elle accorderait douze mille ans environ à la durée de la phase néolithique pure dans ces deux pays, et l'importance des restes laissés par cette industrie, en Égypte comme en Susiane, ne légitime aucunement cette appréciation. Toutefois nous devons avouer que nous ne possédons pas de base pour fixer chronologiquement les débuts de cette culture dans aucun pays. Par suite, toute appréciation à cet égard ne peut être que du domaine de l'imagination.