L'Humanité préhistorique

Chapter 21

Chapter 213,582 wordsPublic domain

De ces observations, qui portent sur de nombreuses contrées, il résulte que certains pays étaient inoccupés lors de l'arrivée des premiers colons post-quaternaires, que d'autres en étaient encore aux industries paléolithiques, que chez certains une forme de l'Archéolithique était en usage, que nos «âges» de l'Europe occidentale n'ont qu'une simple valeur régionale, dont bien des archéologues se sont exagéré l'importance; parce que ces industries faisaient l'objet de leurs études de chaque jour, ils ont été entraînés à leur accorder un rôle prépondérant.

Il ne faut pas oublier qu'aux temps glaciaires les contrées européennes médianes étaient exposées à de grands abaissements de température, et que les régions plus méridionales n'étaient pas soumises aux mêmes conditions climatériques. Les graffitis relevés sur les rochers de la Haute-Égypte reproduisent en grossières images la girafe, l'éléphant; et les vases funéraires peints figurent des troupeaux de gazelles et d'antilopes, des bandes d'autruches. Dans l'Afrique du Nord, qui ne s'était pas encore asséchée au point où elle l'est de nos jours, le climat était chaud et humide, et, par suite, les conditions de l'existence se montraient tout autres que celles de la même époque dans nos régions, et ces différences dans la nature de la vie se sont traduites dans les armes et les ustensiles que l'homme fabriquait pour répondre à ses besoins.

Tant que subsista le barrage qui, aux temps glaciaires, fermait la route d'Asie centrale vers l'Europe et vers les pays fertiles du Tigre et de l'Euphrate, tant que le plateau persan et le Caucase furent couverts de neige, que le lac Aralo-caspien baigna le front des glaciers polaires, la civilisation évolua sur elle-même dans chaque pays, progressant lentement et sans secousses. Il est à croire que c'est dans ce milieu relativement homogène que des étrangers sont venus apporter des connaissances nouvelles, dès que les portes de l'Asie centrale furent ouvertes. Sans nul doute cette barrière, dont l'existence correspond à l'extension maxima des envahissements glaciaires, a pu se rompre plusieurs lois, au cours des temps pléistocènes, lors des reculs des neiges, et c'est à plusieurs reprises que les gens de l'Asie centrale se seraient présentés dans notre Occident méditerranéen comme dans l'Europe centrale. Peut-être les arts et les industries primitives de la Chaldée et de l'Élam, dont nous ignorons d'ailleurs le berceau, ont-ils tiré leur origine de ces mouvements; peut-être sont-ils venus du Nord de l'Asie antérieure, du pays des bouquetins et des moutons. Il est, en tout cas, vraisemblable que des rives du Tigre, de l'Euphrate et de la Kerkha certaines pratiques ont gagné la Syrie, la Palestine, la vallée du Nil, puis l'Occident méditerranéen, par l'entremise des îles. Cette première émigration des gens de l'Asie centrale, ou tout au moins de leurs idées, serait de beaucoup la plus ancienne; elle aurait trouvé l'homme usant encore, en Chaldée et dans l'Égypte, des armes et des instruments paléolithiques, puis des terres sans habitants dans l'Hellade et dans les îles; plus tard, sur les côtes de l'Afrique du Nord, elle aurait rencontré des indigènes ayant remplacé les industries paléolithiques par d'autres, dont le Capsien, plus conformes à leurs besoins.

Mais les courants qui sont venus de l'Asie centrale étaient forcément partagés en deux branches par les obstacles que présentaient la mer Caspienne et le Caucase. La voie du nord, serpentant au milieu des plaines marécageuses laissées par le recul des glaciers, était plus longue, plus difficile que celle du sud, et bien des siècles s'écoulèrent certainement avant que les émigrants, ou tout au moins leurs inspirations, se soient avancés jusque dans nos pays de l'Europe occidentale.

Pendant des milliers et des milliers d'années, l'Orient a envoyé vers l'Europe occidentale et l'Asie antérieure d'innombrables flots humains qui tous, dans nos pays, ont soit créé, soit détruit, toujours modifié profondément l'état des choses existant lors de leur venue.

D'ailleurs ces flots successifs qui s'écoulèrent lentement ne portaient pas tous les mêmes notions. Dans les pays d'origine, certaines peuplades étaient plus avancées que leurs voisines, souvent elles mêmes très en retard. Si nous ne considérons que les vagues venues de l'Est dans les temps historiques, nous constatons de bien grandes différences dans les goûts et les aptitudes des divers flots, et il en a été de même pour les invasions beaucoup plus anciennes; les traces que nous en retrouvons le prouvent.

Toutefois ce ne sont là qu'hypothèses, permises, il est vrai, par l'état actuel de nos connaissances, mais au sujet desquelles il ne faut pas s'abuser: car, demain peut-être, elles s'écrouleront en présence de nouvelles découvertes. Cependant on peut tenir pour certain que la découverte du métal ne s'est produite ni en Chaldée, ni en Élam, parce qu'avant leur colonisation énéolithique, ces pays étaient inhabités, ni en Égypte, pour les mêmes causes et par suite de la pénurie des minerais cuivreux, ni dans les îles méditerranéenes de l'Orient; mais bien dans ces montagnes du nord de l'Asie antérieure que nous montre du doigt la tradition.

Aux deux derniers millénaires avant notre ère, aux influences directes ou de proche en proche de l'Asie centrale, sont venues se joindre celles des civilisations de l'Orient méditerranéen, et les complications deviennent plus grandes encore; car ces cultures ont réagi les unes sur les autres, sont liées par une multitude de conceptions communes, tout en conservant leur personnalité, et leur influence sur les peuples barbares, où elles ont rencontré des aptitudes très diverses, s'est compliquée de l'influence de ces peuplades sur leurs congénères. Les relations, très difficiles à restituer, se faisaient le plus souvent de proche en proche, et produisaient des idées hybrides, parfois fort éloignées de la pensée originelle.

Quelles sont les causes de ces mouvements des peuples sibériens, nous l'ignorons. Très probablement doit-on les attribuer au refroidissement de leur pays et de l'Asie centrale. Mais nous sommes bien pauvres en documents pour nous permettre de nous prononcer avec certitude à cet égard: l'Asie centrale et la Sibérie sont encore presque inexplorées au point de vue archéologique. Les seules traces d'industrie magdalénienne dans l'Asie antérieure, mise à part la Syrie, sont celles, fort incertaines d'ailleurs, qu'il m'a été donné de relever dans les stations d'obsidienne de l'Allagheuz (Transcaucasie). Peut-être que les forêts et les vallées de l'Altaï, à peine peuplées aujourd'hui, nous ménagent de grandes surprises quant à la variété des causes de départ des populations sibériennes: il se peut en effet que l'énorme accroissement de la population chinoise soit la cause de l'émigration vers l'occident des dernières hordes de celles des Mongols et des Turcs.

Mais ces peuples venus de loin, s'ils ont apporté des usages nouveaux et de précieuses industries, n'ont pas tiré de leurs connaissances tous les avantages qu'ils en pouvaient obtenir.

Pour la plupart, ils sont demeurés des barbares en face des grandes civilisations de l'Égypte et de la Chaldée. Tous d'ailleurs ne manquaient pas d'aptitudes et de génie personnel; car c'est de leur sein que devaient sortir les Hellènes et les Latins, chez qui les conceptions ancestrales se complétèrent par les enseignements des cultures asiatique et africaine, dont ils développèrent à tel point les principes que, bientôt, ils surpassèrent leurs maîtres, dans toutes les branches des connaissances humaines.

Parmi les autres peuples fixés en Europe, chacun prit alors sa part de progrès, mais tous n'étaient pas également aptes à recevoir les leçons, à s'assimiler avec fruit les conceptions élevées; c'est ainsi que la culture gréco-latine, qui domine aujourd'hui dans le monde entier, n'est pas également comprise dans tous les pays, et qu'en plein XXe siècle, bien des peuples ont encore conservé les instincts barbares de leurs ancêtres, quoiqu'ils soient, en apparence, de culture très avancée.

La pensée théorique qui consiste à créer une «période chronologique» lors de l'apparition d'un usage nouveau et à synchroniser cet événement dans les différents pays, a pendant longtemps porté grand préjudice aux études préhistoriques; car il est aujourd'hui prouvé que ces apparitions ont pris place en des temps très divers. De même que l'histoire ne débute pas à la même époque pour tous les peuples, de même il faut rayer du vocabulaire archéologique les mots _âge_, _époque_, _période_. Il faut voir dans l'évolution de l'humanité une succession de progrès et de reculs locaux, personnels, de découvertes et d'oublis, ensemble dont le résultat est un avancement, tantôt lent, tantôt rapide, vers un idéal dont l'humanité se rapproche sûrement, mais dont on doit considérer chaque élément à part, tout en tenant grand compte des influences extérieures, car il est souvent possible de tirer de celles-ci des notions chronologiques, par comparaison avec la culture des peuples entrés déjà dans l'histoire. Mais, parmi ces influences, il en est aussi qui proviennent de foyers oubliés aujourd'hui. Savions-nous, il y a quarante ans, combien a été important le rôle de la Crète dans la culture méditerranéene? Sommes-nous certains que d'autres révélations de civilisations oubliées ne viendront pas troubler nos hypothèses?

Tel peuple qui, en son temps, a joué un grand rôle rentre souvent dans l'ombre pour toujours, à la suite de quelque malheur. L'Ourartou fut un puissant royaume, lutta, souvent avec succès, contre les rois d'Assour; il nous serait inconnu sans les inscriptions gravées par ses princes sur les rochers de Van. On se souvenait à peine de l'Élam, avant les travaux de la Délégation en Perse. Nous ne savons rien des souverains puissants qui ont construit les villes ruinées du Yucatan. Par ces quelques exemples tirés de l'histoire, on peut se rendre compte des causes d'incertitude relatives aux faits préhistoriques; car la préhistoire n'est pas moins féconde en grands événements que l'histoire, événements éloignés de nous, plus encore que ceux qui nous sont signalés par les annales, et nous sommes souvent portés par notre ignorance à synchroniser les faits analogues, mais d'origine et de temps très divers. Nous parlons de l' «époque des dolmens», comme si les dolmens avaient été tous construits à la même époque dans toutes les parties du monde. Gardons-nous de généraliser hâtivement, et contentons-nous d'étudier pour chaque pays aux frontières naturelles la succession des moeurs, des usages, des industries, des pensées, avant le jour fixé par le destin pour l'entrée de ses peuples dans l'histoire; et si l'on doit un jour réunir certaines régions, les faits imposeront cette union comme ils la commandent déjà pour certains groupements historiques.

Pendant des milliers et des milliers d'années tous les peuples ont été sans annales: puis l'aurore de l'histoire est apparue avec la découverte de l'écriture. La Chaldée, l'Élam, l'Égypte ont de bonne heure réalisé ce rêve, alors que beaucoup d'autres peuples nous ont laissé des essais sans lendemain; puis sont venus la Crète, la Phénicie, l'Assyrie, les Héléens, Chypre, enfin les Grecs et les Latins. Quant aux nations barbares, ce n'est que bien tardivement qu'elles ont enregistré leurs hauts faits. L'histoire de la Gaule ne commence qu'avec César, dans le premier siècle avant notre ère; celle de la Scandinavie débute sous nos Carolingiens; les annales des peuples slaves sont moins anciennes encore, et les tribus sauvages du Nouveau Monde, de l'Océanie, de l'Afrique centrale, du Laos et des îles Malaises sont sans histoire. Pour chaque nation, pour chaque tribu la tâche du préhistorien est grande: longtemps l'ethnographie précède l'histoire, puis elle la coudoie et peu à peu se confond avec elle.

Nous avons, au début de ce volume, montré combien il est hasardeux de se lancer dans les évaluations chronologiques, aussi bien en ce qui concerne l'histoire géologique de la terre, qu'en ce qui regarde les événements de la préhistoire humaine; cependant, grâce à quelques données moins imprécises et aux documents historiques, nous pouvons esquisser quelques dates relativement aux dernières périodes des progrès humains, à celles appartenant à la proto-histoire, plutôt qu'à la préhistoire. Pour les faits plus anciens, comme en géologie d'ailleurs, seules les successions peuvent être indiquées.

Dans nos régions, les surrexions de la croûte terrestre qui marquent la fin de l'époque tertiaire ayant amené la formation d'immenses champs de neige, la période glaciaire commence, et c'est vers la fin de cette phase géologique que nous voyons paraître les premières traces de l'intelligence humaine, l'industrie paléolithique; puis, par suite de changements climatériques, de cataclysmes et de nécessités nouvelles, survient l'industrie archéolithique dans ses trois formes successives: l'Aurignacien, le Solutréen et le Magdalénien; alors les glaciers s'étant retirés, des hommes nouveaux ou tout au moins des idées nouvelles pénètrent dans nos pays, et s'étendent non seulement sur les terres alors habitées, mais aussi sur les contrées que viennent d'abandonner les neiges, c'est à ce moment qu'apparaissent les industries mésolithiques, celles des kloeckenmoeddings et du Campigny; la connaissance de la poterie les accompagne. Puis viennent la pierre polie, l'élevage et l'agriculture, le tissage; et c'est au cours de l'industrie néolithique que paraît le cuivre, précurseur du bronze, dont les archéologues les plus dignes de confiance placent la venue au cours du troisième millénaire avant notre ère. Le commencement du premier millenium aurait vu l'usage du fer se répandre dans nos régions; et l'Europe centrale tout entière aurait, à peu de chose près, suivi les mêmes phases de progrès, sous d'autres formes et en des temps peu différents.

Les pays du Nord, la Scandinavie et la Finlande, couverts de glace pendant toute la période quaternaire, demeuraient inhabitables, et les premières traces de l'homme qu'on y rencontre appartiennent aux industries mésolithiques; puis, comme dans nos pays, viennent, mais plus tardivement, la pierre polie, le cuivre et le bronze, enfin le fer.

Dans la Méditerranée, en Crète, en Chypre, les premiers habitants sont des énéolithiques; ils apportent la connaissance du cuivre au cours du quatrième millénaire avant notre ère, puis vient le bronze un millier d'années plus tard, enfin le fer vers la même époque que les Occidentaux, quelques siècles auparavant bien certainement; et il en est de même pour la Grèce continentale, l'Asie mineure, la Thessalie. Les dates généralement proposées pour l'Orient méditerranéen ne semblent pas toutefois, être assez reculées, si nous admettons celles dont nous avons parlé à propos de l'Occident; car le monde oriental méditerranéen était en relations avec les civilisations les plus vieilles du globe et, par suite, n'a pu longtemps ignorer les procédés en usage dans la Chaldée et dans l'Égypte.

Il semble que, dans les débuts, la vallée du Nil égyptienne, dans sa partie haute pour le moins, aurait été occupée par des tribus africaines aux cheveux crépus, peut-être aussi par quelques groupes Libyens, venus des côtes africaines de la Méditerranée. Ces gens succédaient, peut-être après un très long intervalle, aux hommes paléolithiques: ils en étaient à l'industrie de la pierre polie, quand le cuivre fit son apparition, apporté par des peuples asiatiques aux cheveux lisses, qui, probablement déjà, occupaient le delta du fleuve.

L'industrie énéolithique fut, en Égypte, de longue durée; elle comprend ce que les Pharaoniques ont appelé la période des «serviteurs d'Horus» et le règne des princes de la première dynastie. Ce n'est que plus tard, probablement au cours de la deuxième dynastie, qu'apparaît le bronze d'étain. Quant au fer, nous ne pouvons encore juger de l'époque de son introduction comme substance: les renseignements peu nombreux que nous possédons à son égard ne sont pas concluants; cependant, il paraît avoir été connu dès les temps Thissites. Au point de vue de son usage industriel courant il date, semble-t-il, de la fin du second millénaire avant notre ère seulement.

Si donc, suivant la thèse allemande rajeunissant la chronologie entière de mille ans, on place vers 3300 l'époque du roi Menès, il n'en reste pas moins que l'antiquité des débuts de la civilisation pré-pharaonique dépasse six mille ans avant nous; et, pour la Chaldée et l'Élam, les dates seraient quelque peu plus anciennes encore, puisque c'est de l'Asie qu'est venu le progrès en Égypte.

Nous ne parlerons ni des Indes, ni de la Chine, dont les légendes locales exagèrent comme à plaisir l'antiquité. Leurs civilisations ne sont pas aussi anciennes qu'on le pense généralement. Celle de la Chine date de sept ou huit siècles avant notre ère; quant à sa préhistoire, elle nous est encore complètement inconnue. Il est à remarquer que jusqu'à ce jour aucun instrument chelléen n'a été signalé dans l'Extrême-Orient.

Aux Indes, les données fournies par l'Archéologie sont encore bien vagues; le coup de poing se rencontre dans le sud et le centre de la péninsule, puis vient un long hiatus; au nord on voit des dolmens, et la pierre polie se montre dans presque toutes les provinces; mais nous ne savons pas si le métal ne l'accompagnait pas. Dans tous les cas l'industrie du cuivre a été longtemps en honneur dans la péninsule. Quant à l'histoire de l'Inde elle ne commence que très tardivement, quelques siècles seulement avant notre ère, après la campagne d'Alexandre le Grand.

Au Nouveau Monde quelques régions ont connu la prospérité. Au Mexique et au Pérou, entre autres, on tournait les vases, on sculptait ou fondait les métaux et l'on inscrivait sur les monuments et sur des peaux les annales des royaumes; malheureusement le fanatisme religieux des moines espagnols a détruit tous les documents périssables qui eussent pu nous renseigner sur l'évolution de ces peuples, sur leur histoire même. Nous en sommes donc réduits, pour ces régions, à des conjectures et tout guide chronologique positif nous fait défaut.

Nous avons vu qu'on ne peut rien dire du peuplement des îles de l'Orient méditerranéen, avant les temps où les régions furent colonisées par des hommes en possession de l'industrie énéolithique. Les plus anciens documents archéologiques que nous possédons au sujet de ces colons nous amènent à penser que leur migration s'était faite en venant de l'Asie continentale non de l'Europe comme je l'avais pensé moi-même, et cela, au cours du quatrième millénaire avant notre ère. Puis seraient intervenus les Pélasges, apportant dans ce milieu des conceptions nouvelles étrangères à l'Asie. Tout en occupant l'Hellade européenne, ces tribus se seraient avancées jusque dans les îles et les territoires asiatiques au milieu d'autres populations très développées, et qui, en aucun cas, ne peuvent être confondues avec les tribus pélasgiques. Vient alors l'envahissement progressif d'un élément nouveau qu'on nomme égéen. Deux types physiques sont en présence vers le second millénaire avant notre ère: l'un dolychocéphale, le plus ancien, qui avait déjà fourni la civilisation minoenne; l'autre brachycéphale, le plus récent, qui aurait été l'auteur de la culture mycénienne, et serait apparenté aux tribus qui, dans ces temps, habitaient la Thrace et les rives du Danube. Ces colons ne seraient pas des Hellènes proprement dits, mais des Thraco, Phrygiens, proches parents des Grecs. C'est d'eux que seraient, entres autres, sortis les Arméniens qui, après avoir traversé le Bosphore, auraient marché d'ouest en est, contrairement à la direction qu'ont suivie toutes les invasions et qui, vers le VIe siècle avant le Christ, se seraient installés dans le plateau d'Erzeroum et les pays de l'Ararat.

Dans l'Europe centrale et occidentale, il en serait tout autrement. L'un des flots venus d'Asie, au travers des plaines russes, aurait apporté jusqu'aux plages de l'Atlantique l'usage de la pierre polie et celui du cuivre et du bronze: cette vague, on l'attribue aux tribus ligures qui, pendant de longs siècles, ont peuplé la Gaule. Puis seraient arrivés les Celtes, avec leur culture hallstattienne et l'industrie du fer, gens qui ont laissé des traces de leur passage dans la vallée du Danube, en Ukraine, dans le Caucase central (Osséthie), en Transcaucasie et dans les pays persans de l'Ouest voisins de la mer Caspienne, mais dont le berceau, encore inconnu, est probablement beaucoup plus lointain vers l'orient.

Ligures et Celtes apportaient avec eux non seulement des connaissances industrielles spéciales, nouvelles pour l'Occident européen, mais des goûts artistiques très différents; les premiers bornant leurs conceptions aux ornementations géométriques, les seconds introduisant dans leurs décors la représentation de l'homme et des animaux, mais traitant le dessin géométriquement par les mêmes procédés dont usaient avant eux les Ligures. Ces deux groupes, bien qu'ayant côtoyé les grands empires de l'Asie, ne semblent pas avoir été influencés par le contact de leur civilisation; leur goût demeure très personnel jusqu'au jour de leur établissement dans nos pays; c'est alors seulement qu'apparaissent chez eux les emprunts faits à la civilisation méditerranéene. Dans l'industrie, postérieure au Hallstattien, qu'on désigne sous le nom de «la Tène», se rencontrent alors, en foule, les traces d'influences mycénienne, grecque et étrusque; mais nous entrons alors dans la période historique des pays occidentaux de l'Europe.

Telle est, en quelques lignes, la succession des faits principaux relatifs à la préhistoire de l'homme dans le vieux monde. Elle est simple dans ses grandes lignes, parce que le progrès réel est parti de deux grands foyers, l'un, le plus récent, situé dans l'Asie du Nord, l'autre le plus ancien, dans l'Asie antérieure méridionale et l'Égypte; mais elle est extrêmement compliquée dans le détail, soit qu'on envisage les innombrables clans de l'humanité primitive, soit que l'on considère les diverses branches de l'avancement. La double origine de nos civilisations est un fait acquis que les traditions faisaient prévoir, et que les découvertes archéologiques confirment; mais reste le grand problème de ce qui s'est passé dans l'Asie centrale antérieurement à l'arrivée dans le monde européen des gens de parler aryen; divers problèmes, vraisemblablement, se confondent, et nous n'en tiendrons la solution qu'au jour où les pays encore barbares de la Sibérie et de l'Asie centrale, administrés par des peuples soucieux des sciences, auront livré les secrets de leur sol, seront étudiés avec la même méthode et la même persévérance que nos districts de l'Occident européen.

La tâche du préhistorien sera d'ailleurs bien loin d'être achevée; car même, en admettant que le jour se fasse sur les origines européennes et méditerranéenes, il restera encore à étudier les quatre cinquièmes des continents dont, à diverses époques, les habitants ont joué leur partie, plus ou moins importante, dans le concert du progrès général. Ce que nous savons aujourd'hui est bien peu de chose, en comparaison de ce qu'il nous reste à apprendre.

BIBLIOGRAPHIE

I. PÉRIODIQUES

DE LANGUE FRANÇAISE.